‹ Reliques scientifiquesChapitre 48 sur 167 · KATIA BAR SCHALOM ET FLAVIUS CLEMENS · texte numérisé non relu

KATIA BAR SCHALOM ET FLAVIUS CLEMENS

discussion. L'auteur de VHixtoire des Juifs, il est vrai, dans la deuxième édition de son troisième volume ' , réfute l'argumentation du chrétien Volkmar : mais les preuves de ce dernier sont tellement faibles -, et on en a si facilement raison, que l'on peut établir en fait que la question en est encore à demander un débat contradictoire. Pour les uns comme pour le.^ autres, la thèse admise est d'une évidence absolue, si absolue, que l'idée de la thèse contraire ne leur vient pas même à l'esprit. FI. Clémens appartient au judaïsme sans contestation aucune, comme sans contestation aucune il appartient au cljristianisrae. Pauvre victime, déchirée par de paisibles savants qui ne se doutent certes pas du nouveau supplice qu'ils lui font subir ! Pauvre ùme en peine, condamnée à errer entre deux tombes sans en pouvoir choisir une où elle puisse enfin trouver le repos !

Nous avons pensé qu'il serait intéressant de reprendre la question et de remettre sous les yeux du lecteur les textes et les témoignages qui militent en faveur de l'une et de l'autre thèse. Peut-être de cette discussion contradictoire, établie pour la première fois, sortira une solution définitive du problème.

Dion Cassius raconte qu'en 95, Domitien fit mettreà mort son cousin, le consul Flavius Clémens, et exiler dans l'ile de Pandataria la femme de Clémens, Flavia Doraitilla, sa propre nièce. Ils furent, dit Dion, accusés d'athéisme, crime pour lequel furent condamnées beaucoup d'autres personnes encore qui inclinaient aux usages juifs (eIç th twv 'louSafwv T;eTi èÇoxÉ).'XovT£î). Suétone est moins explicite. Il rapporte que Domitien fit périr FI. Clémens sur l'accusation de la plus mèprisalle inertie [coniempiissimm inerticc).

Du texte de Dion, les historiens juifs rapprochèrent, naturellement, les passages suivants du Talmud. Dans le traité Ghittin et le traité AboJa Zara ^, on parle d'un Onkelos, fils de Cleonikos ou Cleonimos, fils d'une sœur de Titus, qui voulut se convertir au judaïsme. Dans un Midrasch'', on lit ce curieux récit : « Nos maîtres, R. Eliézer, K. Josuo et R. Gamliel étaient à Rome, quand le Sénat décréta d'exterminer les Juifs du monde avant l'espace de trente jours. Il y avait un sénateur qui craignait Dieu. Il avertit R. Gamliel, et nos maîtres s'abandonnaient à la douleur, quand cet homme pieux leur dit de cesser de s'affliger, car avant trente jours le Dieu des Juifs viendrait à leur secours. Au vingt-cinquième jour, cet homme raconta tout à sa femme, qui lui dit : Voici vingt-cinq jours d'écoulés. — lien reste encore cinq, répondit-il. Mais comme elle était encore plus pieuse que son mari, elle reprit:

' Voir à la Gn du vol. la noie 12.

' Si toutefois elles se réduisent à celles que cite M. Grœlz.

3 Gh., 56 4 et Ah. Zar., 11 a.

< Dcbarim Haiba, II.

56 KTUDES JUIVES

N'as-tu pas une bague ? suce-la et meurs. Ta mort amènera dans l'assemblée une prorogation Je trente jours, durant laquelle le décret sera retiré. — Il suivit le conseil de sa femme, suça la bague et mourut. On s'aperçut ensuite que le vaisseau n'avait pas quitté le port sans avoir payé l'impôt (c'est à-dire que cet homme s'était fait circoncire). » Dans un autre passage du Talmud ', on lit qu'un « César, ennemi des Juifs, dit aux grands de son royaume : Si on a un ulcère au pied, faut il amputer le pied et guérir, ou le garder et souffrir? Ils répondirent : Ilfaut amputer le pied et guérir. Katia bar Schalora répliqua qu'on ne pourrait venir à bout des Juifs, car il est écrit que Hieu les dispersera aux quatre coins du monde. . . Le roi dit à Katia bar Sclialom : Tu as raison, mais contre ton roi, et qui triomphe sur son roi doit être jeté aux gémonies. Tandis qu'on l'entraînait au supplice, une matrone lui dii : Malheur au navire qui lève l'ancre sans payer l'impôt !. . . Mais il se circoncit, et il légua tous ses biens à R. Akiba. Au moment de sa mort, une voix céleste se fit entendre, qui prononça ces mots : Katia bar Sehalom est destiné à la vie éternelle. »

a Ces deux récits, dit M. Derenbourg -, sont sans contredit deux versions relatives à un même événement. Le César parait bien être Domitien et le sénateur de l'empereur, c'est Flavius Clémens qui avait été élevé au consulat en 95, et dont la compagrio partageait les convictions religieuses. » Qu'on ajoute enfin, avec M. Grœtz, que de ce nom Katia bar Sehalom, la seconde partie semble une traduction du nom latin Clcmens [bar Sehalom =Jîlius pacis), et l'on comi)rendra que les historiens juifs aient cru fermement à l'identité do Katia bar Sehalom avec Flavius Clémens, et aient réclamé la victime de Domitien pour la Synagogue,

On n'est donc pas sur^iris de voir M. Gra-tz^, après avoir reproduit un passage de VHistoire EccUstastiquc où Eusèbe raconte, d'après Brutius, l'exil de Flavia Dondtilla, «fille d"une sœur de FI. Clémens, » dans File de Pontia, ajouter ces mots : « Si Clémens ne fut pas chré • tien, on peut douter que Domitilla le fut. D'ailleurs, dans le récit de Brutius, on fait de Domitilla la nièce de Clémens, tandis que Dion en fait sa femme. » — Et l'on s'explique qu'il s'appuie sur cette contradiction apparente entre Eusèbe et Dion, pour r<.>jeter le témoignage du premier, et établir triomphalement sa théorie.

Nous arrivons maintenant à la seconde thèse. Dans cette thèse, il est évident qu'il faut entendre par le mot de Dion xûv 'iou5a(wv, les chrétiens. Le mot juif s'appliquait encore aussi bien aux disciples de Jésus qu'aux Juifs proprement dits. La distinction entre les deux

» Aboda Zara, 10 J.

ï Essai, clc, /. c

* Pans la note 12 déjà citée.

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