‹ Reliques scientifiquesChapitre 13 sur 167 · DISCOURS DE M. ZADOC KAHN XLV · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. ZADOC KAHN XLV

plus éminent d'entre eux, l'illustre Raschi, honneur de l'école juive française, avaient émaillé leurs vastes commentaires de la Bible et du Talmud pour éclaircir les obscurités des textes sacrés. Ces gloses ne sauraient être bien comprises aujourd'hui qu'avec le secours d'une connaissance approfondie de la langue de l'ancienne France. D'un autre côté quelles vives clartés l'examen de ces gloses elles-mêmes ne peut-il pas répandre sur l'histoire du vieux français, sur sa phonétique et son orthographe, grâce au système de transcription adopté par nos exégètes ! Ce fut pour lui un trait de lumière. Dès lors il avait trouvé sa vraie voie : il s'adonna avec passion à l'étude des langues romanes. Conseillé, dirigé, formé par d'illustres maîtres, il finit par devenir leur émule aimé et apprécié, et prit rang à côté d'eux dans la science qui, mieux que toute autre, mérite le nom de science nationale.

Muni enfin d'un puissant instrument de travail, en possession de toutes les ressources d'une érudition siire et étendue, il se mit à l'oeuvre. Après avoir épuisé les richesses de notre JBibliotlièque nationale, il visita les grandes bibliothèques de l'Europe, dépouilla un nombre considérable de vieux manuscrits, et recueillit ainsi les éléments les plus complets et les plus précieux pour le grand travail qu'il méditait sur « les mots français dans Raschi et les autres exégètes du moyen âge ». C'était une belle et ample moisson qu'il rapportait ainsi de ses excursions scientifiques. Pourquoi faut-il, hélas ! que, détourné par d'autres travaux et les devoirs multiples de l'enseignement, il ait laissé à Tétat de projet ce travail qui intéresse à la fois la Fiance et le judaïsme? Mais nous savons, et c'est là une consolation pour nous, que les matériaux en sont prêts ; nous savons que des mains pieuses et affectueuses prendront soin d'élever à sa mémoire le monument qu'il nous avait promis et que, faute de temps, il n'a pu nous donner.

Je me ferais scrupule, messieurs, de parler de la place distinguée qu'il a occupée dans la science, de la réputation européenne qu'il s'est acquise par les belles productions sorties de sa féconde plume, des services qu'il a rendus par son enseignement. C'est une tâche qu'il faut laisser à ses maîtres et à ses collègues. Ce que j'ai le droit de dire,, c'est que Darmesteter n'a jamais oublié ses commencements et ce

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