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PHONOLOGIE DE LA LANCFÙÈ FRANÇAISE

En sommo ce petit livre a le grave inconvénient d'être en retard sur les dernières découvertes. 11 est par trop insuffisant; c'est dommage, car il est fait avec soin et travail ; et l'auteur y fait preuve d'un talent réel d'exposition, surtout dans les considérations générales. L'intérêt de ce livre, outre les vues d'ensemble, est de présenter réunis commodément pour le lecteur les traits les plus importants de la phonétique française qu'il faudrait aller chercher dans tout le premier volume de Diez. Signalons-y encore des rapprochements avec les dialectes de la Suisse romande qui ont leur prix.

Le jugement que nous venons de porter sur le livre de M. Ajer peut 8'appliquer dans ses traits généraux, et sauf quelques restrictions, à celui de M. Scheler. Quoique supérieur en bien des points à la Phonoloffie^ VExposé non plus ne satisfait pas les exigences d'une science devenue aujourd'hui sévère et rigoureuse. Et avec M. Scheler la critique a d'autant plus le droit de se plaindre que l'auteur porte un nom bien connu dans la philologie française. Noblesse oblige. L'auteur du Dictionnaire détymologie et de ces éditions de nos vieux textes si appréciées par le public compétent, se devait à lui-même de mettre son œuvre au courant des derniers travaux. Aux faits réunis par Diez, Fauteur se contente d'ajouter généralement le résultat de ses propres recherches consignées pour la plupart dans son Dictionnaire. Mais colles de MM. Paris, Mejer, Schuchardt, Mussafia, Ascoli, etc., qui ont dans ces dernières années transformé la phonétique romane, quoi qu'il en dise dans sa préface, M. Scheler semble les avoir laissées de côté.

L'ouvrage de M. Scheler est plus développé que celui de M. Ajer. Tandis que celui-ci consacre une soixantaine de pages (assez compactes, il est vrai) à la théorie des sons latins (p. 56-123), M. Scheler étend son exposition sur plus de deux cent cinquante pages, et, malgré cela, il ne se permet aucune considération générale. A peine quelques lignes sur l'accent tonique, et il entre immédiatement en matière, commençant par exposer la chute des voyelles atones (p. 3 55) pour arriver PU traitement des toniques et des atones qui se maintiennent (75-141) et terminer par Tétude des consonnes gutturales (148), labiales (187), dentales (210). Cet ouvrage est donc une collection de faits et d'exemples groupés suivant certains principes que l'auteur expose d'un stjle parfois algébrique et avec la sévérité d'un formulaire de chimie. A cela je ne vois pas de mal et la science ne perd rien à être présentée dans son austère nudité.

Mais si M. Scheler, grâce à ce plan et à cette méthode, entre dans plus de détails que M. Ayer;s'il donne plus de développement aux questions, multiplie les exemples anciens et modernes, signale parfois

des difficultés Bp^cialea, et essaie des solutions ; si en an mot il aapîre à la rigueur et à la précision, il faut le reionnaitre avec regret. U est loin d'arriver au but qu'il se propose. Un rapide aperçu du livre suffira pour s'en convaincre.

L'auteur étuilie d'abord les atones finales, lesiiuellos lombent ou scat remplacées par un e muet quand la dernière atone est a ou quand cette atone est précédée de consonnancea composées, a On trouve d'ailleurs, » ajoute M. Scheler, do nombreux vocablei sous les deux formes avec » ou sans s muet ; avarus -ai-are et tiver', casa -case et c/ies; firmus B -firiite ùt/erm*; rigidus -roitle et roU; tormentum -tourmente et lotir- « ment; graaum -grain» ai ifrain; legumea -%««« et /éwi' '.b Pourquoi rapprocher et donner comme des anomalies des formes qui doivent leur explication à des causes diversei? Avare, rme, lêtjume sont des mou savants ou étranjeri; ferme, roule sont feiin, roU refaits, comme d'autres adjectifs, sur les féminins; tourmente, ifraine sont tormmta, t/rana. — Dans les proparonjluns, M, Scheler montra comment la première atone tombe, et comment les deux consonnes taiiti^t restent avec un e muet final (ordinem, ordre], tantât se réduisent à une consonne avec un e muet (domina, dame), tantôt sont représentées par uao consonne simple (nili Jus, «eij [p. 6-8). Ces trois lois sont établies par dea exemples abondants et en général exacts ; mais qu'est-ce qui détermine pour chacun do ces exemples l'application de l'une ou de l'autre de ces lois? (juelleoât l'action de la voyelle finale? des groupes de coniounes? Sans doute la plus grande partie de ces explications doit être réservée pour la théorie d-js consonnes, mais pourquoi M, Scheler entreprend-il dès le début, dans le chapitre des atones, la théorie dos groupes? Car il a cru utile d'étudier en détail les proparoxylons et après avoir exposé les trois lois dont nous venons de parler, il prend un à un les divers sunixes ictii^ Icem*, llis, filus, etc., et montre ce qu'ils ont donné dans la formation populaire et dans la formation savante. On ne peut qu'approuver ces développements qui, par le nombre considérable d'exemples mis sous les yeux du lecteur, font toucher du doigt la différence radicale qui sépare les deux systèmes de formation de mots ; toutefois il auifit que l'auteur montre la chute des vojxlles atones dans les mots vulgaires et l'oppose au maintien des mêmes voyelles dans les mois savants sans avoir besoin de s'occuper du sort des consonnes ot d'empiéter, comme U le fait durant vingt-cinq ou trente pages, sur

