‹ Reliques scientifiquesChapitre 110 sur 167 · L.V SELICUA DE MEIU BEN ELLVB · texte numérisé non relu

L.V SELICUA DE MEIU BEN ELLVB

La SeJicha qui suit est signalée par SI. Léopold Zunz, dans sa Likraitri-ffeschiclile der Si/naffOf/alcn Poésie -. Elle est signée en acrostiche Jleir len Eliah^. Cette pièce est alphabétique, c'est-à-dire que la première strophe commence par ïdJejj/i, la seconde par le helh, et ainsi de suite pour les vingt-deux strophes dont les iniiiales épuisent les riiifftdeux lettres de l'aiphabet hébreu. Les poésies hébraïques du moyen âge emploient souvent cette disposition dont le modèle se trouve dans quelques psaumes et dans les Lamentations de Jérémie.

Nous devons la copie de cette Selicha, ainsi que de la suivante à M. Zunz, qui nous les a envoyées, en 1874, sans désigner le manuscrit d'où il les a tirées ; peut-être est-ce un manuscrit de sa bibliothèque privée •*. Elles sont inédites ; nous les publions intégralement, en les accompagnant d'une traduction et de quelques notes indispensables.

Comme la Selicha du Vatican, la Selicha de ilcïr ben Eliab est écrite en centons ; ce sont des centons de la Bible et du Rituel ; elle est d'une valeur littéraii'e bien inférieure, d'un style coulant et facile, mais faible et sans éclat. Au point de vue historique, elle renferme des détails intéressants et même précieux. On remarque quelques lacunes : strophes IV et V, deux mots effacés ; ce sont, à en juger par le sens, des épithètes malsonnautes à l'adresse de Jésus. A la strophe VI, le vers 2 parait enlevé par une lacune du manuscrit.

' Ernesl Renan, Histoire litlfraire de la France, XXVII, p. 482.

- Berlin, lS6o, p. 3GU.

' L'acrostiche est formée par les iiiiliulcs du troisième vers de chaque strophe : Mfiflcii Eliab ha:ttli. Elle s'élend sur les quatorze premières strophes. Nous l'indiquons en imprimant les iniiiales en grandes lettres.

* M. Neubauer possède une copie de ces deux pièces d'après un manuscrit qui appartenait jadis à Carmoly. D'apiès celte copie, il m'a adressé quelques corrections au texte.

l'autodafé de troyes 239

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I Je cric h la violence; mon cœur s'agUe en ses parois ; Car épines et chardons poussent dans ma demeure; La lumière de mes yeux s'est obscurcie; majore profonde a cessé; — Ah! si l'Elernel eût été avec moi !

II Dans le peuple assemble rappelez les œuvres de Dieu et sa puis- Les martyrs de la ville de Troyes, son patrimoine préféré, [sancc ; Auxquels il a montré la gloire de son règne Et l'éclat de sa grandeur majestueuse.

III II a fait connaître sa grandeur à la tribu, sa communaulc privi- Au peuple qu'il s'est choisi comme héritage. [légiec, Le septième jour de Pâquo, chacun a dit dans sa demeure :

Au matin, Dieu fera connaître ceux qui sont à lui.

IV Les méchants ont saisi des prétextes pour exterminer la nation c'iuc. Au moment où ils s'affligeaient sur leur Soigneur. . .

Ils ont vu que Dieu consolait tout Israël par son affection profonde. Vieillards et enfants, jeunes gens et jeunes filles.

V Ils ont alors formé des conciliabules, ils se sont armés Au nom du Crucifié,. , . de l'imposteur.

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Ils ont pénétré dans la maison d'Isaac^ qui était dans la fleur de Ils lui ont parlé pais, mais au fond medilaicnt un piège. [l'ûgc.

VI Isaac trembla au bruit du tumulte.

Les chants, la joie se sont enfuis, les danses ont fait place au Le soleil, la lune s'anôlërenl dans leurs demeures. [deuil.

VII Isaae prépara alors le sacrifice, il accomplit ses vœus, Emmenant avec lui ses deux garçons;

Sa femme et sa bru allaient derrière lui.

— C'est pourquoi l'Eternel se réjouit de ses élus.

VIII II avait rappelé les bienfaits de Dieu, il marchait dans ses %'oie5, S'occupait assidiîment de ses lois et de ses préceptes. —

Que ses mérites notis soient comptes! Sa gloire brillera à jamais ; L'homme que Dieu a clu, sa verge fleurira.

