II. Talraul
Traités Beracboth, Subbatli, Eroubin (92 ; 38o;73) 550
Pesachim, Joma, Scukka, Béisa (94 ; 31 ; 88 ; 09) 2S2
Rùsch basch-Scliana, Tliaanilh (34; 33) 09
Me.;liilla, Mocd Kalan, Ilaghi-lia (14; U;12) 40
Jfbamolb, Ketboubo'.h, Nedarim (*J (38 ; 52 ; 9' 99
A reporter 1,0411
0) Voir ijlus haut [i. 109, note 1.
b) Arréié au folio 2i b. complète avec le commentaire de Gherschon Meor hag-Golah.
L'orthographe des Laaziin une fois fixée, il faut les remettre en français, travail facile ; car Raschi a eu recours, comme il est naturel de le penser, à un système de transcription déterminé, système adopté d'ailleurs par toute l'école des rabbins français du xii"= et du xin° siècle. L'alphabet hébreu ne connaissant pas les voyelles, on pourrait croire que les transcriptions ne donnent que les consonnes des mots français ; mais nombre de manuscrits sont ponctués et, présentant la prononciation exacte des scribes, ont tout au moins la même valeur, par exemple, que les manuscrits anglo-normands de V Alexis ou du Roland.
D'un autre côté l'hébreu rabbinique use des semi-voyelles yof? et vaw pour représenter par le yod, Vi ou l'c, par le vaw, Vo ou Vou. L'absence de ces deux lettres indique un « ou un e muet. Donc, même avec des manuscrits non ponctués, ce qui est l'exception, le champ de la discussion est singulièrement restreint Cependant comme le 2]éh et le ielh hébreux peuvent représenter le p ou Vf et le 5 ou le w il peut y avoir quelque incertitude pour les labiales ; mais, là encore, les manuscrits ont le plus souvent recours à des espèces de tildes pour distinguer les deux séries de labiales l'une de l'autre, comme ils le font pour indiquer le son chuintant du y h^g [e) et du le = ch. Les scribes savent donc corriger les défauts de l'alphabet hébreu, qui vient apporter ses avantages propres. Ainsi le v se représentant par le leth comme par le vaw, on ne peut le confondre, comme dans l'écriture française, avec Vu. L'emploi du tsadè pour l'endre le ç indique la valeur double Is de cette consonne. La prononciation de l'e muet est établie par la transcription qui, dans le mot grue ', par exemple, lui attribue une sorte de sonorité. Les glosses donnent de précieux renseignements sur l'état de la langue à la fin du xi" siècle. Elles permettent d'affirmer l'existence des diphtongues fortes ^, accentuées sur la première syllabe, l'absence de nasalisation, du moins pour les syllabes sourdes ou, un, l'affaiblisse-
Repoit 1,040
Nazir M, Sotj, Ghittin, KidJouscliiu (10; 30; 00 ; 33) 16G
BabaKamma.B.Metsia.B. Bathra (rf),Synhedrin(76; 191;26; 53) 2o6
Makkoth(f), Schevouoth, Aboda Zara, HoraïolU [10; 8; 143 ; 1) 164
Zebachim, Menahotb, Bekorolli, Ilou'.lin (37 : 57 ; 5C ; 223) 373
Erachin, ïhemoura, Keritlioth (e), Meila (c) (IS; 1 ; 7 ; 2) 28
Midda, Abolh, Midiasch Bereschilh (66 ; 23 ; 72) 163
Total des glosses talmudiques 2,1 90
Total géaéial : 967 -h 2,190 = 3,157.
' Kiddnschin, 44 a. La transcriplioQ de ce mot, comme d'aulros de même forme, prouve que iV' se prononçait au moins comme dansée, h. * Sur ce terme, voy. G. Paris, Alexis, p. 73.
c) Les commentaires sur Nazir, Keritlioth, Meïla ne sont sans iloute pas du Rasclii: eu tout cas ils ont subi de grandes interpolations.
d) Arrêté fol. 29 &, achevé par K. Samuel b. Meir, petit-fils de Raschi.
