LA PRONONCIATION DE LA LETTRE V
ett. U de H latio so prononce u connue dans la langue actuelle, comme dans la vioillfi langue, c'est-à-dire que depuis les origines il est resté sans changement, sauf dans quelques mots où il Cîl suivi d'un r, et ou une prononciation pojiulaire, ce semble, et non autorisée, fait entendre au XVI" siiela un eu.
Tels sont les faits que donne l'élude des documents contemporains. Y voit-on que la prononciation générale de \'\i était fii, que l'on pror nonçait Un, vtrlvu. Iciw, etc., pour fu, verlu, tue. etc. î M. TalLert s'appuie, il est vrai, sur quelques rime* de poètes do l'époque. Or les faits que noua venons d'établir rendent compta des arguments qu'il -veut fairo servir À la démonstration de sa thèse. Il s'autorise également du témoignage de Palsgrave : mais Palsgravo, bien interrogé, dira tout le conli'airo de co igu'il lui fait dire.
Pal^ave transcrit eu et u français par eu. T&, Talbert en conclut qu'il y a là une grave présomption que ces deux sons se confondaient de son temps. Mais il n'est pas absolument exact de dire que \'eu et \'u français sont idenliâés par Palsgrave, Le grammairien anglais note notre eu par ht, notre u par eu, et cette dijrérence de notation a, je pense, sa raison d'être. Qu'on voie page 60, jiisqiies sufferl, transcrits ieitkes seuffrrt, mtài possesseurs Iraaserit possesseurs. Page (il, succesteart est noté par seukcesséurs, euretu (prononocii nreux) pai- eurétix, eto, Cet accent sur 1'* paraît mis ou omis dans quelques mots irrégulièrement, et ce sont vraisemblablâmont des fautes de l'édition originale. Il a y a pas de doute que page 57 il ne faille lire vaffiikéurx, vaijnkeiis ^ i'ainqviura, vaincus. Mais laissons mémo de cété cette notation dont l'irrégularité peut pn^ter À discussion. Palsgrave est explicite. 11 distingue formellement eu de u : qu'on lise le passage suivant (pages 14 et 15) : H £"« in tba froncbe tong kalh fwo diverse soundijnijes, for somotjme tbej sounde h^'in liko as we do in our tonge in thèse wordcs : a litice, a êhrewe, a/eife, » and sometyme like as we do in thèse wordes Irrwe, gttWt reu-e, a meu-e. u Le premier son qui est la plus général est, dit Palsgrave, celui qui se ti-ouvo dans irê>i.r, euréux, lieu. Dieu ; c'est donc notre son eu. L'autre se fait entendre dans les participes deceu, rerea, beu, dm, etc., dans les parfaits en eus, et dans quelques noms adjectifs tels que/t>i»rflK, barbu, etc., dans lesquels Jean Le Maire omet 1> tomme cela devrait xe faire en réalité (of whiche adjeotives Jehan Le Maire leaveth the e unwritten, like as they ahulde in dede bo written). Ici, on le voit, on a aUaire à noire », Et, en effet, page 8, quand Palsgrave explique la prononciation de Vu, il la compare à callo de l'anglais eic dans les mots : a reire an herbe, a mewe for a hauke, a cleio of tbrede », précisément ceux qu'il cite pour noter le second son de eu, celui qui est aujoui-d'hui écrit u ^^^£^plgrave distingue donc catégoriquement d'un cOté eu qui est resté
eu^ de Tautre eu (que Ton écrit aujourd'hui ti) et tf qui ont même 'P^ noDciation. Il représente ces deux sortes de sons par un même équi^^ lent ew, mais cet équivalent a une double valeur. Comme j*igf^^^ quelle était au temps de Palsgrave la prononciation de dewê et cell^ trewe, je ne puis dire jusqu'à quel point ces notations sont précis Mais il n*en ressort pas moins que pour Palsgrave u n*est pas identi à eu.
Nous arrivons maintenant aux rimes citées par M. Talbert. La pr part des exemples sont empruntés au gascon Du Bartas et au prov cal Lartigucs ; je relève dans les exemples de Du Bartas des telles que froideur dur, heur dur^ murs rumeurs, murs mœurs, meure emmeure, bossus ftaresseux^ touffu feu, heure nourriture, e etc. ; dans Lartigues des rimes tollei que feu battu, hideux prétendus deux, crasseux dessus. Muse fameuse, etc. Ces rîmes, on peut multiplier le nombre indéfiniment ; les poètes méridionaux usent et abusient. Nous avons vu que Th. de Bèze signalait déjà fait comme propre à la Gascogne ; il appartient à tout le domaine de langue d*oc. Les méridionaux, en effet, no connaissent pas dans le idiome le son eu^ Vô et Vil bref ayant donné chez eux d ou ou, et Vd b: ayant donné é, oue, ne, etc. Il en résulte que quand les écriv (lu midi so mirent à écrire ou à parler le français, ne pouvant pronon.^ ccr ce son eu qui leur était étranger, ils rassimilèrent au son qui e était le plus voisin, à Vu, ou par une de ces erreurs dont on voit jo nelloment des exemples dans la bouche des personnes cherchant parler une langue étrangère, identifièrent eu et u et donnèrent à tou doux soit lo son u, soit le son eu.
Toutefois la réduction de eu à u est le cas le plus ordinaire ; et c nV'st pas seulement chez les poètes qu'on la constate, mais chez le;;^ prosateurs : Montaigne écrit asturc pour à celte heure, Monluc écri UHfi Cuii dlionncur, c'est-à-dire une queue (Commentaires, t. II p. 630, édition do Ruble). 11 est inutile de multiplier ces exemples qu ne prouvent queliiue chose que pour la prononciation du français dans^ la bouche des méridionaux *. En dehors de Du Bartas et de Lartigues. M. Talbert cite encore des rimes do Ronsard : issu receu (p. 11), d Malherbe : ceux dèceux (ibid.). Il n'y a pas à mettre en doute que Bon sard prononçait comme nous issu et reçu ; et quant aux rimes de Malherbe, ce sont ces rimes normandes dont parle Th. de Bèze et quai nous avons signalées plus haut Malherbe, d'après la prononciation d^ son pays, àUmldècen et non déçu. Lorsque Rabelais fait rimer minUi avec meute ^ c'est (ju'il donne à meute la prononciation de mute que ne avons également reconnue plus haut. Quand Guillaume Crétin dans
> a. JUvue.critiçue, 1876, II, p. 342.