IX L'homme aux mains pures a fait appel à toute son énergie pour

[supporter le feu ; Les chrétiens lui disaient : « Tu succomberas. »

— 11 donnera son fruit en son temps, et son feuillage ne se flétrira Et l'ennemi aura la bouche close, et ne tourmentera plus. [pas.

' Isaac Châtelain.

' Ce vers manque dans le ms.

l'autodafé de troyes 241

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X Isaac, l'enfant unique 'de Dicu\ fut lie comme un agneau. 11 était instruit, verso dans la Thora et la Miscbna. Sa demeure est pillée par une foale méprisable. — Puisse son mérite nous être compté et la droiture de sa con-

[dnile!

XI Quiconque l'apprend en est effrayé, et tremble en son cœur, Au sujet de ce jeune homme, si plein de bonté; Celait un sage ; l'esprit de Dieu reposait on lui. Il s'appelait Salomon^ et Dieu l'aimait.

XII Dieu lui avait donné un cœur pur pour purifier sa personne, A Isaac le Cohen' qui était pur et rendait pur. L'impie fit briller son glaive et sans retard livra Isaac aux flammes. Il a arrose d'un sang pur celui qui était purifie.

XIII 1) desirait de lout cœur célébrer les merveilles do Dieu, L'homme droit et intègre, Simon le scribe'. — Gémissez, scribes, lamentez-vous, couvrez-vous de cilioes et do

[cendres :

Car après lui il n'y eut plus d'homme maniant comme lui la plume

[du scribe.

' Salomon ou Salmin, trésoiier de la communauté.

- Isaac le prêlre.

^ Simon, chantre ou scribe de Châtillon.

242 ÉTUDES JUDEO-FRANÇAISES

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XIV Des hommes s'élaient dévoues pour aller rejoindre Dieu leur Sau- Contempler la boulé divine el-jouir du célesle bonheur. [veur.

Alors, parmi les chefs du peuple se dévouant à la morl, éleva sa Et s'écria Samson^ : « Me voici, je suis prêl. » [voix

XV 11 aimait la parole, les préceptes lui plaisaient : Les dons, les présents lui venaient en nombre. 11 restait ferme en la crainte de Dieu. — Aussi ses ennemis se

[multiplièrent, El ils le lièrent de cordon fraîches qui n'avaient pas encore séché.

XVI II fui donc attaché sur le biàchcr, cl avec lui ses amis,

Notables de la communauté, hommes de nom, Ilaïm' et Salomon. L'étude de la morale faisait leurs délices ; la grilce les parait comme Car la part de Dieu est avec eux. [un collier.

XVII Contemple la brèche faite à ton peuple du haut de la demeure. Gracieux dans la vie, dans la mort fidèles à leur parole. Que la Providence du Dieu vivant les couvre de ses ailes de Car au-dessus de toute gloire est le dais (céleste)*. [colombe' !

' Samson le Kadmôn, ou geudre delà KaJmenelh. - Haïm de Chaource.

' Pcul-êlre allusion à Jona ou Colon. En ce cas il faudrait traduire : Que la Pravi- Ueiicc du Dieu vivant les couvre avec les ailes de Joua. * Ou peut-être: Car ua voile recouvre toute noire gloire.

l'autodafé de troyes 243

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•1.7 T-br TN3 -|3ri ir;-aD iby i>3D br 'n -,=;'-T ara

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Tu es juslc, Elcrnel, cl le; jugemeuls sout droils

Envers l'hommo juste qui marcbait daus le droit chemin

Il a trouvé grûce (devant toi) , //«i« -, qui rendait la vue aux

p,„ M , , [aveugles.

<-.ar 11 a penche son épaule pour recevoir son fardeau, lui, avec les

[douze autres élus.

XIX Tes serviteurs l'onl sanctifié au milieu d'un feu sans cesse ravivé Ils étaient saisis d'une ardeur hrùlaute. d'une flamme divine Que leur souvenir vive à jamais ! Que Dieu voie leur sacrifice ' Que toute Ûmc loue le Seigneur : alléluia!

XX Chunlez l'Eternel, 0 justes, rappelez le souvenir do ses c'ius. Servez Dieu avec joie, entrez dans sa demeure.

