‹ Reliques scientifiquesChapitre 124 sur 167 · TEXTE RECONSTITUE · texte numérisé non relu

TEXTE RECONSTITUE

Ceci est la version de la ScUcha.

I Monl sont a mccliiof Isi'^ael',, l'égarée gent, E is ne poel mes s'is se vont enraj[antj ; Car d'entre os furet ars meinz proz cors sage c gent Kl por lor vivre n'orot doné nus rachet d'argent.

II Trobleo et notre joie e notre déduit

Do SOS ki medect la Thora e l'aveet eu lor coduit ;

Os ne fineet tache e le jor e la nuit.

Ors sont ars e feuis ; checun Gé vraie rekcnuit.

m De la Ire maie felone jaut sofros sotc dolor ; Bein nos pot changeler e muer la color. Gé ! prent en piti e enten cri c plor ; Car por niet avons perdu met home de valor.

diijue la transcription hébraïque. Toutefois, pour Ve nous nous sommes écartés de ce principe. LV, l'e et l'è (ces deux derniers quand ils sont indiqués dans le texte hébreu par vj non ponctué) sont représentés par e. Quand è termine un mot, nous mettons cependant è, pour éviter la confusion avec IV féminin. Quand le texte hébreu distingue par la ponctuation é de è, nous reportons cette distinction dans le texte reconstitué. Le mot Gr^ étant ponctué Gc en plusieurs endroits, nous écrivons partout Gè.

L l.'m-rj'qrip = ameqiep^a méc/iief [lecture due à M. Paul Meyerl ; après l'vj de nrr] il y a un akf qui semble indiquer une sorte d'e muet, ou plutôt d'à douce ; quelque chose comme a meecJiief ou mieux a melichief; de même Veegaree ou mieux l'eligaree. Cf. plus bas, p. 294. — Isr. :^ Israël. — 2. 'v7.s ; ce mot pourrait se lire encore 'vs = os, eus, c'està-dire eux ; s'ils ; le n peut être aussi bien un v ou un vj; je corrige en

sis et lis : s'is, c'est-à-dire s'ils, si ils. e)iraj[ant], c'est la rime

qui détermine les dernières lettres de ce mot, lettres effacées dans le manuscrit où elles occupaient la fin de la première ligne. — 3. Cors sage ; le manuscrit porte cvrsfm' = corsage. — 4. Ntis est obscur ; le sens demanderait nul.

. i-iiVs l:'::n cm •cr^i^-pb-"^ ■'lî-.o q^n \-.s

.•'-n?: r:s liîoîûnp am;2 K'';::t T'nTo ri.Nriii a-'T Nbis : ■>-::•:; sr-iiD t:3-5 nïtis . n-i-i; ^•'■j-'N UjEnt

. u:-.- •j-'-'* ^'"^^ -^-^ l'-"* • -"■'* -""'''< CT'-.£ cm vi ::;:--N su^^ -jvj ctc c-^ix-^i.n :;in^3\x

TRANSCRIPTION

IV 'upls' f)V aiuuï) r. Tich'k q'ilïiviQ

qTipvr îJTi ' lésa mis 'irimirizv's tvt 'iilf.Tiii

'i,Tl vvip srndri çTilq-ridtvs b'nus 'iilTit plïiT,n bvn dpvrtvr 'T,tT,T|t dthvsphvlh 'iidpl'oio-

V l'prv'd' p'nm' qnt 'r,V vvvi'l 'rd^ir svn mni,

mvnl linpit mail l'dprlTi'li, de' gr.t' mvl grnl qrv), '■1)1' dnit fc'w'h mvrTir dlT,' mvrt qvmmvn 'niiri mvri, d'put 'T|lTit grvs* pvrç' gint pvnT,D' svpiT).

VI dvs fii'irs 'ifipvrl 'rs, 'vn plvit '-ii 'vu gmt, Ivptrit pv 'bhTi dvpv'h qt) sti s'prnt, 'Tjdiit brv' g'r tvs. '^r^ lr\ gmt U 'pmt, 'llifldil 'pr'dïis srs tvl 'rM' 'qmt.

II. 1. Joie ; manuscrit (/'oi^;«/i ^=J(Ji/e avec o accentué, // fortement prononcé et « féminin sonore comme dans le, je. — 2. Dosos = deços, de ceux. — md'Tjt = médée[ii\t ; je ne comprends pas ce mot. — Tliora, mot hébreu, = Loi. — 3. Ta[s]clie, MM. Neubauer et Angelo s'accordent à lire hskr avec un 'aïn pour le h et un samedi pour Vs ; leçon inadmissible, parce que le 'aïn et le saniech ne se rencontrent pas dans nos transcriptions françaises, et que le groupe hskr ne peut former aucun mot hébreu. Le 'aïii et le saniech du manuscrit se coi'rigent sans [leine en ieth et en aJef \ ce qui nous donne avec le Z- .• tak ; 1'/ seul fait difficulté ; mais il n'est pas impossible que ce soit le reste

IV En plassc fii amcnc R. Içliak Chalclein

Ki por Gê Icssa rculcs e mcsos toi a plein ;

A Gé vif se rcndi cil ki de tos biens clet plein ;

Bon deporlor eicl de Tlioscpliolh cl de plain.

V La prude fanme liant clc vit ardir son mari,

Mont li fit mû la dcpartie ; de ce jcla mot grant cri ; Ele dit : je va morir do toc mort com mon ami mori. D'cfant dot grosse; por ce grant poinc sofri.

VI Dos frcros i furet ars, un pclit e un grant. Lo petit fut cbabi du foc ki si s'eprcnt E dit : liaro ! j'ar tos ! E li grant li aprent E li dit : a paradis seras; tôt je te acranl.

d'un autre aie/ dont 1g trait vertical a disparu, ce qui nous donne {aJce et par suite /a[/i]c/ie, d'où le vers devient os (eux) ne finée[n]t Qor) ta[s]che. — Jor, manuscrit: 'v/lv/î'^r = elevjr : la correction ■v^lvjvjvr == clejrr s'impose d'elle-même. — 3. Gè c'est-à-dire Djé, Dié, Dieu; ainsi partout dans la pièce. — 4. vraie, faute pour vrai.

III. 1. dolor ; manuscrit doled ; la rime et le sens exigent dolor. — 3. Piii, ou piiè, ou pitié ; manuscrit : jJ'/y/'/j. — 4. avons {'vr/s), mot à demi effacé ; le V7 pourrait être aussi bien un v et le second' une autre lettre quelconque ; nous lisons avons ('vvns) d'après le contexte.

