‹ Reliques scientifiquesChapitre 130 sur 167 · IV -II · texte numérisé non relu

IV -II

Altfranzœsische Bibliothek, herausgegeben, von D'' Wendei.in FOERSTER, Heilbroun, IlenuUiger, 1883-1884, t. II, deuxième êdilion ; t. VI et t. VIII. Trois volumes iu-12.

Nous avons parlé ici même l'an dernier ', de la collection d'anciens textes français publiés en Allemagne sous la direction de M. ^Vendelin Foerster, le succès ieur de Diez dans la chaire de philologie romane à Bonn. Nous avons donné le compte-rendu des cinq premiers volumes. La collection s'est enrichie depuis de trois volumes nouveaux, ou, plus exactement, de deux volumes et d'une seconde édition d'un des tomes précédents, le tome deuxième.

I. Voyage de Charlemagm à Jérusalem et à Constantiiwple, publié par Eduard KoscUwilz, deuxième édition complètemoal remaniée et augmenlo'e, un vol. in-12 de 10, de li et de 117 page.s. {Karls des Grosseii Reise iiach Jérusalem uiid Constantinopel, eiii altfranzusische Heidengedicht, herausgegeben von Eduard KoschicUz; zweite, vollstândig umgearleitete und vermelirle Aujlage.)

Nous avons montré, dans l'article auquel nous renvoyons le lecteur, par quelle longue série de recherches M. Koschwitz s'était préparé à l'édition de ce texte curieux à tant d'égards, conservé dans un mauvais manuscrit anglo-normand du xiii^-xi^ siècle et dans des imitations ou reproductions indirectes et plus ou moins infidèles que donnent des traductions Scandinaves et galloises, et un roman û-ançais en prose du xv» siècle [Galien le Réthoré). De la était sortie cette édition de 1879 dont M. Kosch-witz disait qu'elle n'avait nullement « la prétention d'être définitive ».

Cette édition, fort bien accueillie par la critique, avait inspirée aux maîtres les plus autorisés de la philologie romane, MM, Paris, Tobler,

' Revue critique de 1883, n° 21 [l'article précédent pp. 54-60].

Mussafia, etc., des observations de détail ou d'ensemble dont l'éditeur fit son profit, en même temps que ses rcclierehes personnelles lui permettaient d'aller plus loin et de creuser plus avant les nombreuses questions de critique et de langue que soulève le Voyage.

Laissant toujours son travail sur le métier, il le reprit sur nouveaux frais; et c'est ainsi que trois ans après avoir publié sa pi'emière édition, — rapidement épuisée, — il nous donne cette seconde édition qu'il peut ajuste titre considérer comme un nouvel ouvrage.

Comme la première, elle comprend une introduction, le texte, des notes critiques et un glossaire, mais cm diverses parties ont subi des refontes générales.

La nouvelle introduction supprime tout es qui de la première est devenu inutile; elle résume brièvement les points acquis par de longues reclierclies qu'exposait l'ancienne ; elle s'arrête, au contraire, sur les points obscurs sur lesquels, depuis ISlî), la lumière a été appelée.

Pour le texte, M. Koschwitz, au lieu de donner le texte critique reconstitué selon les l'ègles, avec les leçons du manuscrit au bas des pa?es, donne cette fois le texte du manuscrit, reproduit di[)lomatiquement avec toute l'exactitude possible ', et, en regard, le texte reconstitué : cette disposition est fort commode pour le lecteur qui peut, sans effort, remonter des corrections de l'auteur à l'original ; elle permet, en outre, à l'éditeur de placer au bas des pages, sous le texte diplomatique, les divergences de lecture que présente l'édition princeps de Fr. Michel ou les copies ou collations manuscrites prises par divei's savants ; et sous le texte critique, les renvois permanents aux traductions Scandinaves et galloise et au Galien.

Les notes et observations critiques ont plus que doublé en étendue. Quant au lexique, qui n'était primitivement qu'un simple recueil de mots difficiles, il est devenu le recueil complet de tous les mots du texte.

Cette seconde édition, on le voit, est un travail tout nouveau, travail qui fait le plus grand honneur à M. Koschwitz. On ne peut que le féliciter de s'être ainsi exclusivement attaché à une œuvre — une œuvre capitale, tant sont diverses les questions que soulève ce poème du xi"^ siècle, — pour la faire profiter de tous les progrès de la science contemporaine, et l'amener, si possible, au degré de perfection dont une édition est susceptible dans l'état actuel de nos connaissances de l'ancien français.

