EN, ENZ, DEDANS, DANS
La préposition latine in s*est continuée en français sous la forme en ; mais, dans la suite des temps, le domaine primitif de in 8*est graduellement restreint au profit d'autres prépositions d'origine latine ou romane. L'étude qui suit met en lumière certains points de cette évolution de sens et d'emplois * .
En latin, in exprimait un double rapport de situation à VinUrieur et à Vextérieur des objets. J'examine d'abord ce dernier sens.
l^Situalion à f extérieur : aedere in equo {sur un cheval) ; in eoflumùu pons erat, Caesar, B. g. 2, 5 ; in digitis [sur la pointe des pieds) Val. Flacc, IV, 207 ; Deus morluus est in cruce. Le vieux français continue la tradition : Li quens Oerins siet on clieval sorel, Et sis compaim Geriers en Passe Cerf, Roi. 1379-80. En saintes flors il lesfacet gesir^
^ Sur in et intus et les adverbes et prépositions dérivés de t»/tii, voyez la disser* tatioQ de Railbel, Die aUfranzœsischen PrapoêUionen^ I : od, par, en, eue, dtMX, dedenz, parmi, GœttiDgcn, 1875, in-S*". Hailhel donne, pour les {: réposilions qui oous occupent, des listes abondantes d'exemples qui établissent, en partie, Pundea usage de la langue. Quant à la succession bistorique des sens et des emplois, il n'y a rien compris.
Voir encore des exemples nombreux dans le dictionnaire de Godefroy, aux articles #}i, em^ dedam et deent.
LES PRÉPOSITIONS EN, EKl^, DEDANS, DANS Vl9
i. Deus morul en Ja croix, JoinvLUe, 292- Des souliers en ses jrz^dt. Margaer. Nouv., xi ; etc.
Cette sigaiScalion tenJit tie bonne heure à disparaître ; elle présentait des clilTéFeaces trop sensibles avec la signidcalion générale de en pour que la langue la consorvàC ; et celle-ci conSa à supir supr(l=: sort, sor, seur, sur l'expression des rapports qu'elle enlevait ainsi à in. Comme toutefois il est rare qu'une fonction générale disparaisse sans laisser quelques traces d'elle-mârao dans l'évolution ultérieure de la langue, on ne sera pas surpris de retrouver encore aujourd'hui des emplois de m qui nous reportent à l'usage du moyen ige, et, par delà la moyen Age, au latin : portrait en pied, Jésus est mort en croix, ettsque en tête. Il serait facile de suivre à travers les siéclei, dans le cours de In langue, la permanence de ces emplois spéciaux ; ainsi, par exemple, ■ÎOnr en pied: Kn pie;! se drecet. Roi., 19û. Lanval qui mull fii enteif'**eg, Cuntre eliz s' est tei-ez en çiez,'îi.a.Tio do Franco, Ztmval , G1-G8. * leva en piez Coeties de Bèl/tmie, Villeh , 144, AVailly [Jana Gode- "^J"). I»coiillnetU ressail/ist en piez, et Troylus reiournasur lui/, Istoire ^^ Troje la grant (dans Godefroy).
2" Situation à l'intérieur. C'est la signification la plus habituelle de en. ■''*» en latin, marquait avant tout, soit une situation ù l'intérieur d'un ""jet, dans les limites d'un espace, soit un mouvement vers cette situation ; dans le premier cas, la langue faisait suivre in de l'ablatif, ^ana le second de l'accusatif. La disparition de l'ablatif devant l'accu- ^tif çn roman fit disparailre cette distinction syntactique et [mittere) *" ^arnpum, et [sedere] in campo donnèrent également en cliamp.
J-a situation ou le mouvement dans l'espace conduisent immédiate- ""^'it à la situation ou au mouvement dans le temps, et ces deux ""apports à uno série très étendue do rapports abstraits et figui'és 'ï'* amène une analogie naturelle. Cette triple division embrasse la ^aritité des emplois latins, et l'usage de la langue mère se conserva **'s le vieux français avec uno fidélité en somme remarquable, si l'on . *^®pte quelques menues divergences oii l'usage nouveau retrancha ou J**ut<3 quelques traits à l'usage primitif.
j^J Espace : esse in cœlo, stare in timbra, Iniere itt manu ; alU in corde,
***« ccrehro dixerunt animi esse sedetn et lociim, Cic, Tuse., I, 9, 19 ;
T "* urbem vetitre, in Orientent versus, etc. — (Dieu) cki maeni sus en
* ^ulalie. Set anz tos plein ad estet en Espaigne, Roi,, 2. — Soz une
*■'* »«( descenduz m tombre, Roi., 2511 ; Lireis Marsilie. . . alez en
Jf** un vergier soz l'ombre, id., 11. Entre! en sa veis, id. , 3C5, etc.
*^ploi spécial : m devant des noms propres de villes et de lieux : la
j ^'*^«o, Plaute, Mil. Glor., 3, 1, 182 ; m Caieta, Cic, Att., 8, 36 ; et
v*'^«c mouvement) i/i .^e?irf«H, Plaute, Capt.,2, 3, 19 ; venidtSusisin
Akxanclrlam, Quintil., I, 5, 38 (qui condaràno cet emploi comme un barbarisme et, par conséquent, comme un usage vulgaire). De là, la construction courante en vieux français [en Rome, Alexis, 60 6 ; f/i Alais, iJ., 32 c, etc.), qui s*est maintenue jusqu'en plein xvii® siècle. Molière dit encore en Alger ; Racine, en Aryos ; Corneille, en Bellecour ; aujourd'hui encore on ne dit pas autrement à Lyon, en Bellecour^ et nous disons en SorbonneK
h) Temps : In hoc tempore, Ter., Andr., 4, 5, 24; in ea œtale, Liv. I, 57 ; in prœsenli, etc. Do là le français : ço est en may. Roi. 2628 ; en la nemainp, Alexis, 59 a ; en ce jour, en un instant, en un clin daiL De là égiiloinont quohiuos emplois voisins : en songe, en un tenant, en un randon ; en chantant (in cantando), etc.
In marque aussi la direction dans le temps : dormiet in lucem, Hor. Ep., I, 18, 34 ; inducias in trigenta annos, Liv., 9, 37, 12. — En français : d'ist di in avant. Serments ; dlioi cest jor en un meis. Roi., 2751 ; et do lA, par dei successions d'analogies, de jour en jour ; de père en fils ; de Jil en aiguille, etc.
Marquant le temps, en avait deux sens, suivant qu'il représentait une situation ou un mouvement. En huit jours, signifiait soit durant huit jours, en latin in octo diebus ; soit au bout de huit jours, en latin in orto dies : En esté chante, en y ver plore et me gaimante, Ruteb., la Gryesche d'Yvor, 30, 37 ; il ne cuidoient mie qu*il eussent la vile vaincue en un mois, Villeh., 244, Wailly *.
r) Au i\'^\\và : les emplois sont nombreux et variéi et de rintériorité passent à la niatiôro, à l'instrument, au moyen, à l'effet, etc., in are alirno ctisr, in honore, in timoré, in odio, in gratia, etc. ; avec l'accusatif (au sons do ergUy versus, contra), amor in Deum, impietas in deos, dividcre in jfurtes, etc. — Ancien français et français moderne, être, mettre en ire, en colère, en fureur, en honneur, en grâce, en amitié, en goût^ en prières, en ordre, en djsordre, engage, en otage, en don ; diviser en deux parties ; en pièces, en morceaux ; croire en Dieu^ V amour m Dieu ; en grec, en latin, etc. '.
C'cit surtout dans cet emploi ûguriS que la langue moderne est demeurée fldùlo à lu tradition du moyen âge et à la tradition latine.
Dans certains cas particuliers cependant, en a trouvé un rival dans la préposition ù.
Aux sens do a) et do b), quand in exprime la situation ou le mouvement dans l'espace et le temps, il a été combattu pai' intus end et dej dérivés de intus, dcnz, dcdenz,
^ Voir des exemples dans Uailhel ; voir aussi Godefroy*
* Ou Irouve aussi en ces sens dedans,
* Voir pour plus de détails HaitiHîl, /. Cé
A côté de m, le latin avait un dérivé inius signifiant dedans^ à Viniè^ riettr, et que l'usage classique employait comme adverbe. Il est devenu en gallo-roman et français enz^ ens, et a été usité, rarement comme préposition, plus habituellement comme adverbe, et cela jusqu'au XVI® siècle '. La préposition en paraissant trop ténue de son, et par suite d'expression, on lui préposa cet adverbe e^iz si bien que enz en devint la forme emphaliqtie de en : enz enl fou la gietterent, Eulalie ; Enz en lor mains portent brandies d'olive, Roi., 93, (il) est ens ou tref assis^ Guy de Bourgogne, 2769. Enz à son tour, par suite d'un procédé de composition normale en roman, s'gillonge successivement en de enz, deenz, denz[den8 dans) et en dedenz [dedens dedans).
Ce qui est curieux, c'est que la vieille langue ne connaît guère que dedenz, dont elle fait le synonyme de enz en pour l'emploi prépositionnel, et de enz isolé pour l'emploi adverbial. Le moyen âge use de ces deux synonymes, mais montre une préférence de plus en plus marquée pour dedenz, qui a l'avantage de réunir dans un seul mot l'adverbe et la préposition, et, au sens prépositionnel, est moins lourd que la combinaison, assez pénible, de enz en. Aussi, enz en disparaît-il graduellement de l'usage dès les xii xiii° siècles, devant dedenz préposition. Mais enz résiste plus longtemps devant dedenz adverbe, et la lutte se poursuit entre eux jusqu'au milieu du xvi° siècle, où enz décidément tombe devant son rival. Dès la fin du xv° siècle, on ne rencontre plus enz dans les œuvres littéraires sauf, c\ et là, dans quelques expressions consacrées : entrer ens ; ens et fors (= dedans et dehors), etc. Au XVI* siècle, il est à peine connu : et quand Robert Estionne, dans sa Grammaire française, proscrit la graphie céatis et léans au nom d'une fausse étymologie, et déclare que etiz s'emploie dans ces adverbes qu'il veut écrire ciens et liens, il montre bien que enz n'a plus de son temps d'existence isolée et indépendante. A cette époque, ne sont plus en présence que en préposition, dedenz adverbe et préposition et denz.
Pour ce qui regarde denz, il est à peu près inconnu avant le xvi" siècle, chose étrange, alors qu'en provençal il est d'un usage très fréquent. Voici les seuls exemples que j'en ai pu recueillir, au sens adverbial de dedans et au sens prépositionnel de en ' :
Adverbe : Un peî aiguisié que cil de donz avoient jeté i>our le castel
* Voir des exemples de enz adverbe et préposition dans Railhel et Godefroy. « Rtithel (p. 63 et 64) cite en outre, d'après Litlré, Li voit estait dans une fjrant vaUe, RoDcevaui, p. 10, exemple à supprimer ; Denz cfs chambres Ven mena^ cxcmplo
défendre, Auc. et Nie, XVI, 25. — Tuil lUsoisnl dans et dehors Qiis ïciifnnt n'csljM» humitii} cors, Hercule et Phileminîs, ms. B, N., 821, fol. G V {ûommuniiiué par M. Godefroj]. — Ceuh de dens ^t ceuls de hors, Christine do Pisan, Cliarles V, II, 33'. — Si rmirereni rhil de dens m hurforl à pelil doiaimiffe, Froissart, Chron. II, 374. éd. Luee ; ma. Amiens, f* 63. — Piiix soil en cel hasiel par loul A tous ceux qui dens fiabitent, A. Grrjban, Passion, 1190-91.
Trois sur cinq ùo ces exemples donnent dens précédé de de, de sorte qu'on peut se demander si on n'a pas a/Taîre à dedens plutôt qu'à dene. Christine de Pisan oITi-e dans la mâme pa^e du chapitre cité plus haut, et à quelques lignes de distance, ceuh de dens, eeuls dedens et ceuh de dedens *.
Préposition : Parlât, denz lez affinitez De Normandie oui pals entitre, Benoit, 34,235 (dans Burguy)", — Se il dens III jors ne la trêve, Aucassin et Nicolette, XVill, 35.
Ajoutons les exemples de di^ens que cite Godefroy [s. r.), par deens, prépos. ; en deans, adv. et prépos. ; ey deans, adv. ; exemples, du reste, pris h des textes sans autorité et relativement récents et ofi le sens est un peu différent,
En somme, il résulte de cet examen que dem, dans, employé quelqnefois comme adverbe en ancien français, est, comme préposition, A peu près ignoré de la vieille langue. Dans les textes littéraires de 1450 à 1550, on ne trouvera guère plus d'exemples, La préposition âi'ts paraît inconnue à Commines* ; elle l'est certainement à ia Vie de Baijard du Loyal Servllcur ; elle ne parait point dans Rabelais, ni, ce semble, dans Calvin. Je ne l'ai pas rencontrée dans le Parangon des Nouvelles Nouvelles. Palsgrave, qui analyse avec un soin minutieux les divers emplois des prépositions anglaises in, on, wllhin, ete,, et les diverses façons de les rendre en français, ne donne que en, ettz et détiens, dont
prie p»r Liuté a Raynouard, qui lai-mEme l'a tir£ de lléoD, îfauT. Sec, It, i93 ;
iple est riui, il faut corriger DtdiKil cet rkambrts [et mémo dtdaiu tn tiamln).