IV. 2. Renies ; ma.m\scr[t dentés (dnt3\ ce qui n'a pas de sens. Le blanc qu'on remarque dans ce vers vient, non d'une lacune, mais d'un défaut dans le parcliemin ; toutefois le «??/(') isolé qui se trouve devant têsa [lessa] est singulier. — 3 ç-f}/tf}dlvs = cil ki de tos, telle est la leçon qui se dégage de la variante de M. Angelo, et que j'avais supposée sous les mots ffjllcvrtvs (==cil. corlois), donnés par la copie de M. Neubauer. — 4. Deporfor ou Reportor. Les 1/wsepIwlh sont des gloses talmudiques. V. p. 299, n. I.

V. 2. Cri. Le manuscrit porte edrj ^cdi. La correction est imposée par la rime et le sens. — 8. Jlori; c'est-à-dire mourut. — 4- sofri; manuscrit: svprci, pour svpro.

VI. ] . 2. Foe (sic) ; cette forme se rencontre encore plus bas. — 3. hrv' g'r h's =^ haro' far tos (ardeo totus). Je dois l'exnlication de jar tos à M]M. Paris et Meyer.

VII. 1. îbrvs = la irus ; mots lus par M. Neubauer. Tant ; manuscrit tn't, erreur sans doute pour t'nf. — 2. Lecture plus qu'hypothé-

286 KTUDF.S jnDKO-FRA\ÇAISES

.TipinD m3,:3;''i"T n^:n ;n'^'3 :û'-j\>< qN:a ■'p -cTiab vu . -iN-'p UTO snrjNuip -wT-i:!-!- Np'i n\sipN;iN ■ T'pipN ï;n NTjrip:^ N':);;jpN Nb-'s Dxn::;a

-,"'b-\x :::xr; :3N^^:p Nb3a:N' ai:^ ïîi'^ti iij< r;^5 viii .-i^bnp ::xi-:;nip saiâT us; ux^\:îi''i5 ai"i;-nD . -,-'b3 us-'Nir3 ujnsp no , ■:;siwN-'b rûNi^'^N -,ib ï:rM'b

, ySz a-iMi N:im Lj-^-nriN n^x CTjs-'b aia ; n;-:npNbN' M:"b •;i:-;c '- 'jiis ■j''iiNb\s

TRANSCKH'TION.

VII Ibrvs qinln't 'irilifit bïil', 'ni' wirint pvr pniqior, 'vn'qv'ïir rifiqc ddvorvs qïil'tnr' mvt qii'r, tDtv'l 'ïiIt) 'qmns' 'nqvnir' as 'qrqT|i', r\y\' nlïinri Ij^t) vvnp, pvrll mpvriris 'qvrq'ir.

VIII 'h 'vil \\T,T,s Ivs 'nsbl' l'pil'n't h'I '-iiklr,!-,

pvrijiifil fiVï,T,sri"t ji't dfir^l' q-fi'ivsïi'l qrvlr.r, lï.mirins Ivr 'il'n't Wii's, pr q'vs iii)v'ï,'1 Ijlf; . 'viiqs lins 'nw^it s'obTil^i'iniit '\v.

IX 'iipv' 'vDT.lmiU qvm' IJIbu pv 'ranT|0, dfiTir' s'bïil' qdvscbh pvrmnls s'vipnT,ç, Ivl li'lrs 'h 'brdTit dbvu' 'vr" fivi.ïiç, 'ïl l'vvnt 'nvii r. scbnibvii Ij^vii' 'rqilmulb,

tique ; maiiu.>oiit : i/r'r,r, je Vu qr,'r,r = là er [e] ; ddvnrvs ne peut se lire de denrées ; comme le v peut être corrigé en fi, je lis ddTinr,rs = de deniers. Je change également q-rit'Inr' en qrj'nr't = he ienrel = que tinrent. Le reste de la stroi^he n'ottVe pas de difficulté.

VIII. 1. Un, faute pour une. — Vois ou Veis. — 2. Vers difficile. Le manuscrit porte qr,driS-q't, que je \ïi qui duxseni, et pvr nW, que je lis por nie[n]t. Le sens général serait donc : « pour néant, pour rien ils fussent, ils seraient gens de fête qui dussent caroler; peu s'en faudrait qu'ils ne se considérassent comme des gens de fête prêts à caroler ; mais leurs mains étant liées , ils ne pouvaient

Vil La brus ki tant elet bêle, au la viut por procUicr, Une ki cr vichc de deniers kc teurct mot cbier, Tantôt clo akemense encontre as a cracliior : Je ne loré le Gé vif; portât me pores ccorcbier.

VIII A un vois tos enseblo cbautcet bat c cler.

Por niet fuiset jat de fetc qui dussot caroler.

Le mains lor elect lises; par cou^ ne poeet baler ;

Oûkes gens en vit si bêtement aler.

IX En foe inelement corne Hatban fu amenez ;

De ferc sa bêle kedouscbab formenis s'é pencz ;

Toi li atres a ehardit ; de bone bore fu nez ;

Il avet a non R. Sinieon le jonc e le kadmenalb.

danser. » — Je dois l'idée de cette interprétation à M. G. Paris. — 3. Le meins, c'est-à-dire ks meins. — Cous est bizarre ; je ne vois pas pourtant le moyen de lire autrement l'Iiébreu. — 4. En vit; manuscrit : 'nwfit = envii ; peut-être doit-on intercaler un scheva entre Yn et le v et lire oipvif = en (on) n<> vit ; ce qu'exigent la mesure et le sens.

IX. 1. Inelement; manuscrit 'rnrjninf = onelement. — Haihan, mot hébreu signifiant ^«i(/ré^ on fiancé. — 2. Kedonschoh, motliébreu signifiant sanctification, et spécialement célébration du mariage. — forments ; manuscrit prrmnts pour pvrmnts; Vs finale est une faute, amenée sans doute par l'.s initiale du mot suivant. — s'r penez, c'est-à-dire s'eut pênes. — Le sens des deux premiers vers est peu net. Toutefois il est déterminé quelque peu par le rapprochement de Haihan et àeKecIousrJiali qui doivent vouloir dire ici, l'un fiancé, l'autre céléliration du mariaye. Le sens général serait donc : « Siméon s'est eftbrcé d'accomplir son mariage au moment de mourir » ou : « Siméon s'est affligé, pour accomplir, parce qu'il ne pouvait accomplir son mariage. » — 3. Le jone; manuscrit : grne; \'r sans doute est un v mal fait. Pour le dernier mot, le kadmenafh, le texte ici est évidemment corrompu, puisque la rime manque ; le mot répond au nom hébreu que lui donne la notice : le Icadmôn (l'Ancien ou l'Oriental). — Siméon est une erreur pour Simson, nom donné à notre personnage par la notice, l'olégie hébra'ique (cf. p. 274, la citation de la str. ix, 4) et d'autres documents ; l'erreur est très facile à expliquer.