On peut considérer cette publication comme nous représentant assez exactement cet état de nos connaissances, et elle est bien faite pour montrer les progrès opérés par la philologie l'omane dans ces dernières

' Depuis quatre années, le manuscrit a disparu du British Muscum. On ne possède plus que l'édition princeps de Fr. Michel (1836;, pleine de fautes de lecture, et des copies ou collations manuscrites faites par plusieurs savants.

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années et la précision et la sûreté de la méthode qui lui est propre. Nous donnons ici en note un certain nombre de menues observations que nous suggère une lecture rapide du Dictionnaire '.

II. L'ancienne chanson française de Roland, Texte de Châteauroux et de Venise, VII, publiée par Wendelin Foorsler, Ileilbronn, 1883. [Bas altfranzijsische Rolandslied, Text von Châteauroux und Yenedig, VII, brggbn von Wendelin Foersler) ; tome VI de V Attfranzbsische Bibliothelc, un vol. iQ-12 de XXH et 401 pages.

On sait que le poème primitif du xi<^ siècle, connu sous le nom do Chanson de Roland, nous a été conservé dans deux copies d'inégale valeur, l'une assez bonne, rédigée en Angleterre dans le dernier tiers du xii° siècle ; c'est le célèbre manuscrit d'Oxford ; l'autre, d'origine italienne, abominablement cori'ompue (elle est écrite en un français ita-

' M. Koschwilz donne pour chaque mol l'élymolof;ie enlre parcnihèses ; il remonte presque toujours à la l'orme latine ou à la l'orme du lu lin populaire (pri?céJée d'une * quand elle est hypotliélique) qui explique phonétiquement le mot français (il ne l'ait puère d'exception que pour les mots d'oii>;ine f<eimaniquej. Celle méthode a le grand avantage de la concision, mais a peut-être le ton Je donner parfois une fausse idée de la façon dont le mot est formé; elle fait ou paraît faire remonter à l'époque romane ou latine des dérivations ou des compositions qui sont entièrement d'âfie postérieur. Peut-on dire, par exemple, que c/itt-c-baisici' so'il nilcy- liasiare, que eslcecier soiicx-la etitiarc ; le premier est formé d'éléments purement français entre et baisier ; le second sevaxi cslclcier eslccier s'A venait du dérivé verbal ; il est formé à l'époque française de Uece leihre qui est, lui, le dérivé direct de laetitia. Admettre une élymolo^^ie directe pour ces mots de dérivation postérieure mènerait loin. A ce compte, dcm(:iianement serait * de-ex-minsion-alic-amcntiiM ! L'étymologie doit tenir un compte plus sévère du développement historique et de la vie propre des mois.

M. Koschwilz donne aux mots latins (donnés comme étymologies) la forme du nominatif: c"est souvent inexact pour les noms masculins; ainsi ioe/n'esl pas bas mais borein; ce l'est toujours pour les noms féminins ; comment faire sortir ncif àe nix, aiiior de auior, etc. ? C'est trop donner à la concision.

Voici maintenant quelques remarques détachées : nous suivons l'ordre des mois : € acoillir (ad-*colliiiire) ■ ; colligire ne peul expliquer la forme coillir, il aurait donné colgir, cougir. — ■ Afjuillon f*acucidio de acucula) • ; il conviendrait de marquer du signe de la longue le premier î^de acikula. — • Air/lent (*acucnlc»tum) • ; lisez acnlentum. — < Aim (de ante] • il faudrait préciser; ainz vient de antcis forme du lutin populaire qui o remplacé antca. — • Aleine (kalenaj • ; haleiia n'est pas

latin ; mettre au moins *haltna et indiquer le rapport du mot avec anholarc. < Anceis

(antc-ipsuM ou anlius?) • ; ni l'un ni l'autre, ils auraient donné antcis antois.

• Brasier (per-*ustularc) <, ajouter au moins un? après ce pcr-iistularc ïoil problématique. — < Chaière (y.œOéSfa) • ; pourquoi donner l'èlymologie grecque, puisque le latin populaire a dit cathedra; à ce compte, autant donner àito«o),ô;, xoXofBÔ; comme étymologies à'apôtre, coup ; de même xâfi-xpa, comme origine de chambre ; aimera est une importation latine du grec plus ancienne que apostohis, colapiis ou cathedra ■ mais la date plus ou moins récente ou plus ou moins reculée de l'importation n'empêche nullement le mol roman de remonter ici à une origine latine : même observation pour ente, du lat. populaire empota qui vient du grec ë|j,iUT«.

