DES GLOSSAIRES
Les Glossaires de la Bible sont des recueils de traductions en français des mots difficiles, traductions accompagnées le plus souvent de la paraphrase chaldaïque et d'un court commentaire hébreu où l'on explique le mot du texte en le rapprochant d'un autre passage de l'Ecriture qui le reproduit. Ces traductions se suivent dans l'ordre même des Livres Saints. Ces glossaires pourraient être et parfois sont disposés en trois colonnes qui contiennent, la première le mot hébreu, la seconde la traduction française et la dernière le commentaire ou la citation du même mot dans un autre passage -. Nous connaissons jusqu'ici sept glossaires de ce genre, deux à Paris, deux à Parme, un à Bâle, un à Leipzig et enfin un à Oxford, et tous, à l'exception de ce dernier qui ne contient que quelques pages, sont d'une étendue considérable. Nous allons, autant qu'il est possible, essayer d'en donner une idée.
A. Le glossaire de Paris, inscrit actuellement sous le n" 302 du fonds hébreu, appartenait avant 1862 aux Archives Nationales où il était arrivé je ne sais comment. C'est un beau manuscrit, moyen in-4o, vélin, de 177 feuillets avec un feuillet blanc à la fin. L'écriture est celle du nord-est de la France ; les mots français sont presque partout ponctués. Il comprend le Pentateuque (fol. 1 à 30 J) ; les cinq petits livres d'Esther, du Cantique, de l'Ecclésiaste, des Lamentations et de Ruth (31& — 35 5 fin) ; Josué (37 « — le feuillet 36 est en blanc) ; Juges
' Il conviendrait d'ajouter encore à ces textes un ms. de la Mischna, datant du xiv siècle, qui est à Cambridge (Univeisitj' Library), et sur le dernier feuillet duquel se trouve une sorte de liste renl'ermant les titres traduits en français, mais écrits en caractères hébreux, des divers livres de la Bible. Cette liste ne nous a pas paru offrir un bien grand inlérêt.
^ [Voir les spécimens donnés plus haut (p. 131-157) d'uprès les matériaux plus abondants recueillis dans la mission en Italie.]
GLOSSES ET GLOSSAIRES HEBREUX-FRANÇATS 183
(39 h) ; Samuel I et II (44 b) ; Rois I et II (54 a) ; Jérémie (61 h) ; Ezéchiel (69 a) ; Isaïe {11 b) ; Les douze Petits Prophètes (101 a) ; à la fin des 12 Propliètes, fol. 113 5, au milieu, se lit cette note : « Moi, Joseph, fils du saint Rabbi Simson, j'ai terminé ces Laazim des 24 livres, au mois de Kislew de l'an 1 du sixième millénaire pour Rabbi Samuel fils de Jacob que le ciel bénisse. Puisse-t-il en jouir et les méditer, lui et sa postérité, jusqu'à la fin des générations ! Amen, Scia, Ilazak. » Cette note donne la date du manuscrit : Kislew 5001 = décembre 1241.
Après le folio 114 qui n'est pas écrit, commence le livre de Job ; puis viennent les Psaumes (131 a) ; les Proverbes (156 a) ; Daniel (164 «); et enfin Ezra et Néhémie (171 a). Le ms. commence ainsi ' : a Au commencement, comme le chald, heJcadmin (même sens), ensojjs en fr., comme dans : fus-tu créé cJès l'oriz/ine [Job, XV, 7] — Chaos, ESTORDizoN OU français sens de : désolation. — et vide, e vujjdeté ; sens de : chose vide. — jjtanant, akaouvétonç — (que la lumière) soit, sojJT on fr. Raschi explique : soit fortifiée — Le firmament, le éton'demont', etc. » Nous rencontrons ensuite les mots suivants :
Et fut
lumière;
et il sépara ;
et il fil ;
soient amassées (les cav
et sera vue
la (terre) sèche
5 l'amas
mers
Les monstres marins
se couvrira de verdure
verdure erbiç croissez et mulliplicz frotigeçiacrù-
lierbe erhe etc. etc. \jjseç
Le ms. finit ainsi, fol. 177 a :
<- Sa demeure, son manojr en /"r., la maison qu'il habite. — Dans leurs plaintes, a.n lor conpljïjjnç — el les princesses, en fr. e les contréses comme dans : les princes et les jyrincesses [Koh. II, 8] — Ft vieillard, e vajjlé comme dans : la sagesse est dans les vieillards [Job, XII, 12] — Raillants,
' Dans la traduction qui suit, comme dans toutes celles qui suivront, les mots en italiques représentent le mot hébreu qui est l'objet de la glosse ; celle-ci est en pelitps capitales. Nous mettons entre crochets l'indication des versets cités ; le ms. ne la donne pas. Dans nos transcriptions, nous cherchons à reproduire le son du mot tel que le donnent les lettres hébraïques : le x est notre « actuel ou s doux ; Vs a toujours le son fort: nmasemonl doit donc se lire amassemont. Le ç représente l'ancien z = ts ou ds ; \'e non accentué est toujours Ve muet; le j ou jj représente un son mouillé.
