‹ Reliques scientifiquesChapitre 143 sur 167 · rêre : parère ; infinitif -roir ; futur -rrai · texte numérisé non relu

rêre : parère ; infinitif -roir ; futur -rrai

rire : ferlre, * morlre, * givarlre ; infinitif -?vV ; futur -rrai^.

5. cêre : j'acère * ; infinitif -ffesir ; futur *jaisrai, gerrai.

cire, g ire : exîre, *esclre; infinitif -issir; futur -israi, istrai; fiiglre, infinitif :fuïr ; futur — fidrai {=:fiigrai) '.

Il n'existe pas de verbes en Ire correspondant aux verbes en père, hère, vère ; * sapère, dehère, movère, pluvère, * sf avère [eslovoir).

Jusqu'ici la parité est complète ; le traitement de î est identique à celui de è. J^a parité cesse dans les verbes mentir, sentir , partir , sortir, servir, dormir, vestir, offrir souffrir (offerîre), ovrir covrir, mots dans lesquels la terminaison latine rire est précédée des groupes nt, rt, rv, rm. st, fr, vr. Mentrai, sentrai, partrai, sorirai, servrai, dormrai, offrrai, ovrrai, étaient trop durs; si 7it-c se réduit à ne dans monticelhtm, monceau, rt-c à rc dans parlirella, parcelle, rm-t à rt dans dormi iorium, dmioir, il n'en est pas de même pour les groupes nt-r, rt-r, rv-r, rm-r, st-r,fr-r, vr-r, où la troisième consonne est une liquide, qui n' entraine 2Jas, comme le ferait une muette, la chute de la consonne précédente. L'euphonie a donc exigé le maintien d'une voyelle intermédiaire, tout comme dans snspicionem sospeçon, m/tritionem norreçon, et cette voj^elle, qui primitivement a du être un e, est redevenue / sous l'infiuence de l'infinitif. La langue de nos jours a le sentiment très

' Je ne connais pas d'exemples en ancien français du futur de bouillir.

* Manere a toutefois donné un infinitif maindre d'où peut être sorti le futur.

' Il se peut que pour la série rêre rire, la chute de l'e et de l'i au futur soit due à la présence des deux r : cf. comparer, comparerai comparrai, etc.

* Quoique les verbes rapprochés dans ce n" o ne traitent pas de la même manière les f!;roiipes de consonnes, ils s'accordent à faire tomber \'ê et 1'?, et cela suffit pour légitimer notre rapprochement.

' Fugire donne régulièrement fu-ïr ; de leur côté, (je) fui (en une syllabe) de fugio {je) fuirai (en deux syllabes) de fug[i]r&heo sont tout aussi réguliers.

net de la parenté du futur avec l'infinitif ; à plus forte raison la langue primitive. Voilà comment il se fait que de la foule des verbes en ire, un petit nombre seulement a pu se soumettre à la loi de la chute de la protonique longue i.

Les futurs en irai repi'ésentent la double influence des groupes et de l'analogie. Dans les diverses exceptions que nous allons examiner, l'analogie seule agit. Dans les substantifs ou adjectifs tels que amiable, félonie felenie felenesse, cliarbonnier, doloros, amoros, vertiios, laiifforos, etc., la protonique a dû sa conservation à l'action de la tonique de ami, félon, charbon, dolor, etc. Non pas que doloros par exemple doive être considéré comme un dérivé de création française; car il est invraisemblable de faire de ce mot, non la transformation du latin dolorosus, mais une forme nouvelle, originale, tirée de dolor. Les choses se sont passées autrement. A l'époque du latin populaire où la protonique brève ou longue, avant de tomber, s'était réduite au son de e féminin, à l'époque où l'on disait doleroso, pour doJvrdsum, les populations romanes, reconnaissant la parenté de ce mot avec dolâre [=dolôrem), l'ont soustrait à l'action des lois phonétiques qui eu devaient faire dolros, doldros. C'est ce qui explique pourquoi, dans les formes dérivées de ce genre, on voit le plus souvent un e féminin, doleros, ameros, longueros, felenie, etc. La langue pouvait à chacjue instant rapprocher les dérivés des simples ; elle les sentait et par suite les maintenait parents.

