‹ Reliques scientifiques recueillies par son frèreChapitre 26 sur 48 · DE LA PRONONCIATION T»E LA LETTRE U · texte numérisé non relu

DE LA PRONONCIATION T»E LA LETTRE U

times équivoquées o]^^ose pïantiireKse à plante heureuse, il n'y a rien d*in vraisemblable à admettre qu'il prononçait /?/rtw/e hureuse, M. Talbert s*appuie encore sur des rimes de mots latins en us^ ur : Enniiis rimant avec mieux dans Bonaventure des Périers. Je ne contesterai pas la prononciation Ennieus ; Ennius^ un mot latin et non français ; or c'est la prononciation de Vu français qui seule est en discussion, et les exemples latins de Brantôme, Coquillart et Tabouret, que M. Talbert apporte, soit dans sa lettre, soit dans son Etude sur le dialecte hluisois^ ne prouvent rien pour la prononciation de la voyelle française.

Après avoir examiné les poètes du xvi® siècle, M. Talbert remonte au xv« pour établir que cette prononciation eu de u est un héritage d'une époque antérieure, et il interroge le Mystère du siège d'Orléans. Sur les vingt mille vers dont se compose cette composition indigeste, écrite et rimée avec une négligence qui lui enlève toute autorité, il trouve une vingtaine de strophes dans lesquelles eu rime avec u. Admettons la valeur de ces rimes. M. Talbert cite par exemple Dieu perdUj voulîu Diêu^ tenu lieu, reeeu proveu, 2)erdu liêu, esleu conclu, venue eue, lieue repeue, où rien ne nous défend de lire IHu, liu, lieue, prononciation dont on a d'autres exemples. Ailleurs trouvant la série venuz, nulSy menuz, retenuz, M. Talbert lit hardiment veneuz, neuls, mêneuz, reteneuz, en s' autorisant du vers suivant : Nkulz ne vous oserait contredire (139), mais là neulz est dissyllabe, se prononce ne-ulz et vient, non de nullus qui a donné nul, mais de ne ullus a pas même un ». Les rimes murs (muros), heurs (heurts), seigneurs fureurs, seigneurs hêurs sceurs (securos), voleurs, labeurs, diffamateurs, deceveurs, ieurs (turcs), honrMurs, n'ont rien que de régulier et prouvent seulement que la prononciation meur de mur, seur à côté de sûr, signalée plus haut, remonte au xv® siècle, ce qui n'est pas étonnant. Quant à Turcs, prononcé Teurs, on peut y voir la môme inlluence de Tr. Il cite enfin plusieurs strophes où l'on voit demeure, heure, laheure, meure, rekeure, rïmer ayec adventure, conclure, créature, déconfiture, dure, laidure, mesure, parjure, procure, sepidture. Faut-il admettre une prononciation demure hure, etc. ? nous ne le pensons [tas ; des rimes par à peu près ? c'est vraisemblable; maison peut croire à une prononciation advenieure, etc., car on a ici précisément cette terminaison ure où nous avons déjà signalé l'action troublante de IV * .

> Dans le Dialecte hlaisois [p. 49), M. Talbert dit qu'aujourd'hui à Blois et aux eu virons «sonne « généralement > eu\ il cite des parlicipcs passes en u, et des substantifs envr, «rf. La prononciation des participes tels que vaincu = vaiuqueu peut être une extension analogique de la prononciation de be» = beû, etc. ; la diphthongue eU, dont Th. de Bèze constate en 1584 la prononciation eu dans TOrléanais, a aussi conservé jusqu'à nos jours cette prononciation. Quant aux substantifs en ur, ure où Vu repose tor un u latin, il faut voir dans la prononciation evr, eure qu'ils atlectent Tinlluence de \'r vui iu [aatui'9 nateure, morsure morseu- c, piqûre piqueure].

156 drUDES FRANÇAISES

Pour le xiv« siècle, M. Talbert eite un exemple d'Eastaohe Deechaia^ qui fait nmorfeu (focum] [éerii/u) avec/tf z=zfiiiL II en condat qu*^ faut lire et prononcer dans les deux motsy^u ; conclusion bien liai3>^ quand on songe que/u =/uiï se prononçait/ii dans la vieille langae ^ a gardé cette prononciation dans la langue moderne ; qu*au contnirr^ il n'est pas plus étrange qne/beum ait en passant ^Kcfeu abouti dial»^ talement à/a qu'il ne Test de yoir/drum en passant par/mr abouti à/wr.

Enfin M. Talbert cite un dernier exemple pris au poôme de Hvftf^ Cajfet : c A Mons et à Mabeuge, à Vins et à Rêus. » Il lit ce derai^^ mot liéeus. « Comment », me demande-t-U, c comment rendez-TOi^^ compte do liéus qui, sauf erreur, vient de Radium f II aurait dd, ns-^ sembio-t-il, prendre la forme Rui et non Rém ^ conune hui ou ui i'^ hoiUe^ enui do vwdio^ pui de podium^ muid de modium. • . Je crains Ue^ (pourquoi no pas le dire franchement ?) que pour rendre compte d<^ Réus^ aujourd'hui Rœulx (latin Radium)^ vous ne soyez obligé d'aroi^ i*ecours à une do ces formes ingénieusement hypothétiques dont Féool^ historique, sous une apparente rigueur, oflOre à mon avis de si nom^ breux exemples * ». M. Talbert s*alarme à tort : ôdium^ podium, hôéSi^ modlum ont donné ennui, pui, htùy mut, parce qu*ils ont Vo bref, mai^ Roilium pour donner Rei(x avait sans nul doute Vo long, comme pbhBK^ qui a donné rœu, ntdum qui a donné nœuéf et les mots en (a^em qui ont» donné eur. On comprend maintenant comment le Reus de Hogae^ Capot 80 prononçait bien Reus comme il est écrit, et comme il se pro-^ nonce encore aujourd'hui, et non Réua om Réeus par un dissyllabe dont^ la méthode a d'observation, do comparaison et d'induction » que reyen-^ dique pour lui 1 auteur, aurait peine à rendre compte ; qu'ainsi duxiv« siùcle à nos jours la prononciation Reiis n'a pas changé. Mais^ dira M. Talbert, lo vers d'Hugues Capet est faux? oui, comme bien», d'autres du poème édité par M. de La Grange. Qui ne voit qu'il faut les corriger tout bonnement en : A Mons et à Maubeuge &t à Vins et S Reus ?

Il est temps de clore cette discussion. Je crois avoir réduit à leorr exacte valeur les arguments dont M. Talbert se seii; et auxquels — donne une portée qu'ils ne sauraient avoir. Le témoignage de Pal^ grave montre qu'il distinguait u de eu\ les rimes des poètes qui soktalléjLruées ne prouvent que leur prononciation dialectale; et il i'e^= établi que dans la langue commune Vô ù et Vo ont abouti à un eu c^m sauf deux ou trois mots est resté ; (jue û n'a pas subi de changem ^ depuis les origines de la langue jusqu'à nos jours, sauf quelques

* Prononcez Réent, Aujourd'liui liœuîx prononcé lieu, » P. IG et 33.

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