< Baient (*dole,itits) > ; lire dolcutis ; de même pour toutes les formes du participe présent; la comparaison avec les autres langues romanes montre que le latin populaire

a fait passer la terminaison eus ente»!, ans antem, à cutis entem anlis anteui

. Bos (dorsum) . ; plus exactement *dossuhi. — . RI (de * alam pour alli]u4 • ; d

lianisé tout à fait barbare), et conservée dans le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc à Venise, fonds français, n° IV.

De plus, vers la fin du xii" ou au commencement du xiii° siècle, un poète remania le texte ancien du Roland, en lui faisant subir des modifications, quelquefois très profondes, qui altérèrent complètement la physionomie de l'original.

Le Roman de Roncevau.v (tel est le nom sous lequel on désigne habituellement ce remaniement) a été conservé dans une demi-douzaine de manuscrits dont on ne possédait jusqu'ici que des copies imparfaites ou incomplètes. Or la restitution critique du Roman de Ronceraux est d'une importance capitale pour la reconstitution du texte primitif de la Chanson de Roland, àe ce texte d'où sont sortis les manuscrits d'Oxford et de Venise, et sur lequel a travaillé l'auteur du Roman.

Pour la Chanson de Roland, on possède une édition [diotographiée et une édition diplomatique du manuscrit d'Oxford, que l'on doit à ]\I. E. Stengel, le laborieux professeur de philologie romane à l'Université de Marburg ; on possède également une reproduction diplomatique du manuscrit de Venise IV, due aux soins de M. Ed. Koschwitz. Le Roman de Roncevaux semblait oublié, et pourtant si un texte avait besoin des secours de la critique, c'était bien celui-là.

vieut plutôt dea/earaené par l'analogie de tah. quale. — ■ Eselarcir (de ex-claresccre] ■ ; le c, dans les verbes tels que édaircir. obscurcir, noircir, etc., ns peut représenler que la syllabe -iV- qu'on retrouve si Mquenimentdans la dérivation uomirale, escltrcir est donc *ex-claricire. — « IHstoreir (* stojje.ej • ; qu'est-ce que cette form-' ito/jcrc? l'étoile qui la précède à gauche signilie qu'elle appartient au latin populaire; sur quelle autorité s'appuie M. lioschwitz pour la lui altribuer ? — Même observation pour extriid-are, esinier et pour * rocca, roche ; sur quoi s'appuient ces formes et quelle en est la valeur? — • Galerne (de l'irl. ijal >; le mot est bas- breton : gitaltrn. — GuarJcr, guarir, guarnir, giierpir: il serait utile de remonter exactement aux types germaniques en an, on pour les verbes français en er, aux types germaniques eojdn, jon pour les verbes français en )> (d'après une observation laite depuis longtemps par M. G. Pari>). — ■ Guionage (DC ginonagiuin) > ; comme la forme donnée par Du Can"e n'est que le mot Irançais traduit en bas-latin, elle ne nous apprend rien et ne

sert à rien. t Honte (auc. ail. *hônita] • ; sans doute M. Koschwitz, changeaut ici la

valeur de l'étoile, suppose ainsi une forme hônita, parce que la l'orme la p us ancienne connue est (s-i nous ne nous trompons) honida Mais hùniila suppose régu.ièrement hônitha, qui est la forme gothique, et par suite la forme primitive. Or, daus les mots "ermaniques qui ont passé au français, c'est une règle que l'aspirée dentale th se

change en / ; cf. les noms mérovingiens en Théo- = Tu' ■ Lointain {'tongilaiieus] • ;

plutôt ' longitanus. — « Mot {muttiimf] • Pourquoi ce point d'interrogation? Je ne sache pas qu'on puisse faire des objections à celte étymologie, malgré le changement de u en o. — < Olirier {oliviarius) • ; mieux olivarius. — • Plctir (jtracbere) >, mettre un ? après prathere ; quoique cette étymologie soit très vraisemblable (elie a l'avantage d'expliquer plcige en même temps que plfvir ; le changement de l en r fait seul difticuUé) ; cependant elle n'est que probable. — ■ PrfccMer [praedicar) i; praedicare a donné préchier et non pri'echicr. — • Puis [pos) ■ ; corrigez en post : étymologie inexacte ; puis est posleis, comme «inicst anteis; poitea a lioaaé postcn-s, poslias d'où le poisses de la Passion 232 et le provençal poissas pueissas; il a aussi donné posleis, postiis, d'où jmis ; cf. oSTi-aiii huis — etc., etc.