Qu'il efface nos péchés, comme autrefois par l'entremise de Moïse Le jour où l'Eternel passa devant lui. '

X.^1 Exauce notre prière, Eternel, et fais prospérer ton serviteur. Efface nos fautes, car lu es un Dieu de pardon. Mes amis fidèles, — que leur mémoire soit en paix ' — Ont atteint la joie et le bonheur; pour eux plus do chagrin ni

[l'afflicticii.

' Ilaïmlc cliirurgicn, le moîlre de Brinon.

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XXII Puisse mon chant s'dlevcr jusqu'à toi! Pardonne mes fautes! Ecoule-moi, Seigneur, écoute la vois de mes supplications, Comme tu as accueilli les prières de mes amis, Lorsqu'ils t'invoquaient du milieu des flammes, Eternel, Eternel!

LA SELWffA DE SALOMON SIMCHA.

Cette Selicha nous a été, eoramo la précédente, communiquée par M. Zunz, qui ne désigne pas le manuscrit d'où il l'a tirée. Il l'a signalée dans sa LUeratitrgeschkhfe (1er iSijnagoynkn Poésie (p. 3C'2) et dans sa Synayogah Poésie. Elle est signée en acrostiche, Salomon Sitnclia, nom d'un poète connu aussi sous le nom de Salomon le Scribe; poète remarquable par l'obscurité de son stjle, à en juger du moins par cet échantillon de sa poésie. Les neuf strophes dont se compose cette pièce sont également faites de centons bibliques, mais de contons mal cousus ensemble, et où, dans le sens primitif de l'Ecriture, on cherche péniblement la signification détournée que l'auteur entend leur donner. Non pas que la signification soit sans valeur ; car des formules obscures où il l'enveloppe, la pensée finit par se détacher avec vigueur, çà et là même avec éclat. Il est toutefois difficile de tirer de cette poésie contournée des indications suites pour l'histoire. D'ailleurs l'auteur parait avoir été incomplètement informé, car il ne parle que de quelques-unes des victimes.

La strophe VIII a beaucoup souffert, le manuscrit étant mutilé en cet endroit.

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I Au malin j'ofTrc en sacrifice la cbair du troupeau saint.

Holocauste porté sur le bûcher pour être la proie entière des flammes. Qui dévorent onze hommes et deux femmes dont une enceinte. Le cœur vêtu d'orgueil, l'ennemi a méprisé vieillards

l'autodafé de troyes 245

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Et jeunes gens, orgueil de la communauté, rornement des hommes, Qui tous ensemble, de concert, s'en sont allés à la recherche de

[Dieu, En prenant pour provisions de route leur sang, leur corps, leur vie,

— Car toute la communauté est sainte.

11 Pourquoi dors-tu? Eveille-toi, Seigneur, qui ronds la parole aux

[muets.

Ecoute ce que dit mon ennemie: «Tu as affaire ailleurs, tu es distrait, Ta main est bien trop courte, sans force et sans puissance! :> Et moi, mon Dieu, que répondrai-je, en voyant que tu laisses

[s'endurcir Ton cœur à l'égard de ton fils aîné qui ge'mit comme gémit le

[nécromancien ', Alors que le pouvoir est entre les mains du fils de l'ennemi \ A Troyes, celui-ci a provoqué l'incendie ; il a dressé L'autel, et sur un fou profane a mis un Cohen oint, R. Isaac^ encens agréable, Victime complètement sainte :

— Car toute la communauté est sainte.

III Plant d'un gras terroir, R. Isaac^ merveille de beauté,

1 Dont la voix sonibre semble sortir de dessous terre. Cf. par ex. Isaïe, ssix 4.

= Le Chrétien, 61s d'Esaû, l'eunemi de Jacob. ' '

^ R. Isaac le Cohen ou le prêtre.

"< R. Isaac Chastelain.

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Comment son cœur', son éclatanle beauté ont-ils été' profano's

11 e'ievait les enfants à louer le nom Louable, [comme... du fumier?

Sans po'cbé, il croyait [lui, et sa maison désolée ("? ] '

11 ne médisait pas. — Et c'est à lui que s'est attaqué l'ennemi !

La maison Jckomen ', de là est sorti l'homme pervers ;

Cliacun se cache le sisiémc jour maudit,

Et, dans la maison, au jour fixe, ou ne se félicita pas

Quand on trouva un cadavre.

Il devint saint parmi les saints.

— Car toute la communauté' est sainte.

