‹ Reliques scientifiquesChapitre 15 sur 167 · DISCOURS DE M. ZADOG KAHN XLVII · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. ZADOG KAHN XLVII

vieillards étaient fiers des succès de leurs enfants, plus fiers encore de leur tendresse si pleine d'attentions et de pieux égards. Quand ils eurent disparu, Darmesteter voua à leur mémoire un culte d'amour et de vénération. Jamais il n'a laissé passer le jour anniversaire de leur mort sans venir, avec son frère, réciter à leur intention les prières consacrées et accomplir un acte de charité destiné à honorer leur nom. Rien de plus touchant non plus que l'affection si tendre qui l'unissait à son frère, à ce compagnon inséparable de toute sa vie. Autant il était modeste et discret pour lui-même, autant il se complaisait à entretenir ses amis des travaux, des succès de son cher James. Si un sentiment d'orgueil eût pu trouver place dans son cœur si simple et si droit, c'est dans l'amitié fraternelle que ce sentiment aurait pris naissance. Ah ! comme j'aimerais aussi à parler de ce charmant ménage que la mort vient de dévaster, et qui fut un modèle d'union, d'harmonie et de douce entente ! Dieu avait donné à notre ami la femme de son cœur, digne de le comprendre, de l'aimer et d'embellir son foyer ; mais je m'arrête : il est des douleurs sacrées qu'il faut respecter, et la blessure est trop récente pour qu'il soit permis d'y porter une main indiscrète.

Hélas ! nous rêvions pour Darmesteter un long avenir, une série indéfinie de beaux travaux, se succédant les uns aux autres et faisant croître sans cesse sa réputation ; nous rêvions pour lui les distinctions qui ne lui auraient pas manqué et qui sont la juste récompense d'une vie de travail, d'honneur et de science. La providence en a décidé autrement : ce travailleur acharné a succombé à la tâche. Inclinons-nous humblement devant la volonté divine, en nous disant que Darmesteter, dans sa trop courte existence, a assez fait pour marquer en traits ineffaçables son passage dans la science, pour servir les plus hauts intérêts de son pays et laisser derrière lui un nom durable et iionoré.

Adieu, cher Darmesteter! Au nom de notre communauté, au nom de l'amitié qui nous unissait, je devais m'associer publiquement au deuil de votre famille. Votre souvenir vivra au milieu de nous, et vous aurez à jamais une place éminente dans nos cœurs et dans nos prières. Adieu ! Que votre âme repose en paix ! Amen.

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