‹ Reliques scientifiquesChapitre 142 sur 167 · III. — E, I, 0, u longs · texte numérisé non relu

III. — E, I, 0, u longs

La chute de la protonique longue est aussi réelle que celle de la brève ; elle n'a pas été reconnue jusqu'ici parce que dans un grand nombre de mots elle est contrariée par diverses causes qui agissent spécialement sur les mots dérivés et sur les formes de la conjugaison. Dans collôcàre, colchier, l'ô étant une protonique brève tombe comme il tombe dans côllocat colche où il est atone finale. Bonum a l'accent sur o et devient bon ; dans lonitatem, l'o, tout en perdant l'accent tonique, reçoit un accent second : Iwni-ldtem, et 1'/ de boni comme \'e de tdlem tombe. Ici le jeu des lois phonétiques est simple. Il n'en est pas de même pour certains mots à protonique longue ; la voyelle atone dans quelques formes, ou dans les radicaux de ces mots, peut recevoir l'accent ; * ratiônarc, *ratiônat; aJûldre,aJûM; dolôrdsitm, clolorem; amkdbilem.amicum. De là des actions diverses d'analogie qui viennent troubler l'harmonie de la loi phonétique. A cela s'ajoutent encore des changements de suffixes qui jusqu'ici n'ont pas été reconnus. Il résulte de ces diverses causes que dans beaucoup de mots la protonique longue parait s'être conservée ; mais il ne faut pas être dupe de ces apparences, et quelque nombreuses qu'elles soient, donner comme des exceptions à une loi les applications d'autres lois.

I" La protonique longue tombe. 2" Préservée par un groupe de con-

de Bordeaux, 593 ; Chaos. d'Antioche, VUI, 9t>3). Lepart et lupart sont deux affaiblissements différents de Uupart dont lieupart est une l'orme diphtonj^uée. On se trouve donc eu présence de deux formes liepart et hupart^ dans lesquelles le mainlien du p ne peut s'expliquer que parce que pdi'~dtim est traité comme un luot à part. Léo étant traité comme simple a donné rejiulièrement soit ZiV, soit lieu., leu (d'où plus tard devenu atone lu, le), tout comme Deii[m] a donné Di^ ou Dieu Deu. ' Ore vivrai en guise de toi-trele (Alexis, 30 d].

' Si r'avoit aillors grans escoles

De roietiaus et torterolts (Rose, 651).

Plus simple. . .

Que torterele ne coulons. [Id., 8522).

' Voir sui ce mol Scheler, ddns la Eomania, IV, p. 400.

PHONETIQUE FRANÇAISE

sonnes, elle reste sous la forme d'un e féminin. 3" Elle est conservée dans certains mots sous l'influence de mots de même forme lorsque la protonique des premiers se trouve être la voyelle accentuée des seconds. 4" Dans d'autres mots elle parait conservée sous forme d'e féminin, quoique, en réalité, par suite d'une substitution de suffixes, cet e représente normalement un a étymologique. Tels sont les faits que nous allons maintenant établir.

1" E, I, 0, u longs tombent.

Ion"

Aticlandciim '

Aurif.liàcum

AurElidiu's

llcis]}hti)ndre

consvKiiuIinem

eÎKindsi/na

erEmita

inquiv.tùdincm

Lahniàcum

qumldre

sevErinum

SevEridcum

verECÛndia

vervEcdrium

vervEcdlium

vervEcile

vidurdbeo

(Audnaij Aima y} Aulnaij

Orhj

Orliens

blasmer -

costume

almosne

ermite ^

enquitume

Lagny

quitter *

Seurin Surin [vocai. Hayiol

Civray

vergogne

bergier

bercail

berzil

vedrai, verrai

et de même tous les futurs des verbes en ère :

cal&rdbet chalra, chaldra

debErdbeo devrai

' La plupart des noms géographiques que nous donnons dans ces listes nous ont été fournis par M. Longnon. Ils sont empruntés à des documents antérieurs à l*an SoO. Quaud la iorme moderne s'écarte beaucoup de la l'orme primitive, nous donnons les intermédiaires eutre parenthèses. La quantité de Audênacuni est indiquée par celle de Aiidèna, nom de rivière dont on ne peut pas séparer Audeiiacum.

