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LES PRÉPOSITIONS EN, ENZ, DEDANS, DANS F

id., 1856. Deus morut en la croix, Joiiiville, 293. Des souliers eu ses pieds. Marguer. Nouv., xi ; etc.

Celte signification tendit de bonne heure à disparaître ; elle présentait des dififérences trop sensibles avec la signification générale de en pour que la langue la conservât; et celle-ci confia à super supra == sore, sor, seur, sur l'expression des rapports qu'elle enlevait ainsi à in. Comme toutefois il est rare qu'une fonction générale disparaisse sans laisser quelques traces d'elle-même dans l'évolution ultérieure de la langue, on ne sera pas surpris de retrouver encore aujourd'hui des emplois de en qui nous reportent à l'usage du moyen âge, et, par delà le moyen âge, au latin : portrait en pied, Jésus est mort en croix, casque eu iête. Il serait facile de suivre à travers les siècles, dans le cours de la langue, la permanence de ces emplois spéciaux; ainsi, par exemple, pour en pied : En piez se drecet, Roi. , 195. Lanval qui nmU /« enseigniez, Cunlre elez s'est levez en piez, Marie de France, Lanval, 07-68. Se leva en piez Coenes de Béihune, Villeh , 144, Wailly (dans Godefroy). Incontinent ressailUst en piez, et Troylus retourna sur luij, Istoire de Troye la grant (dans Godefroy).

2" Situation à l'intérieur. C'est la signification la plus habituelle de en. In, en latin, marquait avant tout, soit une situation à l'intérieur d'un objet, dans les limites d'un espace, soit un mouvement vers cette situation ; dans le premier cas, la langue faisait suivre in de l'ablatif, dans le second de l'accusatif. La disparition de l'ablatif devant l'accu^ satif en roman fit disparaître cette distinction syntactique et [mittere] m campum, et [sedere] in campo donnèrent également en champ.

La situation ou le mouvement dans l'espace conduisent immédiatement à la situation ou au mouvement dans le temps, et ces deus rapports à une série très étendue de rapports abstraits et figurés qu'amène une analogie naturelle. Cette triple division embrasse la variété des emplois latins, et l'usage de la langue mère se conserve dans le vieux français avec une fidélité en somme remarquable, si l'on excepte quelques menues divergences où l'usage nouveau retranche ou ajoute quelques traits à l'usage primitif.

«) Espace : esse in ccelo, stare in umlra, tenere in manu ;• alii in corde, al a in cerelro dixer mit animi esse sedem et locum, Cic, Tusc, I, 9, 19 ; — in vrhem venire, in Orientem versus, etc. — (Dieu) clii maent sus en ciel, Eulalie. Set anz toz plein ad estet en Espaiyne, Roi., 2. — Soz une olive est descenduz en Tomtre, Roi, 2571 ; Lireis Marsilie. . . alez en est en îin vergier soz Tomlre, id., 11. Eniret en sa veie, id. , 365, etc.

Emploi spécial : in devant des noms propres de villes et de lieux : In Epheso, Haute, Mil. Glor., 3, 1, 182 ; in C'aieta, Cic. Att., 8, 36 ; et (avec mouvement) in Aelidem, Plaute, Capt., 2, 3, 19 ; veni de Susis in

Alcmmlriam , Qainlil., I, 5, 38 (qui condamne cet emploi comme un barbarisme et, par conséquent, comme un usage vulgaire). De là, la construction courante en vieux français [en Rome, Alexis, 60 h ; en Alsts, id., 32 c, etc.), qui s'est maintenue ju;qu'en plein xvii" siècle. Molière dit encore en Alger ; Racine, en Argos ; Corneille, en Bellecoiir ; aujourd'hui encore on ne dit pas autrement à Lyon, en BeUecour, et nous disons en Sorlonne^.

l] Temps : In hoc tempore, Ter., Andr., 4, 5, 24 ; ta ea œfale, Liv. I, 57 ; in prœsenli, etc. De là le français : ço est en mag, Roi. 2628 ; en la semaine, Alexis, 59 a ; en ce jour, en itn inslant, en un clin d'œil. De là également quelques emplois voisins : en songe, en un tenant, en un randon ; en chantant {in cantando], etc.