e fin semant de la semence semonsonç se-
clarté faisant
féiont [monce
i ésevra selon son espèce
a sa gtiite
i aféta des luminaires
clartea
séint amasées pour o'clairer
a aclarcir
e sera véu ramperont
serpileront
la sèctietë souffle de vie
alêne de vie
a l'amasemonl volera
volera
niers{o\iiHirs) cl créa
e cria
les Aragonç qui (est) rampant
qui serpilonç
erbéiera aile
éle
184 ÉTUDES JUDEO-FRANÇAISES
GABONG, comme : raillants [II Chron. XXX, 10 et passim] —El trompants, E ACHARNISONS, comme daus : el j'elais ù ses yous comme un homme égarant [Gen. XXVil, 12]. »
Les quelques mots cités dans ces extraits et surtout les terminaisons om pour ans ou enz indiquent le dialecte Lourguignon ; les formes grammaticales indiquent le xiii° siècle. Le ms. original est antérieur assurément à 1241, date de la copie, mais le scribe a dû vraisemblablement opérer quelques rajeunissements pour faciliter la lecture de son texte. — Le ms. est très étendu ; il a 177 feuillets de 30 lignes à la page, renferme en moyenne 80 mots dans la page et peut contenir en tout 30,000 glosses.
B. Le deuxième glossaire est inscrit au catalogue de la Bibliothèque Nationale sous le n» SOL C'est un petit in-8", vélin, de 128 feuillets dont deux en blanc au commencement et un à la fin : il renferme des glosses sur toute la Bible, moins le Pentateuque, Job et les Chroniques, à savoir : Josué (1 a) ; Juges (2 h), Samuel (6 a] ; Rois (11 «); Isaïe (15 a) ; Jérémie (33 h] ; Ezéchiel (42 Z») ; les 12 Petits Prophètes (48 h) ; les Psaumes (69 h) ; les Proverbes (82 h] ; le Cantique (93 h) ; Ruth (96 a) ; Daniel (114 a] ; Lamentations (119ff) ; Ecclésiaste (121 h) ; Esther (124 a] ; Ezra (126rt-r2Srt). L'écriture, qui est l'écriture française du Nord-Est, quoique toujours de la même main, varie de forme dans quelques parties, ainsi que la disposition du texte. Aux feuillets 1-7 fl et 33 a-40 a l'écriture est grosso et donne trente lignes à la page. Dans le reste elle est fine et donne de 40 à 42 lignes. Quant au texte, dans la plus grande partie de son étendue, il présente trois colonnes : la première à droite contient les mots de la Bible à expliquer, celle du milieu les mots français, et la dernière l'explication en hébreu : cette disposition par colonnes s'étend de f. 25 «jusqu'au milieu de 32 & (fin d'Isaïe) et reprend 57 a pour se poursuivre sans interruption jusqu'à la fin du livre. Le manuscrit peut contenir huit à dix mille glosses. Moins soigné d'exécution que le précédent, il est loin de donner partout la ponctuation comme fait presque toujours ce dernier. Il n'est pas daté, et la seule indication qu'il fournisse est celle qui se lit à la fin d'Isaïe (32 i) : « Est fini le livre d'Isaïe, louange au Dieu qui habite les larges plaines (du cielj 1 Eliézer, fils d'Isaac, le scribe. Qu'il ne soit atteint d'aucune souffrance jusqu'au jour où les mulets monteront aux échelles ! » Le nom se retrouve encore fol. OGrt, à la fin de Ruth; et en bas du fol. 121 rt, avec une indication spéciale : Eliézer fils d'Isaac, de Kaisresperc (Kaisersberg) ; ce qui décèle une origine allemande, confirmée d'ailleurs par le caractère de l'écriture. Celle-ci est du xiu» siècle, mais de la seconde moitié, ce nous semble. Voici le commencement du manuscrit :
« Josuo. Tu marcheras, marcheras, comme dans : le pas de la plante du pied [Deut. II, 5] — le coucher, cojjchement, comme dans : le soleil allait se coucher [Gen. XV, 17] — courage, enhardi, comme dans : encourage-le [Dont. III, 28] — s'écartera, remuera, comme dans : il ne s'écartait pas [Es. XIII, 23 et <passim] — Et tu le méditeras : sens de : réflexion, etc. ')
Nous lisons ensuite les mots suivants :
tu briseras
débrizeras
furent écroulés
furt écroléi
tranquillisant
asouégnç
fit sécher
séiecha
et armés
e garnir.
et fondit
e denit
se re'voltcia
contraliera
se tint debout
étout
sourd
sort
corde
corde
à examiner
a épier
lu lieras
létjeras
et le cacba
e repot loi
ligne
ligne
lin sur pied
Un éntolé
fil écarlale
fil vermâjl
guc's
pasajges
etc.
etc.
Il finit ainsi fol. 128 a
TEXTE (colonne de droite)
mik-kadmath dena scbenîu saggbiùu Rab bcnabi
veschachlelcb