* On peut hésiter touteiois pour blasm'.r qui peut dériver de blasme = blasphéma ^ pXiuariixov : cette dérivation expliquerait l'absence de formes blasfcimet = blasphêiuat. Le Roland a déjà un subjouctif blasme = blns/àë/iiet (vers lo46).

^ il n'est pas évident que de érëmus (provençal eritis] on doive conclure à erëtnt'ta ; car érëmus doit sa quantité à l'accentuation du grec ËfViiJ.0; (= érêmv.s\ ; ce fait ne se produit pas pour £fri[itT7;; qui doit donner régulièrement ciimlta. Jlrêmus esl fréquent dans les poètes chrétiens, spécialement dans Prudence [iv siècle) ; erêmita ne se trouve qu'une fois au vi» siècle, dans Fortunat {Vita Sancti Martini, III, 628).

■* Quiëtâre présente un développement phonétique analogue à celui de piëtâtem (cf. plus haut, p. 101, n. 2) : fuiëtàre quijêtâre quijtare juilier, — Sur enquitume, voir le Jahrbuch, 1869, p. 2o3, et 1870, p. 145.

i lonfi

* cadexàbeo *fallis.rdbet, etc.

Camisiàcum {l ?) dormitôrium eradïcdre

mohnàrium partitionem radichia salindrium

Vicmonia venirdheo

et de même :

aiahnlbeo fagiraheo, etc.

auctorîcat

* barondl'icum

chedrai, cherrai

falra,faldra^, etc.

Chainsy (aujourd'hui Chanzy)

dortoir

arachier et de même esrachier, esra-

ffier, enragier molnier, meunier, meunier ^ parçon

0 lonf

salnier, saunier et de même saUnare,

sauner {* Venoine, Veloine), Velaine venrai, vendrai, viendrai

odrai, orrai

[furjrai, fûyrai) fuirai (dissyllabique), etc.

otreie larnage et de môme liarné

consolrinum cosobr'mum * cosrin, cosin '■

Cotonidrias

* grandiordre masiondta jnasionile Mediotdnum meliordre

* minorire

* pejordre raliondbilem raliondre Solonacum

Coignieres *

[en)graignier

maysnada, maisnièe

maysnile, maisnil

MeiUant, Mêlant, Milan

(a]mieldrer

[a)nienrir

(em)pirier

raysnable, raisnable

a raisnier =

Sonnay ^

' Plairai, tairai, recevrai, etc., peuvent venir de placërâbeo, tacërâbeo, rccipërâbeo, etc., parce qu'à côté des formes placêre (plaiî^ir). lacère (Uisir), * recijiëre (recevoir), etc., on trouve les formes * placïre (plaire), * tacëre (laire), reci/tëre (reçoivre).

* Molinier, qu'on rencontre en v. i"r. et qui existe encore comme nom propre, est un dérivé de molin.

' Mois des idiomes du nord-ouest : cusdrin (ladin), cosin (fr. et prov.). Cosrin, réduction de coshrin, donne cusdrin ou C"sin, comme mîsëritnt, fêërunt donnent mis— irent, fistrent ou misent, fisenl. 11 ne serait pas élonnjnt qu'on rencontrât une forme corin (qui ne serait pas cosin rhoiacisé) analogue à mirent, firent.

* Dérivé primitif du latin populaire cotônio, classique cijdSniitm (italien cottogna). Le mot est niéroviuj^ien.

' Latin classique ratiocinari ■ cf. sermonare pour sermocinari dans Aulu-Gelle, XVII, 2.

' La quanlito est donnée par le mot Suloiia, fréquent dans la géographie de la Gaule.