IV J'ai fait une libation h mon Roi, dit Salomon* au Seigneur, Et pour faire agréer ma voie, j'ai disposé ma conduite ; Je me pro.-slerne à genoux pour confesser mes fautes Et porter la lumière dans mes ténèbre >. J'offre ma tète et mon

[visage.

Mes mains et mes pieds, car en Dieu sont mes sources (de salut). J'offre en libation mon sang et les larmes de mes yeux; Sur l'autel de feu, en holocauste, mou cœur et ma vie.

' La copie de M. Zuiiz porte llb [son cœur) ; si nous osions nous permettre une correction, nous lirions Tab, et le vers deviendrait : < Comment son éclatante beauté a-l-clle été méprisée, prolauée comme du fumier. ■

- Lacune dans le texte, remplie d'après la mesure et la rime; leçon très vraisemblable proposée par M. Neuljauer.

' La lecture Jehomhi (ou Jaliomhi) est assurée par la rime des mots à l'héniistitlie dans les vers précédents et suivants de celte strophe (sihombiy tlâjiu\'i,ôm(!n, etc.).

* Salomon, le scribe et le chantre.

l'autodafé de troyes 24T

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Mes souffrances sont un miel à mon pulais, et le feu de mes op- Cela est bien aux yeux de Dieu, [pressctirs ne m'écrase pas.

De Dieu puissant parmi les saints,

— Car toute la communauté est sainte.

V Comment peux- lu fermer les yeux sur la demeure si douce des

[frères ?

Le cœur déchiré, ils n'ont pas cesse d'être attachés à toi et de

[l'être fidèles ; Ensemble ils ont améliore leur nature, pour atteindre la perfec- Quc la miséricorde s'e'meuve pour Mar Sariich Bon fils ' ! [lion Son visage rayonnait dans la Loi, on l'appelait la colombe

[muette -.

Ses souffrances dans le feu furent terribles ; il les supporta pour

[l'amour de Dieu.

Lève-toi, Seigneur, juge sa cause, l'ennemi meurtrier l'a écrase' du

[talon, L'ennemi impudent, qui d'un œil arrogant regardait les justes. Deux vies ' ont été offertes Sur l'autel saint.

— Car toute la communauté est sainte.

' Baruch ouBeadit, d'Avirej.

2 Allusion à une expression, — du reste fort obscure, — du psaume LVI, verset 1 .

3 Ou deux vivants, allusion à Ha'im de Brinon et Eaïin ? Toutefois, cette explication est rendue douteuse par ce fait que, dans la strophe suivante, il est encore parlé de Baruch d'Avirey. 11 faudrait alors peut-être traduire: Il a laissé deux Tois sa vie sur l'autel saint; ce qui n'est guère satisfaisant non plus.

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\'I Qu'elles étaient belles, les tentes de Troyes! on n'y trouvait point Manque de piété' ; sur elles nulle trace de souillure. Mar Baruch, l'un des membres de la sainte alliance, fortifié par

[sa sainteté', Dit : « Je monterai sur les hauteurs de la nue, agréé do Dieu. Ma tête apparaîtra dans le feu : tout mon sang sera exprimé. » — Ceux-là (les persécuteurs?) sont-ils bien le peuple de Dieu? ce [n'est pas de son pays qu'ils sont sortis. Depuis qu'il (Dieu) a opéré ses miracles, qui a tramé de telles

[ruines '?

Mais les destructeurs du peuple (de Dieu) ont dit : « Une voix a

[retenti sur terre :

« Hors de la maison ! (Disparaissez !) Devenez de saints (mar- — Car toute la communauté est sainte. [tyrs) "...

VII Les Cordeliers parmi nous ont lié le siège de la sagesse,

Maître Simson. Ils l'ont maltraité, lui qui entretenait mon huile'. Cependant il levait les regards au ciel, disant : « Me voici ! Seigneur, puisse le sacrifice de ma personne être agréé pour ton

[culte !

De toutes ces saintes victimes qui pourrait me devancer !

' Toute celle strophe est d'une obscurité rare. Parmi les différentes interprélalions qu'elle comporte, nous avons choisi celle qui fait le moins de violence aux versets originaux de l'Ecriture.

' La copie de M. Zunz porte i;5jO, '«"» huile. En lisant "i^Jûb ou '';î33, leçon proposée par M. I. Lévi et par M. Neubauer, on aurait peut-être un sens moins contourné: . Ils l'ont maltraité (disant:) crois à l'idole (^ à Jésus).

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