X. 3. D'ofrir; manuscrit cl'vpr'r,r pour d'v]irr,r. — / n'ol ; manuscrit : 'r,nnr,t ; je corrige en 'r,nnrt = in not pour / n'ot.

XL L Le madit; manuscrit le madiet [Imdi't] ; erreur évidente comme

.■^îN^nN a^:û^sip niEVj -ciit c-'U'^:! iE-'n

. 1-Ti cn: U'^rrN ■'i -112 •c-\'\]> )ro -|inDiNi

p'mrN û:x v^ ■'nliû u-iiîo m?:»-:: ms-ixp

.UN-'isab iiVEib ■'5:-';iî:5* r:iu\^ ::-,■: XI

. r^nn"^":; -i^?:srm lis 'c^^-rm -ih u:i:i w:3-'5

.-i''-.ir:x :;r-:r :;:-:-nE ^p N-:Tn-,c pwX •^is^irw Xll

:-ii-nwS ::'iÎTw 1x^2 ^c --p -1210 ■jiyrcc '-1 i:-c

TRANSCRIPTION

X 'prTis 'T.wTint r. scblmb qr, ir.vl "v,;t,t.I pir,zr„ 'ïi pv !5T,tT,s (Idiis Ivpv' qi'T)lT,i 'bi'z'n, d'vprT)r sva qvrs pvr i.r, 'T,nuT,t p's rvzT| qrpvr s'invr mvrt svprio bT.T,ti 'npv 'uvvt.zti.

XI iiivL "r.lT.t 'invivr.ir.T, Ivfilvn Im'dr.'l,

il'rdï,r Ivn 'piT,3 l'ir', 'dvn Ivqdvsch IiqiiTil, fi'lls grnt pv mwTis 'vn dbl'aiT,!' s'brdiil, mvl bnl' p^' s'pT.n d'nwT,r7i d'ub'dT,t.

XII '1T|'vL 'vn prvdvm' qi fivrmiU prTjiU 'plvrr.r,

'TidT,t s"T|1 pvr m'mTinTi'b qm-w-T.'s çiri dzT) 'prT.r, siiT.l p's pvr mvqvrs 'rdr.r spT,t s'n dmvrr;r, spv r. EchmlJvn svpbr q'f, Sf, bT.'n swi.t 'vrr.r.

le montrent les limej. — 2. JCadosch, mot hébreu signifiant sai/il. — 3. Fêtes; manuscrit : jr/;/.<, lire /jrjs. — 4. La fin delà strophe est obscure; on est réduit aux hjpotliôses. Le personnage dont il s'agit ici est Baruch d'Avireij. N'y aurait-il pas une inversion amenée jjar les exigences de la rime : Mot Mr fut sa fin d'enhadit d'enrirè ? ie \o\s. dans envirè le nom propre Aviraj, et dans d'euhadit (ou plus exactement denbadit] une faute pour de Bandit {Ben dit), nom de Baruch en français (voir plus loin, p. 303, n. 2).

XIL 2. Me vecs ci dese[.<<] perer ; manuscrit f/î /'.r/; 'r,prr,r, ^ ci resté eperer, leçon qui n'offre rien de satisfaisant. En changeant Vr de rzr, en

X Apres i vint R. Scholomo ki mot etet prisé, E fa getes dedans lo foe ki etet ebrasé; D'ofrir son cors por Gc i n'ot pas rusé ; Car por s'amor mort sofri ; bien en fu envosd.

XI Mot etet envenimé lo félon, le madit

D'ardirl'un après l'atre. Adou lo kadoscb li dit : Fêtes grant fo, mave's bon ! De blâmer s'ebardit, Mot bêle fu sa fin d'enviré d'enbadit.

XU II i ot un prodome ki forment priul a plorer

E dit : s'et por ma menie ke me veés ci deseperer Se n'et pas por mo cors. Ardir se fit san demorer : Se fu R. Simon Sopber ki si bien savet orcr.

d, ce qui peut toujours être supposé dans notre texte, et en admettant une interversion du z et de I'yj (-/js à la place de ^vj), interversion dont on a d'autres exemples dans la pièce, on arrive à un sens qui concorde on ne peut mieux avec le contexte. — s'et, se, se des vers 2, 3 et 4, sont pour c'et, ce, ce. — 4. Soplicr, mot hébreu tigniflant scribe.

XIII. Cette strophe est pour moi un locus despemius. Elle est trop corrompue pour qu'on puisse en tirer un seul vers complet. Elle commence le verjo du dernier feuillet du manuscrit, c'est ce qui explique qu'à peine la moitié en soit lisible. — Le mot sejiii se trouve à la marge, sur la ligne 2 : un signe de renvoi indique qu'il faut le placer, ligne 1, après afisa. — Le premier vers doit se lire sans doute : Lo Ma colon (le beau colon) i vint qui son feu alisa. Dans le reste on déchiffre les mots ce fit /[/] ; viteme[n]f; loa^ji^jes por randre à Gé; Por [mes]ese qu'on li fi[s]t o[»]/ces. — Les mots entre parenthèses : « Colon est son nom » traduisent des mots hébreux correspondants. Voir à la transcription.

XIV. 1. Cohen, mot hébreu signifiant 2)rêtre. — 2. K'i se tornat, etc. c'est-à-dire « qu'il se tournât à leur croyance ou il lui conviendrait de périr » — aves = avez.

XV-. 1. Le manuscrit donne clairement a peines ecJmperas puis, ici lacune, puis ietenon. — 2. Manuscrit : deveiz crifaiz. Nous lisons devein critain, en changeant le çadé final en n finale, changement facilement supposable, vu la similitude à peu près complète des deux lettres. — Je dois la lecture de ces deux mots à M. G. Paris. — 3. Por lo . . . chien; lacune de deux ou trois lettres que je ne puis remplir. — Set non = se[m]< nom. — amefre dans le manuscrit, faute pour e mètre.