e) Arrêté fol. 19 b, achevé par R. Juda b. Nathan,
ment des médianes fortes ou douces, et l'existence encore entière des médianei douces. Si salufare est devenu saludvr ', et miralorium mira- (loir-, (indiens est resté odant^, eiconredare, coiircder^. L'assimilation des muettes avec les muettes est achevée, "et Rasclii a le mot setaine ^ ; mais celle des muettes avec les liquides en est encore au premier pas, et hcdera se présente sous la forme èdre ° et moduhis sous celle de modh' . Les labiales ne sont pas encore remplacées par ley palatal suivant, que plus tard elles appelleront, au rang de consonnes en disparaissant elles-mêmes, et uche est encore apje '*, sauge encore salvje ". La langue ne s'est pas encore décidée pour Vu contre 1'»;, avec </ intercalaire contre l intercalaire, dans les finales einere, et l'infinitif àejrremo est encore j?rf ;»&;•« "*. Si nous quittons la phonétique, Raschi nous montre des substantifs verbaux comme signe = scie ' ' , irog = trou '^ ; des substantifs participiaux comme poste = ponte '^, mot curieux et qui prouve l'existence d'une premièi'e forme latine ponere, positus =pondre, post, abandonnée pour une seconde forme plus conforme à l'analogie pondre, pont, laquelle à son tour, immobilisée dans le substantif participial po«/e, est chassée en vertu des mêmes lois analogiques par|WH(7«. Les lois de la déclinaison sont rigoureusement observées. Ailleurs ce sont des sens nouveaux que nous indiquent les Laazim. Ainsi aise signifiant espace ride aux côtés de quel(iuun, c'est-à-dire à côté de lui, et être à son aise, proprement ai-oir de la plctce pour remuer ses Iras, et par suite é/re libre, pouvoir agir librement ^'^. Ainsi encore le mot mestier*^ employé, non pas au sens de besoin, mais de bahut, armoire : on peut comparer à cette déviation de sens celle que présente le mot nécessaire dans la langue actuelle.
Pour la syntaxe, Raschi ne donne guère de renseignements, car les
' Genèse, xxxin, 11, etc.
* Exode, xxxviii, 8, elc. Salbath, 149 a, elc. ' Deiiter., i, 1G.
* Kcthoiiboth, 2 a, etc.
5 Mj-ode, X, 22, etc.
'' Ou ihlre ; je u'ai pas encore déterminé si \'c est déjà diphtongue ou non.
' ZcbacAim, 3 (i.
' Kclhovioth, 61 a, etc. \j mouillé et iiou chuintant.
" Sabbath, 1119 b \ même remarque que pour fl^y'e.
'» Sjbbatk, 82 a, etc.
" Baba Kamm.i, 119 b, etc.
" Olndia, i, 15.
" Houllin, E8 a, elc.
'* Nombres, ii, 20 ; Samuel I. xix, 3 ; II, xix, 30; Isaïe, lvu, 8. — Cette acception jtlle un jour nouveau sur l'étyraologie du mot. Evidemment le sens ahslrait dérive ici du sens concret et c'est dans uu mot signifiant Ucii, espace, qu'il faut reclicrcher l'origine de«isc. Neferait-ce pas arca, forme rhotacisée d'un hypoihéliquc rtsraqui se serait conservé dans le laliu vulgaire? Néanmoins le radical ai' parait Lien Ctre primitif.
'' Sroubi.-i, ii b;ZOb; Sabbuth, Zla ; 10J a, elc.