Même action dans les verbes dérivés de noms ou d'adjectifs : coroner, deviner, deviser, enchaener, honorer honerer-, jeûner juner^, marier, mendier'^, moneer, oblier^, etc. La présence des simples comme corone, devin, devis, devise, chaeine, honor. Jeun jun, mari, mendi.i, moneie, obli, etc., agissait, dès l'époque latine, et à tous les moments de l'existence de ces mots, pour protéger la tonique. A cette action

• On entend souvent dans le peuple : je trcttTi'rai, je cliaiii/ifi'ai, par suite d'une oel-.on de PinGniLifen er sur le futur.

' Le recueil des inscriptions de r.-^lpérie de M. L. Renier porte au n" 3974 le nom Honoratiis, Honoralai. M. Louis Havet, ([ui a collatiouué le texte de eetie iiiscrii)lion sur luriginal déposé au Louvre, m'assure qu'il laut lire HUNEUATUS IlONE- H.\Ï.\L C'est un exemple à ajouter aux trois exemples cités par Schuchardt [Voha- Inmiis, II, 2U) d'après des iuscnplious italiennes. Si Ve de ces tonnes n'es-t pas lonp-, on peut rattactier honos-oris à onus ëris. eu vieux lanuhoiius-lioiiëiis (L. Ilavel). Cf. les deux siguilJcations du mot français charge. La forme honcrare rendrait compte des formes italieuues, es|>agnoles, provençales honrare, honrar, hondrar ; toutefois elle ne peut valoir pour le français honorer ou honerer qui repose sur honôràre.

' De jéjunum on a tiré, par chute de la première S3i!abe, jiin ; par chute du ;' médial,/tK;iy de même \io\it juner, jeûner,

* Mendier n'est pas même un dérivé de mendicarc, conservé sous l'iiilluence de mendis, de mendicus. Mendier dérive de mendis par l'intermédiaire du sullixe icare, • Ne nuz suiens cunduiz a he.ndeier «.Ilt-on dans le i?o/a«(/ (v, 40).

' Dans oblier a pu se faire sentir encore l'aclion du groupe hl.

s'ajoutait d'ailleurs celle des formes verbales aj'ant l'accent sur le radical verbal, je coroae, Je deciiie, je devise, etc.'. Que Toii compara memoria, mémoire et memôrdre, membrer à coràna corone et coronare coroner, on reconnaîtra l'influence puissante de l'analogie qui maintient parents corone et son dérivé verbal, mais refuse d'agir sur memoria et memôrare parce que radical et dérivé sont déjà quelque peu éloignés l'un de l'autre, que mémoire ne rappelle pas directement mem'.rer, qui peut dès lors devenir memrer, membrer-,

4° M. Storm avait reconnu cette influence des mots simples sur leurs dérivés, comme aussi l'action des groupes; mais ill'a appuyée sur des exemples inexacts: avarice, mot savant, et senlimenf [ou plutôt sentement) qui présente une autre particularité qu'il nous faut maintenant étudier.

La protonique latine r, 7, parait se maintenir sous forme d'c féminin dans des mots tels ([\ie sentement, j}arlemenf, tenement, etc., mots qui semblent appartenir à la première formation de la langue et remonter à des déi'ivéô du latin vulgaire sentîmentum, parlîmentum, ienèmen^ tum, etc. Ici on Cit dupe des apparences, et l'on ne tient pas compte d'une action générale qui a modifié la dérivation française. Les suffixes mention, torem, iura, licius, bilis, se sont attachés dans la période française, dès l'époque primitive, au thème du gérondif ou du participe présent. Or, au participe présent et au gvrondif, la première conjugaison a exercé une action si forte sur les autres conjugaisons qu'elle leur a donné ses formes propres : chantant de cantantem ; de même florissant, part-ant, vend-ant. Il en a été de même pour les formes dérivées en metit, or, are, iz, ble; c'est-à-dire que les suffixes amentum, alorcm, atura, alicius, abiJis, à l'époque sans doute où ils étaient affaiblis en ement, edor, edis, editre, abte (ou en quelque autre forme plus ou moins archaïque), se sent généralisés, et sont devenus les tjpes de suffixes pouvant s'adapter à toutes les conjugaisons.

Suffixe ment : noisement (Raschi), esjoïssement (Psautier d'Oxford, p. 241), frémissement (id., p. 248), desfendement (Aliscans, r238, 5737), rajonissement (id., 5709), conoissemant (Amis, 1299), mescroiement (id., 1318), et tous les dérivés populaires en issement, nous reportent

' Puurquoi la langue se décide-t elle à conserver la protonique dans tels mois (coioner, hono>ei\ etc.), alors qu'elle la l'ait tomber dans tels autres qui se préseotent dans les mêmes conditions, ce semble [yaisiiier à côté de raison] ? Cette question dans lélat actuel nous parait insoluble ; c'est un problème de psycholo.uie du lanp,age. Comment arriver à pénétrer dans les conceptions les plus délicates d'un idiome comme le latin populaire, que la science ne reconstruit qu'à force d'inductions ■?