* taxonària faisniere '

telonéum (teî.mvô'ov) *tmoJéo, teiiliu, fonlin, fonlieu Victoriàcum Vitnj

«long: ajvfdre aidier

cindvrdre ceintrer

consvlûra ' coshire, covture

cuUvrdre {a)coUrer, {ac)coidrer ^

matvHnum matin

pastvridre {pastriare,paistrar), em;dé-paisfripr,

pêlrer '

pisiwire pestrir

pro-mvfvdre {em)prunter *

Stadvnénsem [Stadnése) Estenois

* venturdre {a)ventrer ^ Vedwiélta Besné ^

La loi de la chute de la protonique longue, suffisamment établie par les exemples précédents, trouve son application la plus intéressante et en même temps sa conformation la plus éclatante dans les formes de la conjugaison du vieux français. Soit le verbe aju/dre ; le présent, d'après la théorie, doit être

ajûto aiiï ajûidmits aidons

ajûfas aiàes ajûtdtis aidiez

aji'dat aiûe ajùiant aiùent

or la théorie est ici pleinement confirmée par les faits. On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur les index réunissant les formes diverses de ce verbe ~' pour se convaincre que les personnes où le radical est accentué, c'est-à-

' Comparez * iaxonem, taisson.

^ Si l'étymolopie de ce mot est cousture 'ad-cos[û]i{û]rdre], c'est un exemple également convenable de la cliule de l'« protonique.

3 II IdUt partir de pasturiare et non pasliirare, comme le prouve également l'italien spastojare.

♦ L'etymologie est mise hors de doute par les formes que cite Diez dans son Dictionnaire. 11 laut toutel'ois admettre que dans le latin populaire Vu de -tuare était tombé, comme il était tombé dans battalia, qunttor = èattualitij qt:attuor,

5 Tout aveutia quanqu'il conta (^Miracle de saint Éloi, 111 b). Voir le Jahfbiich^ 1869, p. 247.

6 La filière est Vidûnéitum Vednet Beni't Besné ou Yednct Vesnel Besné. — La quanlilé de la proionique dans ce mot et dans Stadânensis est donnée par ce lait que Stadûiiensis et Vidûnefta sont des dérivés de * Stadûiium et * Vidûmm où l'on reconnaît sans hésitation le mot bieu connu dûnuni.

' Voir par exemple l'index àe Roland dans l'édit. de M. Gautier; l'index de Dtirinart le Gallois dans l'édit. de M. Stengel. Aune pape de dislance, je lis dans Tobler, Aniel : aiuen i386), aidier (427). — Disons, en passant, que ce verbe présente des formes secondaires assez difficiles à expliquer, aie, aient, etc. qui correspondent à celles de ame, aillent.

dire les trois personnes du singulier et la troisième personne du pluriel de l'indicatif et du subjonctif, ainsi que la deuxième personne du singulier de l'impératif, gardentla voyelle longue, tandis que les personnes où la terminaison reçoit l'accent font tomber cette voyelle longue devenue protonique.

Dans une note récemment publiée, M. Cornu établissait dans la i?owf/«/« la conjugaison de prtr/w ', d'après le seul examen des faits Cette conjugaison s'explique maintenant régulièrement par la chute de la protonique longue o = au ^ ar [paravklre]. On voit en même temps que cette conjugaison n'est plus isolée et qu'il faut y rattacher aidier et les verbes que nous avons précédemment cités. Ainsi yarraisone, nous araisnons -; je manjue, nous nianjons '■,yempasfiire, nous empaisfrons* ; il avenira^. Qm<'lare a dû, à l'origine, donner /i? quei,i\i queies, il queie, ils queienf, comme con-rêdo a donné con-rei, -reies, -reie, -reient; mais en même temps quitons, quittez, quHeir, etc. Et si les plus anciens textes ne nous offrent pas d'exemples réels de cette double conjugai-

' Romania, 187"i, p. 457.