I encore, /( /tri dm le lai dt cette jiaal Mie ; mais ce van est lire du poinM
Pnie dt PatnpilHHi, leila ilallBaisâ, lana aulorilt grami
passage àea VigiUt d*
A peu tûr, il ne faut pa» l'oublier.
d'aprèa Lillré qui
Ckarlti VII : car dtnt la vills Ui
d'aire CDiiLrôlé.
ipla pris de Litlré qui indique Teito de Buchon [PaaiUoa LUtéraife], qui «!
quelque chose de louche ; ebiDlument iaolë dsn* l'œurre immenaa
jla le léiultit d'une erreur. Faut-il lire M«, le d ayant été ameoi
par un tipsua da copine qui, eateadaut mal ce qu'on lui dictait, a piîs le t llnal de M
pour ta deolate iaiiiBle de dent f ou Uut-iL corri'.;cr par tolii les tffinilii, comme au
vera 9M2 ; qui Met let af/failet. . . ?
* J'en trouve Irais eiemplet dans les titres des ciiapilres vn, 12, vni, 6 «t 14 [U. Cbaotelauie). Lea (ilrea des chapitres sont-ils de Is main de Commines 7
il cite toutes sortes de constructions et de combinaisons ; de dans, pas un mot : il Tignore absolument. Dans parait également inconnu à Marot * ; je ne Tai pas rencontré non plus dans la Défense et Illustration de la langue française, de J. du fiellaj, ni dans les comédies do Jodelle et de Grevin. Tout cela est bien caractéristique.
Mellin de Saint-Gelais semble le premier, avant 1550, à en offrir quelques emplois. Dans les trois volumes de ses œuvres, j'en ai rencontré quatre exemples ; les deux premiers (qui, au fond, n'en font qu'un) dans deux sonnets consécutifs, dont Tun est la contre-partie de Tautre, et qui reproduisent le même mouvement de phrase et les mêmes cens-* tructions.
Souhaitz,
Je prj à Dieu que, dans vostrc maison N'ayez jamais rien qui ne vous dcsplaise. . .
(Édit. Blancbemain, I, p. 79.)
Autres souhaitz.
Je pry à Dieu que, dans voslre mesnaige, Vous ne voyez chose qui vous desplaise.
Le troisième exemple est au tome II, p. 258.
Et il fut mis dans le feu, contre moy.
Enfin, le quatrième se lit dans la Sophonishe (t. III, p. 179] : dans le cœur.
Ce n*est pas encore grand*chose. On a toujours le droit d*a£ftrmer que le latin m, dans la première moitié du xvi® siècle, n'est encore rendu que par en et dedans.
Avec Ronsard, tout change : dans y paraît avec un développement extraordinaire. J'ai dépouillé le premier volume de l'édition filanchemain (les Amow's)y et, sauf erreur ou omission, j'ai relevé cinquante-quatre exemples où dans paraît, suivi quatorze fois d'un possessif», huit fois d'un déterminatif ^, deux fois d'un pronom personnel*,
1 Dans les deux premiers volumes de Tédition Jannetf cVst-à-dire dans la moitié de ses œuvres, je n'en ai rencontré qu^un exemple : dans cent ant^ I, p. 190.
« Dans mon, p. 35, 70. 166, 357 ; d. ion, 76 ; d, son, 4 ; d. ta, 149 ; d, mes, 21, 30. 42 ; d, ses, 401 ; d. voslre, 68 ; d. vos, 48 ; d, leur, 71.
» Dans un, 37, 45 ; d. une, 35, 134 ; d. cet, 110 ; d. ces, 170 ; d, chorus, 116 ; d. çuelçut, 433.
* P. 55, sonnet xcvi : (Rien n'empêchera mon cœur) çue prompt il ne vous suive, St çut dans tous plus çue dans moy ne vive Comme eu la part gu'tl aims beaucoup mieuw. Ici on voil clairement que ce sont les exigences du vers (|ui ont déterminé \^ ç}ioix de dans et de en^
et trente et une fois da l'articlo '. Depuia, l'usago de dans a'ét^ad; dans la dernier quart du xvi° siècle, il est assez établi pour fournir au dépouillement des textes une moisson abondante.
A quoi tient cette soudaine apparition ï Où est l'explication d'un fait aussi étrange?
iisdIQ
La réponse est bien simple. Dans o=t venu prendre la place lait vide par la disparition de ou- et do m, contractions de fi et do te cl Jes. On sait que ces formes contractées, d'un usage général en ancien français', ont disparu dans le courant du svi" siècle. 11 est encore facile ù. cette époque de réunir un nombre assez étendu d'exemples de ou et do''fl. et je ne jurerais pas que le commencement du xvii° siècle ne présentât encore ou çà et là. Cependant il est aussi facile de reconnaître que l'emploi do ces articles contractés se restreint do plus en plus, celui do ou en particulier, qui a disparu avant m, puisque rs existe encore aujourd'liui [généralement non compris) dans es Mires, es sciences, es arts, us lois.
Il y a coïncidence entre la disparition de ou et es et le dérelo] ment extraordinaire acquis par dans. L'une est la cause de l'autre, n'est pas difficile de le prouver.
Nous dirons aujourd'hui, par exemple, dans If efutmp, dans lei champs, dans les cirronslances, et en l'élaf, en la eirconslanet, m Tc^fnire. Or ici, précisément ou nous employons en, la moyen Age ne disait pas autrement ; la langue ne fait que continuer une tradition ininterrompue qui remonte nu latin populaire. Mais, là où nous employons dans, le moyen i\go disait ou, es : ou champ, es champs, r» rirronslnnces. Ainsi, en s'est maintenu dans les cas ob il n'y avait pas lieu de le combiner avec l'article ; (fans s'est substitué à en dans ceux oti en se contractait avec le et les. Les premiers emplois ont dû être ceux où dans était suivi de l'arlicle le et d'un mot commençant par une consonne, ou de l'article les; et les exemples cités plus haut do Itonsard confirment cette vue, puisque sur cinquante-quatre exemples,
■ On Irouva cpppndinl çà cl là quelqiiet ciceptions, d'cxplicsUon difficile, du reile: M /• ;>r«, Aint, :3fl( ; rni en II r»ci'. Ilom. do 1« Vuin, S»8 ; rns m lipit, Cb. ejptir. nS. Voir l''Œnlcr, dans la ZiîiiifliriO /itr rim. Piilol., 111,2)3 cl Tobl«r, YomfMut. Vtriian. 31, n. 2.
dans ost «uivî de le ou les dans trente cas et d'un autre mot quelconque dans vingt-quatre seulement.
Autre preuve. La langue n*a pas eu seulement recours à dans le et dans les pour remplacer ou^ cs\ elle s*est adressée également à aii^ aux. En lieu éfe, ou lieu de deviennent à partir du xvi® siècle au lieu de. Ou nombre de, dit encore le Loyal serviteur (ch. ix) ; nous disons maintenant au nombre de. Une expression courante conserve encore aujourd'hui l'ancienne tradition à côté de la nouvelle : En mon nom et AU nom de. Ici en se maintient devant mon, mais dans sa combinaison ou avec le^ devant nom^ il fait place à au. En mon nom et ou nom de, c'est-à-dire En mon nom et en le nom de, devient en mon nom et au nom de. Quand Mellin de Saint-Gelais, à la fin de sa Sophonisbe, écrit :
Ce qui de nous tous doit cstre, Est escript au çrand volume Des cieux,
Tarticle au qu'il emploie ici cache un ou plus ancien ; avec un féminin, il eût dit, par exemple : Eut escript en \îi grand charte, et non à la.
Ainsi la langue, perdant son article contracté ou, es, a été demander un substitut do ces formes, dans certains cas déterminés à la préposition à, et le plus généralement à la préposition dans *.
A peine usitée dans la vieille langue, cette préposition traîne une existence obscure, énigraatique *, jusqu'au moment où un accident l'appelle au plus brillant succès. La seconde moitié du x\^o siècle et la première du xvii° nous font assister à la lutte entre Tad verbepréposition dedans qui a pour lui six siècles au moins d'un usage fortement établi, et le néologisme dans qui triomphe décidément vers 1650 et ne laisse plus à dedans qu'une valeur adverbiale.
Les conditions dans lesquelles dans s'est substitué dès l'abord à en expliquent les fonctions spéciales que la langue moderne assigne à chacune des deux prépositions.
En s'emploie aujourd'hui devant le? substantifs non déterminés : en honneur, en grâce \ en colère, en morceaux, en pièces, en état, en
I Pourquoi pas dedans ? Parce que dedans était trop long ci trop lourd pour remplacer une particule aussi ténue et légère. Voilà pourquoi aussi elle a pris aw, un presque homonyme de on^ dans les cas où la proposition, employée au figuré, exprimait un rapport moins précis dont on pouvait charger à sans faire trop violence à sa signification générale.
* Où était-elle employée ? dans la langue de la basse classe ? A-t-elIe été perdue un temps pour être créée à nouveau et tirée de dedans ? Toute celle histoire de dans reste mystérieuse.
prières^ et une quantité d'autres ; devant les pronoms personnels (que Ton peut considérer comme des substantifs non déterminés) : m moi y en nous, en hd ; devant certains noms (singulier ou pluriel) précédés de tout autre déterminatif que h, les : en mon nom, en foui état, en quelque, condition que ce soit, en toutes choses ; devant les noms de pays (indéterminés) : en France, en Italie. (Devant les noms de ville la langue a remplacé en par à à partir du xvii® siècle *.)
Dans tous ces emplois, la langue continue la tradition du moyen Age et du latin. Mais comme la plus grande partie présente en au figuré, ou que, au propre, suivie d'un nom concret de lieu, la préposition ne comporte pas de détermination, l'usage moderne s'est habitué à donner à en un sens général indéterminé et le plus souvent figuré. En revanche, dwis reçut toute la précision des sens que perdait en. La langue ne pouvait se résoudre à n'employer dans qu'avec l'article le ou les, exactement dans les cas où il représentait ou et es '. C'aurait été imposer à ses habitudes un formalisme et une rigueur inconnus de l'esprit populaire. Celui-ci, se laissant guider par de fines analogies d'idées, étendit l'emploi de dans à toutes les expressions où le substantif est déterminé : da?is la maison, dwis cet état, dans toute affaire, dans CCS circonstances, etc. ^, et la nouvelle préposition, parmi les rapports qu'exprimait en, se réserva ceux qui comportent une détermination dans le régime.
Dans l'application de dans aux rapports de temps, la langue fit une distinction ingénieuse. Des deux sens qu'exprimait en (en huit jours : durant huit jours, ou au bout de huit jours) *, elle réserva le premier à en, le second à dans : Dieu a créé le monde en six jours, et je viendrai DANS six jours (= au bout de six jours).
En résumé, le latin in, devenant le français en, a perdu dans le cours du temps nombre de ses significations. D'un côté, le sens de situation à l'extérieur disparait à la fin du moyen Age, et passe à sur ; do
* Voir plus haul, p. 180.
* Devant un masculin singulier commençant par une consonne [dans le champ ib ou champ) ou devant un masculin ou féminin pluriel {dans Us champs = et champs ; dans les âges = es âges ; dans les choses = es choses ; dans les affaires = et afairet).
* 11 suit de là que dans est souvent synonyme de fn, puisque dans certains cas on emploie inditTéremroent en et dans. Il y a cependant une nuance : l'emploi da M t quelque chose d'archaïque, et celui de dans quelque chose de plus courant et de plos familier.
^ Voir plus haut, p. 180.
Vautre, la langue donne une partie des sens généraux de en aux nouvelles particules sorties de intua : enz, etiz en, dedans, dans. Puis suc* cesÙTement, enz en succombe devant dedans préposition, enz devant àtdans adverbe. Au xvi* siècle, ou et es, contractions de en le et de en ^^1 disparaissent, et la préposition en, grièvement atteinte par cette ^disparition, voit s'enrichir de ses dépouilles non seulement la préposition à, mais encore un dérivé de em, dans qui vivait jusqu'alors d'une ^^ô obscure, relégué peut-être dans l'usage le plus vulgaire, et qui prend soudain un riche développement, puisque non seulement il res- *^int iô domaine de en, mais encore celui de deduns réduit à la fonc- «on de simple adverbe.
® l'on compare cette histoire de in et inlus en français à l'histoire "^ mêmes prépositions dans les langues voisines, l'italien, le proven-
^^s ou l'espagnol, on est frappé de la fixité relative qu'elle présente *os ces langues. Exemple curieux des vicissitudes que l'esprit mobile
. ® ^otr© race impose à des expressions qui, semble-t-il, devraient être /ïiua.bles, puisqu'elles sont chargées de rendre des rapports néces-
"^^3 ot durables.
Dictionnaire de l'ancienne langue française et de tous ses dialectes du IX<» au XV^ siècle, composé d*aprës le dépouillement de tous les plus importants documents manuscrits ou imprimés qui se trouvent dans les grandes bibliothèques de la Franco et de TEuropo et dans les principales archives départementales, municipales, hospitalières ou privées; publié sous les auspices du Ministère de rinstruction publique, par Frédéric Godefroy. Paris, Vieweg, 1880; 8 fascicules parus grand in-4® (lettre A entière et B-Besîstré) ; pages iv-632.
Qui do cous n*a rêvé un dictionnaire général de la langue française qui, suivant l'usage do la langue, depuis les origines jusqu'à nos jours, à travers toutes les variétés dialectales, recueillerait non seulement tous les mots communs de la langue littéraire et parlée, mais encore le3 noms propres de personnes, les noms propres de lieux et leurs ethniques et tous les mots des patois actuels : bref, toutes les formes possibles sous lesquelles depuis huit ou dix siècles s'est manifestée Tactivité de la langue ?