In marque aussi la direction dans le temps : dormiet in li/cem, Hor. Ep., I, 18, 34 ; inducias in trigenla annos, Liv., 9, 37, 12. — En français : cTist di in avant, Serments ; d'hoi ccst jor en un mets, Roi., 2751 ; et de là, par des successions d'analogies, de jour en jour ; de père en fils ; de fit en aiguille, etc.

Marquant le temps, en avait deux sens, suivant qu'il représentait une situation ou un mouvement. En huit jours, signifiait soit durant huit jours, en latin in octo diebus ; soit au haut de huit jours, en latin in octo dies : En esté chante, en yver plore et me gaimante, Ruteb., la Gryesche d'Yver, 30, 37 ; il ne cuidoient mie qu'il eussent la vite vaincue en un mois, Villeh., 244, Wailly-.

c) Au figuré : les emplois sont nombreux et variéi et de l'intériorité passent à la matière, à l'instrument, au moyen, à l'eflet, etc., in œre cdieno esse, in honore, in timoré, in odio, in gratia, etc. ; avec l'accusatif (au sens de erga, versus, contra), amor in Deum, impietas in deos, di^'idere iniHirtes, etc. — Ancien français et français moderne, îître, mettre en ire, en colère, en fureur, en honneur, en grâce, en amitié, en goût, en prières, en ordre, en disordre, en gage, en otage, en don ; diviser en deux 2mrties ; en jnèces, en morceaux; croire en Dieu, l'amour en Dieu ; en grec, en latin, etc. ^.

C'est surtout dans cet emploi figuré que la langue moderne est demeurée fidèle à la tradition du moyen âge et à la tradition latine.

Dans certains cas particuliers cependant, en a trouvé un rival dan3 la préposition «.

Aux sens de a) et de h), quand //( exprime la situation ou le mouvement dans l'espace et le temps, il a été combattu par intus enz et des dérivés de intus, denz, dedenz.

' Voir des exemples dans Railhcl ; voir aussi Godofroy. ' On trouve aussi en ces sens detlans. ' Voir pour plus de détails Raithel, /. <•/

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A côté de in, le latin avait un dérivé intus signifiant dedans, à l'inièrietir, et que l'usage classique employait comme adverbe. Il est devenu en gallo-roman et français ens, ens, et a été usité, rarement comme préposition, plus habituellement comme adverbe, et cela jusqu'au xYi"^ siècle '. La préposition en paraissant trop ténue de son, et par suite d'expression, on lui préposa cet adverbe enz si bien que enz en devint la forme empJialique ùe en : enz enl fou la gietierent, Eulalie ; Enz en lor mains porlenf branches d'olive, Roi., 93, (il) est ens ou fref assis, Guy de Bourgogne, 2769. Enz à son tour, par suite d'un procédé de composition normale en roman, s'allonge successivement en de enz, deenz, denz[dens dans) et en dedenz [dedens dedans).

Ce qui est curieux, c'est que la vieille langue ne connaît guère que dedenz, dont elle fait le synonyme de enz en pour l'emploi prépositionnel, et de enz isolé pour l'emploi adverbial. Le moyen âge use de ces deux synonymes, mais montre uno préférence de plus en plus marquée pour dedenz, qui a l'avantage de réunir dans un seul mot l'adverbe et la préposition, et, au sens prépositionnel, est moins lourd que la combinaison, assez pénible, de enz en. Aussi, enz en disparait-il graduellement de l'usage dès les xii xiii° siècles, devant dedenz préposition. Mais enz résiste plus longtemps devant dedenz adverbe, et la lutte se poursuit entre eux jusqu'au milieu du xvi" siècle, où enz décidément tombe devant son rival. Dès la fin du xV siècle, on ne rencontre plus enz dans les œuvres littéraires sauf, ci et là, dans quelques expressions consacrées : entrer ens ; cm et fors {=^ dedans et dehors), etc. Au xvi° siècle, il est à peine connu : et quand Robert Estienne, dans sa Grammaire françoise, proscrit la graphie céans et léans au nom d'une fausse étymologie, et déclare que enz s'emploie dans ces adverbes qu'il veut écrire ciens et liens, il montre bien que enz n'a plus de son temps d'existence isolée et indépendante. A cette époque, ne sont plus en présence que en préposition, dedenz adverbe et préposition et denz.