* Voir des exemples des formes au radical accentué et conteuant \'o (j'arraisone) dans Roland, 3o3G ; Benoît, 76U, 8451, 13430 ; Renard, I, p. 230, etc., etc.. et des formes contractées [araisnier] dans Benoît, 8451, 10550,11683, 13594, elc. ; Mort de Oarin, p. 74 ; Raoul de Cambrai, p. 45 ; Gormont et Isambart, dans Ph. Mousket, II XXX ; Cres'.ien de l'roycs, Chetalier an li/on : 1782, etc.; Amis et Amiles, 2G40, Joiirda'n de Blaires, 2619, etc. ; Benoit de Sainte-More, R. de Troie, 4220, etc. ; Hoffmann, Pariser GUssar 314, etc., elc. Toutefois l'action analof;ique des formes pleines avec o sur les ibrmes conlraclées sans o, et de celles-ci sur les premières, en même temps que Tinlluence du mot raison duquel on lirait naturellement un dérivé raisonner ont amené la double conjugaison araisnier, j'araisne [Chen. an- li/on, 6103 ; Tristan, 1333 ; Aviis. 2171 ; Durmart, 1359, 2232, 5268 ; cf. 9240, 1842, 3778, elc.) ; elfaraisone, araisoner [Durmart, 3413, 10530, 12408, 13355, 14075 ; Amis, 324, Pariser Glossar, 125, etc., etc.).

3 Voici la conjugaison de mangier dans Joinville : manjue, mangiez, manjuent, manjoit, mangiens, mangerait , manjue (impér.), mangiens (subj.), mangier, mangi^ (voir Vindej; de M. de Wailly). On s'attendrait toutefois à il mandue, nous manjons. Mais vraisemblablement il y a eu d'abord iniluence des formes avec j sur les autres ; de là manjue manjons; plus tard manjons, mangier ont encore agi sur manjue pour le cbanger en mange,

* Depuis longtemps on avait reconnu l'existence des formes empasture = empêtre. Diez fait de empêtrer une contraction de empCturer (Et. W., l,pastoja) ; E. du Méril, dans son Dictionnaire Normand, rattache justement le normand empaiurer au verbe empêtrer; Burguy (III, s. v. paistre] enregistre des formes comme cmpaisiurer, empeiiturer, empeiturer, • d'où, par rejet de I'k, empestrer >. Ces savants n'ont pas vu que les formes qui ont le radical accentué, seules ont Vu : < ses cevaus empasture ■ (Aiol. 5446) ; non les autres : i Fussent il assez empaistrie' > (Cbr. des D. de N., II, 2594). Des deux formes empnsture, empaistroiis la langue commune a étendu la seconde à toute la conjugaisou : j'cmpêlre ; le dialecte normand la première; cmpaturer.

* Sur le présent W aventure et sur le substantif «pcH^io'c, la langue refit la conjugaison Ae aventurer, si bien que la conjugaison primitive disparut sans laisser d'autres traces que l'exemple, jusqu'ici unique, du Miracle de Saint-Eloi. Mais cet exemple sulUt pour reconstituer celle conjugaisou primitive, qu'il n'est pas téméraire d'étendre à aceoutrer, ceintrer, malgré l'absence d'exemples tels que accotiture, ceinture.

son restaurée par induction, il faut admettre que l'analogie, s'exerçant de bonne heure sur ces formes si opposées, les a ramenées soit à je qxiite, tu quites, il quHe, nous quifons, soit à je quel, nous queons, queer (cf. con-reer), formes dont nous trouvons la trace dans le composé aqueer:

Et quant cJiil l'ont oï, si se sont aqueé {Doon de Mayence, 4'795).