L'heure n'est pas encore venue de composer un recueil de ce genre, qui dépasse les forces d'un homme. Maiâ si un pareil travail parait trop vaste, en laissant de côté les mots patois et les noms propres de personnes et do lieux, n'y aurait-il pas à faire un dictionnaire historique de la langue commune, embrassant tous les mots de la vieille langue et de la langue actuelle, dont il suivrait l'histoire de siècle en siècle? travail plus considérable que le dictionnaire de Littré ou celui de Grimm, qui donnent seulement le développement historique de l'élément vivant, et non point do ce qui est sorti de l'usage dans la langue.
C'est ce dernier travail qu'avait jadis entrepris M. Godefroj. Il avait recueilli des matériaux pour une histoire générale de la langue commune et réuni des exemples de la langue écrite de tous les temps et
do tous los lieux, depuis les origines jusqu'à nos jours. Nous avons pu voir do près ce prodigieux amas de notes et d'exemples, classés par lettres dans plusieui*s centaines de cartons. Mais, quand il s'agit do publier le fruit de tronte-cinq ans de recherches, M. Godefroy recula devant l'immensité du labeur matériel, ou plutôt il ne trouva pas d'éditeur qui voulût imprimer l'œuvre entière ; il fut ainsi contraint à morceler son travail et à n'en publier qu'une partie.
On dut donc diviser cette vaste unité; mais comment? M. Godefroy crut qu'il fallait courir au plus pressé. Ce qui manque aux lecteurs de notre vieille littérature, c'est un dictionnaire qui les mette à môme de comprendre sans peine les textei. L'auteur se résolut à extraire de son manuscrit le dictionnaire de ce qui n'est plus compris de nos jours, c'est-à-dire do la partie morte de la langue.
De là deux dictionnaires : dictionnaire de ce qui Oit sorti de l'usage depuis la fin du moyen âge et le xvi° siècle ; et dictionnaire de ce qui dans la vieille langue a survécu, est encore aujourd'hui en usage et constitue la langue moderne. Le premier dictionnaire contiendra tous les mots qui existaient dans la vieille langue jusqu'au xvi« siècle, et qui sont morts maintenant, ou toutes les formes et acceptions, aujourd'hui disparues, de mots encore aujourd'hui en usage. — Le second contiendra tous les mots ou emplois de mots nés dès les premiers temps de la langue, ou que Tactivité incessante du français a produits dans des temps plus récents, et qui sont encore usités de nos jours. Ce second dictionnaire rappellera celui de M. Littré avec cette différence que, tandis que, dans le dictionnaire de M. Littré, la langue moderne précède la langue ancienne, ici les articles commenceront par la partie historique et les exemples se suivront de siècle en siècle depuis le ix<» jusqu'au xix«. Il sera pour le français, au moins comme plan général, ce que le dictionnaire inachevé de Grimm est pour l'allemand.
A ces deux dictionnaires, M. Godefroy veut en ajouter un troisième : le dictionnaire de la langue savante qui s*est entée sur la langue commune. Cette langue, en bonne partie conventionnelle, individuelle et de fantaisie, ne pouvait être fondue dans un dictionnaire avec la langue commune sans en altérer le vrai caractère. Langue tout à part et artificielle, elle devait avoir son dictionnaire spécial.
Tels sont les trois dictionnaires que M. Godefroy a tirés de son vaste manuscrit. De ces trois dictionnaires, le premier s'imprime, et pour les deux autres, la préparation marche de front avec la publication du premier, de telle sorte que quand Timpression de ce dernier sera achevée^ les deux autres seront prêts à être imprimés*.
^ Ajoutons qae M. Godefroy prépare ea môme temps uq petit glossaire à Tusage des étudiants, qui contiendra tout le lexique do la vieille langue avec les définitions
Voilà le nouveau plan (jue des exigences purement matérielles ont imposé â l'auteur.
Devant la difûculié matérielle, il n'est pa^ de critiijue qui tienne. Ou peut regretter que M. Godefroy ait été oliligé de morceler son œuvre, mais on ne saurait lui on faire un reprocho. Le public doit subir avec lui une nécessité à laquelle il n'a pas pu échapper.
Mais, en admettant quo M, Godefroy ait dû no livrer au public qu'un frag^ment de son dictionnaire, la solution qu'il a adoptée est-elle la plus eatiifaisantoî N'y en avait-il pas de meilleure à faire prévaloir? Une seule était admissible : il fallait donner le dictionnaire complet de la vieille langue jus<iu'i\ une époque déterminée, soit la fin du 3IIII" siècle, soit la fin du xvi".
Dans un dictionnaire liistorique qui suit le développement de la langue depuis les origines, on est toujours libre de s'arriîter à une époque quelconque, sans courir le risque de manquer aux exigences de la méthode scientifique. S'arrêter au xiv* siècle ou au .xvit' est tout aussi rigoureux que s'arrêter au xix". Dans ce dernier cas, l'auteur embrasse toutes les périodes do la langue jusqu'à la dernière, qu'il voit; dans les cas précédents, il se fait le contemporain dos hommes du siv" ou du xvi« siècle et donne le tableau complet de la langue jusqu'à l'époque où il vit par la ponsée. Dani tous les cas l'œuvre est complète et offre un ensemble organique. M. GoJefroy pouvait donc et devait donner le tableau complet de la vieille langue on s'arrétant à I'uq de ces deux termes.
Il y avait un grand avantage et un Inconvénient plus grand encore à prendre pour limite le xiv° siècle. L'avantage était de présenter la langue française sous la forme la plus parfaite qu'elle ait connue dans son développement quinze fois séculaire, alors que son lexique est l'œuvre dos forces naturelles du langage, que les mots ont encore leur pleine et entière acception primitive, que le vocabulaire n'est pas encore ou est à peine atteint par l'intrusion de mots de formation savante. Un pareil dictionnaire offrait nux réflexions d'un écrivain ou d'un grammairien un des plus beaux domaines qu'ait jamais présentés une languo.
L'inconvénient, c'est que s'arrêter à la fin du xiii" siècle, c'était sa condamner à être incomplet, un grand nombre de mots qui appartiennent sans conteste à la bonno langue du moyen fige, au fonds primitif, no paraissant pour la première fols que dans les écrivions da XIV* PU du xv siècle. H. Godefroy, dans certains cas, est obligé da
et Ici eiplicalinne, miÎB n gj&fnl, plus cDBiiaode i i tludiuU.
et eiciDpIes ; lotto da sommeira du DitlioDiiaxT^ r dus Us leciuiM npidei, et plus aboidiUt a^u
DICTIONNAIRE DE l'ANCIENSE LANOnE FRANÇAISE 191
descendre jusqu'à la lin du xv[° Biècls et mémo jusqu'au mlliou du xvii" î»our y retrouver leî derniers témoins d'usages ancieus de la langue. E^D De consultant que les textei du xii' et du siii' siècles, il se prii'ail "v-olontairement d'une iraportanto source d'information s et ne donnait qu'un lambeau de dictionnaire.
Ce qu'il y avait donc de mieux h faire, c'était de prendre pour limite la fin du xv-i'Hiéele, do donner le tableau le plus comiilet do toute la langue passée jusqu'à l'aurore de la langue moderne, et de fondre dans une seule œuvre lo dictionnaire que M. Godefroy publie on ce moment avec la partie historique du deuxième dîctionnaii'e qu'il prépare. "'tKuvre, ainsi comprise, perdait de son unité, mais gagnait en vérité ®t en profondeur. Elle présentait loi aspects multiples que di."c siècles •^o langue parlée, cinq siècles de langue littéraire avaient successive- •"^^nt donnés à notre idiome. Le dictionnaire do la langue savante pouvait 4tro fondu dans les deux autres,
A.U lieu de diviser son diclionnairo liistorique, comme il l'a fait, en
'roia fragments, M. Godefroy n'avait qu'n le diviser en deux parties,
ûonxiant l'une tous les mots connus do la langue depuis les origines jus-
^U a.u jLVi" siècle, l'autre tous les mots employés depuis la lin du xvi'
siècle jusqu'à l'an de grâce 1881. Cette deuxième partie, toute mor-
^^1«^ fiu'elle paraissait, se rattacliait naturellement à la première. l'our
**^*'^x^ l'histoire d'un mot, on n'avait qu'à prendre lea doux articles
correspondants dans les deux parties. L'unité était bien rompue matè-
"^l-l^ment, mais non logiquement. Les deux parties non seulement so
5]?*^"*plétaient, mais se rejoignaient, formaient un tout organique.
*■■ - Godefroy qui, dana ses notes, avait classé ses exemples de siècle
siècle, dans l'ordre alphabétique, n'avait donc à donner, pour lo
**Oaent, à l'impression que la première partie de chaque article, en
^taQt ses eiomples au xvi" siècle. Son travail d'élimination recs-
. ^ Une simplification considérable, et en satisfaisant aux exigences
■**» méthode scientifique, il s'épargnait un vaste labeur de roma-
^ 7^** lieu de cela qu'a-t-ilfaifîll s'est condamné à une étrange et mi- 3j^. *^Use révision, dans laquelle il a éliminé, pour les reporter ailleurs, qy. l'^s mots, soit lea acceptions de la vieille langue qui ont vécu jus- 8e c« jour, labeur effrayant dont l'unique résultat a été de désorgani-
nj ^ teneur de tous lej articles et d'en faire le plus souvent des frag-
-^ta sans unité.
(K ç^, - Godefroy, dans son avertissement, écrit les lignes suivantes: tÎQj ^ fragment, qui ne formera pas moins de dix volumes in-4'*, con- H> *• tous les mots de la langue du moyen dgo que la langue moderne Se»^ l'as gardés. Lorsque nous enregistrerons des mots conservés, ce ne ^ que pour certaines signilications disparues. Il suit de là qu'il no
faut pas toigours s'attondro à trouver uno classification satisfaisante du sens des mots que nous citons, puisque tel sens ancien peut dérifer d'une signification encore ai\jourd*hui vivante que nous supprimons systémaiiquement. »
Ces lignes contiennent la critique la plus nette et la plus fraoclie qu^on puisse faire de la méthode que Tautcur a employée. Du moins at-il la bonne grâce d*aller au devant des reproches et d'en atténuer ainsi la portée. Mais le mal n^en est pas moini réel. Il n*est. guère de pages où le lecteur, curieux de suivre le développement et la succession d*un sens primitif dans la série de ses significations secondaires ou des mots dérivés qu'il produit, ne voie sa curiosité mise en défaut dO' Tant CCS fragments épars et incohérents des familles de mots qu'il examine. AvevgUement^ aveuglelé^ avevglir^ avmglissemêni^ toute la familld d'aveugle se déroule sous les yeux du lecteur; le chef de la familloi aveugle, seul fait défaut, parce qu'il a eu le bonheur de vivre jusqu'à nos jours. Je no cite qu*un exemple, j'en pourrais citor des centaines; il suffit de feuilleter au hasard le dictionnaire. Du même coup, rintdrét si vif qu^offre à la lecture un dictionnaire bien fait, où chaque article apporto au lecteur le déroulement systématique des diverses acceptions de mots, cet intérêt ost brisé, détruit. On n'a plus devant soi que des fragments sans vie, dinjecla membra.
Une fois résigné à ne donner que ce qui est mort, soit en lait de mots, soit en fait d'acceptions, et à écarter de plus les mots disparu) do la langue savanto du xv° et du xvi« siècle, comment l'auteur a-t-il fait lo départ entre ce qu'il devait actuellement accueillir et ce qu'il devait réserver ? Pour la langue populaire, il laisse de côté tous les mots encore vivants aujourd'hui ou toutes les acceptions encore vivantes aujourd'hui, queîle que soit la forme, ï orthographe que ces mots aient eue dans la vieille langue. Arevgle s'étant maintenu, le dictionnaire ne donnera pas avule, ou aveule^ qui sont les formes vraiment françaises du mot. Mais alors pourquoi donne-t-il achoison, au lieu de le réserver pour occasion ? Pourquoi donner la plupart des sens d'acom- ])lir encore vivants aujourd'hui ? quelques-uns d'acoter ? Pourquoi mettre acouhlcr^ qui est uno autre forme daccoupîcr ? acuseor qui est la forme populaire d'accusateur? adjacenccs encore existant au sens de terres adjacentes à? aie, aiue et aidicr, conservés dans aide et aidier? aiguë et ses variantes, représentées par eau ? ajou qui s'est conservé dans la forme moderne (corrompue sous l'influence do jonc) ^ ajonc? alsi, au sens propre do aussi qui est la forme moderne ? altrui, autrui, dans les premiers emplois cités? amee, c'est-à-dire aimée, au sens de lien aimée, amante? (ulmiymtrcr au sens de gouverner? anti et antif, rajeunis dans antiiiue? ajpliquc, ajwrt, conservés dans le français moderne? Dans les mots conservés, il donne les acceptions vieillies.
DICTIONNAIRE DE L'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE lltô
Pourquoi omettre alor3 balais au sens de verge ou de brin, et ne pas xnôme indiquer la forme ancienne halaijj^ ? Comment ne trouve-t-on paj d'article ba^heîer, mot dont le sens et la forme même sont différents en ancien et en nouveau français? etc. Le principe adopté par M. Godefroj présentait dans Tapplication trop do difficultés, soulevait trop de problèmes et de trop délicats pour que l'auteur ne se heurtât pas fr<5quemment à des inconséquences et des contradictions. Quant aux ^ûots de la vieille langue, disparus de la langue moderne, il en suit régulièrement rhistoire, quand il y a lieu, dans les patois modernes, his- ^^îro fort intéressante, et qui rehausse la valeur de tous ces articles. ^^ a donné là des développements qui n'auraient pu trouver place dans ^® deuxième dictionnaire, puisque celui-ci n'offrira aucune tête d'ar- ^^^les à laquelle on puisse les rattacher. Nouvelle inconséquence, *^^|]reuse, il est vrai. Grâce à elle, on assiste à l'histoire complète ^^s mots de la vieille langue dont les derniers souvenirs vivent çà et là ^î^ns les patois. En revanche, on n'a que des fragments d'articles pour ^^smots qui ont eu un sort plus heureux dans la langue. Cette inégalité de traitement donne un caractère singulièrement mélangé à l'ensemble de l'œuvre.