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Les six. manuscrits qui contiennent le Roman se divisent, en effet, en deux familles, l'une comprenant un manuscrit conserve à Chàtsauroux et un autre conservé à Venise dans la bibliothèque de Saint-Marc, fonds français, n" Vil ' ; l'autre comprenant un manuscrit conserve à Pari.^, un second à Lyon, un troisième à Cambridge, sans parler d'un court fragment écrit en dialecte lorrain.

Or, de ces manuscrits, on n'a jusqu'ici publié complètement (je no parle pas de courts morceaux publiés dans des clirestomatbies), que le ms. do Chàteauroux et le ms. de Parii. Le m s. de Paris a été ]iublié en 1869, par M. Fr. Michel, avec la légèreté qui caractérise la plupart de ses éditions. Pour ne donner qu'un exemple, le compte des vers du poème est grossi indûment de 6,000 vers : à la page 238, le nombre 3,913 est changé par mégarde en 9,913, et cette erreur, 122 fois répétée, se poursuit sur les 122 pages suivantes jusqu'à la fin du poème qui compte ainsi 13,108 vers au lieu de 7,108! Quant au ms. de Chàteauroux, il a été publié d'une façon tout à fait extraordinaire par un de ses anciens propriétaires, Jean-Louis Bourdillon (.en 18W-4r.

Bourdillon, convaincu que son manuscrit était le plus précieux de tous ceux qui conservent le texte du Roland, le prit pour base dans son essai de reconstitution de ce texte. Il l'apprit à peu près par cœur, puis, fermant le livre et s'abandonnant à son imagination, il essaya de retrouver par inspiration le texte original. Il écrivit ainsi sous la mystérieuse dictée d'un instinct supérieur, qui, dédaignant la marche pénible et vulgaire de la méthode expérimentale, de la critique a poslcriori, lui faisait retrouver a priori, par intuition, l'original à jamais perdu ! De là est sorti ce Roncivcds mis m lumière, texte de fantaisie écrit dans une langue baroque, mélange d'ancien français et de français moderne habillé à l'ancienne, que Littré a eu la malheureuse idée de faire entrer à peu près tout entier dans Vhisioriqite de son dictionnaire comme texte de langue pour le xiV siècle !

Le fragment lorrain (de 600 vers environ) avait été publie par M. Génin dans son édition de la Chanson de Roland.

Voilà où en était encore l'année dernière, la publication du Roman de Roncevaux. M, Foerster, poursuivant, en rivalité avec l'école de Marburg la publication des documents relatifs au Roland qui doivent aboutir à une édition critique et vraiment scientifique du texte du xi° siècle, a abordé résolument la publication du Roman de Roncevaux. Il prépare une édition critique des mss. de Paris, Lyon, Cambridge

' Ainsi le n» iv cl le n» vu du fonds français de celle bibliothèque nous ofTrcnt les deux traditions du Roland, le u" iv celle du poème primilif du si" siècle, le n" vu celle du rajeunissement.

et du fragment lûi'i'ain, et nous offre aujourd'hui le texte diplomatinue des deux mss. de Cliàteauroux et de Versailles.

Dans la préface, M. Fooriter donne une description étendue du ras. de Cliàteauroux ou ms. Bourdillon dont il fait riiistoire, et du ms. VII de Venise, et publie une intéressante notice sur Bourdillon, obtenue pour lui d'un habitant du pays, M. Pàturot, par M. Pauplin Mayet, bibliothécaire de la ville de Cliàteauroux. Cette description modifie en quelques points l'opinion généralement reçue sur l'un au moins de ces manuscrits.

Pour le ms. de Cliàteauroux, contrairement à l'opinion do MM. Meyer et Gauthier qui le placent au xiv» siècle, il l'assigne à la seconde moitié et au plus tard à la fin du xiii^ siècle. Il l'cfuse également d'y reconnaître, comme le font les deux cminents paléographes, une écriture italienne dont il no trouve pas la plus petite trace ' .

Le ms. VII de Venise a été sîirement écrit en Italie, comme le prouvent l'écriture et les nombreux italianismes qui émaillent le texte. Tout le monde est d'accord à le placer à la fin du xiii" siècle ou au commencement du xiv". Il serait donc, suivant M. Foerster, un peu postérieur au ms. de Bourdillon.