. n-^cjs •wwV . . . is iic-p .i:iii\N 'ji'rip N^'^nib' xiii . r;nN\^ a7:a''n . -i-'Ton . . . m2 ■'a-'p'O

• "i^l?") l'^ pnii 't Lj-p-'ri ">::-ixip^inp xiv . T^n-: r:"i:i]p ■"b^Nis N:çi<-'-ip nib -iiii u:-ii:; Ni^p . T'-i/ïï ij "112 ViiN.i u;y ^^^■'?^'? ^"'"''^^

. 1^: 'û^p liCD riifi ro i-i'^bp nJ l^'^x^p .... ïib m:

îlirnn-i xnprrx xiniT^ib ûiin 'n a-^bçNbix

TRANSCRIPTION

XIII ' lobja qolon T,wr,t, q'isvn po. . .tï's atizli, spiti pvr.. . bsi^r vvilml 'vi'vzh, loayos por randrj 'ii) swvitjs asc'viTi/.iih,

pvr. . . ezc qalipit oqcs ne nuizah, — [Colon est son nom.) '

XIV préqors winrt v. içlJk qhn rcqcrir,

qiço tornat -wïir lor qre'açe oili qowaurél périr, idit qcabc'if,riS lant iJewl por jl'é morir, }i'esuT,'i qhn éopraïuic dcmon qors vos ofirir.

XV apeynos eqaperas puis. . . tctonon,

fii>lobaliT,T| devvériTiç qrilayyç, 'n i rcpondi Lan lot non, pvr l\v. . . qe'cyyn ge nclérc le gc wiip ne sou sel non, aulapelot r. liT,y)m loscrori'C amo'tre dobrinon.

XVI. 2. 1 ftuel an //n'raiit, c'est-à-dire el V allait an //reranf. On pourrait lire encore il [le feu] alef anfjrivant. — Les mots entre parenthèses qui terminent la strophe [lel est son nom) traduisent des mots hébreux correspondants. Voir à la transcription. Ces mots se rapportent au mot

' \ erso du folio IS'.I. Les cinq slroplics qui se trouvent sur ce verso sont ponctuées.

' Mots en hébreu dans le leste. C'est une glose interprélative. Cf, str. xvi, 4.

DEUX ÉLÉGIES DU VATICAN 29l

XIII Lo bia Colon i vint ki son . . .alisa Sefili por vitenact osa (?)

Loais por randre a Gc s a scisa (?)

Por . . . ese kaliflt okes ne nuisa. — [Colon est son nom.)

XIV Pro'ctiors vinrcl R. IçKak Cohen rekorir :

K'i se tornat ver lor crcacc o il H kevanrct périr. I dit : ke avés tant? Je vol por Gé morir ; Je sui Cohen, e ofrande de mon cors vos ofrir.

XV A peines ccbaperas, puis [que nos] le tenon,

Fis lo bailli, devciz critain — E i repondi tantôt : non ; Por 1. . . cheiu, je no Ic'ié le Gé vif ne son set non. An l'apelet R. Ilaiim, lo scrorgc c melre de Brinon.

vivant qui finit le vers 4; le nom du Kadosch est en effet Flaiim, c'està-dire vicant.

XVII. I. Vanchire, avec è ouvert; anprinere avec e fermé. — de ce fêlons pour de ces félons; de même, v. 3, lèjors = lesjors. — 3. Zà o nos séo[n]s e «Zo[»].?; manuscrit : laoneseos êiïZo.s; ?ze doit se changer évidemment en no. — 4. Frh, voir plus bas, p. 294. — Ml ïapelos = kant t'apelons. — Les mots qui suivent : csl finie, etc., sont en hébreu dans le texte.

Malgré le caractère hj-pothétique de quelques-unes de nos restitutions, la pièce que nous venons de retranscrire en français présente assez de formes curieuses assurées pour mériter une étude philologique.

Voi/elles cilones. L'g mi-muet remplace des voyelles atones dans reJ:-cnuit (ir, 4), alcemanse (vu, 3], Icevanret (conviendrait, x.iv, 2), ccores (svi, 1) ; ajoutons j;en> (xiv, 2), relcerir (xiv, 1). L'e féminin final est encore sonore, car il est noté dans certains mots ponctués par le scheva mobile : vanchère (xvii, 1), an^rrinere (xvti, 1), d'alanclre (xvii, 2), va[n]cha[n]ce (xmi, 2), etc. Dans d'autres mots non ponctués la notation par ctlefet hé montre bien la prononciation de cette lettre : effarée (i, 1 ; écrit pour la finale : ?"r///], (ii, 1 \joij}j'ii), etc.

. :::i3x •'Iî^n lEip '■s-iTp 'jix ::iN^LS "w-iips xvi . :25ri"iTî5''i;? '•^^-^ "l'iNp lim "'.? t^'^ipiri in

. ï;V?wS\s' •iijî-iq'^siN Nb T'y;» nipn -i-'N-'ibSl:- ";• ■'i5« i::^i-' £■:;- TJ'bn nbsn

TRANSCRIPTION

XVI oqores i ot un qadvsch ki fm amené awant, auli pit un petit \>v, ilalctan griwant, i huqet i'é debon qoi' menu csowant, doçemant çofri poyne por serwirl^r, wivant. —(Tel est son nom)

XVII L'é -n-ankère e' an prino're, vanqnos decëpelons, deatadre tavaqace mot nos sable léj^ors Ions detepréer deqor anlér la onrisèos e'alo?, prées somes é aparele'yys, repon jjtj qat tapelos.

Ilasselath balla'az. Hasclischeni yaçilûnou miggoy 'az '.

Voyelles accenhices. Rien à remarquer. — Une observation sur la notation o, qui, comme nous l'avons vu plus haut, représente 6, ù, ou, eu, et la notation ou qui représente Vu français. N'a-t-on pas le droit de conclure de ces notations que le son ou se confondait encore pour le copiste avec le son o? Autrement, en effet, rien ne l'empécliait de réserver Vo pour o, ô, eu, et ou pour ou, u.

Diphi/ioiiffues. Les diphtliongues oi, ui sont encore fortes, c'est-àdire qu'elles ont l'accent sur la première voyelle o, m, la seconde, i, restant encore à l'état de yod, comme on le voit par les transcriptions des mots joie, déduit, conduit, nuit, rekenuit, etc. (ii, 1, 2, 3, 4, etc.); 1'»

' Glose explicative qui se trouve dans le texte hébreu. Cf. str. xiii, i. * Mots hébreux. En voir la traduction à la lin du texte restitué.

XVI Ecorcs i ot un kadoscb ki lu amené avant. An H fit un petit fo, i l'alet an grivant. I huchct Gô de bon cor menu e sovant Docemant çofri poine por servir le Gé vivant. — (Tel est son nom).