' D'ailleurs la différence de signification [nicmorare tendant à prendre un sens impersonnel) et les formes comme minorât, qui ne peut donner que membre, ont aidé à la divergence dos deux mots.

incontestablement à un type amentum. Pavlmenfum, rcstlmentum , et les analo"-ues sont donc devenus dans le latin populaire quelque chose comme pavamenium, vestamenium, ou plutôt comme pairmenio, veste- ■mento. C'est ce que confirme encore la forme paver qui a été tirée du substantif. De la le suffixe ement qu'on retrouve dans garnement, marrement, harcUment et autres mots d'origine non latine '.

Suffixe orem. Que Ton compare les mots lierres et ravissieres ou cloneors et prenem'S dans les vers suivants :

Parfois si g'esloie orc lierres

Ou Iraislres ou ravissieres (Rose, ISII-SV

Dons donect loz as doneors

Et empirent \&s preneors (Ibid., 8278-79),

l'on saisira sur-le-champ le vrai caractère des suffixes. Lierres est Utro; ravissieres est *rapi-sc-àfor, de -rapisc-antem. Doneors et 2»'e>ieors supposent tous deux donedors et prenedors, c'est-à-dire donatores de donantem ei* prenatores {* prendatores) , de *prenaniem [*prendantem) De même pour les formes comme conoissiere conoisseor , faisière (= *facid~ ior) faiseor, et les dérivés populaires en isseur, qui s'appuient sur les formes en issant =^ isc-aniem-.

Suffixe lira. Raschi dans ses glosses a les mots bafediire, premediire qui ne peuvent s'expliquer que par le sulfixe atitra [haitatura, premaiura), étendu à ces verbes d'après l'analogie qu'on reconnaît dans hâtant =. lattantem pour hatuenfem, premant = premantem pour premeniem. Le vieux français vesteiire (Amis, 1978) remonte également à vestedure vestatura et vient confirmer l'origine de vestement. Même origine encore pour les dérivés populaires en issure [isseure issadura] = isc-atura d'après isc-antem.

Suffixe /«MS. Les dérivés laiedis (Raschi), aiatéiz, ferdz, etc., ne peuvent également être rapportés à des types lattiiticius,feriticiiis; il faut y voir une extension analogique du suffixe alicivs que contiennent ptoreiz, soneïz, coleïz, leveïz, torneiz, etc.

Suffixe al)itis. Même extension dans les exemples comme credahîe (Psautier d'Oxford, xcir, 7) d'où croi/aMe, qui tranche nettement avec le latin crediMlis, metahle (Ruteb., dans Littré) et les adjectifs populaires en issable: aparissabk , de aparisc-antem.

Ces diverses formes montrent la puissante action exercée par la

' Peut-êlre est-ce là qu'il faut cherclier l'explication de \'em/jedemenz [empedlmentum, * empedamentum] de la Cantilëue de sainte Eulalie. Toutefois l'absence d'un mot roman impedier, impedantem rend cette explication douteuse. D'ailleurs! ou ue peut guère séparer ce mot des diverses iormes, si obscures encore, de empechier (voir plus haut, p. 105).

' Ce que nous disons de or doit évidemment s'appliquer à oir = edoir, atorium.

dérivation de la première conjugaison sur celle des autres conjugaisons. A part un certain nombre de dérivés en vra, or, icius, etc., tirés de supins ou participes forts latins qui vivaient comme adjectifs ou comme substantifs dès le latin populaire, et qui ont pu prolonger leur existence à travers l'époque romane et même jusqu'à nos jours, sans recevoir l'atteinte de ces vastes actions analogiques ', la plupart des verbes de la seconde et de la troisième conjugaison ont vu leurs dérivés se soumettre à ces formes de suffixes qu'a fournies la première conjugaison. De la sorte, pour en revenir à l'objet même de notre étude, Ve que renferme ces suffixes ne représente ni un e, ni un i bref ou long primitif, mais un â-.

Résumons ce chapitre iri : è, l, â, tombent ; protégés par un groupe, ils sont généralement représentés par un e féminin. Cette loi phonétique est contrariée par l'action analogique des mots simples sur les mots dérivés, et l'action analogique des dérivés de la première conjugaison sur ceux des deux autres.

Page 1