La théorie nous amène également à admettre des formes comme il acouture, il empejore {imjwjorat), il araïe [eradicat], il empronine [impromùtiiat) , etc. Peut-être les trouvera-t-on ; peut-être faut-il admettre que des conjugaisons aussi complexes n'étaient pas à l'origine complètes. Si des verbes inchoatifs comme pestrir, il pestrif = pisi[û]r'ire^ ■pisf[û'\riscit; amenrir, il amenrit = ad-min[ô]rire, ad-min[ô]riscif, sont devenus réguliers, parce que la longue il, ô, était toujours protonique, dans les verbes où ce fait ne se produisait pas, la langue a pu dès l'origine abandonner les formes pleines : il acoufure, il emppjore, il amie, il empromue, etc., pour ne conserver que les formes contractées qui étaient dominantes : accoutrer, empeirier, arachier, emprunter, etc., quitte plus tard à refaire par voie d'analogie la conjugaison entière sur ces formes '. Un pareil procédé est conforme aux lois du langage. Quoi qu'il en soit, il ressort des observations qui précèdent que la théorie de la conjugaison dans notre vieille langue doit être reprise et étudiée au point de vue que nous venons d'indiquer.

2° De même que la protonique brève, la longue sous l'action d'un groupe est représentée par un e féminin.

L'action des groupes est sensible dans latrocinium, îarrecin - ; mitntm-a, noivedure (Raschi^) ; nutritionem, norreçon ; sus^icidnem, sospeco?i *. Dans ces trois mots le groupe précède la tonique ; dans les suivants il la suit, et se montre sous la forme d'un n ou d'un I, dont nous

' Ajoutons raction analogique des substantifs sur les verbes dérivés.

- Voir plus haut, p. lOo, n. 3. Quelle est la quantité de Vo dans Petrocdri.i, Piel'Eguys, dans la langue d'oïl, Periguenx dans la langue d'oc? L'o est long dans Petrônilla, PerrEnelle.

' Nourriture est savant ; de même pourriture. Eiitred porretube en mes os, dit le traducteur de la prière d'Habacuc (dans le Ps. d'Oslord, éd. Michel) pour rendre la Yulgale : IngreJiatur putredo in ossibus meis (Abac, 111, 10|. Il en est de même de tous les mois en iturc; cf. il'ailleurs plus bas, p. 114.

* Lie de norreçon est dû évidemment au groupe précédent tr ; mais n'y a-l-il pas à tenir compte à\iti qui suit? Les terminaisons tionem, tiare présentent des obscurités difticiles à dissiper. Pourquoi * acûtiare, * minûtiare, etc.. donnent-ils aguisier, menuisier, etc., erïcio'nem, tradîtidnem: heriçon, f raison ? De même Aaiin a un dérivé hameçon ; mais clerc, (eu, enfant, etc., font clerçon, (fcuçon. enfançon sans voyelle intercalée. Tralson est spécialement curieux ; il semble que ce mot ait subi 1 iniluence de trahir de traiere, comme aussi trailre de traditor (lequel a de plus irrégulièrement conservé le t latin). Tout cela est peu clair. Les noms propres présentent les mêmes obscurités, Aguciacum donne Aiguisy ; Locogiagum {Locodiacutn] , Ligvgi ; Domitia- CM»», Domesy; mais Codiciacum Coucy, Pondiciacum Poinsat, Vendiciacum Vansat (.*).

avons étiulié plus haut l'infl'ience sur la protonique brève : calE)iione)H, cJiapgnm, chaignon, cJiignon; Sahlnidciim^ Savigivj, Shignè; Flav'inidcum, Flarigny. Les noms propres de lieu fournissent un nombre assez considérable de formes de ce genre. Les noms suivants, que me communique M. Longnon et dans lesquels la quantité de la protonique est inconnue, peuvent être ajoutés, soit aux noms qui précèdent, soit à ceux que nous avons cités page 106, ils sont, sous leur forme latine, antérieurs à l'an 1100.

Cipih'amm, CJieviUtj; Lu-iVtanan, Litzillê; Cevinianim, Chovlgnè; EoniiHacuni, Eomillg; Burinianan, Burignij \ Juviniaciim, Juvignij; Aculia-Curtis, Aguile-Coiirt (aujourd'hui AguUcourt) '.