Pour les mots savants, le départ offre les mômes incertitudes. A quelle marque reconnaître que telle formation savante est trop artificielle et est d'un usage trop individuel pour être adoptée dans le dictionnaire ? Qui dira pourquoi tels mots sont accueillis et tels autres omis ? Pourquoi rejeter astronomien^ usité dès le xii° siècle, alors qu'on accueille aceie (vinaigre), adenerer, adeneralion, adequer, adepfion, af fialion^ aggere^ adinveclion^ agrere, agrarien, amendacion^ amphibologicn (Nie. Oresme), anathematisacion^ etc.?
Dans tout cela, l'auteur a suivi plutôt son sentiment qu'une règle rigoureuse et précise. Il est vrai que dans les premières pages d'une oeuvre de ce genre, les tâtonnements et les inconséquences sont inévi-^ tables, et que la règle se précise à mesure qu'on avance dans le travail. Mais pourquoi avoir voulu, comme à plaiiir, aller au devant des inconséquences et chercher à augmenter les difficultés d'une tâche si hérissée, au lieu de suivre le plan qui avait d'abord été adopté et qui ensuite a été si étrangement désorganisé.
Lorsque nous faisions ces observations à M. Godefroy, il nous répondait qu'il fallait d'abord courir au plus pressé et donner la partie du dictionnaire qui pouvait être la plus utile aux étudiants, et qu'ensuite pour un dictionnaire complet do la vieille langue jusqu'au xvi^ siècle^ ce n'est pas dix volumes qu'il aurait fallu, mais bien vingt.
Ces raisons ne sont que spécieuses, car il est aussi utile et profitable de donner aux étudiants l'intelligence complète de la vieille langue en faisant passer sous leurs yeux toutes les significations que les mots ont T. II. 43
pu avoir au moyen âge à la fois dans Tordre de leur développement naturel. Quant à l'étendue de l'œuvre, il est toujours possible de Éaire court en restant complet. Nous verrons plus loin l'excessive richesse de M. Godefroy en exemples, richesse qui devient parfois encombrante. Avec plus de discrétion et un choix plus réservé, M. Godefroy aurait pu sans grande difficulté faire tenir dans ses dix volumes la langue complète du moyen âge jusqu'à la fin du xvi® siècle.
Pourquoi donc ne s'est-il pas imposé cette discrétion et ce choix ? Parce que M. Godefroy est avant tout un collectionneur. Il attache moins d'importance aux groupements des mots, aux classements des sens, qu'aux mots eux-mêmes. Il a regret à sacrifier des exemples qui sont autant de témoins réels et visibles des usages de la langue. Toutes les richesses qu'il a accumulées dans trente-cinq ans de recherches, il ne peut se résigner à les garder par devers lui. sans en faire profiter le lecteur. Il lui apporte sa récolte tout entière, et la mettant à sa disposition, lui dit : Voilà ce que j'ai trouvé, tirez-en maintenant le parti qu'il vous plaira.
Cette œuvre, telle que l'auteur nous roff*re, avec ses défauts qui sont de méthode et ses qualités, il est temps de l'apprécier. Nous avons à suivre les articles du dictionnaire, en examinant les diverses questions qui se rattachent à la nomenclature, aux définitions et classements de sens et aux exemples. Nous avons sous les yeux la lettre A tout entière, avec le commencement do la lettre B ; par suite, nous avons, gi^àce aux nombreuses compositions do mots avec la préposition a, comme un abrégé et un sommaire du dictionnaire.
Ce qui frappe tout d'abord dans le dictionnaire, c'est la richesse de la nomenclature et l'étendue des dépouillements. Que de mots obscurs, ignorés, qui viennent pour la première fois sous les yeux du lecteur solliciter son attention et éveiller son intérêt ! Ce sera là le vrai mérite de M. Godefroy, l'éminent service qu'il aura rendu à l'étude delà langue française. Ce serait faire une sorte d'injure à l'œuvre que d'essayer mémo de la comparer, quant à la richesse de la nomenclature, aux nombreux glossaires tentés, essayés jusque aujourd'hui, glossaires do Suinte-Palayo, de Roquefort, de Henschel, etc. Ceux-ci doivent rentrer dans l'ombre, effacés et absorbés par l'œuvre de M. Godefroy.
Le dépouillement s'étend sur une quantité prodigieuse de textes publiés ou manuscrits. Ce ne sont point seulement des textes courants, devenus classicpies, mais des documents à peine signalés ou analysés, des archives locales que les historiens consultaient bien, mais que les lexicographes n'avaient pas songé à utiliser. Les archives du Nord, déjà dépouillées par La Fons-Mélicoq dans un glossaire inédit, apportent un contingent considérable do mots spéciaux, pour la plupart inconnus, et qui sont presque tous autant d'énigmes. La Suisse
DICTIONNAIRE DE l' ANCIENNE LAN'GUE FRANÇAISE 195
romande nous fournit des formes du xiv° siècle dont on ne soupçonnait pas Tancienneté. Les diverses provinces du centre, de Test, de l'ouest, nous livrent avec leurs archives nombre de mots et d'exemples locaux.
Cette richesse de la nomenclature fait revivre la vieille langue sous ses faces diverses, langue littéraire et langue technique, langue des écrivains, des jurisconsultes, des savants, des industriels, des artisans. Cette récolte forme un vrai trésor de la langue française.
Non point qu'il n'y ait des omissions. Dans une enquête aussi vaste que celle à laquelle s'est livré M. Godefroj, ce serait exiger au-delà des forces humaines que de demander des dénombrements parfaits. Quand on dépouille un texte, pour y chercher les mots commençant par une lettre déterminée, on a bien des chances de ne pas faire d'omission. Mais quand l'attention doit se reporter à la fois sur les vingt-quatre lettres de l'alphabet, il serait bien difficile qu'elle ne se lassât pas en quelques points, et que des mots intéressants ne lui ccliappassent. Nous en signalerons ici quelques uns : aasprir, abonder, alece^ acaïr, (uovetas^ afirer^ afit^ ageliner^ aiol (au sens donné dans le Roman de Rou^ éd. Andresen, v. 346), alevée (s. f. « fiant nouveau »), amable [amableté est présent), asorbir^ astronomien, avilonir, — abifer (au sens de s* attaquer à), aforcer (au sens de faire violence à une femme, à une fille), s* aperce-voir (au sens de prendre ou reprendre possession de soi-même, au propre et au figuré), alainz que (== le mieux que [possible]).
Ces omissions sont fort excusables dans un ouvrage, et un premier ouvrage de ce genre. De nouvelles lectures permettront à M. Godefroy de compléter son dictionnaire, et vraisemblablement le supplément qu'il prépare à mesure de l'impression sera assez riche en mots oubliés pour former un volume considérable Être complet est un idéal qu'il faut se résigner à ne pas atteindre. On peut dire dès à présent que tous ceux qui recueillent depuis un certain temps sur l'ancien français des notes lexicographiques trouveront encore largement à ajouter à l'inventaire de M. Godefroy, mais qu'il n'en est pas un qui ne trouve encore beaucoup plus à y recueillir pour la première fois.
Les mots une fois recueillis, il faut rédiger les articles. Ici commence un travail de critique singulièrement délicat. Et d*abord, parm^ ces mots, il en est qui n'ont d'autre autorité que des fautes de copistes, ou des erreurs d'éditeurs. Ces mots doivent être éliminés sans aucun égard. Les inscrire dans le dictionnaire comme articles avec exemples à l'appui, c'est leur donner une autorité à laquelle ils n'ont aucun droit*. Sur ce point, M. Godefroy n'a pas été assez sévère. Il a recueilli trop
* [A notre avis, lo mieux serait (l'enrc;.'istrer tous ces mois à leur ordre alphabétique, en indiquant qu'ils sont fautifs et en renvoyant à l'uriicle où ils âgureront sous leur irrâie forme. — Note de ta Rédaction de la Remania»]
facilement de ces mots qui n*ont jamais existé dans la langue : leçons erronées do manuscrits (M. Godefroy sait mieux que nous avec quelle inintellijj'eiice et quelle facilité d'erreur les scribes copiaient les rnanuâcrits) ; fautes d'éditeurs que M. Godefroj accepte avec trop do conûanee ; erreurs mêmes de M. Godefroy, qui a parfois mal lu ses textes. Voici des exemples :
aaisê, adj., « plusieurs do ces exemples pourraient s*écrire en deux mots : a aine » ; — tous les exemples cités.
aasaet\ « mot douteux, assiéger : « ont conseil pris d'ofl^w* a force Paris w (Benoit) » ; — mot barbare, vers faux, lire aseir.
ahaptinpi\ a on pourrait lire ces deux mots : a bapdsier ». —Assurément, il n'y a que cela à lire.
ablento^ dans deux vers barbares et inintelligibles empruntés au B\iX[* du BibUoph. (II, 240) : El autre deux en dyapente Od simi tornei^ tontes ablenfe, — Le dernier vers est faux d'ailleurs (M. Godefroy les dit tirés du Livre as lais^ pour la Lumière as lais),
abnurage, M. Godefroy propose la correction abunnage ; il faut flluvrage (cf. l'art. Aboivrage) ; en tout cas la forme abnurage ne devîût pas être admise.
achatioa ou machanion^ dans un vers d'ailleurs faux ; l'un est ausâ impossible que l'autre ; le texte où se trouve ce monstre existe dans do très nombreux manuscrits, qui auraient permis de corriger l'édition où il liguro.
achieirr, u mot douteux dont le sons semble être: donner, octroyer». Exemple uni(iUo, un vers de Garnier do Pont-Sainte-Maxence, oii ce mot achrvicr fait un vers faux ; lire tout bonnement achareier ou aclutricr,
acomblr^ adj. ; lire a comble,
acoiuiuvrcmcnchr^, ex. unique ; lire sans doute soit acmqueremenfs, soit
aconquvranclies, (irldbrr, d'après aclaberai {= achèverai) ; lire sans doute achaherai, (tdrlntiit ((•closioii), forme barbare que suflit à faire exclure l'article au
I au lulrloaiit] (jui la précotle dans l'exemple cité. (lerc, « s. ju. ? : Irfrr Iranchanl H mist el cors Vaerc bote U cuir fors
(Tristan I, 4013, Michel) » ; — lire acier, (igcnoaillevnwnt, lire (igenoi(iHeement.
uguvtlv, espèce d'oisoau; lire agrelte ou aigrette, oluu'irr, rassembler, entasser ; exemple d'O^/Vr, vers faux ; liro hucîer
ou hue hier.
aluni, dogue, chien de chasse, lire alan (espagnol alano) ; la forme alani
n'est (lu'une mauvaise orthographe récente.
amain, adj. ; lire a main, locution adverbiale.
amissier, leçon mauvaise du Rou do Wace, donnée seulement par le
texte sans autorité de Pluquet ; lire avec Andresen amaissier. amaf, exemple unique : Adam enfui dolent et amat, vers faux ; lire mat. ancedis, « probablement ancêtre », exemple uni(|U0 tiré du Roncisvals
de Bourdillon, texte de fantaisie sans valeur. anfaim^ affamé. Exemple unique de VYsopet. Lire sans doute en faim, apartiner^ faute évidente pour apartenir, apenoir^ expier : les deux exemples cités indiquent qu'on a là des
variantes dialectales pour espeno'ir et espenir, arestevoir, infinitif, qui n'a jamais existé, pour arester, tiré, ù, tort, du
parfait arestidt et du participe aresteu, etc., etc.
Nous aurons occasion d'en citer d'autres plus loin ; rappelons seulement encore ici Tadjectif hes, en repos, content ; il faut lires lies.
Les mots recueillis se présentent avec des variantes multiples et des différences orthographiques considérables. Quelle est la forme à adopter pour en faire la tête do l'article ? La solution la plus juste consiste à prendre la forme française du moyen Age, et à la faire suivre de toutes les variétés dialectales ou de toutes les formes diverses dues aux caprices des auteurs ou des copistes. C^est bien la solution adoptée en principe par M. Godefroy, qui rejette à leur ordre al[)habétique toutes ces formes multiples, en renvoyant à la forme française pour le corps de l'article. Toutefois, ce principe n'est pas toujours appliqué avec sûreté et rigueur. D'un côté en effet, les diverses formes citées dans les exemples ne figurent pas toujours en tête de Tarticle ; elles ne sont pas toujours rappelées à leur ordre alphabétique avec renvoi à la forme qui constitue l'article ; enfin certaines formes renvoient quelquefois à des articles qui manquent. De l'autre, il y a hésitation dans le choix des formes qui doivent constituer les têtes d'articles. Après avoir adopté les formes en al comme formes de têtes d'articles (albe, alçor, allaigne^ etc.), M. Godefroy reporte à ban les articles baisent^ bauche et sa famille, haudeqinn^ etc. Il admet tantôt le préfixe ad sous la forme simple et française a, tantôt sous la forme ac (iiccoiery etc.), ad[adjoin~ ture, adjoitslwiceSy etc.), af[affener^ affiler, etc ), al [alluitier^ etc.). Les mots en o fermé sont tantôt cités avec Yo, tantôt avec Yon. Adoler est plus fréquent que adouler, qui fait la tête de l'article ; adoler même manque à son rang alphabétique. En revanche, l'adverbe de adouler est à Yo : adokement et non adouleement. On trouve à an des mots qui doivent figurer à en (ampas, anfain, anservante, anniant). Inversement on voit figurer comme têtes d'articles des formes secondaires : aengler pour aangler^ aressier pour area'er (cf. drecier), afailicment ^onv afaitiee^ ment y afanvner pour afemmer^ afetardir pour afailardir^ afichiement pour afichieementy affisceler pour ajfficeler^ afroier pour afreier^ agensir pour
agvntir, ageler pour agelitr, ailhvain pour ailerin ou mieux altraist. H fallait choisir la formo principale du dialecte français, celle qu'indiqaest les luis de la plionélique étymologique.