plira?e3 qui se rencontrent dans ses Laaziin sont des hébraïjmes plutôt que des gallicismes. Quand il se trouve dans le texte biblique des tournures singulières, irréductibles à la logique, lîasclii, pour en montrer la constitution, les traduit litléralement en phrases qui n'ont de français que les mots. Ainsi ce passage de l'Exode xiv, ii : « Est-ce par manque de sépulcres en Egypte que tu nous as menés mourir au désert? » cil la première proposition renferme dans l'hébreu deux négations, qui, loin de se détruire, se renforcent, est traduit par Raschi : Si por faillance de non f oses. Raschi évidemment dans cette phrase barbare n'a voulu que mettre en lumière la double négation renfermée dans faiiktnce et dans non. Ailleurs (Michée, II, 4), l'hébreu emploie une singulière expression, Xeschaddounoii (nous sommes pillés), sorte de forme hybride que la grammaire ne peut expliquer. Raschi s'efforce d'en faire comprendre la bizarrerie : il y montre deux fjrmes accouplées : Schaddounou actif avec complément direct, « ils nous ont pillés », et Neschadnoii passif, « nous sommes pillés ». Les deux réunis forment un ensemble intraduisible, comme qui dirait « sommes desgaterent nos ». — Nom ne voulons pas nous étendre plus longtemps sur ces particularités des Laazim de Raschi. Ce que nous venons d'en dire suffit à en montrer l'importance. Cet index d'environ trois mille mots appartenant, non pas à la langue poétique comme V Alexis ou le Roland, mais à la langue usuelle, familière, dont l'origine et la date sont nettement déterminées, apportera, nous n'en doutons point, de nouveaux et nombreux éléments à l'étude de la phonétique et de la morphologie de notre vieille langue. Bien des mots aussi qu'on ne rencontre qu'à une époque postérieure verront reculer la date de leur apparition, et la lexicologie, tout autant que la science des sons et des formes, y trouvera de précieux renseignements, lînfîn cette liste de Laazim permettra de tracer un tableau de la langue à la fin du xi« siècle.
Les glosses qui se lisent dans les commentaires des autres rabbins fiançais n'offrent pas autant d'intérêt. Si l'on possédait les œuvres complètes de Tl. Gerson de Metz, le précurseur de Raschi, on aurait assurément un recueil de glosses des plus intéressants, puisqu'elles dateraient de la fin du x<= siècle ou du commencement du xi<=. Mais je ne connais de lui, comme existant encore, qu'un commentaire talmudique conservé à la Bodléienne (F. Huntington 200). Ce manuscrit m'a été signalé par mon ami M. Ad. Neubauer, qui relève dans ce texte quelques glosses françaises qu'on retrouve d'ailleurs dans celles de Raschi. Elles n'offrent pas d'intérêt. Plus nombreuses sont celles qu'on lit dans les oeuvres de R. Joseph ben Simon Kara, l'élève de Raschi •. Ces œuvres
' ■ Joseph Ivara b. Siméon llorissait dans le premier quart du xii' siècle, était le
lits du célèbre SiméoQ Kara, le neveu de Menahcm ben Hclbo [le grammairien},
l'ami de R. Samuel b. Meïr (le petit-fils de Raschi] et peut- être rélève de Raschi
178 ÉTUDES JUDÉO-FRANÇAISKS
sont encore des commentaires sur diverses parties de la Bible, Prophètes, Proverbes, Job, Euth, Esther, Lamentations de Jérémie, l'Ecclésiaste et les Chroniques. Ajoutons des notes et paraphrases insérées çà et là dans le commentaire de Raschi sur le Pentateuque, commentaire que Josepli a revu et complété. De ces œuvres diverses l'on n'a imprimé que le commentaire sur les Lamentations et le Commentaire sur Job. La Bibliothèque nationale ne possède que trois mss. contenant quehiues-unes des œuvres de J. Kara, le n° 161 qui renferme le commentaire sur Job jusqu'au chapitre xxxvi (de fol. 187», à fol. 226 J), le n'' 163 qui renferme les commentaires sur Samuel (depuis le chap. ii), Isaïe et Jérémie, et le n" 162 qui, outre le texte donné par le n" 163, contient le commentaire des Ilagiographes, moins ceux des Psaumes, des Proverbes, de Daniel, du Cantique et d'une partie des Lamentations'.
Citons encore le ms. 37, qui intercale au milieu du commentaire de liaschi sur le Pentateuque nombre de glosses (ainsi Gen. xxvi, 20 ; XXVII, 29 ; Ex. xv, 25 ; xvi, 6 ; xviii, fin ; xix, 9 ; xxxiv, 9 ; Deutér., XXVI, 18), signées, soit du nom de Joseph, soit du nom de Joseph har Siméon. La première, qui est très longue et finit par ces mots : « Telle est l'explication que j'en donne, moi Joseph ben Siméon ; mon maître en a été satisfait et a approuvé mes paroles », contient un Laaz : dondra = donnera ^.
