DISCOURS DE M. HIMLY XLIX
études classiques, il sut suppléer par son travail personnel à ce que l'enseignement classique y avait d'insuffisant, et fut bachelier à seize ans, licencié à dix-huit, tout en devenant un hébraïsant consommé. Il se destinait en efifet aux études de la théologie juive ; mais ces études mêmes le tournèrent vers la philologie romane. Frappé du grand nombre de gloses en français insérées par les commentateurs juifs du haut moyen âge dans leurs commentaires hébreux sur la Bible, il conçut le projet de restituer d'après ces gloses françaises, dissimulées sous des caractères hébreux, le Dictionnaire de la langue française au xi" siècle, et dépouilla dans ce but, à Paris, à Londres, à Oxford, à Parme, à Turin, plus de trois cents manuscrits. Malheureusement, distrait par d'autres travaux, il n'a mis en œuvre que bien peu des précieux matériaux ainsi accumulés par ses soins, et trop probablement nul autre que lui ne saura en tirer parti.
L'étude du vieux français était peu à peu devenue sa préoccupation principale, sinon unique : il s'y perfectionna à l'École nouvellement créée des Hautes-Études, comme élève d'abord (l<s69}, comme répétiteur pour les langues romanes ensuite (1872) ; c'est sa thèse d'élève diplômé, un Traité de la formation des mois comiMsés dans la langue française (1873), qui pour la première fois attira sur lui l'attention de tous les philologues, en revendiquant hautement pour le français la faculté de créer des mots composés, que la routine attribuait aux seules langues germaniques. Plus appréciées encore du monde savant furent les deux thèses, DeFloovante veiustiore gallico poemate et de Merovingo cyclo et De la création actuelle de mots nouveaux dcms la langue française, qui lui valurent, le 13 juin 1877, avec la mention de l'unanimité, le grade de Docteur; elles sont, en effet, aussiremarquables par la hardiesse des sujets et de la méthode, que par la profondeur, la pénétration, la largeur d'aperçus, le sentiment délicat et profond des forces vives qui créent et renouvellent la langue.
Trois jours après la soutenance, Darmesteter était chargé d'inaugurer à la Faculté, avec le titre de maître de conférences, l'enseignement de la langue et de la littérature françaises du moyen âge. 11 ne quitta cependant l'École des