Comme les deux textes concordent presque partout, M. Foerster se contente de donner en interligne, en petits caractères, sous les vers correspondants du texte de Chàteauroux, le3 vers du texte de Venise qui s'en écarte:,t. Les lacunes du ms. de Venise ou du ms. de Chàteauroux sont indiquées par le signe C + ouïe signe V -H* placé devant les vcri

' Toutefois, on vomirait voir M. Foerster concilier celte conclusion avec le l'ait que ce m?, contient çà et là des italianismes, cl qu'il vient d'Italie, puisqu'il faisait au- Irefois partie de la Bibliothèque des Gonzagucs. Voir le n» 32 du catalogue des mss. 1'.-. des Gonzagues dans la Hoiiianij, ISSO, p. 513.

* M, Foerster désigne ici par V le ms. de Venise et par C le ms. de Cliàteauroux j ces désignalions sont nouvelles et faites pour dérouler les liabilulcs reçues. Il propose dans une note de l'introduction un nouveau s^'slème de notation, qui ne nous paraît guère heureux, pour désigner rcnscmblo des textes rclaitilic/is :

1. F(rançais) : O = ms. d'Osford ; V = ms. de Venise IV ; B ^ ms. de Bourdillon ou Chàlcauroux ; M = manuscrit de Venise Vil, c'est-à-dire de la Marciana ; V = ms. de Paris ; C = ms. do Cambridge ; L =: ms. de Lyon ; F = fragment lorrain.

2. DJeutsche lexle ; textes allemands) : r = le Ruotlandes liet ou traduction allemande du Rotant par le curé Conrad ; 1; = le Karlmcinet ; s = le Stricker.

3. îs(orois): d = la traduction Notoise dite Karlamagnus Saga ; n =^ chronique Danoise.

'i. H(ol!andais; : 1 = fragment de Looz ; b = fr. de Bruxelles; h = fr. de La IIa3e ;

r = fr. de Uijssel ; v = le vUxmisches vo'.Usbuch. 5. E(nglischcs gedicht : poèmes anglais). (i. L(atin] : l = Turpin ; c = Carmen de prodicioue Gueuonis. Cette notaliju présente le défaut d'aiTccter les capitales simples à un double emploi, désignation des mss. (O, V, B, M, P, C, L, F) cl désignation des genres ou groupes

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du an. dj CliAteauroux ou du ms dj Veuisc qui no sont [las roprosento;; dans l'autre texte. Loi mots absents dans le lus. de Venise qui manquent dans des vers présents sont indiqués par des tirets. 'J'out cela forme un système, plus compliqué en apparence qu'en réalité, et dont on se rend maitre assez vite.

Cependant, il eût été préférable que M. Foorster, au lieu de donner la collation de V, eut reproduit exactement le texte comme il fait pour C Le relevé des variantes d un ms. par rapport à un autre ne va pas sans de nomljreuses erreurs que ne comporte paj la simple reproduction diplomatique du texte ; car ce dernier travail n'exijc qu'une attention simple et continue, qui permet facilement d'arriver à une grande rigueur de copie. L'autre travail au contraire impose à l'esprit de se partager entre deux efforts d'attention dlifércnts ; de là des chances sérieuses et beaucoup plus grandes d'erreur. M. Foerstcr a fait réviser ses épreuves sur le ms. par le bibliothécaire de la Marciana, M. le comte Soraiizo ; jusqu'à quel point est-il sur de la justesse et do l'exactitude de la révision ?

Nous ne pouvons guère l'ésoudre cette question, n'ajant pas les manuscrits sous les yeux. Nous connaissons la compétence de M. "Foerstcr et le soin avec lequel il a l'habitude de travailler, et nous vovons là des garanties sérieuses d'exactitude et de rigueur. Toutefois, en comparant çà et là quelques passages de ses textes avec des fragments des mss. de V et de C, publiés par d'autres savants avant lui, par exemple, par feu Th. Millier dans son édition de la Chanson de Roland et \}ar M. Paul Meyer dans son Recueil d'anciens textes français, nous constatons quelques divergences dans les leçons :

Th. Millier, p. 93, en bas, et Foerstcr, strophe lxxxvi (dans V; '. p. 69. Millier : Monlnegre — sur — ot — Li icrt lien — corroient — qici — ne porront — od. els — corcnt.

Foerstcr : Mont Nègre — sor — oit — ti ccif Im — 2)oroicnl — qi — nm poronl — o els — carrent.