En feuilletant le ms. 161 (commentaire sur Job), je trouve environ vingt-cinq mots français, parmi lesquels je citerai asciir ou oscur = obscur (folio 187 a] ; hèricer en parlant des cheveux qui se dressent sur la tête (189 J) ; cep qui enchaîne les pieds (203«); ton talent =^ ton espi'it, ton caractère (205 a) ; m' alêne (ou m'aJine ? m'alcine ?) =^ ma respiration (209 J); compas (214 «), etc. Les mss. 162 et 163 en présentent un plus grand nombre. Je prends au hasard, dans le commentaire sur Samuel : tinter selon 162 (fol. 14rt, 2), tintener selon lG3(18ff); escrin (162; 15 «, 1) et cscrù/ne (163; 19 a); collre, soc, lime, acier, etc.. (162; 18 ff, et 163; 24 «) : dans le commentaire sur les Prophètes, arendele ou arindele (162; 99 «, 2 — 163 ; 131 a), grue (ibid.) ; hatdiç, c'est-à-dire hatduç, hatiuz (162; 100 a, 2. — 163 a par erreur latriç, fol. 133 a) ; coucou (162 ; 104 a, 2 et 163 ; 140 rt); " avrâi estid = et je serai debout (162 ; 22 «, 2). Dans ce
qu'il désifçne du nom de maître et dont il se dit l'obligé. • (Zunz, Zur Gescliichte uad Liltcralur, p. 68).
' Le commeutaire sur Ézéchiel, du commencement jusqu'au folio 142 {, 2, est de Kara ; la Qu (142 h, 2-148, S, 2) est de Raschi. L'indication du catalogue Zotenberg est inexacte ou tout au moins iasafttsanle.
" Ms. 37, folio lii a. Le ms. porte liomlra, erreur évidente pour iloiulra. Le copiste aura pris sans doute pour la barre de gaucho d'un hc un point ou une tache qui se serait trouvée dans l'original au milieu du dakth. — Il s'agit dans la glosse d'un mot hébreu signifiant donnei- et qui, malgré sa l'orme de passé, doit se prendre au sens du futur.
dernier Laaz la transcription montre que les deux e sont muets ou du moins ont la même prononciation que Ve de je, le, se, etc. et que le futur à'avoir est ici avrai et non aurai. Quant à estid, Vi yient-il d'une erreur de copiste qui par l'omission d'un point aura changé ted en iid? Est-ce une forme dialectale propre au scribe, qui semble être, autant qu'on en peut juger par l'écriture, originaire des provinces rhénanes? Je ne saurais décider. Le ms. 163 (fol. 29 i) donnJ les mêmes mots sans les ponctuer, ce qui ne fait guère avancer la question. Nous croyons bien que ces mss., que d'ailleurs nous n'avons fait que parcourir, pourront donner une centaine de Laazim.
De Joseph Kara nous passons à Samuel ben Méïr, le petit-fils de Raschi, auteur de commentaires sur le Pentateuque et autres parties de la Bible et sur le Talmud. Les commentaires sur le Pentateuque ont été imprimés en 1705, Berlin, in-4° ; les autres dorment dans les recoins de quelques bibliothèques ' ; cependant on a, dès l'origine, extrait de ses œuvres, et publié, un complément du commentaire commencé par Raschi sur le traité talmudlque Balja Bathra (du folio 29 h, à la fin), ainsi que le commentaire sur le x° chapitre du traité Pesachim (éditions imprimées de 99 &, à 121 h). Les œuvres talmudiques contiennent quelques glosses françaises, une cinquantaine environ. Mais, comme je n'en ai le texte que d'après les éditions impi'imées où elles sont généralement fort maltraitées, je n'en puis rien citer. La Bibliothèque nationale ne possède aucun manuscrit de Samuel ; quant au ms. de la Bodléienne, 0pp. 249 (commentaire sur Baba Bathra), que j'ai eu l'occasion de voir, il présente un texte singulièrement abrégé, si on le compare à celui des éditions, et où le nombre des glosses est considérable* ment réduit. Il se peut, il est vrai, que ce soit là le texte authentique, dont le nôtre ne serait qu'une copie enrichie d'interpolations. Une comparaison approfondie des deux rédactions peut seule résoudre la question.
