‹ Reliques scientifiquesChapitre 6 sur 167 · ARSÈNE DARMESTETER XXI · texte numérisé non relu

ARSÈNE DARMESTETER XXI

l'ordre dans ce domaine jusqu'alors si vague et si mal déterminé de la composition française; à y distinguer nettement les faits de juxtapositions des faits de composiiion que l'on avait toujours plus ou moins confondus ; dans la composition môme, à reconnaître des procédés de formation que la seule considération des formes n'indiquait que vaguement ou voilait même : tels, par exemple, que cette composition par l'impératif (couvre-chef) dont nous n'avons plus conscience aujourd'hui et où notre instinct ne voit plus qu'une composition par l'indicatif (ce qui couvre le chef), et qui pourtant, aussi vieille que la langue, est toujours vivante et en pleine activité et à notre insu éclate encore chaque jour par des formations nouvelles. Cette œuvre mettait son auteur hors de pair, non seulement par les résultats acquis, mais aussi par la délicatesse et la puissance de la méthode, qui, mettant en œuvre toutes les ressources de la philologie historique et toutes les indications mécaniques de la forme, leur donnait toute leur signification en les combinant et les dirigeant par l'âme même du langage.

Vers la même époque se produisait dans la carrière do mon frère un événement dont les conséquences allaient peu à peu modifier complètement la direction de sa vie scientifique. Vers 1871, M. Marguerin, directeur de l'école Turgot, qui lui portait la plus profonde et la plus affectueuse estime, lui proposa de collaborer à une entreprise nouvelle et qui devait être faite pour le séduire. Un des professeurs les plus distingués de l'Université, M. Hatzfeld, avait été conduit par le maniement du dictionnaire de Littré à la conclusion que, malgré l'immense progrès réalisé par cette grande ceuvre, le problème de la lexicographie française n'était pas encore l'ésolu ; que si l'historique des formes était fondé, le classement des sens restait à faire ; que des classements qui donnent pour un mot cinquante ou soixante sens ne peuvent être ni scientifiques ni pratiques : qu'un mot a seulement un ou deux sens, qui peuvent se dédoubler en sens propre et sens figuré, et que les acceptions innombrables données par les lexiques ne sont que les applications du sens premier : il pensa qu'il y avait place, même après Littré, pour une œuvre nouvelle qui ferait l'ordre dans le chaos des sens. Il présenta

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