DE LA PRONONCIATION DR LA LETTRE U
OÙ 8*est fait sentir Taction d*un r voisin dans la prononciation populaire ; et que eu a abouti à u dans la langue après quelques incertitudes et quelques fluctuations dont nous avons conservé encore une ou deux traces.
Un dernier mot pour finir. Dans les pages précédentes je n'ai cherché qu*à établir ou qu'à discuter des faits qui combattent ou paraissent prouver la théorie de M. Talbert. Cette théorie elle-même, malgré les développements qu'il lui donne, il ne la formule point d'une façon assez précise pour qu'il ne me reste aucun doute sur le fond de sa pensée. Admet-il que depuis les origines Vu avait deux sons, eu et ?/, qui vécurent l'un à côté de l'autre presque jusque vers la fin du xvi° siècle, époque où u aurait supplanté eu? Ou croit-il qu'à un moment donné de l'histoire de la langue, le xiv« siècle peut-être, des sons d'origine diverse, venant ainsi de l'ô, de l';^ et do Vu latin, se seraient fondus en un son unique eu qui, à la fin du xvi<^ siècle, aurait commencé à se scinder en eu et en n?
Je crois que M. Talbert est forcé d'admettre l'une ou l'autre do ces deux manières de voir. Or non seulement elles ne reposent sur aucune preuve sincère, mais en elles-mêmes elles sont insoutenables. A-t-on un seul exemple d'une langue qui aurait deux sons différents pour une même voyelle, et cela non pas dans quelques mots isolés à prononciation incertaine, mais dans tous les mots présentant cette vojelle? Ce serait un miracle, ou plutôt une monstruosité dans l'histoire du langage. Et pour prendre la seconde manière de voir, ne serait-il pas également merveilleux que quand deux sons différents 6 et u seraient venus se fondre dans un son unique eu, celui-ci, se scindant à son tour en eu et en w, la répartition se fût faite si exactement que précisément Veu serait revenu aux mots ayant Va primitif et Vu aux mots ayant Vu? Là encore on aurait un fait unique dans l'histoire des langues. Et c'est pourtant entre ces deux impossibilités que M. Talbert devra choisir s'il persiste à soutenir une théorie dont je pense avoir détruit les appuis même apparents.
[Eomania, 1876, tome V, 394-40;.)
Phonologie de la langue française, par C. ÀTKa, directeur do rAcadémie de Neuchâlei. Paris, Neuchâtel et Bruxelles, 1875. Un yoI. m-12, VIIJ-13G p.
Exposé des lois qui régissent la transiormation française des mots latins, par A. Sghelbr. Paris et Bruxelles, 1875. Un vol. in-16, viiJ-259 p.
Voici deux petite traités de phonétique française que nous envoient la Suisse et la Belgique, preuve des progrès que fait au delà de nod frontières l'étude scientifique de notre langue. Traitant le même sujet, il convient de les réunir ensemble et de les étudier dans un même article.
La Phonologie de M. Ajer est composée de trois parties. La première (Nature et formation des sons^ p. 1-34) étudie les sons en général, les voyelles, les consonnes et donne la théorie de Taccent tonique. Cette étude, moitié physiologique, moitié philologique, est en général exacte; elle pèche toutefois par le manque de précision; Tanalyse des sons n*est pas aussi approfondie qu'elle pourrait Tétre dans Tétat actuel de la science. Le ch. iv de cette première partie [De l'Euphonie enfrancals] contient un singulier mélange de remarques justes et neuves e d'assertions fausses. D*ou Tauteur a-t-il tiré ce principe <c général dan l'ancien français » que la syllabe futaie ne peut être terminée phoniti quenwit ijue par une voyelle (e muet ou voyelle sonore) et que par les consonnes finales étaient muettes (p. 25-26) ? De même au chapit suivant [Quantité et arcent,, l'auteur établit que l'accent porte sur 1 dernière syllabe, à moins qu'elle ne soit muette ; or, igoute-t-il, comm cet e muet ne sonne pas et comme d'un autre côté l'accent ne pet^^^^ reposer que sur une syllabe terminée phonétiquement par une voyelle^ »-^ suit de là que la consonne qui vient après la voyelle accentuée ne 9^ fait pas entendre (sal\i[t] parle[v]) ou commence une nouvelle syllal>«^