Il n'y a pas à objecter quo pliia d'une fois cette forme fait défaut, et que dans l'usage général du français au xn* ou au xiii* siècle, telle forme dérivée a pria la place de la foriue primitive. Ainsi a^nbler i eàté de offibler (adfibiihre), qui est élymologic|ue. Car, de vouloir dresser actuellement l'éiat exact, précis el mÏDUtieusement détaillé de la langue du raojfen Age Oit uo pur rêve, Chaque jour, l'étude plus approfondie des textej viout modrller sur quelques points ridée que noui nouj Ûisona de la langue. lit plus les conquêtes de la science s'étendent sur ce domaine, plus 1 on pénétre dan^ les détails, plus les points de vue particulierii changent. Aussi, dans cette incertitude oii l'on est d'établir pour nombre do mois la furma ou l'orthograplie dominante t telle époque dans chacun dos divers dialectes, ce qu'il y a de plus simple de plus méthodique, c'est d'admettre pour ti.^to d'article la forme, ou lltéorique, du dialecte français du xii' siècle. Que M. Godefro; mail suive rigoureusement cette niélliode, les chances d'erreur moins grande.') que dans tout autre système, et les avantages seront nombreux, quand ce no serait que du faciliter aux lecteurs les recherches dans le diclionniiiro'.
Il s'agit maintenant do constituer les articles. Ici M. Godefroy n'est pai abiolumenl h l'ulici de la ufilique. Il lui est aiTivé assez souvent de léparer dos articlos qui ne devaient en faire qu'un, et de réunir des BTtivIea qui devaient âtre séparés. La règle A suivre ici encore consistait ft intoiTOger l'élymologie. Quand un même mot a pri*. par suita des diverses lois phonétiques, dos formes différentes, il fallait réunir ces formas divorgcnloj aous le mémo chef ; les variétés dialectales n'ont aucun droit t être si^parées de la forme considérée comme normale. U n'y aurait d'excoplion à faire & cette règle qu'au cas, très rare on ancien français, où chacune deS deux formes aurait re;u de l'usage un emploi spécial et bien déterminé. Tels, dans la langue moderne, rltairê et (ItaUf. Mais presquo toujours, dans la vieille langue, chacune des formes divergentes a toutaK les significations des autres ; il n'y a donc aucune raison pour en faire dei articles différents. Au contraire, si doux mots dilTéronls par l'étymologio arrivent, par suite des lois de la phonétique, à se confundi'O dans un même mot, y eClt-il même confusioa de sens, un dictionnaire historique doit les diviser et les rendre chacun A sa famille.
I roui paraît difScili mat en luï-iaSms ; miis il lu iK'mnlo^iijiic dos divers •ulfiiammeiit. — Rfd ]
■ HiiïfB pour M. GoJcffoy, nûn dialectes que biea peu de pbilolDgQei pc
DICTIONNAIRE DE l'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE 199
M. Godefroy, à tort, a séparé die et aine, actieilUr et alceudre, acon^ givre et aconsivir^ agire ei agesir (cf. plaire et plaisir, faire et iaisir)^ ahidsier et aguisier^ acreu (1. acreus) et aérons, accoier et acoier, aardoir et aerdr*», ajuiri^ et aiure, l'adj. ^^r et baron, ampsir et amaisir, an fi et /7w/»/, rinterjection r7^fl5 et le verbe agarer, andief et andier, amil^ amin et «mî, angrols et angros, ajyrismement et aproismemenf, algier et flf/7«V/, etc., etc. Dans ces séries de mots, l'étymologie est la même et les variétés de forme n'ont qu'une valeur secondaire.
Mais en revanche il a eu tort de réunir {claim d') aherse qui vient d'aerdre avec aherse de irpicem, affamer (de flame = flamma) et affam^ her (de jfamle = flammula) ; de rapprocher de adeser (addesare, addensare) le picard adhequier qui reporto à un type latin en-care ; de rapprocher de arder le picard asir qui doit être d'origine germanique, de adevine subs. f. le wallon adevinu, qui doit être adevinal subs. m. (= ad'divinafe) . Dans advire, adiiif, il faut distinguer docere et ducere. L'exemple de ÏInfenielfe consofafion de adhérer est placé à tort au verbe aerdre. Agréer (un chemin) n'appartient pas au verbe agréer^ rendre agréable, mais à un autre agréer, qui est omis, composé de a et de gréer (disposer, arranger) et dont le substantif verbal est agroi ou agrai (aujourd'hui agrès^, recueilli par le dictionnaire. Areer renferme deux verbes, Tun composé de raie, l'autre du radical red qui se trouve dans conreder conreer corroyer, et est d'origine Scandinave, etc., etc.
Allons plus loin dans notre examen. Après les têtes d'articles, on s'attendrait à trouver l'étymologie ; M. Godefroy la supprime systématiquement, sans doute parce qu'en bien des cas elle reste inconnue et impénétrable. M. Godefroy ne songe à donner au public savant que des éléments d'information ultérieure et n'a pas la prétention de faire œuvre de critique et de science personnellei. De là cette réserve et ces scrupules, réserve et scrupules que nous comjjrenons bien, non sans regretter toutefois que M. Godefroy ne se soit départi quelquefois do la règle de prudence qu'il s'est imposée. Dans bien dos cas, l'étymologio était facile à reconnaître et à indiquer ; et celte étymologio aurait donné à la lecture des articles une clarté et un intérêt dont Fauteur se voit forcé de les priver. L'étymologie met sur la voie du sens primitif, et permet de classer les significations avec plus do sûreté et de précision . Si M. Godefroy s'était imposé cette tâche, non dans toute son étendue, mais dans les cas où elle est le plus facile, peut-être la composition de ses articles s'en serait-elle avantageusement ressentie '.
* [Nous pensons que M. Gociefroy, s'élant sagement abstenu de s'aventurer sur le terrain si périlleux de l'élymologie contestable, a fait œuvre conséquente en renonçant à. toute étymologie. La limite entre ce qui es^t sûr et ce qui est douteux varie selon la science de chacun, et si une fois on abandonne le principe salutaire de l'abstention, on ne sait plus où s^arrôler. — R(fdJ\
En effet, une ties parties faibles du dictionnaire est la déSiiition et le classement des sens. M. Godcfroy ne s'est pas assez attaché à en serrer de près la signlUcation et à en montrer la filiation et le développement. Je ne parle naturellement pas des arlJcles sjstômatiquolaent incomplots, qui ne présentent que les significations disparues aujourd'hui de l'usage, et dont les significations encore vivantes, qui permettent de les relier entre elles et d'en montrer les dépendances et les rapports, ont été volontairement supprimées. Mais je parle d'articles complets par eux-mêmes, de mots qui ont eu toute Icnr via dans la vieille langue, ont vécu et sont morts avec elle, et qui, par suite, doivent présenter un s^-stômo bien coordonné de significations. EU bien ! ces articles en gt'néral, qui sont nombreux dans le dicliounaire, sont peu satisfaisants. Les délinitîons sont trop lAches, les acceptions diverses mal reliées. Les sens ne se suivent pas dans leurs divisions et subdivisions, marquées par des numéroi d'ordre qui indiquent les genres et les espaces. Ils viennent le plus souvent lei uns au bout des autrei sans qu'on voie nettement pourquoi ils occupent telle place plutôt que telle autre. En un mot la précision et la rigueur font défaut dans cette partie de la tâche do M. Godefroy, la plus ardue, il est vrai, et la plm délicate. Il aurait pu l'améliorer sensiblement s'il avait tenu plus do compte des recherches si fructueuses qui depuis quelques années ont été faites tant en France qu'en Allemagne sur ce domaine. Non seulemont il n'y renvoie jamais ses lecteurs, ce qui lui aurait souvent permis d'élre â la fois précis et bref i mais il parait ne pas les connaître fort bien lui-même.
Il n'est guère do page qui, & ce point de vue, no prêta à la critique. Nous ne citerons que quelques exemples :
Ammee, a aciion d'asséner un coup aree violence n. Exemptes : «î grant amenée ; moult riiinle amenée. — On voit que l'idée de violence est uniquement contenue dans les épitliiMes qui accompagnent le nom.
Âjieiiise, a franchise indiscrète : Pour la Irop granité apei-iiso et la logereto, etc. [Livre du chevalier tle La Tour]. Trop grant aperiiso n'i mcstier [id., ibid.) ». — Ici encore le sens d'indiscrétion dans la franchisa se trouve, non dans aperlise, mais dans l'épithète trop grandi. Lo sens même Ho/ranr/iinB donné à aperlise est fort douteux.
Aventuré, o Leuroux : Fut ele bien aventurée (Waco) ». — Ici aussi l'idéa da honheur vient do l'adverbe liien, qui modifie nfrniurtt.
Apottê, a abominable : Corrumput sunt o sunt fait aposté en félunio (P8, de Cambridge, LU, i, Michel); latin abominabilea », — L« laUn uhomiiiaUle» traduit, non npoglé, qui veut dire simplement placé, posé, mais aposié tnfilunie, ce qui est tout autre chose.
Adflier n'est pas amincir, mais rendre délié.
DICTIONNAIRE DE l'ANCIENNE LANGUE FRANÇAISE 201
Le sang qui s^afile [Roland, 1614) ou qui afile (J. Bodel, Saisnes, cxx) n'est pas le sang qui coule, mais qui coule en filet. L'image a disparu dans rinterprétation de M. Godefroy. Do même afonder^ vorbo neutre, « être renversé, abattu : Si un liôve, Tautro afonde (God. de Paris) ». La traduction dit moins que le mot à traduire.
Aouiller est expliqué a reniplir un tonneau »; ajoutez .'jusqu'à l'œil, la bonde.
Pour expliquer un sens, on multiplie les synonymes qui l'interprètent ; alucfiier est expliqué par quatre mots qui se suivent à la file ; dans la même ligne amaisnier au figuré, par cinq ; alouer, dans un sens par quatre, dans un autre par cinq ; amonter^ dans un sens, par six ; amanevi^ par sept I
Nous retrouverons ce manque de précision dans les classements de sens et les sous-définitions ; voyez, par exemple, les articles aaisier, aaiir^ acueillir^ ademetire, aJenfer, adosser, adresser, a/ronier : comme on pourrait les simplifier et les rendre plus clairs avec une méthode plus rigoureuse et qui serrât de plus près la signification ! Tels, comme acueillir et adresser, sont absolument inextricables. L'article adresser a neuf colonnes où se déroulent, à peu près au hasard, je ne sais combien de sens et de sous-sens spéciaux. Le début est encore assez satisfaisant : « remettre à droit, rendre droit, redresser, tenir droit, relever : adrecier les ruines, la sente del pont, les chevo'.s, etc. (pourquoi ces cinq expressions pour traduire adrecier? redresser ai relever suffisaient). — Réfléchi : se dresser, se redresser, se tenir droit, être redressé, se lover, s'élever, se soulever (suivent des exemples pour lesquels se redresser et se relever suffisaient). — Actif: mettre dans le droit chemin, la droite ligne. — Figuré : remettre dans le drgit chemin, ramener àla raison, à l'ordre. — Réfléchi : s adresser, rentrer dans le bon chemin, réparer ses torts, faire réparation. — Actif: rendre droit, juste ; régler, former, instruire (tous ces sens pourraient être contenus dans une définition unique, tenir ou mettre en droit chemin). » Jusqu'ici les sens, quoique un peu li\ches, se suivaient assez bien ; voici où commence le chaos : a Avec un régime de chose, indiquer, enseigner [adrecier la voie) ; avec un régime de personne, instruire, donner des nouvelles à, diriger par des conseils [adrescier quelqu'un) ; dresser à [adrecier qmlqu*un aux armes) ; avec un régime de choses, réparer, corriger, amender, faire droit à, rectifier, rétablir [adrecier un tort, etc.) ; arranger, ordonner [adrecier la hait il le) ; exécuter, accomplir entièrement [adrecier des souhaits). Avec un régime de personne, faire droit, réparation à quelqu'un, lui rendre justice : secourir, aider, pourvoir, munir, rendre service à ; préparer, former, lever ; reproduire exactement (dans une traduction) ; diriger, conduire, guider, et par extension
aâreeier son rJtêmin ; viser, atteindre, frapper ; aâreHtr en faire conlractn* mariage; n'tuheeier, prendre le droit ctieroin, se quelque part ; approcher, parvenir, arriver, marcber, s'arranger, parlant de clioses. Neutratoment, adreeier, se diriger à, âtro proctie da, appartenir à, venir n bout da, rdussir ; adreeier à, s'adresser à. » Telles sont les déSnitions des sous-sens dans l'ordre du dictionnaire, et noua avons âimplilîé l'article en supprimant des sigiiiRcations secondaire* peu importantes. Et ce n'est pas tout ; car après le verbe vient le partidj e avec ses Gignifications multiples et aussi incohérentes que celles du verbe. Grâce à cetto absence de raéthoJo, les mêmes sens se trouvent épars au commencement, au milieu et à la fin de l'article. Âdrtumei m dreit smUer se trouve dans la colonne 1 ; Li Tijoia s'adre»eitrud tout droit vers A'iqite se trouve à la colonne 7, et Sa doctrine uotis aârt' Céi en la voie de )>/iis, à la colonne 6. Et ces trois exemples qui ofn?snt le mémo sens sont scparéi par je ne sais combien de sens diflerents, sans aucun rapport avec eus.
