‹ Reliques scientifiquesChapitre 50 sur 167 · KATIA BAR SCHALOM ET FLAVIUS CLEMENS · texte numérisé non relu

KATIA BAR SCHALOM ET FLAVIUS CLEMENS

la petite-fille de Vespasien, la femme de Clémens, prouvent que c'était à elle qu'appartenait le prcedium de la via ArdeaUna, et que c'est d'elle que parlent l'index et les Acfa Sanctorum, qu'en un mot elle était chrétienne.

Donc et la femme et la sœur et la fille de Clémens étaient chrétiennes. Clémens fut-il chrétien lui aussi? Aucun texte, jusqu'ici connu, ne le prouve, si l'on ne tient pas compte du témoignage de Dion Cassius. Mais la conclusion en est-elle moins évidente pour cela? Comment comprendre que Clémens fût juif, alors qu'autour de lui toutes les femmes étaient chrétiennes ? C'est par les femmes que le Judaïsme entrait dans les familles païennes. Les hommes, soumis à la pénible loi de la circoncision, faisaient plus de résistance. Ici l'on aurait une marche inverse et assurément peu logique. D'un autre côté, Dion Cassius pouvait-il s'exprimer autrement et employer le terme de chrétiens 1 Jusque vers la fin du règne de Trajan, on ne connaît aucune différence entre les juifs et les clirétiens. A peine s'occupe-t-on de ces étrangers que les Romains entouraient du plus profond mépris : irat-on examiner les dissentiments religieux qui peuvent diviser « cette vile multitude » [vile damnicm, si périssent, Tac.)? Enfin, puisque 'lou5a((ov s'applique ici à la femme de Clémens, qui était chrétienne', il ne peut signifier que chrétien, et de la sorte le débat est vidé. M. Grsetz dit que FI. Clémens étant Juif, il faut en conclure que Doniitilla aussi était Juive. Le contraire seul est vrai, et puisque Domitilla était chrétienne, il faut affirmer que son mari aussi partagea sa foi-.

Il reste, il est vrai, les récits talmudiques : mais suffisent-ils à renverser toute l'argumentation précédente ? Nous ne le pensons pas. D'ailleurs, étudiés de près, ces récits ne résistent pas à un sérieux examen.

Ghittin nous parle d'uu Onlcelos, fils de Cleonil:os,fils d'une sœur de Titus, qui veut se convertir au Judaïsme ; Aboda Zara d'un prosélyte Onlcelos bar Cleonymos =. Peut- il être question ici de Clémens? Certes, non. Onkelos est le nom talmudique du célèbre Akylas le prosélyte,

* Et à sa nièce dout la religion ne peut faire Tombro d'un doute.

• L'expression, assez obscure, de Suélone, contemptissima iiicriia, reçoit de la sorte une explication simple et lumineuse. Ce mot i'inertia désigne la vie chréiieni.e des premiers temps, vie toute de renoncements et de sacrifices. Elle traduit on no peut mieux ce mépris des pompes extérieures, celte cnncenlralion de l'aclivité humaine dans la méditation solitaire et dans l'austère réllcxion que Jésus avait prêchée. l''l. Clémens abandonna ainsi la vie active, les luttes de la politique et du forum, choses d'un si grand prix aux yeux des Romains, pour s'enfermer dans une abstention qu'on ne comprenait pas, et qu'on trouvait lâche, coupable et méprisable. Cette abstention, cette inertia, s'expliquerait bien moins facilement, si FI. Clémens avait été juif.

' Le nom de Cleonymos peut correspondre à celui de CUmens.

disciple d'Akiba et traducteur de la Bible, et il y a là une confusion qui enlève toute autorité au nom de Bar Oleonjmos. Dans Aboda Zara, où le personnage est appelé Bar Cleonymos, on ne trouve pas les mots : fils d'une sœur de Titus, sur lesquels on fait reposer toute l'argumentation. Ils se trouvent bien dans Ghittin, mais là le personnage est appelé Bar Cleo)iilcos, ce qui n'est pas la même chose. Enfin, allons plus loin, admettons dans Ghittin une erreur de copiste, et lisons : On/celos, fils de Cléoui/mos, fils d'une sœur de Titus, nous ne serons pas plus avancés, car FI. Clémens n'est pas fils de la sœur de Titus ou de Domitien, mais fils de Sabinus, le frère de Vespasien. Il n'y a donc rien à conclure de ces deux textes.

Voyons si nous serons plus heureux pour les deux autres récits. Remarquons d'aboi'd combien ils différent l'un de l'autre. Dans le Midrasch, c'est un sénateur qui s'empoisonne, et par sa mort sauve une nation condamnée à périr. Dans le Talmud, c'est un sénateur qui paie de sa tète l'audace d'avoir voulu défendre les Juifs. Ce que ces récits ont de commun, c'est surtout cette expression singulière : Un vaisseau qui paie l'imjiôt avant de partir. Mais qui ne voit qu'elle a été empruntée à l'un de ces textes pour s'appliquer à l'autre ? Il faut donc séparer les deux légendes. La première, ainsi isolée, ne prouve absolument rien ; car elle ne peut aucunement se rapporter à Clémens. La seconde concorde mieux avec le récit de Dion. Wais qui nous dit qu'il s'agisse ici de FI. Clémens et de Domitien ? Pourquoi pas de Trajan (à la fin de son règne) ? Poui-quoi pas d'Hadrien ? Mais si même le fait se passe sous Domitien, pourquoi en fixer la date à l'an 95 plutôt qu'à toute autre année ? Et pourquoi y faire jouer un rôle à Clémens plutôt qu'à tout autre per.-onnage"? Que Domitien ait condamné à mort un de ces Romains dont parle Suétone, qui vitam judaicam vivehanf, cela est fort possible et même très probable. Les victimes de la féroce folie de Domitien furent assez nombreuses, pour que dans la foule il dut se trouver quelques-uns de ces adeptes du Judaïsme. Qu'un fait de ce genre parvînt aux oreilles des Juifs, c'en était assez pour que la légende se créât. Une légende, en général, n'a pas besoin d'un point de départ bien précis ou bien marqué pour faire sa course dans le monde. Il lui suffit du fait le plus insignifiant, le plus puéril, d'un mot mal compris , ridiculement interprété (voyez les légendes de saint Christophe et de saint Bonaventure au moyen âge). Sur cet humble canevas, l'imagination populaire brode ses plus capricieuses fantaisies, mais en suivant cette loi naturelle, de réaliser sous une forme extérieure et vivante les idées, les sentiments, les croyances et les aspirations d'une époque.

Or nous retrouvons une remarquable application de cette loi dans la légende de Katia bar Sc-halom. Cette victime de Domitien, quelle

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