3" Nous arrivons aux exceptions-, commençant par l'examen des futurs en irai = ire-hdbeo. Nous avons vu plus haut comment dehcrdheo, audlrdheo donnent régulièrement devrai, odrai, ovrai. PourcjuDi fimràheo ne donne-t-il ^asjinrai.jindrai? il faut considérer à part les inchoatifs.

Les inchoatifs doivent le maintien de 1'/' de l'infinitif, dans les formes du futur et du conditionnel, où il est atone, à l'action analoe-ique de Vi qui paraît à toutes les personnes de fous les autres temps. On disait /loris, fforissoie, foris, florisse, etc. On ne pouvait dire, sous peine de rompre l'harmonie de la conjugaison : florrai. Ceci est conforme aux principes qui ont dirigé le français dans sa refonte de la conjugaison latine.

Parmi les verbes non inchoatifs, les uns laissent tomber régulièrement l'j : dir: odrai, orrai ; venir: vendrai, viendrai, etc. ; les autres le conservent : mentir, mentirai ; sortir, sortirai, etc. Cette différence tient à la nature de la consonne ou des consonnes qui précèdent l'*: ici nous retrouvons la loi des groupes.

' Touterois il y a des exceptions ; Turiliacnm Totirly^ Cruciniacum Cnifftit/, Boviniachm Boi/ntj, Lanniaeum Lagny, NohUiocvm Xeiiilli/, ÂmcUarum Am/ilis, Cnmiliacum Chamblij (mais aussi ChemilU dans l'Anjou). Ou peut saisir rinlliience des groupes dans Andcgavvm Andyavum, opposé à AnJclarum Am/clot, Andeliijum Andcly. Vindoncssa Vendeiiesse, Vandolenum Vandelcia .■ le f;ronpe nd suivi d'une muette g se réduit à nj ; le même groupe nd, suivi d'une liquide l ou »i. n'admet pas cette réduction; preuve de plus du rôle que joue la consonne qui sépare la protoniuue de la tonique. Voir plus haut, p. lui.

' Nous laissons de côté les formes savantes : eandelahi-e [rhandelahie dans Alrxis, 41G a], Chandeleur, rimetière, mouvement, servitude, imj)irfit'tet\ nryiinimt, etc. i'itrument vient de instnimentum par lu latiu populaire istrumcntiim. dans lequel l'i a été considéré comme ïi prosthélique de Vs imputum, de sorte que la syllabe stnt est iniiiale. Dans sosjnrei- [soupirer], envier (invitare) et quelques autres, le composé latin est décomposé et les pdrticules in et sns (subtus) et les radicaux sont traités comme mots simples. Crier et toutes les autres lorracs romanes nous reportent non à quirîtire, mais à critare. Cheminii' est un dérivé primitif d'un simple chemin, que son liomonyme chemin (via) a lait disparaître. Le heminada du glossaire de Cassel ne contredit pas cette affirmation.

Les verbes en îr, latin ire, qui font tomber 1'*' au futur, présentent des formes correspondantes à celles des verbes en oh\ ir, latin ère, qui font tomber \'e au même temps :

1. dére : sedére,* caclêre, vidêre, * poière, * ^JOffe'e ; infinitif français -deir, futur -drai, rrai.

dire : audlre, *hatJre, hadlre ; infinitif français -dir, futur -drai, rrai, (orrai, barrai).

2. Ure : calère, valëre, * voUre, dolcre, solcre, * fallêre \ infinitif -loir, -llir ; futur -Irai, -Jdrai, -ndrai.

lire: sallre {huïïlre^) ; infinitif -?//•, -llir; futur -Irai, -Idrai, -udrai.

3. nêi'e : manêre'^, lencre ; infinitif -»o/r, -iiir ; futur -nrai, -ndrai. nïre : venlre; infinitif -?^^V; futur -nrai, -ndrai.

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