Paul Mcj-cr, Recued, p. 226 (folio 63 et suiv. du ms. de Château-

do mss. [F, D, N, II, E, L). Au moins fauJiuil-il que ces derulircs capUalcs se; disUn^uasseul par un curaclère propre, puisqu'elles ont une si^^niGcalion commune, qu'elles fussent eu italiques par exemple. De plus, quelques-unes de ces lettres n'ont de sens q'ie parce qu'elles sont iniliales dj mots a'IemanJs (D = deutscl.c; E = engUsches ; V= vlaemisches) ; or, c'est un principe de nomcr.clature en pareils cas, que ces let'.ro.=, si elles sont sigailkalivcs, soient indépendantes d. s laufçues, et représentent des faits propres aux manuscrits. 11 faut chercher a. Heurs, l'ourquoi ne pas prendre simplement les lellros dans l'ordre alphahé:ique A =; ms. d'Oxford ; li ^ ms. de Venise IV ; C = ms. do Chileauroux ; etc.? H sullJt de s'entendre une lois pour toutes sur l'ordre des mss,

> M. Foerstcr numérote les vers des strophes, et non les vers du poème : il ne pouvait pas faire autremonl ; cependant, pour facditcr la comiiaruison, il aurait dû renvoyer pour chaque strophe aux strophes correspondantes du ms. d'Oiford,

roux, et Foerster, st. ccxliii, de C (v. 206). Les numéros des vers cités se rapportent au texte de M. P. Mever.

Vers 1 : meins (Mayer) ; mauis (Foerster). — V. l^pom (M.) ; poin (p.y y. 25 ; tems (M.) ; tens (F.). — V. 26 : mors (M.); mort (F.). V. 37 : Irespassemait (M.) ; frepassemeiit (F.]. — Y. 42 : conquirammenl (M.) ; conquirazmcnt (F.). — V. 47 : cens (M.) ; cors (F.). — etc. Qui des deux a raison '? C'est aux mss. à décider.

Ces menues observations n'empéclient pas que nous ne soyons fort reconnaissants à M. Foerster de son utile publication, et nous souliaitons vivement que, fidèle à sa promesse, il donne prochainement le texte des autres manuscrits. Nous serons ainsi en possession de tous les documents français nécessaires pour la reconstitution du texte primitif.

III. Le traité de l'orthographe française. (Orthographia gallica, attester Traitât ueber franzœsische Aussprache imd Orthographie, nach vier Ilandschifteii zum erslea Mal herausgegeben von 3. Slùizluger, Ilcilbroan, 18S4; un vol. in-12 do xlvi et 52 pages. — Volume YIII de la coUcclion.

Il est curieux que les plus anciens traités grammaticaux dont notre langue ait été l'objet soient dus à des étrangers, à des Anglais. Si la chose surprend à première vue, on s'en rend cependant facilement compte en songeant que ce sont avant tout les étrangers qui ont besoin de pareils ouvrages. La langue maternelle au moyen âge s'apprend par l'usage. La situation politique de l'Angleterre, les caractères de sa littérature, en grande partie française, ses rapports nombreux et divers avec la France, rendaient particulièrement utile aux Anglais la connaissance de notre langue. Voici ce que disait un Anglais de Chester, dans la préface d'un Donat français qu'il composait au xiv« siècle pour « brièvement introduire les Angloii en le droit language de Paris et du païs d'allentour » :

« Pour ceo que les bones gens du Roiaume d'Engleterre sont » cnbrasez a scavoir lire et escrire, entendre et parler droit François, >» afin qu'ils puissent entrecomuner bonement ové leur voisins, c'est a » dire les bones gens du roiaume de France, et ainsi j;o(w ce que Us Jeijs » tV Enyleterre pour le graigncur partie et aassi beaucoup de hones choses » sont misez en François, et aussi bien prez touz les seigneurs et toutes » les dames en mesme roiaume de Engleterre volentiers s'entrescrient » en romance, — très nécessaire je cuide estre aus Engleis de scavoir » la droite nature de françois. »

Cette littérature grammaticale s'étend de la fin du xiii" siècle au XVI''. Elle commence avec des gloses latine ou anglo-françaises, acquiert un développement original au xiv" siècle, semble s'arrêter au xv^ pour prendre un nouvel essor au xvi<^ siècle.

De la littérature antérieure au xvi° siècle, qui fut sans doute fort

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éteiuluo, il no reste que des débris, assez notables toutefois, qui apliartieniient spécialement au xiv=.

La plupart de ces documents ont déjà été publiés ou analysé; ; citons, on particulier, le travail important de M. Stongel dont nous donnons le titre au ba-s de cette page ', et l'édition que M. Mejer a donnée dans ce recueil même (1870, t. II, p. 373 408) du curieux ouvrage intitulé Manières de ImujcKje, et qui est un recueil de phrases françaises à l'usage de l'Anglais voyageant en France.

Parmi ces documents, se trouve un petit traité de prononciation française connu sous le nom de Documcnl de Londres ou de la Tour de Londres, publié jadis par M. Th. Wright. Ce document doit être rapproché de trois autres textes analogues beaucoup plus étendus, en partie inédits, que fournissent les bibliothèques d3 Cambridge, d'Oxford et du Briiish Muséum ; c'est le texte critique ou plutôt comparatif de ces quatre textes que public en les accompagnant d'un commentaire M. Stûrzinger.

L'auteur commence par une élude bibliographique sur celte lillcraturo grammaticale, où il a réuni d'après l'ordre dos matières (1° prononcialion et orlhographe ; 2" théorie des formes ; 3° s>/nla.re et eomposiiion), les divers mss. connus, publiés, analysés ou simplement indiqués, qui contiennent des documents sur la langue fiançaise : étude soigneuse, méthodique, mais d'une exposition confuse et quelque peu pénible. Pour être tout à fait complet, l'auteur aurait du commencer par rappeler, sinon les gloses d'Alexandre Neckham et de Jean de Garlande, qui regardent plutôt l'enseignement du latin que celui du français, du moins le traité de Gautier de Biblosworth, que 'l'h. Wright avait jadis publié dans son Recueil do Vocahidaires (voir p. 142-1'74) -, Il aurait pu également, en note, signaler la curieuse grammaire hébra'ique-française que nous avons publiée en 1877 ^, et qui donne peut étro les plus anciens paradigmes de la conjugaison et de la déclinaison françaises que l'on possède.

Dans la seconde partie de son introduction, M. Stiirzinger, avec le même soin et le même scrupule, étudie Y OrthograpJiia galliea. Il décrit les quatre mss. dont nous avons parlé : 1" le document de Londres (T) publié par "S\^right ; 2" un ms. Harléien du British Muséum, signalé plusieurs fois déjà, mais resté inédit (H : ce ms. offre cette curieuse particularité que les règles latines sont souvent accompagnées de com-

' Voir Slengel, Die aeUes.'cii AnUiUnigssAriften rîo- Hi-hrnunij de,' fi-an:<rsi-cJien Sjrcche, dans la Zeitsch-ifl fur niiifrajuœsischc Spyaclie niid Zitlerati/r, t. I (ISTfl), p. 25. — Rappelé par M. Siiuzinger, p. xxiii.

2 Voir également le Recueil d\uiciens textes français Je M. Paul Moyer.

3 Gloses et glossaires hibrciix-français, Paiis^ Viewo";, 1S72 (réimprimé dans le volume précédent, p. lGo-195).

ment.airos oxplicntifs à peu près contemporains, roiligcs en français); 3» un ms. do Caniln'iclge (C), inédit; enfin, i" un ms. d'Oxford (Oj, dont Ellis avait public des fragments dans son traité On Earhj English ryononcialion (p. 836-7). M. Stiirzinger montre que ce3 quatre mss. se divisent en deux familles : la première représentée par T, c'est lo texte le plus ancien, le plus voisin de l'original ; l'autre famille représentée par les mss. HCO qui dérivent, à des degrés inégaux, d'un ms. perdu, sorti avec T d'un même original. Il démontre ensuite facilement que l'auteur de YOrihoyrapltia yailim était anglais, ainsi que les l'emanieurs de l'œuvre primitive. Il place enfin li composition du livre, — sans donner de preuves bien fortes, mais avec vraisemblance . — aux environs de 1300.

L'édition du texte est excellente : elle est disposée en trois colonnes, à gaucho T, au milieu H, à droite CO (les deux mss. sont assez voisins l'un de l'autre pour rendre possible la fusion des deux rédactions en une seule). D'habiles dispositions typographiques placent les trois versions de chaque règle en regard l'un de l'autre.

Viennent ensuite des variantes ou des leçons de manuscrit que l'é-liteur a corrigées dans son texte, puis une série d'observations où il cherche à dégager de toutes ces règles latines, plus ou moins confUîCS et plus ou moins obscures, quelques résultats qui intéressent l'hiitoire de la prononciation française. Tout cela est fait avec intelligence et soin et porte la marque d'un esprit méthodique et consciencieux.

