‹ Reliques scientifiquesChapitre 94 sur 167 · MOTS LATINS DANS LES TEXTES TALMUDIQUES IQ · texte numérisé non relu

MOTS LATINS DANS LES TEXTES TALMUDIQUES IQ

pour un féininin singulier, comme le prouve le féminin singulier teméa « impure » (maso. sing. tamé). Comme daustrum aurait pu très bien donner l'hébreu Idostar ou Jdosfron et qu'il ne peut nullement expliquer la forme Icloslm, il faut en conclure que celle-ci dérive de claustra. Le féminin singulier claustra avait donc cours à l'époque de la rédaction de ce texte, un des plus anciens de la Blischna, qui elle-même reçut sa rédaction définitive à la fin du second siècle. Comparons à cette forme l'italien chlosfra, fém. sing. qui est le pluriel neutre claustra.

2° Talmiid, Ghittin, fol. 25 a : Katan «'c-anpilia peçouloth weên jwçloth « un enfant et une chaussure ne peuvent être employés (à l'opération), mais ne (la) rendent pas nulle ». — Les participes féminins pluriels loeçoidoth, poçtoth, se rapportent aux deux substantifs Jmtan a enfant » qui est masculin, et anjnlia, ne peuvent prendre la forme du pluriel féminin que si le dernier, anpilia, est un féminin singulier — pluriel anjuliaoth. D'ailleurs ce pluriel féminin existe : on le rencontre dans le traité de Salhath, 119. Or le pluriel neutre latin impilla, grec i\>.%'ùM ', pouvait très bien rester sous la forme du pluriel masculin emphatique anpllla, singulier aiqnl. Il faut donc en conclure que le latin vulgaire employait le fém. sing. impilia. — Ce passage de Ghittin appartient à une Boralfha, texte qui est de la même époque que la Mischna, c'est-à-dire dont la rédaction définitive se place vers la fin du second siècle.

3" Mischna Ahoda Zara, I, 7 : hi hontn Immahem laslJlJcè, weffraclum, we içtadia ou-Uma. « On n'aide les idolâtres à construire ni basilique, ni stade, ni autel [lima = p-nn») ». Içtadia ne peut être grammaticalement qu'un fém. sing. ou un masc. plur. à l'état emphatique, c'est-à-dire avec article, forme araméenne. Or toute la phrase est écrite en hébreu sans mélange de forme araméenne ; de plus tous les autres substantifs ici énumérés sont au singulier, sans article. Il est donc évident que içtadia est un féminin singulier, calqué sur le pluriel neutre stadia, pris comme fém. sing. Et ce qui démontre encore que c'est une forme féminine appartenant au parler populaire des Eomains, et non altérée par une corruption propre au dialecte des Juifs, c'est que

' Le mot ait-pilia vient bieiv du latin anpilia et non du grec è[i7iî),ia. Car le grec, grâce à son système d'accentuation et à l'emploi d'un article différent pour le féminin singulier et pour le pluriel neutre, rendait impossible cette confusion si commune dans le latin vulgaire. Comment Ta È|ji.ni).ia aurait-il pu devenir ^ è[jiTti).i'œ ? Impilia se trouve dans Pline [Hist. Nat., 19, 2, 10). L'on peut faire la même remarque sur le mot qui suit, içtadia. Ces deux mots, quoique grecs, ont donc passé par le latin pour pénétrer dans la langue des Juifs. Ce fait contredit et force de restreindre une règle admise généralement, mais qu'on pose d'une manière trop absolue, à savoir que le latin n'a pénétré dans les langues Si'miliques qu'après avoir passé par le grec (voyez Renan, Hist. des langues sfniit., fin du livre 111), de la même manière que le grec lui-même, pour pénétrer dans les langues romanes, a dû franchir le latin populaire.

le singulier siaclium, ariZim, a également donné !e masc. sing. içfacî, pluriel içindin. Ainsi Misehua Baba Kamraa, IV, 4 : Srhor //tmçtadin « le taureau des cirques • ».

A cette petite liste, j'hésite à ajouter lo t'éminin cspeclaria <> miroir », qui so retrouve très souvent dans la Thosiftlia (texte de la même époque que la Misclina), parce qu'on peut voir dans espcclaria aussi bien un adjectif féminin de sj'cculan'Hs qu'un pluriel neutre de speciilare-.

Exemples de ht prédominance des cas ohliqi/es si/r le sujet.

■i" Talmud Salb:tlh, col. 145 h. Ba le Tihèria èijhcmon ire komtôx « (il ne se passe point de fête qu'il ne) vienne à Tibériade un gouverneur (^Y-,"-"^) et un cheî [komlûn). » Le mot l'omtûn n'est pas sémitique, c'est sans aucun doute le latin comifem. Dans Icomtôn il faut séparer la terminaison on du radical l'omi ; on représente plutôt une terminaison sémitique que l'accusatif latin em. Quant au radical Icomt, la présence du / prouve la tendance du langage populaire à faire dominer l'accusatif ou du moins les cas régimes au détriment du sujet. — Le texte cité peut dater au plus tard du milieu du m" siècle.

5° Le fuit que nous venons de constater dans l'exemple précédent se représente d'une manière plus frappante dans la phrase suivante, empruntée au Midrasch sur le psaume 149 : Doiilcs, yesch lo Loco te- NENTES, littéralement âxix, est ei legalus « à tout chef est un lieutenant r. Cette forme loco ienenles est curieuse à plus d'un titre. Le mot est au cas sujet, comme il est facile de le voir. Il répond néanmoins au latin lociim tenentis ou locum tenenlem ; \a. lecture de la dernière lettre du mot n'est pas très sûre ; mais la terminaison importe peu ; ce qui est constant, c'est que cette forme présente l'emploi d'un cas indirect. Or c'est un participe présent, et l'on connaît cette particularité qu'offre le participe présent dans les langues romanes, de garder la forme du régime même au sujet. Cet exemple serait peut-être le plus ancien connu qui établisse cette propriété au participe.

Un autre fait également curieux que présente ce mot, c'est la chute de la lettre m dans loco = locum. On voit une fois de plus combien la prononciation de cette lettre à la fin des mots était faible, et l'on s'explique ainsi comment elle a pu disparaître sans laisser de traces en roman. Cependant ici, il se peut que de bonne heure locum et lenentem

' La prothèse de Vi n^ dérive pas du laliu vulgaire. C'est un Itil propre à riiébrcu qui, ne pouvant souffrir la rencontre de deux consonnes au commencement d'un mot, a modiûé les mots grecs ou latins qui présentaient celle rencontre, soit en faisant pr^-cé ier les deux consonnes d'un i ou d'un e initial, soit en ii;lercalanl une vo3elle outre les deux.

• Sur l'additiin de Ve iuilial vo3-ez la note précédenle.

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