Voyez encore adosser : « mettre & dos, renverser sur le dos, en général renverser, jeter par terre, faire tomber. — Poursuivre (liiei ; preijer quelqu'un par derrière). — Appuyer, garnir, tapisser. — Abandonner, quitter, jeter. — Adossé, placé derrière le doi, — Protégé, mis à couvert par. o Queh rapports entre ces divers sens? Ils réduisent tous cependant ù quelques sens simples : renverser aurlodoi d'où par extension abattre; appuyer sur lo dos, d'où appuyer; touri le dos, d'où abandonner, et, par extension, d'un cAté, jeter derrière 1» dos; de l'a'itro presser de près quelqu'un qui fuit, tourne le dos.
Il y a dans toute cette partie du dictionnaire un défaut de rigueur qui sera vivement senti par les lecteurs. Reconnaissons toutefois que pour nombre de significations de détail, les définitions sont données avec netteté et témoignent d'une connaissance réelle do la langue.
Nous arrivons maintenant aux exemples. Avec le malériel des mots, les exemples forment la partie la plus riche, la plus neuve du dictionnaire. On ne se lasse p.is d'admirer la ricliesso do la lecture, l'abondance inouïe des citations. Pour tel mot rare oU les plus habiles et les pli compétents auraient à peine fourni un ou deux exemples, M. Godefi en apporte les mains pleines et les sème avec une véritable profusii Les éloges que nous donnons plus haut & la nomenclature, nous o'avoi qu'à les répéter textuellement pour les exemples. Ceux-ci, dans leur variété infinie, font passer sous nos yeux, sinon complète, du moins dans une grande partie de son étendue, l'immense littérature du moyen âge, publiée ou inédite. C'est 1:1 qu'on peut vraiment mesurer à quai labeur long et acharné l'auteur du dictionnaire a àù se livrer.
Cependant, puisque nous devons faire notre devoir de critique jusqu'au bout, il faut avouer cjue cotte rielioise devient quelquefois
encombrante. Nous avons déjà, fait pressentir notre avis sur ce point dans les premières pages de cet article. Les exemples doivent servir à élucider ou à établir le sensd*un mot. Deux ou trois exemples bien nets pour un sens doivent évidemment suffire. M. Godefroy ne se contente pas de cela, et ne pouvant se résigner à faire un choix dans sa récolte, il la donne tout entière. Un ou doux spécimens suffiront. Soit ahateis^ c'està-dire abattis, M. Godefroy définit : action d'abattre, do renverser, qu'il s'agisse de choses ou de personnes (définition qui, par parenthèse, n'est pas tout à fait juste, car abateis désigne aussi bien, dans la plupart des exemples cités, la réunion d'un certain nombre de personnes, de choses abattues que l'action d abattre.) Après quoi il donne un exemple tiré de Garin Je Loherai/i :
La veissiez un grant abateis
De gens navres, de mors et do malmis.
suivi de deux ou trois variantes du mémo texte d'après des manuscrits de Paris et de Montpellier : La veissiez un fier abateis^ ou moult grant abateis^ ou ./. abateis grant. Viennent ensuite des exemples presqu'identiques : La veissiez un abateis fier [Coronement Loogs), La veissiez estor et fort abateis (Parise lu Duchesse) et d'autres exemples à'Athis, àe Fierabras^ de Parise, qui ne nous apprennent rien de nouveau. Est-ce tout? Nullement. Car voici venir les exemples en prose : abategs de Turcs (Continuation de G. do Tyr), abateis de tabernacles et de logeis (Bersuire), abattis d'hommes (Wavriii), abateis des loges (Froissart), ^m/î/ abateis^ abatis (id.). Nous n'en avons pas encore fini. Voici maintenant le second sens do M. Godefroy : chose abattue, renversée, monceau de cadavres, pour lequel l'auteur donne trois exemples, sans parler d'un troisième sens (fort problématique) d*abateis^ taillis, bois fraîchement taillé, qui se trouve dans deux vers de Oarin et de La Mort de Oarin.
Arrement (atramentum) a trente-trois exemples au seul sons d'encre.
Franchement, n'y a t-il pas ici abus? M. Godefroy aurait pu épargner une place qui eût été plus utilement employée. C'est qu'il no peut se résigner à garder pour lui un seul des exemples qu'il a réunis ; ils l'ont intéressé, chacun d'eux a son prix à ses yeux, et il croit de son devoir d'en faire profiter le lecteur. Un peu de discernement était ici à recommander.
Ce n'est pas seulement l'abondance stérile des exemples qu'il faut blâmer. Souvent ils sont beaucoup trop longs et occupent inutilement de la place. Tels exemples qui pourraient so réduire à doux ou trois lignes s'étendent sur huit, dix, quinze, vingt et quelquefois trente lignes. Pour actionnemnit, action judiciaire, M. Godefroy a cet exemple: (c Que les lettres d'actionnement en cas d'appel qui seront
prosontcos a mondit seigneur le chancelier ou a messieurs des requestes ordinaires de l'hostel, touchant le fait de ladite vente et du trésor, et les dépendances qui toucheront le domaine dudit seigneur ou les finances extraordinaires no soient passées no scellées sinon que la clause qui s'ensujt y soit au long déclarée. » Ne pourrait-on pas remplacer par quelques points do suspension toute cette longue incise depuis qui seront presrnleos, etc., i\.is({u''\ finances extraordinaires ^ qui n*éclaire en aucune manière le sens propre iVadio?inement ?
Los exemples doivent cHre choisis avec scrupulO; et se suivre dans Tordre des sons des mots. Au verbe aminer, lexemple qui donne le sens primitif {aminer nn mur) vient le troisième, après deux autres vagues. — Baucent veut dire, à ce qu'il semble, cheval dont le pelage, do quoique couleur qu'il soit, est marqué détaches, sans doute de tacher blanches M. (lodefrov traduit vaguement cheval tacheté, pie. C'était le cas do ronvoyor à une bonne dissertation do M. Boehmer (Rom. Studien, I, 260) que nous recommandons à M. Godefroy pour les autres noms do couleurs do chevaux. Il y trouverait des exemples intéressants qu'il ne cito pas, comme celui iV Alexandre : Les eosié^ a hatuens et fauve le crépon. Parmi ceux qu*il cite, le premier à donner était celui (\'Etie de S, G item : La teste fut hauchinde et tuit U quatre piet, M. (îoilofroy lo place après neuf exemples sans portée : destrier haUent et sor ; chrvat hatcent d'Espaijne ; cheval hauzant gascon \ un (cheval) sor^ vn noir et un ttaurent ; un noir palefroi baucent^ etc. M. Godefroy, en général, n'a pas apporté plus de rigueur et de précision dans le classemont dosoxemplos (pio dans celui des sens.
Do nu^mo pour les formes grammaticales. Ainsi dans les verbes, les exemples doivent étro choisis pour faire paraître sous nos yeux les variétés do formes qui alfootent les conjugaisons un peu difficiles. Fronoz les verbes aidier^ araisnier, aparler^ et autres de ce genre : les exemples du promior sons, du sens propre, doivent déjà nous donner le tableau i\ pou près complet do la conjugaison, et Ton doit pouvoir suivre dans les citations la succession des formes diverses qu'amènent les déplacements do l'accent. Cotte règle non plus n'a pas été rigoureusement suivie par M. Godefroy, qui classe au hasard les exemples, sans se préoccuper assez des renseignements qu'ils peuvent apporter à l'histoire de la langue * .
Cet oubli dos (piestions grammaticales se montre encore d'autre manière. A l'article altain, M. Godefroy cite un exemple où altain est précédé d'une // manifestement aspirée [unefes'e hautainne), un autre
' [\ notre avis, les exemples du diotionnoirc ne doivent être choisis et donnés is fxUnso qu*au point do vue du sens des mots. Les formes variées de U déclinaison et de la conju^ison peuvent être réunies en tCte do l'article, avec simple renvoi aux sources. Au fond, elles appartiennent à la grammaire. — H^d,]
OÙ, même écrit sans A, il n'admet pas Télision [Karics les voit de sa saule autaigné) , plusieurs enfin où altaiii admet rclision [Tresquen la mer cunquisl la terre altaigne^ Roland, 3, etc.). En outre, il cite deux fragments d'exemples, découpés de telle manière qu'il est impossible de savoir si derrière Torthographo altaiiiy il faut admettre une prononciation altain ou haltciin. L'un d'eux est frappant : une pierre autainne {Gat/clon, 1929) ; il semble qu'il faille lire hautaine ; point du tout : le vers complet est : El puis porter sor une pierre autainne, — M. Godefroj, qui supprime alcun, aucun, donne alcunui, parce que celte forme a disparu ; mais il no dit pas que alcunui ne se présente jamais que comme complément indirect.
Après ces observations générales, nous avons à aborder quelques questions particulières, et d'abord le système graphique adopté dans la publication des exemples.
Nous ne pouvons aborder ici la discussion générale du meilleur système de reproduction à suivre dans l'impression des textes du moyen âge. C'est une question sur laquelle les sentiments peuvent varier ; il faut surtout remarquer que, suivant le but qu'on se propose, telle ou telle méthode est indiquée. Une édition diplomatique peut être bonne en certains cas ; l'emploi le plus abondant des signes diacritiques peut dtre utile dans certains autres. Nous n'avons ici à nous occuper que du cas spécial d*un dictionnaire. L'auteur d'un dictionnaire, prenant ses exemples dans des manuscrits et dans des éditions conçues d'après des systèmes différents, a le choix entre deux manières de faire : ou reproduire chaque passage tel qu'il le trouve dans sa source immédiate, ou adopter un système général qu'il applique à tout. La première manière amènerait une insupportable bigarrure ; la seconde est plus raisonnable : c'est celle qu'a suivie M. Godefroy. Nous l'approuvons également d'avoir fait des signes diacritiques un emploi très restreint : ils peuvent être introduits avec une certaine sûreté dans un texte spécial dont l'éditeur a déterminé la date et la provenance ; ils no pouvaient être appliqués à des citations qui vont du ix* siècle au xvio. Le seul que l'auteur du dictionnaire ait admis (outre la distinction de u et r, tet J) S c'est l'accent aigu sur Ve final accentué ; cela peut en effet se soutenir, mais ce qui est fort peu logique, c'est de ne pas mettre l'accent sur ce même e final, quand il est suivi d's : toutes les raisons qui conseillent d'imprimer bonté, chanté, dé, engagent également à imprimer bontés, chuntés, dés. Nous pourrions faire plus de réserves sur l'emploi de l'apostrophe. La ponctuation était indispensable plus qu'ailleurs dans ces petits morceaux fragmentaires où le contexte général n'aide
* [A notre avis, la disliuciion de e ei ç, g et ^, est aussi utile et en général aussi Elire que celles-là. Sur d'autres points encore nous croyons que M. G. aurait pu faire plut. — lUd.]
pas rintelligence ; celle de M. Godefroy est bien conçue, mais, dans Texôcution, laisse souvent à désirer.
Comment M. Godefroy a-t-il reproduit matériellement les textes qu'il cite? Généralement, semble-t-il, avec assez de soin. Il se rencontre cependant, dans la masse énorme de ses exemples, beaucoap d'inexactitudes, soit que M. Godefroy ait admis sans le corriger un texte manuscrit ou imprimé défectueux, soit qu'il se soit trompé daa3 la reproduction d'un texte exact. Quelques-unes des fautes que nous signalons doivent être aussi attribuées à l'imprimeur.
a : page 3, col. 2, n. 3 : a «a voix grande halte, lire grande halte, — a : page 6, col. 1, ligne 6 : Kel dis pas. . . , lire di. — aai^e : a celsçuil^ trouvent demandeirent Ou ert dans ahes, s'ert en aiese; lire il et aise\ cet exemple no doit pas figurer a aaise. — aatie : premier exemple qi/il on tourné ; lire ont, — Ibid., avant-dernier exemple : en cel ost. . . harëef lire celé, — ahondos : [règne) E riche e bêle et d^litahle E plenleif ^ ahundos (Benoît). Pourquoi laisser S^fe? — abonné : devniev exemple, ffes Hue Cluipet endementres, Qui d'Orliens ient la ducheé^ Fist tant..* quilfu, etc. (Guiart, Roy. lign.) Que veut dire ce Hesf il estsan^ doute pour Mes. — abosmer, page 29, fin de la colonne 2 : Co^nme cm^ qui paour abonne (Guiart, Roy. lign.), lire que ou cui. — abraser, 1, fin : de smaragde et sardoine ; sans doute et de sardoine. — abrivé, ex. d^ Brun de la Montagne, changer sir en sire. — ach^smes, ex. de LeMairo do Belges, p. 48, col. 3, en haut, ^^5 peu heureux femmes, lire heurennes. — acop^ dernier mot do la col. 1, is, lire si. — adesirer : pourquoi laisser l'abréviation Gue, c'est-à-dire Ouenes, au milieu du vers?
— aderalir : espauJcs qi point nencraiçoient, lire encrucoient (variantes: encrucquoienty encruncoient). — adevinal: ex. de Cléomades : car il nest hlans, etc., lire crt. Dans Texemple de Froissart (Scheler, I, 93), mettre des points après le second vers pour indiquer la suppression do deux vers. — adirer : lire ert pour est dans l'exemple du Besant de Dieu.