[Rmic ci-it'qir, 1SS4, n» 35)

Les Vers français et leur prosodie, par F. de Gn.^.^^MONT. Paris, Ileizol (1876). Bibliollièquc d'éducation et de rccrcalion ; 1 vol. in-12 ; ix-337 pages.

Ce traité do versification française est d'une lecture atlrajante. Il a la rigueur d'un traité didactique sans en avoir la sécheresse. C'est l'œuvre d'un critique, qui est poète à ses heures, et il est intéressant do voir l'auteur des CItania du passé donner les règles d'un art qu'il a cultivé avec amour.

Son livre se divise en trois parties. Dans la première (p. 1-16G), l'auteur traite du vers français et de ses différentes formes, du nombre des sjllabes, des assemblages de voyelles dont le compte est douteux, du rôle do \'e muet à la fin des mots, des règles de l'hiatus, de l'enjambement, de l'inversion; et il donne enfin des exemples des diverses sortes do vers, depuis douze syllabes jusqu'à deux ou une. Dans la deuxième partie (p. 167-246), il examine les divers groupements do vers, le distique, le tercet, le quatrain, le quintain, et toutes les variétés de la strophe. La troisième (p. 247-331) est consacrée à quelques formes curieuses de l'ancienne poésie et de la nouvelle, le sonnet, lo rondeau, la ballade, le chant royal, etc., le pantoiim, la sextine, et aux jeux de rimes à la mode au xvi" siècle, les rimes batelées, brisées, couronnées, etc. Un glossaire des mots de l'ancienne langue et une table des auteurs cités terminent l'ouvrage.

L'auteur ne se borne pas à exposer les lois actuelles de notre versification. 11 remonte dans le pas;é auquel il demande l'explication de diverses règles. Il fait preuve d'une connaissance assez approfondie de la poésie du xvi" siècle ; mais quand il s'aventure dans le moyen âge, il marche avec moins d'assurance et parfois s'égare, comme par exemple au ch. x qui traite de l'alternance des rimes masculines et féminines.

Nous sommes d'accord avec l'auteur sur la plupart des points ; l'on ne saurait qu'approuver sa critique sage, modérée, sans esprit do parti ni d'école. Ses conclusions sur diverses questions controversées, riiiatus, l'enjambement, etc., sont pleines de bon sens et de goût. Sur quelques points assez importants, nous professons un autre avis.

Au sujet des e muets qui finissent des mots sans être clidés et qui comptent dans la mesure du vers, M. de Grammont pense qu'en les lisant « on doit les prononcer nettement et non les esquiver comme on Je fait le plus souvent dans le langage courant. Ainsi ce vers

BeUc vierge, sans doute enfant d'une déesse

(A. Chénieu, k Mendiant.)

devra être prononcé presque de cette façon :

Belleit viergcu, sans doulc enfant d'itneu déesse.

tandis qu'en prose il se lirait ainsi :

Bell' r'f/'y'san? dout' enfant d'un' déesse.

ce qui en détruirait complètement la mesure.

Il en est de même lorsque Ve muet est suivi des consonnes s ou ni, eomrae dans ces vers :

Sur de mol'es toisons, en un calme sommeil. . . So-ivcnt marchent ensemble indigence cl vertu...

(ID., ibid)

qui devront être lus ainsi qu'il suit :

Sur de moïïeu toisons, en un calmeu sommeil. . . Soivenl marcheii t'cnscmbl' indigène' et vertu.

Il est bien entendu d'ailleurs qu'on no devra appuyer sur ces e muets que tout juste autant qu'il faut pour faire sentir la syllabe et maintenir la mesure du vers, mais non de façon à transporter sur eux l'accent qui appartient à la syllabe qui précède » (p. 29).

Cette théorie ne nous semble exacte que dans un cas. C'est quand le mot SB termine par un groupe do consonnes, la seconde étant généralement un / ou un r ; alors Ye muet qui suit ce groupe se prononce dans le langage soutenu, lorsque le mot suivant commence par une consonne, par cette raison qu'il e^t impossible d'émettre le groupe sans la voyelle d'appui. La p:iiivv-c fille ; mais le pauw enfant. Le langage populaire, plus radical, réduit le groupe dans le premier cas, en supprimant la seconde des deux consonnes avec son e muet final : la pauv fille ; mais lepaiivr enfant. Cette loi est générale.

En faut-il conclure que les vers renfermant des e muets à la fin des

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