Une autre source de Laazim, ce sont les Thosaj^liofli . On désigne sous ce nom un ensemble de notes additionnelles qui ont pour objet d'élucider le te.xte du Talmud. Ce commentaire perpétuel se distingue de celui de Raschi en ce que ce dernier explique plutôt les mots et en général le sens simple du texte, tandis que l'autre s'attache à approfondir les discussions des docteurs. Ces notes ont été composées par les rabbins français de l'école de Raschi, au xi[e et au xiii'^ siècles ; les principaux auteurs sont le petit-tils de Raschi, le Rabbénou Tliam, et le neveu de ce dernier, le Ri ou Rabbi Isaac le Jeune. Par la nature même de leur rédaction, qui embrasse une durée de deux siècles, les
' Néanmoias ou a publié le commentaire sur l'Ecclésiaste et le Cantique ; ISo.ï, in-8°, Lcipzifr. — Quant au commentaire sur les Psaumes (Berliu, 179-5, in-S", et Wien, 1816, in-8"), on en a contesté rauthenlicité.
Thosaplioth doivent offrir dans leurs Laazim des formes pliH ou moins archaïriues. Mais le nombre n'en est pas considérable ; s'il est supérieur à 100, il ne dépasse certainement pas 150, et parfois ils reproduisent ceux de Raschi ; le texte en est souvent corrompu ; quelques-uns ont des formes tout à fait italiennes, dues évidemment à des copistes étrangers et peut-être à Bomberg, le premier éditeur du Talmud; je n'ai pas encore pu en vérifier l'orthographe d'après les manuscrits.
Aux Thosaphoth, il faudrait ajouter encore le Rabbénou Ascher ben Jechiel qui insère quelques Laazira, mais pour la plupart empruntés à Raschi ou aux Thosaphoth qu'il résume dans son commentaire sur le Talmud. Rappelons également le commentaire des Chroniques faussement attribué à Raschi et l'œuvre du même genre qui se trouve dans le ms. d'Oxford, Ojip. 34, in-4'', où l'on trouve quelques mots français.
Tels sont les commentateurs qui, à ma connaissance, ont employé des Laazim dans leurs œuvres hébraïques'. Il est possible et même probable que la Nationale possède des mss. de rabbins français qui contiennent de ces glosses; mais, comme le catalogue des mss. hébreux ne signale pas ces particularités, il faudrait parcourir tous ces manuscrits, ce que je n'ai pas encore eu l'occasion de faire. Oxford possède des manuscrits avec glosses : M. Neubauer me signale celui qui contient les œuvres d'un Moïse ben Isaac Hanasiah d'Angleterre, qu'il identifie avec Moïse Naqdan de Londres ^ : il y relève des glosses dont quelques-unes me paraissent intéressantes : enfomeç = étourdi, comme un homme endormi ; Tcanjnons = hommes qu'on loue pour la guerre, mercenaires. On trouve la ligne suivante : « C'est un proverbe populaire qui dit : ne crois pas aux eaux dormantes : eatjv's Jcoies nela croijas (?). » Notre grammairien traduit le verset des Proverbes (xii, 25) : « le juste sait profiter de son voisin » de la manière suivante : fest ipier son companoja Ji. Ailleurs le mot hébreu : « beau des yeux » est traduit par Wonl. Nous trouvons encore riofe pour désigner le bruit des s'abots d'une troupe de chevaux, ou cette troupe elle-même ; s'avanlure pour rendre : « ses accidents », etc.
Outre ce manuscrit, je vois dans les notes publiées par M. Neubauer dans la Zcitschiift de Geiger ^ l'indication d'autres mss. renfermant des Laazim. Dans les descriptions qu'il en donne, M. Neubauer publie de courts extraits où je recueille quelques mots français :
• Dans !a revue hébraïque Hasch-Schitliar (l'Aurore, — ia-8°, Vienne, 1871, p. 289 et sqq.), je trouve la description d'un ms. de J. Kara, qui renl'erme des citations de son oncle Menahem b. Ilslbo, où je rencontre quelques Laazim. Ainsi: a^iiisAlc, forbide, yresle, aslcr (acier), toMcr, etc.