XVII Gé vanchère e anprinere, vancli' nos de ce' félons : De aladre ta vachace mot nos sable le jors Ions. De te preer de cor anter la o nos seos o alos Près somos c apareleis. Repon, Ge, kat t'apelos !

Est finie la version. Que Dieu nous sauve de peuple violent!

y est en effet représenté par deux yod, ce qui lui donne la valeur d une consonne. — La diphthongue iè est-elle déjà réduite à é, ou sonnet-elle encore ié? Les éléments d'une solution précise manquent. La strophe vu rime en chier, ou, si l'on veut, en cher ; les strophes viii et IX en èr et en nez; rien à tirer de tout cela. La strophe x a pour rimes prisé (ou prisié), embrasé (qui ne peut être embrasié), reiisé (qui ne peut être reiisié], envesé (qui peut être envesié]. De la présence de embrasé et de reiisé, doit-on conclure qu'il faut lire prisé, envesé, et que par suite la strophe vu doit rimer en cher? La conclusion est peut-être téméraire. Toutefois, remarquons que la transcription de la syllabe ier est partout absolument identique à celle de l.i syllabe er {yod et r ; cf. par exemple les rimes des strophes vu et viii) et que l'on ne trouve nulle parties deux yod qui semblent nécessaires pour indiquer la prononciation de cette diphthongue (cf. la transcription de bien, str. x, 4) '. Notons encore la forme curieuse anier pour antier (xvii, 2), qui semblerait indiquer pour ce mot une réduction de la diphthongue ié (de ë; intëgrum) à é, réduction analogue à celle que présente par exemple le mot vacher pour vachier (* vaccarius) -. Anter supposerait donc la réduction générale de ié (de «), si toutefois ce n'est pas une forme dialectale (du champenois-lorrain), ce que semblerait confirmer une autre forme quelque peu analogue apareleis (xvii, 4). Mais tout cela est peu convaincant, et la conclusion est qu'on ne peut rien affirmer sur l'état de la diphthongue ie dans notre texte. Signalons devEVi pour

' La transcription de chef [c/iier] par yod el alcj}h à la strophe vu, 2, semble indiquer la présence de la diphthongue. Mais cette notation est isolée.

* Là la diphllionRiie jV s'est réduite à é par suite d'une assimilation erronée de cette terminaison chier {* carius) avec la terminaison -chier de -care. On sait que ii de arius s'est maintenu, comme ié de e, intact jusqu'à nos jours.

(JcviEH (xv, 3), crtfxw pour crestiEn (id. ibid.), c/iew pour chiEn (id. 4); ce sont là autant de particularités propres aux dialectes de l'est, ainsi que la diplitliongue oi (pour et) dans poùie (v, 4; xvi, 4). Grivant (xvi, 1) ]}onv grevant doit être également dialectal; il vient par analo"-ie de grive, forme contractée de grieve (grevât). Notons encore la forme i pour e (et) devant une voyelle (xvi, 2) ; cependant elle est douteuse.

Nasales. En sonne an. Voir les rimes de i, vi, etc. et les notations par an : docemant (x\t, 4), san (xii, 2), etc.

Consonnes. J. Partout le mot Dieu est noté Gé. Cette forme suppose d'abord que Dié (de Dc[um''^ est devenu Djé. Ici l'on peut se demander si Djé s'est réduit à Je (Gé) ou si, gardant encore sa valeur primitive, lej ne sonnait pas dj '. Toutefois la notation de j par deux T/od, aussi fréquente que la notation par g tilde, montre que dan? notre texte le ; avait perdu le son dental pour ne conserver que le son chuintant. Dié était donc devenu dans notre texte Gé.

L devant une consonne tombe purement et simplement comme dans les dialectes de l'est : ma (v, 2), Imt (viii, 1), madil (xi, 1), atres (xi, 2), mot (non moût, ni mott ; i, 1 ; vu, 2).

N est supprimée d'ordinaire dans les groupes an, en, on et dans les finales verbales en ent. Dans les syllabes nasales, Vn était-elle tombée dans la prononciation? Les rimes de la strophe xvii prouvent le contraire. Le scribe à qui on doit la copie du Vatican avait-il devant les yeux un texte écrit en français avec l'abréviation de Vn marquée par un trait sur la voyelle précédente, et a-t-il supprimé dans sa transcription ce tilde qu'il ne pouvait rendre ? Je n'oserais le dire. Pour les finales atones en ent, Vn est certainement tombée dans la prononciation. Les {ormes poet, furet, oret, aveel, etc. sont incontestablement établies par les glossaires hébreux du xiii'= siècle.

S dans l'intérieur des mots, devant une consonne, ne se fait plus entendre. Partout, dans notre texte, elle est tombée. La chute de cette consonne semble avoir amené une sorte d'allongement de la voyelle précédente, qui, quand c'est un é, paraît se faire suivre d'un e mi-muet ou d'une sorte d'/t douce. C'est du moins ce qu'on peut conclure de l'orthographe àes, moi% mecldef (i, 1), égarée {i, \),2)rés (xvii, 4). En effet, après le god qui représente Vé, vient un rt/c/qui indique soit une sorte d'e muet, soit plutôt une légère aspiration. Cf. les formes dialectales de l'est : ahne, maihnie, etc. Les autres exemples de e = es ne présentent pas trace de cet allongement : déduit (ii, 1), etet (iv, 3; etc.), ecorchier (vu, 4), etc. Pour les autres voyelles, je note IjJâmer (xi, 3; et non Wtmer), tantôt (vu, 3).

' On ne pourrait rien conclure pour le ch ; car le Ich pouvait déjà êlre devenu ch quand le j était encore dj.

S finale tombe dans les, ces, très, devant une consonne : léineins (viii, 3;, Ujors (xvii, 2), cêfélons (xvii, 1), frémale (m, 1); elle tomba également dans le même cas dans san (xir, 3), ver (xiv, 2), no (xvii, 3).

^ et ^ se sont réduits de is, ds à s : seie pour ceste (m, 1); dosos pour de ços (ii, 2),plasse (iv, 1), etc.; fenis pour feniz (ii, 4), porrés (vu, 4), etc.

