MEMBRE DE L'INSTITUT DOYEN DE LA FACULTÉ DES LETTRES
Messieurs,
La Faculté des Lettres est encore sous le coup de l'émotion profonde qu'a causée à chacun de nous la tin tragique d'Abel Bergaigiie ; et voilà que la mort tout aussi imprévue et tout aussi cruelle d'Arsène Darmesteler renouvelle notre deuil et redouble notre douleur. Singulière ressemblance de ces deux carrières brisées avant l'heure, et cependant glorieuses ! L'un et l'autre nous sont venus, à quelques mois de distance, de l'École des Hautes-Études, où avait commencé leur jeune renommée ; tous deux ont imniédiatement jeté sur les enseignements nouveaux qui leur étaient confiés un tel lustre que les pouvoirs publics n'ont pu refuser à nos instances la création, en leur faveur, de chaires magistrales en Sorbonne; pour l'un et pour l'autre s'annonçait un long et brillant avenir, subitement anéanti contre toute attente : à quelques mois de distance aussi, ils ont été enlevés à la science qu'ils honoraient et à la Faculté qui plaçait en eux ses plus belles espérances.
Arsène Darmesteter était né le 5 janvier 1846, à Château- Salins {Mciirtlie), de parents sans fortune, qui firent tous les sacrifices pour assurer à leurs enfants une instruction supérieure. Elevé à Paris, dans une école spéciale du consistoire Israélite où l'on menait de front les études hébraïques et les