' Déjà indiqué par Zunz (Zur Gcscliiclite, etc., p. 112), sous le nuraéio Oppenbeim, 999. F.
' Judische Zeitschrift, herausgcgeben von Dr. Abr. Geiger. Breslau, année IS'îl, p. i'ik et sqq. ; 214 et sqq.
Cad. 0pp. 31 (du xiii" siècle ou du xiv») basfème.
Or. 604 (xiv° siècle) : quelques noms de ville: Jlolroil (Montreuil?) ; Charies (Chartres) ; Olicns (Orléans), etc.
Cod. 0pp. 225 (antérieur à 1358). L'auteur, dit M. Neubauer, y explique les mots obscurs du Pentateuque à l'aide du français et de l'allemand.
Quant à Hunt. 268 (commentaire anonyme partiel sur Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique et Ecclésiaste), M. Neubauer y voit l'œuvre d'un rabbin espagnol. L'auteur donne presque à chaque verset une explication en espagnol des mots et souvent des phrases difficiles. « Il est possible, dit M. Neubauer, que la philologie romane ait à gagner à la publication de ce commentaire. » M. Geiger, jugeant d'après les huit ou dix glosses citées dans les extraits que publie la Zeitschrifl, se demande si l'auteur ne serait pas plutôt français. Mais, si quelquesunes de ces glosses sont douteuses, il est impossible de voir du français dans des formes telles que dedreyo (derrière) ; tal atcd (tel et tel) ; consmo (place publique où se réunit le conseil) ; de los lujagos (des javelles), etc.
Nous terminerons cette première partie par quelques mots sur des glosses d'une nature particulière qui nous serviront d'introduction naturelle à l'examen des glossaires. Ces glosses ne sont pas des explications en français faisant partie intégrante d'un commentaire hébreu, mais bien des notes marginales ou interlinéaires, ce qu'on désigne habituellement sous le nom de glosses. Elles se lisent dans un ms. de la Nationale ' qui contient les livres de Josuô et des Juges, accompagnés sur les marges du commentaire de Raschi, et les livres de Samuel, des Rois et des Prophètes. D'une écriture allemande comme le manuscrit, elles sont plus récentes cependant ; car, tandis que le ms. remonte au xii<= siècle, la forme de leurs lettres dénonce le xiv<' siècle, date que confirment d'ailleurs les formes grammaticales Elles cessent au fol. 88, avec les livres de Samuel. Elles sont disséminées çà et là, soit entre les lignes du texte biblique, au-dessus des mots qu'elles traduisent, soit sur les marges de droite ou de gauche, ou entre les deux colonnes de chaque page. Voici la première que nous lisons :
Josué V, 13, « Josué alla à lui et lui dit: Viens-iu nous aider ou estu pour nos ennemis ? » Ms. fol. 4 S : Si abder nous vins.
Ailleurs sur les passages de Josué ix, 4 et 5 : « outres déchirées et recousues », « pain moisi v, nous lisons (fol. 8, 1 et 9, 1) e liés — BÉKOJT (V); — X, 12 : « Soleil, arrête-toi » atan's (fol. 9 a); xv, 19 : « ta terre sèclie » la. sèke ; xxii, 24 : « par crainte » de dotanse ou DOUTANSE (fol. 19 «) ; Juges III, 24 : « ctccroupi sur ses pieds »
' Fonds hébreu, 86. — Vélin moyea du xii» siècle. EcriLure allemande. Deux lacunes dans le texte; 1" — de Jérémie, xxix, li) à xxxviii, 2; 2" — d'Osée, iv, 4, à Amos, VI, 12.
182 KTUDES JUDÉO-FRANÇAISES
KOL'ETANT ; V, 12 : rpli've-ioi (= resurge) sesordek (fol. 25 r<); v, 21 : « il les Icilaija » baloya os ; v, 23 : « messager de Dieu », mesage de DAY (fol. 25 J).
Le bout du hâion. le baot de baston (fol. 26 h) ; le hntf jeune, le lœiif engraissé, le bof legène, le bof langrisé (ibid.).
Ces quelques exemples suffisent pour montrer le caractère de ces glosses. Sans nous y arrêter plus longtemps nous passons aux glossaires '.