— Un peu plus loin, au bas do la colonne, qu a va y e jJcr du et attirée, lire avoy. — Peut-on laisser les vers faux qui terminent les colonnes 1 et 2 do la page 107 (art. adomesgir et adonc] ? — adonner, ex. du Roman des Fies : mettre deux points après regarde [\evs 2j, et le reste jusqu'à porre entre guillemets, ou séparer ee 7i adonne ; autrement cette longue citation est inintelligible. — adosser, 2° exemple en vers, vers 2 faux. — aenie: eisi, lire et si. — Ibid., Or m'en merveille dont vos est 2)ris C/us maus. . ., lire rnerveil. — aentrcr : Set cl que l'ait? parfoi^ele non ; lire cl non. — aerdre : Ke voloit le tanz 2)erde ; lire perdre.^ ahucier, fausse leçon, vers faux ; lire hurier. — ainz^ page 192, col. 2.' Kc sa hunlc ne quier, aînz sa grant honur (Garnier de P.-Ste-Max.)r vers faux, lire ainz voit. — aie, 2, premier exemple : tefe, lire tele. — — alongir : Ramediem^ lire Damedieus, — amie : tolue, lire toln. — aparer —
fillette,.. VeuU eslre aujoiiriThui mariée Et a ung masle appàree ; lire appariée. — aterminer^ p. 474, col. 1, ligne 2: vers faux, lire corne, aventurelle : le vers 2 de l'exemple est inintelligible dans sa première partie. — belizor: helaviet corps, lire avret. — etc. etc.
Ces fautes sont relevées au hasard dans le dictionnaire, plus particulièrement dans les premières feuilles ; elles sont un peu trop nombreuses. M. Godefroy fera bien de veiller avec soin à la correction des textes, et de les faire vérifier à plusieurs reprises ; il serait tout à fait fâcheux que des fautes et des négligences de ce genre missent le lecteur en défiance, et enlevassent à ses citations Tautorité qu'elles méritent en général.
M. Godefroj cite volontiers ces exemples d'après les manuscrits, en indiquant les folios : cela est bien quand les ouvrages ne sont pas imprimés ; mais s'ils sont publiés, il vaut mieux faire les citations d'après les éditions en indiquant la page et les vers ; car on permet au lec teur de vérifier l'exemple, d'étudier le contexte et de préciser ainsi la signification. M. Godefroy ne suit pas assez strictement cette règle. Ainsi il cite généralement le Ronian de la Rose d'après les manuscrits de Paris et de Rome (manuscrits Corsini, du Vatican, etc.). Pourquoi ne pas citer simplement d'après Méon? A aaisier, ex. de Itx'Rose d'après le manuscrit Corsini, folio 18 ; lisez Méon, 2489-90 ; à acor^ dance, ex. d'après le manuscrit Corsini et le manuscrit Vat. Ott. 1212 ; lisez Méon, 485-6. Dans certains cas, il est intéressant de rappeler les variantes, par exemple à aconsivre: La nature naconsurront, Rose, Vat. Ott. 1226; acomuiront., ibid. Vat. Chr. 1522, 104 a ; aconsieura Vat. Chr. 1858, 138 h. Le lecteur serait pourtant aise do trouver un renvoi à Méon : Mais pour baiserle, pourquoi ne pas citer tout bonnement les deux vers de Méon: Et lor donront si gr ans calées De baiseri^s, d'acolees (11676-'77)? et à quoi bon donner après la citation du manuscrit de la Bibliothèque nationale 15*73, folio 92 a, qui porte beseries, les variantes De boiseries, d'acolees (Vat. Chr. 1522, folio TO d]. De ba y séries {ibid. Corsini, 73 c). De baseries {ibid. Vat. Chr. 1858, 93 c) ? Un peu plus loin, il j a un article à part pour la variante besir : Ele ot la bocliepetiteste Et por besir son ami preste, variante citée d'après le manuscrit de Lausanne. On serait bien aise de voir un renvoi au texte de Méon : Et por BAisiBR son ami preste (vers 855), et de s'assurer que la leçon iaisir ou besir n'est due qu'à une faute de copiste. 11 est vrai qu'en ce cas particulier, M. Godefroy n'a pas même le droit de citer la vraie forme baisier ; car, de par le plan qu'il s'est imposé, baisier s'étant maintenu dans la langue moderne sous la forme baiser, n'a pas le droit de cité dans le présent dictionnaire. Bizarre conséquence do la méthode suivie, qui exclut la forme française, et consacre, par un article spécial, une faute de copiste.
208 ÉTUDES FBAKÇAISEg
Nous pourrions relever nombre do citations de ce genre : il n'est guère [!o [lage du dicliounairo qui ne noua offre un exemple. Nous nous bornerons à quelques faits. A//é: i-lre m nhé ih, àésirer nrdemmeat; csemplo du Vrni anel, d'après Richelieu, 25560, folio 226, verso ; pourquoi ne pas citer d'après le (exto de Toblev, p. 15, v. 365- 7, que M. Godefroy a eu certainement sous les jeusî car, comnie Tobler, il cite à l'appui de cette expression le même exemple de Jean de Condâ (édition Scholer, II, 255, v. 59 ; il le cite inexactement d'ailleurs, et avec une faute de renvoi).
AaitifT : Qui me baisiisl Entre ses hras el m'aaisast [De Jotighl,
Richelieu, 1*'Ti, foiio 116 d). Il serait plus simple de lire, Montaiglon et Rajnaud, Fabliaux, IV, p. 117, v. 174-175. — Ne se pooirnl anisitr Ne dacokr ne de baisUr (Du vair paJifroi, Iticbelieu, 837, folio 349 c]. Citez également Héon, I, 171, et Montaiglon, I, 31.
Aemplîr : ÂempUssons la i>rophecie (Gerv., Best.. Brit, Mus. Add. 15606, folio 87). Citez simplement d'après le texte publié par M. Paul Meyer, Romania, I, p. 428, v. 174.
Agailier : pechié Qui me ciiide avoir ngiuiU [La Houee parlîé, Riclieliûu, 837, 1516). Voili un texte qui a été publié plusieurs fois par Méon, par Uaynouard, dans Legrand d'Aussy, par Bartsch, par Montaiglon ; il était bien facile de renvoyer à une de ces éditions.
Ahodiier: Men son soupelij ahocha A tmpel {Esliila, Richelieu, 837, folio 228) ; mettez Barbazan, III ; Méon, III, 397 ; Montaiglon et Raynaud,lV,91.
La page qui suit cet article est typique. J'y vois successivement l'arlicle ahoffe avec des citations de trois manuscrits du Sntl do Waco, sans aucun renvoi au texte do Le Roux de Lincy, II, p. 150, vers 2; l'article nhoiiir, avec un exemple du Court ifanlel, d'après le manuHcrit de la Bibliothèque nationale 1593, folio 114; renvoyer à Fp, Michel dans F, Wolf, Ueher die Lais, ou â Montaiglon et Itaynaud, III, 13, V. 387, variante ; ahonlai/ier, avec trois citations de li Eûxr, d'aprèi les manuscrits quo noui avons vus plus haut, une citation du dit do Leeast, d'après Vat. Chr. , 1519, 37 n i on pouvait renvoyer au texte publié par Keller, Romvart ; ahonttr, avec des citations de la Ro»f, du Coitteitl dou monde, de Gace de la Digne, de Cbai'lei d'Orléans, de Lohtraine, d'après les manuscrits, alors quo tous ces textes sont publiés.
Je viens de citer le Jlomvarl de Keller ; il est à remarquer que nombre de passages indiqués comme cit^s d'après les manuscrils du Vatican, font partie d'extraits publiés par Keller dans le lionivnrl, préoiaémenl d'après ces mêmes manuserita. A Adevaler, je vois un exenpl* avec celle indication : Ane. pois. Jraiiç., Vat. Christ. 1490, f' 132 v*i le passage est pris â Keller : qui reconnaîtrait derrière cette cïtatioi et cet extrait d'un manuscrit de Christine de Suède deux vers d'Adam
de la Halle, deux vers du Jeu de la Feuillée ? N*y a-t-ilpaslà de quoi dérouter le lecteur ? Pourquoi ne pas renvoyer tout bonnement au Romvartf Quelquefois M. Godefroy indique à la fois l'édition et les manuscrits. J'ai en ce moment le dictionnaire ouvert à la page 320, et je vois à l'art, aparenl adj. six exemples consécutifs tirés du Froissart de M. Luco : le l^'* sans autre indication ; le 2*^ avec la note : manuscrit Amiens fol. 27 y^ ; le 3« avec la note : manuscrit Rome ; le 4® avec la note : manuscrit Rome fol. 94 ; le 5® sans indication ; lo 6® avec la note : manuscrit Amiens, A quoi servent ces additions ? A indiquer que M. Godefroy s'est donné la peine de vérifier ces leçons sur les manuscrits ? Pourquoi alors le folio n'est-ii pas indiqué aux n°' 3 et 6, qui reportent à des manuscrits? N'est-ce pas plutôt que M. Godefroy a pris ces indications dans le texte mémo do M. Luco ?
Je ne nie pas que dans quelques cas M. Godefroy n'ait dépouillé do3 manuscrits qui ont été publiés plus tard. Ses premières recherches remontent à 1845 ou 1850 ; et dans la rédaction définitive du dictionnaire, il a conservé pour les exemples tirés de ces manuscrits l'indication des sources telle qu'il lavait donnée à l'origine ; cela est fort légitime. Mais dans d'autres cas comme dans certains des exemples cités plus haut, la publication des textes était antérieure à ses recherches, et dans d'autres certainement il n'a connu les manuscrits que par les éditions. 11 faut bien avouer qu'au fond de tout cola il y a un secret désir de paraître avoir consulté beaucoup plus de manuscrits qu'il n'en a été vu. Cependant M. Godefroy est assez riche de son propre fonds, et son dictionnaire met en circulation assez de documents inédits pour que le simple tableau et l'exposé exact de ses recherches personnelles dans les manuscrits lui fasse le plus grand honneur. Quand il cite d'après des textes imprimés, qu'il indique donc simplement l'édition, en donnant au lecteur les moyens de contrôler ses citations.
J'ai voulu quelquefois, dans ces derniers cas, vérifier les exemples, et j'ai trouvé les indications en défaut. Page 6, col. 1, sus la teste a tranchier^ ex. de Cuvelier, Du Onesclin^ 1, 217 ; sus a jierJre h cors (id., ibid.) ; je n'ai pas trouvé les exemples aux pages indiquées ; aaisier^ Percevais manuscrit Mons. p. 132, Potvin. Je ne vois rien de pareil à la page 132 de l'étude do Potvin sur lo manuscrit de Mons (bibliogr. de Chrestien de Troyes) ni de son édition du Perceval\ — adesirer [Dolopatos, 9534), renvoi inexact ; — aplaigniery Rose, Méon, 697, lire 6970 ; — adelir^ et ailleurs, renvois à Benoit, Chronique ; confusion constante quant à la tomaison ; — udevaler, Percevais manuscrit Berne, 106 c (et de même en plusieurs endroits) ; indication insuffisante. Quel est le manuscrit indiqué, le manuscrit 113 ou le manuscrit 154 ? Tous les deux contiennent un PercevaL
210 ÉTUDES YRJLSÇAISES
Quand M. Godefiroy cite des exemples en vers d après les éditions, il renvoie généralement an premier vers de la citation. Aas^ dans un exemple de Guillaume de Palerne, est renvoyé au vers 5d07 de l'édition de Michelant ; la citation a treize vers et le mot aas se trouve seulement au vers 7 de la citation, c'est-à-dire au vers 5612. Ainsi encore à adauffier, le lecteur est renvoyé au vers 1419, lisez 1421, des Set d&rmans de Chardry 'éd. Koch) ; afaitetnent, i Wace, Brui^ 2705, L. de Lincy », lire 2706 ; c Rou, 2919, Andresen ». lire 2920 ; afaiiié, « Benoît, Ducs de Xormandie, II, 10843 » lire 10845 ; fl/i, c Mousket, chronique, 30183, Reiff. », lire 30188 ; apaint, c Doiopaios, 12670 », lire 12674. Ce système, qui manque de rigueur, n'est pas sans présenter des inconvénients. Le renvoi doit indiquer soit les numéros du premier et du dernier vers cité, soit le numéro du vers contenant le mot pour lequel est cité l'exemple.
Une dernière observation sur ce point. Pour un certain nombre d'exemples, on voudrait une indication plus précise de l'époque à laquelle ils appartiennent. 11 ne faut pas oublier que les exemples s'étendent sur une durée de six siècles, et plus d'un texte, surtout des textes anonymes, sont assez peu connus pour que le lecteur ignore absolument à quelle époque les rapporter. De quelle époque est le Kalend. des herg, cité à alongir ? le fragment du CarMaire de la Frairie de la Halle des dras de Valenciennes cité à ajuchit? eio. U y a là une lacuno que je signale à l'attention de M. Godefroy.
Arrivé à la fin de ce compte- rendu, trop long pour le lecteur, trop court pour la matière (car bien des observations de détail ont dû être écartées), nous terminons en émettant le vœu que M. Godefroy poursuive courageusement son œuvre, en la perfectionnant, mais sans la ralentir. Il est de Tintért^t de ces études qui nous sont si chères que le monument élevé par M. Godefroy à la langue nationale soit le plus tôt possible achevé. Le DicUonnaire de V ancienne langue française parait sous le patronage du ministère de l'instruction publique ; celui-ci tiendra à honneur do voir mener à bonne un une œuvre aussi vaste et d'un intérêt aussi général.
(Remania, vol. X, 1881, 420-439.)
Dictionnaire historiqae de l'ancien langage françois ou glossaire de la langue française, depuis son origîDo jusqu*au sièclo do Louis XIV, par Lacurno de Sainlc-Palaye, publié par les soins do L. Favrb. Paris et Niort. Dix volumes iQ-4^ 1875-1882.
Malgré les vives critiques dont il la vit accueillir au début, M. L. Favre, sans se laisser déconcerter, a mené courageusement à bonne fin sa hardie entreprise. Chaque année a vu régulièrement se succéder un ou deux volumes et sept années ont suffi à achever Tœuvre. M. Favro a eu confiance dans le succès et il a eu raison.
Parmi les amateurs de Tancienne langue, il n*en est point un seul assurément qui se fasse illusion sur la valeur réelle de l'œuvre de Sainte- Palaye. Sainte-Palaje eût- il mis la dernière main au dictionnaire qu*il préparait pour l'impression, lui eùt-il donné toute la perfection dont la science de son temps eût été capable, qu'il n'aurait fait qu'une œuvre très imparfaite, puisqu'il ne pouvait utiliser les textes manuscrits do l'ancienne langue et que les documents dont il disposait étaient d'une valeur en général fort médiocre. Tout lettré un peu au courant de notre vieille langue et de notre vieille littérature sait donc à quoi s'en tenir sur les imperfections notables de l'œuvre. Et cependant M. Favre a réussi dans son entreprise et l'édition, croyons-nous, n'est pas loin d'être épuisée.
D'où vient cette contradiction apparente? Elle s'explique bien simplement, par le besoin pressant qu'on a de documents lexicologiques : le dictionnaire de Godefroy, si légèrement composé et si imparfait qu'il soit, répond cependant à tant de besoins que son succès est partout assuré. Ce dictionnaire ne donne que ce qui est mort dans la langue ci, par suite, est sans explication sur les origines des usages lexicologiquei actuels. Le dictionnaire de Lacurne, lui, tout incomplet qu'il est, donne du moins des mots qui ont continué de vivre dans la langue moderne,
aussi bien que des mots qui ont disparu. Sur le xv« et le xvi« siècl^^^ , il peut encore offrir des renseignements qu'on ne trouve pas ailleurs.
Littrô eu a tiré un grand parti dans la partie historique de son BO dictionnaire : il n'en a pourtant pas tiré tout le parti possible et bien ^zMes trouvailles y sont encore à faire. Je ne citerai qu'un exemple : Lit^t^K^é, au mot pisto?i, donne les explications suivantes :
« 1® Organe mécanique, en forme de cylindre très court remplissa- ^^ » exactement une certaine portion de la capacité d'un tube dans leqtx -^^ » il exécute un mouvement de va-et-vient ; 2" Partie mobile qui » dans le cylindre de la machine à vapeur ; 3® Petits boutons qui se- » vent à ouvrir une boîte en les pressant du pouce ; 4** Fusil à pist^"""^^^ » (suit l'explication de l'expression); 5*» Cornet à piston (suit l'explk » tion de l'expression) ; 6'* Terme de fontainier, pièce mouvante d'ui » soupape do fond : piston de garde-robe. » — Pr.s d'historique. Etj mologie : « Italien peslone, de ])esfare^ fouler, frapper. »
En parcourant cette série de significations, on ne voit là qu'une suit::::^^^ de sens spéciaux dérivés d'un sens primitif qui manque. D'ailleurs ntC^^^' lien pestone signifie proprement j;*7(?/t : et il n'est pas vraisemblable qu ^ le premier sens donné dans Littré (pièce mouvante d'un cyhndr^^) dérive directement, par emprunt, du sens de pilon qu'a l'italien.
Ouvrons Lacurne et nous y lirons : a Fiston^ pilon. » Suit un exenu pie do Rabelais où on lit fourgons, tenailîeSy mortiers, pistons, etc. Lsens du mot au xvi« siècle était donc pi/on. De là sortent tous les sen spéciaux que Littré donne un à un et la filiation des significations es parfaitement établie.
Mémo après ce qu'en a tiré Littré, Lacurne offre encore des ressources notables : c'est une œuvre bien inférieure à ce que pourraien exiger les érudits les plu 5 indulgents ; mais notre pauvreté en dictionnaires de la vieille langue est si grande, nous souffrons, si je puis dii ainsi, d'une telle misère lexicologique, que le Lacurne peut encore éti fort utile. Et il faut remercier son courageux éditeur d'avoir osé metti entre les mains du grand public l'amas de matériaux bruts et souveninformes amassés par Lacurne et qui dormaient au fond de nos grande bibliothèques.
[Eevue critique, 1884, n* 46.)
'£p{iT}ve(S{jLaTQt (Ka\) Ka6T){upiv:^ 6\iCk(tt de Julius Pollux, publics pour la prc~ miëre fois d*après les manuscrils de Montpellier et de Paris, par A. Boucherie, professeur au lycée de Montpellier. Un vol. in-4", 33U p. Paris, Imprimerie nationale, 1872. (Extrait du tome XXIII, 2° parlic, des Notices et Extraits des Manuscrits de la Uibliothëque nationale et autres bibliothèques).
Le manuscrit 3049 do la Bibliothèque nationale renferme (fol. 80 v®- 115 v**) un petit opuscule qui, par le sujet qu*il traite, rappelle assez bien nos guides de conversation. C'est un double recueil de phrases latines et grecques à Tusage des personnes qui, connaissant Tune do ces langues, voulaient s'exercer dans Tautre. L'ouvrage, dont la copie a été exécutée au commencement du x\i° siècle par Hermonyme de Sparte, est intitulé no^uSsOxouç irep\ xaer.^iepivT.ç ôpit^faç, Polhicis de quoHdiana locutione, et rien n*erapéche de voir dans ce Pollux l'auteur de rovotisoTixèv, Julius Pollux, précepteur de l'empereur Commode. Cette a conversation journalière » commence par uno préface annonçant le but de l'auteur et le plan do l'ouvrage qui doit contenir 3 livres (fol. 80-85). Suivent, sous forme de petits dialogues, les descriptions de l'emploi de la journée d'un enfant et do celle d'un homme. Emploi de la journée d'un enfant : toilette du matin, arrivée à l'école, exercices scolaires jusqu'à midi, collation à la maison, retour à l'école (fol. 85-93). Emploi de la journée d'un homme ; rencontre de deux amis dont l'un a affaire au tribunal du préteur et se fait assister par l'autre (93-100) ; visite de deux personnes à un ami malade (100-102) ; promenade au marché et préparation d'un dîner (102-107) ; séance à la salle de bains (107-110) ; dîner (110-114) ; coucher (114-115).
La Bibliothèque de l'Ecolo de médecine da Montpellier possède un manuscrit (n® 306), du ix» siècle, intitulé 'Epiir^veuiiaTa, Interpretamenta^ renfermant un texte grec et latin comme le manuscrit de Paris avec
lequel il offre certains rapports. Il commence par une introduction q^^ est la reproduction à peu près littérale du début de celle qui ouvre la ut* ô|uX., ot qui, comme celle-ci, annonce trois livres, dont deux seulemea^ sont donnés. Le premier de ces deux livres contient une série de petite dialogues dans le genre du manuscrit de Paris, mais bien plus nombrea'^ d'un côté et beaucoup moins développés de l'autre (fol. 139 v*-146^)- M. Boucherie, qui a eu soin de leur donner des numéros d'ordre, $t^ compte vingt-cinq, qu'il analyse ainsi : a Emploi delajournéeàRom^'s » visites en ville et hors de ville, entretiens avec des amis, déjeûnec*-» » promenade au marché, affaires, séance à la salle de bains, dinev^i D coucher. » Le deuxième contient une série de plus de 3,000 noim- ^ groupés on 44 sections, à la manière des glossaires du mojen Age, o les mots sont classés dans un ordre plus ou moins logique, d'après nature des objets.
Tels sont les deux textes que M. Boucherie a eu l'heureuse inspinu— tion do publier, et qu'il nous donne réunis sous le titre commun de 'Ep|u^ vtûjiaTai ^xai' xaer.iiîpivt 6|xiX(ai de Julius Polîux. Cette publication est d la plus haute importance pour la philologie grecque et latine, et ell soulève diverses questions qui méritent d'être examinées de près.
La première est celle qui est relative à l'auteur des Inierpreiammk^^ ^ M. Boucherie n'hésite pas à voir dans ce livre le même ouvrage quel Quoiidiana locuiio de Pollux, et par conséquent à inscrire ces den variantes d'une œuvre unique sous le nom de Julius Pollux. c Les'] » vcû(jiaTa du manuscrit 306 de Montpellier et la Ka0i)(&epiv4 b^ùJk d » manuscrit 3049 de Paris ne sont que des copies ou des éditions d » mémo ouvrage ; lauteur est indiqué par le manuscrit de Paris; riei w ne s'oppose î\ celte désignation ; tout au contraire y concorde, et » chronologie et eo (jue l'on connaît des travaux, de la profession, de » qualités et des défauts de Pollux » (p. 18). Cette conclusion peuté exacte pour l'identilication de Pollux du manuscrit de Paris avec J Pollux : mais a-t-on le droit d'identifier les Inierpretamenia avec 1 Quotidiitiia Jonitio ? Il est permis d'en douter.
;M. Boucherie s'appuie sur la reproduction de la préface du manuscri de Paris ((luo j'appellerai Pj dans le manuscrit de Montpellier (ou M)e sur une certaine ressemblance dans l'exposition et le développement des^sujets qui oblige d'admettre unité de composition. Mais les différences l'emportent de beaucoup sur les ressemblances et, à bien examineriez^ deux ouvrages, on se voit forcé de les séparer. P contient cinq ou si sujets traités avec des développements relativement étendus, présentan une suite et formant chacun un petit tableau ou un petit récit asse complot en son genre. Quelque banal que puisse être le sujet, bien qu ne faille pas s'attendre à y trouver de l'originalité et de l'art, cepend on ne peut s'empêcher do remaniuer que la lecture de P est bien pi
•AjÇSS
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intéressante, et que la rédaction dénote une main plus exercée que celle de M; et c'est là un trait qui confirme, pour moi, Tidentiflcation du PoUux de ce manuscrit avec Julius Pollux. On no peut pas en dire autant de M où le plus souvent les sujets traités aussi brièvement que possible se suivent au hasard.
D'ailleurs les sujets traités ne sont pas les mêmes. P commence par l'emploi de la journée de l'enfant; toute cette partie manque dans M. P nous montre ensuite un dcminus rencontrant son ami Gains qui, ayant affaire au tribunal, le prie de l'assister. Le dialogue se développe sur huit pages du manuscrit (93-101). Voici ce qui y correspond dans M. Un esclave apporte à Licinius une lettre de Gains l'invitant à l'assister au tribunal. Licinius s'habille (ceci manque naturellement dans P) et part. Puis la scène change : on se trouve chez un professeur d'éloquence; cinq lignes plus loin, on demande l'adresse d'un ami; puis monté sur des mules, on part avec un soldat à Tibur. L'on arrive chez d'autres amis : salutations générales; vient enfin un petit paragraphe qui semble la conclusion du premier : « Puisque nous avons gagné, dînons ensemble. » Jusqu'ici assurément il est impossible d'établir la moindre ressemblance entre les deux textes. Après le procès, P donne le récit d'une visite chez un ami commun Lucius, malade, mais qui, au rapport de l'esclave, est descendu au jardin ; cette visite manque dans M. Scène nouvelle dans P : invitation à déjeuner, course au marché pour les préparatifs de ce déjeuner : là encore M se sépare de P, car s'il nous conduit chez un marchand, c'est chez un marchand fripier, et ce sont des vêtements dont il est fait acquisition. Enfin dans P, après le déjeuner. Gains est invité à des jeux et exercices; on va au bain ; puis arrive le dîner, et Ton se couche ensuite. Ici M présente quelque ressemblance avec P : nous y retrouvons la séance au bain, le dîner et le coucher, mais là encore l'idée seule du développement concorde, les détails diffèrent absolument.
Cette rapide comparaison suffit, je crois, à établir qu'on se trouve on présence de deux textes d'origine différente, et les légères ressemblances qu'ils présentent s'expliquent par la nature même des deux ouvrages. En dehors de la préface sur laquelle nous allons revenir, ils n'ont de commun que trois points de développement : l'affaire devant le magistrat, la séance au bain et le dîner. Or si l'on songe que le type de ces ouvrages devait être tombé dans le domaine commun, l'on conçoit que ces coïncidences étaient inévitables et que certains motifs s'imposaient nécessairement à tous les auteurs à'Interprefametita. Pour conclure des ressemblances à l'unité décomposition, il faudrait qu'elles portassent sur l'exécution, ce qui n'a pas lieu ici pour M et pour P.
M. Boucherie vient lui-même confirmer nos remarques par ses observations sur les manuscrits de Leyde et de Saint- Gall qui contien-
nent eux aussi des Iniêrprêtamenia où Ton trouve, comme dans h seconde partie de M, une série de mota latins et grecs groupés sons 38 chefs différents. Si Ion jette les jeux sur le tableau comparatif où M. Boucherie reproduit (p. 2) les titres des 38 chapitres des InUrpr^ tamenia de Lejde et de Saint-Gall et ceux des 44 chapitres de M, on voit que les 3S titres des premiers se retrouvent — moins un — dans les 44 de Tautre, et que si Tordre n*en est pas semblable, il j a des sériel de chapitres se succédant dans le même ordre (chapitres 24-31 et 34-40 de M correspondant aux chapitres 9-16 et 23-29 de Lejde et Saint- Gall). De plus si l'on se reporte aux citations données en note par M. Boucherie, il semble que les divers chapitres contiennent à peu prés les mêmes mots disposés dans le même or.lre. Les deux ouvrages présentent donc des ressemblances intimes; cependant M. Boucherie ne les croit pas suffisantes pour se permettre de les identifier. