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LES PRÉPOSITIONS EN, ENZ, DEDANS, DANS

il cite toutes sortes de constructions et de combinaisons ; de dans, pas un mot : il l'ignore absolument. Bans paraît également inconnu à Marot' ; je ne l'ai pas rencontré non plus dans la Défense ci lUusiration de la langue françoise, de .1. du Bellay, ni dans les comédies de Jodelle et de Grevin. Tout cela est bien caractéristique.

Mellin de Saint-Gelais semble le premier, avant 1550, à en offrir quelques emplois. Dans les trois volumes de ses œuvres, j'en ai rencontré quatre exemples ; les deux premiers (qui, au fond, n'en font qu'un) dans deux sonnets consécutifs, dont l'un est la contre-partie de l'autre, et qui reproduisent le même mouvement de phrase et les mêmes constructions.

SouTiail:.

Je pry h Dieu que, dans vostre maison N'ayez jamais rien qui ne vous dcsplaise. . .

(Édit. Blancliemain, I, p. '79.)

Autres souhaitz.

Je pry à Dieu que, dans vosire mesnaige, Vous ne voyez chose qui vous desplaise.

Le troisième exemple est au tome II, p. 258.

Et il fut mis dans le feu, contre moy.

Enfin, le quatrième se lit dans la SopJiomsde (t. III, p. 179) : dans le cœur.

Ce n'est pas encore grand'chose. On a toujours le droit d'affirmer que le latin in, dans la première moitié du xvi« siècle, n'est encore rendu que par en et dedans.

Avec Ronsard, tout change : dans j parait avec un développement extraordinaire. J'ai dépouillé le premier volume de l'édition Blanchemain (les Amours), et, sauf erreur ou omission, j'ai relevé ci)iquante-qiudre exemples où dans parait, suivi quatorze fois d'un possessif'^, huit fois d'un déterminatif ^, deux fois d'un pronom personnel*,

' Dans les deux premiers volumes de l'eVlilion Jannet, c'est-à-dire dans la moitié de ses œuvres, je n'en ai rencontré qu'un exemple : dans cent ans, I, p. 190.

' Dans mon, p. 33, 70, IG6, 337 ; d. Ion, 76 ; d. son, 4 ; d. la, 149 ; d. mes, 21, 30, 42 ; d. ses, 401 ; d. vosire, tiS ; d. vos, 48 ; d. leur, 71.

» Dinsun, 37, 43 ; d. une, 35, 134 ; d. cet, 110 ; d. ces, 170 ; d. chaque, 116 ; d. quelque, 433.

* P. 5o, sonnet xcvi : (Rien n'empêchera mon cœur) que prompt il ne vous suive, Et que dans tous plus que dans moij ne vite Comme eu la part qu'il aime beaucoup mieux. Ici on voit clairement que ce sont les exigences du vers qui ont déterminé le choix de dans et de en.

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et trente et une fois de l'article'. Depuis, l'usage de dans s'étend; dans le dernier quart du xti° siècle, il est assez établi pour fournir au dépouillement des textes une moisson abondante.

A quoi tient cette soudaine apparition ? Où est l'explication d'un fait aussi étrange ?

La réponse est bien simple. Dans est venu prendre la place laissée vide par la disparition de ou et de es, contractions de en et de le et les. On sait que ces formes contractées, d'un usage général en ancien français -, ont disparu dans le courant du xvi" siècle. Il est encore facile à cette époque de réunir un nombre assez étendu d'exemples do ou et de es, et je ne jurerais pas que le commencement du xvii" siècle ne présentât encore ou çà et là. Cependant il est aussi facile de reconnaître que l'emploi de ces articles contractés se restreint de plus en plus, celui de ou en particulier, qui a disparu avant es, puisque es existe encore aujourd'hui (généralement non compris) dans es lettres, es sciences, es arts, es tois.

Il y a coïncidence entre la disparition de ou et es et le développement extraordinaire acquis par dans. L'une est la cause de l'autre, il n'est pas difficile de le prouver.

Nous disons aujourd'hui, par exemple, dans le champ, dans les chamjjs, dans les circonstances, et en l'état, en la circonstance, en l'affaire. Or ici, précisément où nous employons en, le moyen :\ge ne disait pas autrement ; la langue ne fait que continuer une tradition ininterrompue qui remonte au latin populaire. Mais, là où nous employons dans, le moyen Age disait ou, es : ou cJiamp, es champs, es circonstances. Ainsi, m s'est maintenu dans les cas où il n'y avait pas lieu de le combiner avec l'article ; dans s'est substitué à en dans ceux où en se contractait avec le et les. Les premiers emplois ont dû être ceux où dans était suivi de l'article le et d'un mot commençant par une consonne, ou de l'article les; et les exemples cités plus haut de Ronsard confirment cette vue, puisque sur cinquante-quatre exemples,

• Dans le, 13, 17, 24, 3), 5G, 57, 63, 67, 69, 79, 102, 103, 112, 133, 133, 168, 193, 197, 236, 428 ; — dans les, 26, 72, 75, 111, 143, 148, 162, 167, 271, 383 ; — dans la, 410.

' On trouve cependant çà et là quelques exceptions, d'explication difGcile, du reste : en le heu, Aiol, 7334 ; enz en le cner, Rom. de la Poire, 558 ; ens en le /lis, Ch. C3'^ne, 55. Voir Fœrstcr, dans la Zeitschrift fur rom. Philol., III, 243 et Tobler, Vom ham, Yershau, 31, n. 2.

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