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XLIV DISCOURS PRONONCÉS AUX FUNÉRAILLES

rière, je lui dois, au moment de la séparation suprême, un mot d'adieu et de regret, comme je dois à sa famille éplorée un mot de sympathie et d'affectueuse condoléance.

Messieurs, il y a un peu plus d'un quart de siècle, je fus appelé à la direction de notre école supérieure connue sous le nom de Talmud Thora, où les jeunes gens israélites cultivent à la fois les sciences hébraïques et les lettres classiques. Au nombre des élèves les plus avancés, j'y trouvai Arsène Darmesteter. Son histoire m'était connue : fils de parents pauvres et modestes, de braves et honnêtes ouvriers, il avait, avec son frère James, passé les années de son en'ance sur lès bancs d'une humble école primaire. Là, les deux jeunes frères avaient, de bonne heure, attiré l'attention par une rare ardeur au travail et de brillants dons naturels. Des hommes habiles à discerner les promesses de talent dans les succès enfantins, à pressentir les fruits de l'é-é dans les fleurs printanières, furent émerveillés de l'intelligence et de la passion pour l'étude manifestées par les petits écoliers, et ils eurent l'heureuse inspiration de leur ouvrir l'accès d'établissements d'instruction plus dignes de leurs belles facultés. C'est ainsi qu'Arsène Darmesteter était devenu élève du Talmud-Thora. Il n'avait pas tardé à y justifier les espérances qu'il avait données.

Je compris dès le premier jour que si j'avais quelque chose à lui enseigner, j'avais aussi à aiiprendre de lui. Nous travaillâmes ensemble, non comme maître et élève, mais comme deux camarades désireux de s'instruire réciproquement. De cette époque date l'amitié qui ne s"est jamais refroidie entre nous. Cette amitié devint plus cordiale encore et plus intime, lorsque plus tard il associa à ses destinées la jeune femme qui fut pour lui une compagne si dévouée et dont j'avais eu l'honneur de diriger, pendant quelque temps, l'éducation religieuse.

Darmesteter quitta le Talmud-ïhora pour le Séminaire Israélite, qui s'honorera toujours de l'avoir compté au nombre de ses élèves. Il y entra avec le grade de licencié es lettres, conquis par un travail opiniâtre, et il avait à peine dix-huit ans ! Ceiiendant, il ne devait pas conduire jus.iu'au bout ses études théologiqnes : d'autres destinées l'attrtndaient. Il avait été frappé, au cours de ses études, du grand nombre de mots français dont les exégètes juifs du moyen âge et surtout le

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