GUILLAUME D AUVERGNE
papes, ils ne leiu' déclareront pas que le Talmud leur est nécessaire pour interpréter les livres saints, ils le leur « feront accroire ». S'ils proposent à un prélat puissant à la cour un marché pour racheter leurs livres, ce marché sera honteux, non pour le prélat, mais pour les Juifs eux-mêmes (p. 132).
Passons et arrivons au fond même du récit. Le récit chez M. Valois n'a pas toute la clarté et la justesse désirables.
En 1238, Donin, juif apostat de la Rochelle, baptisé sous le nom de Nicolas, dénonce au pape Grégoire les hérésies du Talmud qu'il résume en trente-cinq articles. Le pape surpris fait choix de Guillaume de Paris « pour frapper un grand coup ». Il envoie des lettres à tous les archevêques et souverains des royaumes de France, d'Angleterre, d'Aragon, do Navarre, de Castille, de Léon et de Portugal, leur donnant ordre que le premier samedi du carême de 1240, le 3 mars au matin, alors que tous les Juifs seront réunis dans leurs synagogues, les autorités ecclésiastiques et séculières s'emparent à la même heure, par toute l'Europe occidentale, des livres juifs et les portent au plus proche couvent des Vèveî franciscains ou Prêcheurs. Guillaume est chargé de l'expédition de ces ordres. Seul, le roi de France obéit à ces injonctions, et, à la date fixée, saint Louis fait saisir les livres juifs, puis demande à entendre les rabbins.
Jusqu'ici le récit se tient. M. Valois a le tort seulement de ne pas faire connaître quel personnage était ce Donin, le premier auteur de la persécution. On ne se douterait guère, en lisant le récit de M. Valois, que ce Donin n'est qu'un misérable, que des haines personnelles contre Jehiel avaient poussé à l'apostasie et qui, après avoir excité d'abord au massacre de ses anciens coreligionnaires, n'imagina pas de plus sûr moyen de les détruire que de faire supprimer leurs livres. Le 12 juin 1240 et les jours suivants eut lieu la discussion publique entre Donin et Jehiel de Meaux ou de Paris et trois autres rabbins. Puis un tribunal dont faisait partie Guillaume fut institué pour juger le Talmud. Les mêmes rabbins furent entendus, et, à l'instigation de 1 inquisiteur Henri de Cologne, les livres juifs condamnés au feu. Deux ans seulement après, le vendredi de la semaine de la Péricope ou section de n-n, 1212, vingt-quatre charretées de manuscrits hébreux furent solennellement brûlées à Paris.
« Les années suivantes virent s'effectuer de nouvelles perquisitions, jusqu'en 1246, époque vers laquelle un événement assez mal connu compromit l'œuvre de plusieurs années. »
Les rabbins s'étaient adressés aux cardinaux et aux papes et avaient obtenu le concours d'un puissant prélat, qui suivant le témoignage d'un contemporain, le moine Thomas de l'abbaye de Cantimpré, mourut subitement après, jour pour jour, dans le lieu même
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où les livres avaient été rendus aux Juifs. Louis IX fut tellement frappé de cette mort qu'y voyant un avertiisement céleste, il donna le signal de poursuites nouvelles. Le pape Innocent IV, successeur de Grégoire, chargea son légat Eudes de Cliàteauroux d'examiner à nouveau le Talmud. Une nouvelle enquête eut lieu, suivie d'une sentence solennelle, prononcée lo 15 mai 124S, par un tribunal de quarante-un clercs.
Tel est le récit de M. Valois qui identifie le prélat favorable aux Juifs avec Eudes Clément, archevêque de Rouen, mort subitement en 1247, homme sans scrupules qui, selon le chroniqueur Mathieu Paris, mourut chargé de dettes, et qui, selon M. Valois, se serait laissé corrompre par l'argent des Juifs.
Dans tout ce récit on saisit mal la marche des faits. Il y eut certainement une première condamnation en 1240, suivie d'un auto-da-fé en 1242 ; mais comment se fait-il qu'un si long espace de temps se soit écoulé entre la condamnation et l'exécution ?
M. Graetz explique fiicileraent les choses, en reportant aux années 1240-1242 le5 tentatives faites par les Juifs auprès d'un prélat pour arrêter les effets de la condamnation. D'accord avec Du Boulay (Historla Universit. Paiiaiensis, III, 1*(7), il identifie ce prélat avec Gautier Cornut, archevêque de Sens, qui s'était montré dans une autre occasion équitable envers les Juifs, et qui mourut en 1241. M. Valois repousse l'opinion de Du Boulay et de M. Graetz, en étaj-ant sa manière de voir du témoignage de Thomas de Caiitimpré combmé avec celui de Mathieu Paris. Mais le récit de Mathieu Paris par lui-même n'a aucune valeur, Mathieu Paris rapportant simplement à l'année 1247 la mort subite de l'archevêque de Rouen, Eudes Clément, « quem ambitio et superbia adeo ad archiepiscopatus dignitatem infeliciter attraxerant, ut domum suam irremediabiliter aère aliène obligatam dereliquit. » Quant au témoignage de Thomas de Canlimpré, il détruit formellement l'opinion de M. Valois, et vient au contraire corroborer celles de Du Boulay et de M. Graetz.
En eflfet, Thomas, légendaire Belge, né on 1201 à Leu-S'aint- Piarre, près de Bruxelles, entre comme prêtre dans l'abbaye de Cantimpré (près de Cambrai) où il resta jusqu'en 12o0, et en 1232 dans l'ordre des frères prêcheurs à Louvain, vint étudier à Paris, de 1237 à 1242, pour retourner ensuite à Louvain où il resta jusqu'à la fin de sa vie. Or voici ce qu'il déclare avoir vu durant son séjour à Paris, c'est-à-dire entre les années 1237 et 1242.
Vidi et ipse iilium archiopiscopum in Gallife pailibu? virum lillcialum et nobilem, circa quera lalisvinJicla noUri Dci coutij-'it. Devolissimus in Principibus Ul'x Francia.' Luilovicus auno circilor ab lucarnaliono Dom. 1239,