Avant de passer aux formes grammaticales, signalons quelques mots curieux ou rares. îlont (i, 1 ; v, 2), pour moU ou [ilutôt mot : on en a des exemples dans la vieille langue; racket pour rachat (i, 4J, de racheter ; conduit au sens de conduite (ii, 2) ; changeler pour chancjer (ni, 2) ' ; anprinere au sens de défenseur (xvii, 1) - ; phnn au lieu de plccint (élégie, m, 4); serorge (xv, 4) pour serorr/ien. Ce mot n'est pas en effet sororius, beau-frère, mais cldrvrgus, comme le montre le contexte : « serorge et maître de Brinon. » D'ailleurs, dans un document dont nous parlerons plus loin, le Rabbi Haiim appelé ici serorge et maître de Brinon est vanté comme rendant la vue aux aveugles. Il est donc incontestable que c'était un chirurgien, et serorge qui, traduit par sororius, n'offre ici aucun sens, ne peut s'expliquer que i ar cliirurgus, bien que cette forme ait été plus habituellement remplacée par chirurgianus = serorgien, surgien. Fenme (v, 1) n'est peut-être pas une faute pour fenine, et indique une prononciation nasale fume. Le mot feu est tantôt écrit/o (c'est-à-dire /?«) (xi, 3; xvi, 2; etc.), tantôt /oe (x, 2; ix,'l, etc.); sous cette forme il reste masculin : lo foe Ici étet e[m]brasé (x, 2). Forment, bien écrit xii, 1, est écrit forments, ix, 2. Comme le mot qui suit commence par une s, peut-être est-ce une erreur du copiste qui a recommencé deux fois la môme lettre. Dans efant{Y, 4), le scribe a-t-il fait tomber Vn suivant son liabitude ou a-t-on affaire à une forme dialectale? Prechors (xiv, 1) montre la contraction de eor ieeur) en or [eur] : freclieeur, prêcheur, ou bien c'est un dérivé direct de préchei- à l'aide du suffixe moderne eur.

Pour les formes grammaticales, je remarque dans les déterminatifs et les pronoms le dat. masc. sing. li (xiv, 2), le fém &■' .- s'amor (x, 4) ; la forme régulière en ou mieux an pour o« (vin, 4; vu, 1; xv, 4) à côté du nominatif singulier on = hom (xi, 3), qui montre bien la diffé-

' Changeler est dérivé de changer, comme venteler de veiitir, smiieler de sauter, etc. Je ne connais pas d'autre exemple de changeler.

' Anprinere. Le sens de ce mot est donné par Raschi qui traduit en plusieurs passages de la Bible l'hébreu kinliah ■ jalousie • par cnprcnement. Ainsi Nombres, xi, 29, sur les mots es-tu jaloux pour moi ? Raschi explique que^O!<î' moi veut dire dans mon int(fr?t et il ajoute : t le mot Itinhah (jalousie) indique le sentiment de celui qui met son cœur à une chose, soit pour se venger, soit 2>our venir au. secr.urs. Fr. enprenement. • Le Dieu anprinere de notre texte est donc le < Dieu jaloux • [El Kanak] de rÉaiture, c'est-à-dire lo Dieu zélé (pour Israël). Anprinere a exactement le sens du latin xeUsns.

rence de sens de ces deux mots étvmologiquement identiques; le pluriel os (cest-à-dire eux; -srii, 3) à coté de as [i, 3). Notons la forme i pour il devant une consonne : l''i se tonicit (xiv, 2) '. L'article se présente sous les formes /;■, lo, le (rare), la, lé (les).

La conjugaison offre un archaïsme ;ye vol (xiv, d] de vouloir à côté de (je) vos (xiv, 4); j'acrant n'est pas encore devenu j'acrante dans/e te acrant (vi, A)\print [xii, 1) est un néologisme. Nous avons déjà signalé la réduction de la terminaison eut à et. Dans certaines formes, le / de la troisième personne du singulier est tombé : fu (ix, et passim), sofri (v, 4), é pour est (ix, 2). Il est inutile de rappeler les parfaits dit, fit pour dist,fist (vi, 3; v, 2; etc.) et une fois /s ^onvfist (xiv, 2). Il y a quelques impératifs irréguliers : enteii (m, 3), repon (xvii, 4); mais preni (m, 3) et devein (xiv, 2) sont corrects. Ce que la conjugaison présente de plus remarquable ce sont les imparfaits, tous en éi, èet (= éent] : aurions-nous là déjà notre imparfait moderne?

La conjugaison et certaines formes de mots présentent déjà quelque caractère de la langue du xiv" siècle ; mais c'est dans la déclinaison que ce caractère se montre nettement. Là on voit l'oubli le plus complet des règles de la vieille langue ; les formes de l'accusatif et du nominatif se remplacent sans raison les unes les autres et i's parait mise ou omise au hasard. Sujet singulier, formes correctes : [il) fu amenez (ix, 1) ; s'épenez (ix, 2) ; (il)/" )iez (ix, 3), et au vocatif : vanchere, anprinére (xvn. 1 ; remarquons toutefois l'archaïsme de ces formes où manque I's finale analogique) et on (xi, 3). Formes incorrectes ; (il) /(' amené [i\, 1), Châtelain (iv, \), plein (iv, 3) , hon deporior (iv, 4) ; un petit e un grant (yi, 1) ; lo petit fu ehahi (vi, 2) ; H grant U aprant (vi, 3) ; là mnt étetprisé (x, 1) ; {lofa) Ici etet e[m]brasé (x, 2) ; tien enfu envesé (x, 4) ; mot etet envenimé lo félon, le madit (xi, 1), etc., etc. — Régime singulier, formes correctes ; dedans lo foe (x, 2) ; je ne terrai le Dieu vif (vu, 4) ; mais nus pour nul (i, 4). — Sujet pluriel : la ligne suivante montre l'application et la violation de la règle : furet ars meinz proz eors sage et gent (i, 3). Ajoutons [sont) fenis (ii, 4) ; dos frères i furet ars (vi, 1) ;précJiors vinret (xiv, 1), etc. — Régime pluriel : Si de tos biens est correct (iv, 3), ainsi que de cé[s\felons (xvii, 1 ), en revanche : tôt li aires a e[ti]hardit est d'une incorrection remar quable '. Ces exemples suffisent Ils montrent que l'élégie du Vatican ne connaît rien aux règles de la déclinaison de l'article et des noms. Et remarquons que ces fautes ne sont pas des fautes de scribe, mais

' Il est souvent difficile de distinguer le pronom i [il] de la coujonction e 'cl]. Dans les cas douteux nous nous sommes laissés guider par le contexte.