< L'*uli;ur sjaule bd Dole : • C'cel pw-tirt Eous llnllueiice de leur pluiitl «■ « • que LrsuGoup de subsleaiirs ntuircs ont revêtu II foime fémiDinc. • l'oungnot pcHi-eirt f

* Ciluiis en passant le Ein^uhet lopsul ou la singulière faute d'imprestion qui, dana la naie 1 Ua la pa;çe 13, fail écrits Imm dans periietm, raiuint, jmiletM,

PHONOLOGIE DE LA. LANGUE PRANÇAtSE 163

la tliëorie des coDsonnes. Maij ceci n'est qu'un défaut de composition. Ce qui eit plus grave, ce sont lei exemples mal choisie, mal groupés ou mal expliiiués, comme dans la page 35 ou l'auteur étudie le groupé eus, lus danâ des mots dans lesquels ■ l'élémeat f, i disparait sans trace, si n ce a'est qu'il sauvegarda au t oa a\x c qui précède leur carac- » tère siûlant qu'ils avaient ilcj'à en Uili'i[\) ». Et l'auteur, & l'appui de cette règle, cita sans distinguer Aai mots savants et des mots populaires, des mots où lï agit sur la voyelle accentuée, et des mots où il agit sur la consonne, etc. '.

La théorie des voyeiles accentuées laisse aussi à délirer. Tout ce qui concerne a =: ié (p. 62 et 69-13) Cit inexact et confus. Sur les rapports de ê et l, de ô et ft on ne ti'ouve rien de satisfaisant. M. Scheler n'a pas fait remarquer que le latin populaire avait ramené ^ et à ê, à ouverts ; è ai i à é fermé ; ù et ii à û fermé ; que les voyellea en position devant deux consonnes ont conservé la valeur qu'elles avaient en latin ; que par exemple si.'x, lèx se prononçaient sir, lix ; que vlrldttit se prononçait vérede ou fèr'de ; que de la sorte e et o devaient donner et ont on effet donné, suivant leur nature, un é ou un é. na à o\inn à ; que I en position n'a pu donner que é, tandis que t en position persistait, etc. *. De là des assertions comme la suivante (p. 89) : n Devant les B nasales complexes c est conservé et produit, avec l'm ou Vit qui suit, » le son spécial qui caractérise notre prononciation de in : ce son s'or*

> thograpbie tantôt par tri ou im comme dauj cinq (quinque}, princ« » (principem), simjw/«(simpliceni), ^(««/[quintus), lynx\. fr. /ï/ia (lynx), » quinze (quindecim) ; tantôt, et c'est le en surtout quand h est suivi

> d'une gutturale, par ein ou son équivalent ain : ainsi dans dngtre^ ■ Jingtrt, pingere, lingere, slrîngere, exaUngnere, fr. ceindre, feindre, a prindre, teindre, e»trein<lre, esUimlrt. « ïn est ditférent da «'« ; l'un B'est prononcé à l'origina i-n', l'autre égn' ; le premier vient de i long en position {gtthique, qiihiliu, giilndeeim, cf. quinue ; prîneipem dej^rïtnut-capiil ; simple et lynx sont à discuter] ; le second do i bref (clngtre,

/ingère, etc.). Uémas explications à donner aux divers traitements da f, i, l on position devant la gutturale ; ë, c'est-à-dire è + la gutturale

