‹ Reliques scientifiquesChapitre 100 sur 167 · II. — La Complainte française · texte numérisé non relu

II. — La Complainte française

La complainte française est écrite, comme nous l'avons dit au début, en caractères hébreux. Les Juifs de France avaient l'habitude de transcrire de la sorte le français, et les œuvres en vieille langue d'oïl qu'ils nous ont laissées sont assez considérables. Dès le xi<= siècle, on trouve dans les commentaires l)ibliques et talmudiques du rabbin de Troyes, Salomon Içaki (vulgairement Easclii^), nombre de gloses françaises des plus précieuses pour l'histoii'e de notre langue. Les rabbins français du xu" et du xiii" siècles, à son exemple, ont inséré dans leurs œuvres hébra'iques des mots ou même des phrases françaises écrites en caractères hébreux. Bien plus, il existe dans diverses bibliothèques de l'Europe des glossaires hébreux-français, sortes de traductions juxtalinéaires de la Bible, un dictionnaire hébreu-français et une grammaire hébraïque-française, tous manuscrits inédits du moyen ùge, dans lesquels les mots français sont écrits en caractères hébreux.

On ne doit donc pas être surpris de voir une poésie française écrite en caractères hébreux. Toutefois l'élégie du Vatican est la première pièce littéraire de ce genre que l'on connaisse, ce qui ajoute à la valeur qu'elle a déjà par elle-même.

Le déchiffrement de l'élégie française présentait des difficultés considérables. Nous ne reviendrons pas ici sur la discussion de ce texte qui a fait dans la Romania l'objet d'une étude spéciale*. Nous nous permettrons d'y renvoyer le lecteur, qui y trouvera avec le texte hébreu une transcription littérale lui permettant de se rendre un compte exact, — au point de vue philologique, — de la valeur et de la nature de l'original hébreu.

Dans la transcription suivante, nous résolvons déjà un certain nombre de difficultés du texte, mettant les voyelles là où elles manquent dans l'hébreu, décidant entre les diverses valeurs du iod et du vav, etc. Toutefois, tout en donnant aux mots leurs foi'mes françaises, nous avons cherché à conserver les traits de langue qu'indique la transcription hébraïque. — Les mots : Ceci est la version de la Selicha, sont en hébreu dans le texte.

' Voyez sur Raschi et la littérature des gloses et des glossaires hébreux-français le Rapport sur une mission en Angleterre (voir plus hiut. p. 107-11.S), le Rapport mr une mission en Italie (p. 119-164), et l'article sur les Glosses et glossaires hébreuxfrançais (p. 16o-19o).

» Reproduite plus bas, p. 239 et sqq.

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