' On ne peut lire U titres, parce que li^ pour les ne se trouve que devant une con-

appartiennent à l'auteur de l'élégie, ainsi qu'on peut s'en assurer par les rimes déduit (ii, I), à côté de nuit, conduit, rekenuit ; plein (iv, 3), à côté de tôt à 'plein, etc. : grant (vi, I), à côté de aprant, etc. ; prisé, embrasé, envesé (x, 1, 2, 4), à côté de reiisé ; madit (xi, 1), à côté de dit, etc. Le chaos orthographique qui règne dans ce texte est celui qu'on est habitué à rencontrer chez les écrivains de la seconde partie du xiV siècle. Il faut en conclure que déjà à la fin du xiii" siècle ou au commencement du xiv", la langue populaire avait abandonné son système de déclinaison, et tendait vers les formes qui ont prévalu au siècle suivant, et si notre élégie paraît en avance d'un demi- siècle sur les monuments français proprement dits, c'est que la langue littéraire, toujours plus conservatrice — a été en retard d'un demisiècle sur la langue populaire ' .

Tels sont les traits, curieux en somme, de notre texte. Y trouvet-on un caractère franchement dialectal ? Nous avons signalé des formes qui indiquent un dialecte de l'est ; mais l'absence des diphthongues caractéristiques ai pour a, ci pour é, etc. , prouve en faveur du français - . Il faut sans doute supposer un dialecte intermédiaire entre le français et le lorrain, le champenois, le dialecte de Trojes, par exemple. Toutefois, il est vraisemblable que la langue primitive de cette pièce a été altérée par les scribes qui nous l'ont transmise. En effet, il ne faut pas se flatter d'avoir là l'œuvre originale de l'auteur (bien que la copie ne soit guère postérieure à la lin du xiii" siècle ou au commencement du xiV, comme le montre l'écriture du manuscrit). La copie du Vatican est vraisemblablement l'œuvre d'un Juif méridional, qui aura reproduit — plus ou moins exactement, on ne peut l'affirmer — une copie écrite en caractères hébreux ou français ', laquelle est une reproduction, sans doute /«/7e de mémoire, comme nous le verrons plus loin, de la pièce originale. Maintenant, entre ces intermédiaires qui nous paraissent assurés, on est libre d'en supposer encore d'autres, dont rien, il est vrai, ne prouve l'existence. Est-il admissible que la langue primitive, à travers ces copies successives, soit demeurée intacte? Il nous paraît difficile de l'affirmer. C'est ce qui diminue la valeur philologique de notre texte, valeur qui toutefois, même avec ces restrictions, garde encore de l'importance.

L'élégie est en quatrains monorimes, comme nombre de petites

' D'ailleurs la transcription en lettres hébraïques n'a pas dû peu contribuer à faire négliger au copiste les traditions orthographiques et à l'engager à reproduire son texte tel qu'il le prononçait.

2 La forme tée pour ta est douteuse, j'y vois une faute pour ié = tel.

^ Je penche pour le français à cause de la suppression systématique de r« dans les nasales an, m, on. Voir plus haut, p. 270.

pièces du xiii" siècle. Mais les vers sont d'une mesure singulièrement arbitraire, tantôt trop longs, tantôt trop courts. 11 n'est pas vraisemblable que l'auteur de la pièce se soit amusé à faire des alexandrins aussi grotesques ; d'ailleurs, pour peu qu'on lise l'élégie avec attention, on y sent un rythme caché qui semble avoir été déformé après coup. D'un autre côté, les phrases sont souvent embarrassées de particules qui gênent la mesure en même temps que la construction ; parfois aussi le sens parait appeler des mots qui viennent heureusement remplir la mesure. Par exemple: m, 3 : C^é .' prent en pitié l'hémistiche est évidemment: Gé! prent nos eniiitié. iv. 3. A Gé vif se rendi cil Ici de tos liens estet plein, ce cil Ici eit singulièrement prosa'ique ; qu'on le supprime et le rj'thme est rétabli en même temps que la phrase reprend une allure plus poétique, m, 4, le sens exige la négation ne ; la mesure s'en trouve également satisfaite. On peut multiplier ces exemples : je me contenterai d'en ajouter un seul : x, 3, D'ofrir son cors por Gé i n'ot jjas rusé. Si l'on songe qu'au xiii* siècle la forme de rusé était encore reûsé, que ce n'est qu'au milieu du xiv" siècle qu'on voit paraître dans les textes rusé, et que par suite c'est au plus tôt au commencement du x[v° siècle que rusé a dû se produire dans la prononciation, il faut voir dans cette forme l'œuvre du copiste. Et l'on est en droit de corriger rusé en rcilsé qui rétablit précisément la mesure.

De ces observations diverses on peut conclure que l'élégie a été composée en alexandrins, et retranserite — sans doute de mémoire — par un scribe qui l'a reproduite avec plus ou moins d'exactitude. Il n'y a donc pas de témérité à en essayer la restitution. On verra que les vers se laissent rétablir sans grande difficulté, hormis la strophe finale dont les deux derniers vers paraissent composés de quatre vers de huit syllabes. Toutefois avant d'essayer la restitution, il faut se demander dans quel dialecte elle se fera. Comme il est impossible de déterminer exactement le dialecte primitif de l'élégie, comme, en outre, notre première restitution conserve aussi fidèlement que possible la physionomie du texte, et que le lecteur pourra y étudier à l'aise les traits intéressants de phonétique ou de morphologie qu'il peut présenter, nous nous croyons en droit d'user maintenant d'un peu plus de liberté. Nous voulons donner un texte moins hérissé et de lecture plus facile, et nous essayons une restitution en langue commune, rétablissant les formes telles qu'elles se seraient présentées à un bon copiste français de la fin du xiu' siècle, conservant cependant les incorrections ou les particularités dialectales qu'exigent la mesure des vers et la rime, ou qui peuvent donner un cachet propre au .style de l'élégie.

TEXTE r.ESTAUKE.

I Mont sont il a mescUicf mis l'osgaree gent. Kl il n'en poenl mes si se vont curajant; Car d'entre eus furent ars maint proz cors sage et gent, Qui por lor vivre n'orent donc rachat d'argent.

II Troblcc est nos rj joie a tôt nostrc desduit

De ccus qui m et l'ont en lor conduit;

Ne finoient lor tascbe et le jor et la nuit : Or sont ars et feiii ; chescun Gé rckenuit.

III De la foloae gent sofrou? cesle dolor; Bii.'u nos pot changeler et muer la color. Gc! pront nos en pitié' c entend cri et plor : l'or nient avons perdu maint home de valor.