Pour ce qui regarde denz, il est à peu près inconnu avant le xvi" siècle, chose étrange, alors qu'en provençal il est d'un usage très fréquent. Voici les seuls exemples que j'en ai pu recueillir, au sens adverbial de dedans et au sens prépositionnel de en - :

Adverbe : Un pel aiguisiè qxie cil de denz avoient jeté pour le castel

' Voir des exemples de enz adverbe et préposition dans Railhel et Godefroy. » Railhel (p. 63 et 64) cite en outre, d'après Littré, Li rois estait dans wne (jrant vaUe, Roucevauï, p. "0, exemple à supprimer; Deim ces chambres l'en mena, exemple

défendre. Auc. et Nie, XVI, 23. — Tait flisoient dans et dehors Que l'enfant n'est pas humain cors, Hercule et Phileminis, ms. B. N., 821, fol. 6 v" (communiqué par M. Godefroj). — Ceuls de dens et ceuls de hors, Christine de Pisan, Charles V, II, 33'. — Si rentrèrent chil de dens p« leur fort à petit dommaige, Froissart, Chron. II, 374, éd. Luce ; ms. Amiens, f° 6S. — Paix soit en cel hostel par tout A tous ceux gui dens habitent, A. Greban, Passion, 1190-91.

Trois sur cinq de ces exemples donnent dens précédé de de, de sorte qu'on peut se demander si on n'a pas a/Taire à dedens plutôt qu'à dens. Christine de Pisan orTre dans la même page du chapitre cité plus haut, et à quelques lignes de distance, ceuls de dens, ceuls dedens et ceuls de dedens^.

Préposition : Parlât, denz lez afjînilcz De iVormandie oïd pais entière, Benoit, 34,235 (dans Burgnjj^. — Se il dens III jors ne la trove, Aucassin et Nicolette, XVIII, 35.

Ajoutons les exemples de decns que cite Godefroy (s. v.], par deens, prépos. ; en deans, adv. et prépos. ; cij deans, adv. ; exemples, du reste, pris à des textes sans autorité et relativement récents et où le sens est un peu différent.

En somme, il résulte de cet examen que denz, dans, employé quelquefois comme adverbe en ancien français, est, comme préposition, à peu près ignoré de la vieille langue. Dans les textes littéraires de 1450 à 1550, on ne trouvera guère plus d'exemples. La préposition dans parait inconnue à Commines' ; elle l'est certainement à la Vie de Bayard du Loyal Serviteur ; elle ne parait point dans Rabelais, ni, ce semble, dans Calvin. .Je ne l'ai pas rencontrée dans le Paranyon des Nouvelles Nouvelles. Palsgrave, qui analj-se avec un soin minutieux les divers emplois des prépositions anglaises in, on, within, etc., et les diverses façons de les rendre en français, ne donne que en, enz et dedens, dont

pris par Litlré à Raynouard, qui lui-même i"a tiré de Méon, Noiiv, liée, II, 193 ; cet exemple est faux, il faut corrij^er Dedans ces chambres (et même dedans sa chambre). Il cite encore, Je ftri dens le tas de celle giant folie ; mais ce vers est tiré du poème de la Prise de Paiiij):luiie, texte italianisé, sans autorité grammaticale ; il cite aussi, d'après Liltré qui remprunte au Lexique Roman, un passage des T igiles de Charles VII : car dens la ville les mettroicnt ; ici encore le texte aurait encore besoin d'être contrôlé.

' Exemple pris de Littré qui indique par erreur le chapitre xxxiv.

" Texte de Buchon [Panthfon. Littéraire], qui est peu sur, il ne faut pas l'oublier.

' Cet exemple a quelque chose de louche ; absolument isolé dans l'œuvre immense de Benoît, il semble le résultat d'une erreur. Faut-il lire enz, le d ayant été amené par un lapsus de copiste qui, entendant mal ce qu'on lui Jiclail, a pris le t final de tôt pour la dentale initiale de denz ? ou faut-il corri:,'er par tôles les affinitez, comme au vers 9992 : qui totes les affinitez.. . ?

* J'en trouve trois exemples dans les titres des chapitres vu, l'2, vin, 6 et 14 (éd. Chantelauze). Les titres des chapitres sont-ils de la main de Commines ?

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