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LES PRÉPOSITIONS EN, ENZ, DEDANS, DANS

dans Gst suivi de le ou les dans trente cas et d'un autre mot quelconque dans vingt-quatre seulement.

Autre preuve. La langue n'a pas eu seulement recours à dans le et dans les pour remplacer ou, es ; elle s'est adressée également à au, aux. En lieu de, ou lieu de deviennent à partir du xvi" siècle au lieu de. Ou nomlre de, dit encore le Loyal serviteur (ch. is) ; nous disons maintenant au nomlre de. Une expression courante conserve encore aujourd'hui l'ancienne tradition à côté de la nouvelle : En mon tiom et AU nom de. Ici en se maintient devant mon, mais dans sa combinaison ou avec le, devant nom, il fait place à au. En mon nom et ou nom de, c'est-à-dire En mon nom et en le nom de, devient en mon nom et au nom de. Quand Mellin de Saint-Gelais, à la fin de sa Sojihonishe, écrit :

Ce qui de nous tous doit estre, Est escript au grand volume Des cieux,

l'article au qu'il emploie ici cache un ou plus ancien ; avec un féminin, il eût dit, par exemple : Est escript en la. grand charte, et non à la.

Ainsi la langue, perdant son article contracté ou, es, a été demander un substitut de ces formes, dans certains cas déterminés à la préposition à, et le plus généralement à la préposition dans '.

A peine usitée dans la vieille langue, cette préposition traîne une existence obscure, énigmatique -, jusqu'au moment où un accident l'appelle au plus brillant succès. La seconde moitié du \\tP siècle et la première du x^^I° nous font assister à la lutte entre l'adverbepréposition dedans qui a pour lui six siècles au moins d'un usage fortement établi, et le néologisme dans qui triomphe décidément vers 1650 et ne laisse plus à dedans qu'une valeur adverbiale.

Les conditions dans lesquelles dans s'est substitué dès l'abord à en expliquent les fonctions spéciales que la langue moderne assigne à chacune des deux prépositions.

En s'emploie aujourd'hui devant les substantifs non déterminés : en Jionneur, en grâce; en colère, en morceaux, en pièces, en état, en

■ Pourquoi pas dedans ? Parce que dedans était trop long et trop lourd pour remplacer une particule aussi ténue et légère. Voilà pourquoi aussi elle a pris au, un presque homonyme de ou, dans les cas où la préposition, employée au figuré, exprimai t un rapport moins précis dont on pouvait charger à sans faire trop violence à sa signification générale.

* Où était-elle employée ? dans la langue de la Lasse classe ? A-t-elle été perdue un temps pour être créée à nouveau et tirée de dedans ? Toute cette histoire de dans reste mystérieuse.

prières, et une qucantito d'autres ; devant les pronoms personnels (que l'on peut considérer comme des substantifs non déterminés) : en moi, en nous, en lui ; devant certains noms (singulier ou pluriel) précédés de tout autre dêterminatif que Je, les : en mon nom, en fout état, en quelque condition que ce soit, en toutes choses ; devant les noms de pays (indéterminés) : en France, en Italie. (Devant les noms de ville la langue a remplacé en par à à partir du xvii'= siècle '.)

Dans tous ces emplois, la langue continue la tradition du moyen âge et du latin. Mais comme la plus grande partie présente en au figuré, ou que, au propre, suivie d'un nom concret de lieu, la prépositiou ne comporte pas de détermination, l'usage moderne s'est habitué à donner à en un sens général indéterminé et le plus souvent figuré. En l'evanclie, dans reçut toute la précision des sens que perdait en. La langue ne pouvait se l'ésoudre à n'employer dctns qu'avec l'article le ou les, exactement dans les cas où il représentait ou et es -. C'aurait été imposer à ses habitudes un formalisme et une rigueur inconnus do l'esprit populaire. Celui-ci, se laissant guider par de fines analogies d'idées, étendit l'emploi de dans à toutes les expressions où le substantif est déterminé ': dans lamaison, clans cet état, dans toute affaire, dans ces circonstances, etc. *, et la nouvelle préposition, parmi les rapports qu'exprimait en, se réserva ceux qui comportent une détermination dans le régime.

Dans l'application de dans aux rapports de temp;, la langue fit une distinction ingénieuse. Des deux sens qu'exprimait en {en huit jours : durant huit jours, ou au bout de huit jours) *, elle réserva le premier à en, le second à dans : Dieu a créé le monde en six jours, et je viendrai DANS six jours {= au bout de six jours).

En résumé, le latin in, devenant le français en, a perdu dans le cours du temps nombre de ses significations. D'un côté, le sens de situation à l'extérieur disparait à la fin du moyen âge, et passe à sur ; de

• Voir plus haut, p. ISO.

' Devant un masculin siiifçulicr coanmcnçant par une consonne [dans le cliamp = 0!( champ) ou devant un masculin ou féminin pluriel (ilans les champs = es dtamps ; dans les â//es = es âges \ dans les choses = es choses ; dans les afTnires = es affaires).

' 11 suit de là que dans est souvent synonyme de en, puisque dans certains cas on emploie indillércmment en et dans. Il y a cependant une nuance ; l'emploi de en a quelque chose d'archaïque, et celui de dans quelque chose de plus courant et de plus familier.

♦ Voir plus haut, p. ISO.

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