IV En place est amenez Rab Içak Cbastelains Qni por Go' lessa rentes et mesons lot a plein. A Gé vif se reudi : de tos biens esloit pleins. 13ou déporter estoit do Thosfoth et de plain '.

V La prudi femme, quant vil ardir son mari, Ma li fist li dcparz ; de ce jeta grand cri : « De tel mort vais morir com mon ami mori! " » D'enfant cle estoit grosse; por ce poine sofri.

VI Dos frères fur ars, uns potiz et unz granz. Li petiz s'csbahit du feu qui si s'esprent, E dit : « Haro! j'ar toz I » E li granz li aprenl E dit : « A Paradis seras ; tôt je t'acrant. »

VII La brus qui tant fu bêle, an la vint porpreebier. Ricbe estoit de deniers que tenoient molt cbier '. Tantost ele aqucmence encontre as a crachier : « Ne lorral Gé ; por tant me porrez cscorchier. »

' Thosfoth (prononciation vulgaire ; plus correctement Thosafoth). Ce sont des commentaires talmudiques. CI', supra, p. 179. Pour le mot plain qui suit, voyez plus haut, p. 295 [et 232, note 1, commeulaire]. — II n'es resté, en dehors de ce témoignage, aucune trace des œuvres de R. Isaac Cliàtelain.

' Je supprime cledist. Dans les complaintes populaire?, telles qu'est notre élégie, les dialogues d'ordinaire se suivent sans indication des personnages, les dilférences d'intonation dans le récit suffisent, en effet, pour les désigner, — De tel mort. Le texte porte tee qu'on peut corriger en ti = tel.

' Restitution plus que douteuse. Voir p. 2Sj et 286. (Contra 223, 224, 238.)

VIII D'une vois luit ensemble cbanloienl bat et clcr Corn fuissent gens de feste qui dussent caroler. Les mains orent liées ; ne pooient baler ; Onqnos gens an ne vit si bêtement aler.

IX En feu isnellement com Hatban fu menez. De fere sa hdouscha ' forment il s'est penez ; Les atres enbardit; de bono bore fu nez; Il ot a nom Samson le jone et le scné '.

X Apres vint Rab Scblomo ^ qui mot cstoit prisiez. Fu jetez dans le feu qui cslolt embrasez; D'ofrir son cors por Gé il n'ot pas reiisc; Por s'amor mort sofrl; bien en fu cnvesiez.

XI Mot fut envenimez li félon, 11 madlt

D'ardir l'un après l'atre. Dont le kadosck ^ li dit ;

« Fai grand feu, maves bon ! » De blasmer s'enbardlt.

Mot bêle fu sa fin d'Avirey de Bendit.

XII II I ot un prodome qui fort prinl a plorer E dist : « Por ma mcsnie me veez desperer, Non por mon cors. » Ardir se fist sans demorer; Ce fu Simon Sopher ' qui si bien sot orer.

X!U 1,1 biaus Colons i vint qui son feu atiza

Por rendre a Cie loauj-'cs

XIV Prccbors vinrent Içak le Colien^ requérir :

« Tornast a lor créance ou 1' kevanroll pcrir. > Il dist : « Que avec tant? Je voit por Gé morir. Je sui Coben : offrande de mon cors voil ofrir. ' »

' Krlottirha, prononciation vulgaire de kmlonschah (sanclificalion); cf. p. 299, n. 1.

' Le texte porte : ■ le jone et le kadmninth • ; ce dernier mol qui correspond à l'hébreu Aflr/;/(o« est sans doute une glose du scr.be. Je reslilue hypolhéliquemenl ce vers avec Tadjeclif 5?»^ (sensé), épitiièLe commune en vieux français. La rime exigerait bien le nominatif îi se irez ; mais notre texte comporte plus d'une incorrection de ce genre.

' SMomo, prononciation vulgaire pour S hehimo (Salomon) ; cf. p. 299, n. 1.

* Kadnsch^ saint. Ce mot chez les Juifs a géuéralement le sens de mùrli/r. Sous Louis XV, un Juif de Boulay (Moselle) mourait sur le bDchcr. J'ai vu des vieillards de Metz qui se rappelaient avoir jeûné, étant entants, à l'anniversaire de la mort de cet homme qu'ils appelaient le hadosch de Boula;/, le saint de Boulay.

" Le scribe.

^ Le prêtre.

' Félix : Adore-les ou meurs. — Pobjeuclc : Je suis chrétien. [Pohjevcte, V, 3.)

XV « A peine eschaperas, puis que nos te tenons

Devion cresliens » '. Et il respondi lantost : « Non ! Por les chiens ne lerrai le Gé vif ne son nom. » An l'apcloit llaiim, le mestre de Brinon '.

XVI Encore ot un kadocli'' qui fut menez avant. An li fist petit feu e l'aloit on grevant ; Hucboit Ge' de bon cor e menu e sovant; Docement sofri poino por servir Go' vivant'.

XVII Gé venche're, emprincre" ! vanche nos des félons 1 D'alandre ta vanchance nos semble li jors Ions ! De te preer de cor entier La ou nos seons et alons'' Près somes et aparellie.

Respon, Gc, quand nos t'apelons !

Abordons maintenant la question liistorii]ue.

La notice et les deux élégies nous apprennent que des Frères Prdclieurs, c'est-à-dire des Dominicains, ou membres de l'Inquisition, livrèrent au biieher treize Juif'i, à savoir :

R. Isaac Cliastelain.

Sa femme, qui était enceinte.

Ses deux fils, l'un marié, l'autre encore enfant.

La femme du iils aîné.

R. Simsôn, fiancé, appelé h Jcadmôn ou le Jeune alaJcadmenafh.

R. Salomon.

R. Barucli d'Avirey.

R. Siméon, scribe, de Chàtillon.

' La lexlo porle : Fist li baillis, devien cresliens. etc. Fist li baillis doit être une rjlose postérieure du scnbe. Cf. p. 2'J9, n. 2.

' Des deux épithèles serorge et mestre île Brinon, je supprime la première qui doit être une glose, comme me le fait remarquer M. P. Meyer. Le maître de Brinon, tel devait être en effet le titre qu'on donnait au chirurgien Haiim.

3 Voir 300, n. 4.

* Cf. p. 290-291, au commentaire correspondant.

* Comparez pour le mouvement : < Dieu des vengeances, Éternel ! Dieu des vengeances, apparais ! ■ (Psaumes, xciv, 1).

^ Souvenir du Deutérouome, VI, T : > Tu répéteras les paroles de Dieu et en restant dans ta demeure et en allant en chemin. •

Page 1