I Aiu>M. avdaet. faeiice, 'omieiilt, jvtiiei, languin, luperhi Boat Aa farmBlJon nt»n(c ; /iImCi>A« csl ilaliEQ ; ailr esl 'agiriuM. agûirun, agàiuni [ù = Si), agut; aUr ; fil, fi.t, (m oni 11 mouillé ea vieux riBofiis: cih, fiU, lil: ; Joii etl jimiîo, Jauia,

* A cet é)(>td t«( issoaances cl les rimes des vieui poêles Tiantiis el le dkliuuDlira ia rimci provBDfalet <le Hugues FalJil sonl siD^^uIièremenl iasliuclifs. Aind on voit B«tleiiicDl distiuiiuer les mois à I ouvert Teuaal il'uu I bref lilin eu potillon d«l motg A f fermi venaal d'un I lon^ ou d'un f bnf IiIId en poiilioo. L^tri de Itlttra rimera ■Tcc m/ltrt de ntllllrt, mais pou wei: prislr» do priihylte ; rejr<fln de *grilltrt IftrÊUn) rimcti ou acsoiiera avec iiute ic laffiia ou avec la sullixo fllt{*llliuaa plu* vniMnblableiccnl (ll»i\ mais non ivec ti,it de tlila. Yé.-d {rti-idtm) na timan jBinti* atiefird [pfiiiii). Je ne puis Ici qu'iadiquei ces obaervi lions.

IGi liTUDES FRANÇAISES

aboutit â i par ièi ; é et i, c'est-ù-UJi-e é, aboutissent à éi, ai. — P. 18, M. Scholer explique, comme Dioz, le cliangemoiit de el [i^llus] en mh pai-rintermédiaire de id, ird, ma, eau ; depuis longtemps M. G. Parii a démontré que cetlû série est inexacte, que la diphtboogaison de e! en iel n'est pas admissible en ft-antjais, que le clmngement direct do « un a dans iel, ùit est anormal, et que le passage do iait en eau eat sans exemple ; qu'au contraire la phonétique et les textes anciens s'accordent à indiquer la série €l,éal,éàt,éait, eau (eô), d'où soit w« [»(t,picaril,e(«.]i soit au (c", français). — L'auteur résume comme il suit les transformations de fi (p. 108). a U bref se retrouve sous les formes diverses H suivantes : ou [couve, joug, ou, loup), m [gueule, jeune, coulmvrt), > oi [noix, croix), ui (ruiere, 'suî, suis), u [rucle, due, sur, grue.) o La Bcienco dans l'état actuel exige et permet bien plus do rigueur et do précision.

Dans la tbéorie des consonnes, l'auteur suit l'exposition de Biez et se contente en général d'ajouter des exemples nouveaux à ceux que donne la Grammaire. Âpres l'examen de cliaquo consonne qu'il considère séparément comme initiale, comme médiate et comme finale, il étudie loj groupes divers dans lesquels elle peut entrer. 11 ciit été plus utile de couiidéier d'ensemble les consonnes initiales, puis les médialcs, puis les finales ; do faire un cbapiti'o à paît pour les groupes latins et pour les groupes romans et d'examiner ces groupes d'après la nature de la consonna initiale. L'auteur serait arrivé a formuler rjuelques lois géuérales comme les suivantes : quand la première cousonne est une liquide ou une spiraute, elle est traitée comme finale, et la seconde comme initiale (à moins que ce ne soit uneliiiuide) ; quand ta première est una muette, elle s'assimile et tombd et la seconde eit traitée comme initiale (â moins que ce ne soit une liquide) ; la gutturale dans touj lea cas présente un traitement particulier. Faute d'avoir suivi cette voie, M. Sciteler, à l'exemple de Diez, accumule les régies de détail ; chaque groupe présente sa règle et souvent ses règles particulières, et lo lecteur se perd dans un dénombroment pénible de faits qui ne semblent avoir aucun lien cntro eux. C'etto exposition, qui était inévitable à l'èpoiiue Dii Diez créait de toutes pièces le sj-stème de la phonétique romane, doit être remplacée par celle do lois générales embrassant la multiplicité des faits. Plus la plionéliquo deviendra rigoureuse et précise, pluJ elle pénétrera dans l'organisme pli^siologlquo des sons, mieux elle saisira le mouvement de ces lois qui régissent dans leur action directe ou dans leur entre -croisement multiple lo système du vocalisme et du consonnaotisme roman.

Pour entrer dans le détail de cotte troisième partie, il serait facile d« relever de nombreuses inexactitudes. — P. 187. « gn est transposé ea > ng : pugnus, pungus, poing ; signum, singum, seiiii/ ; cognitus.

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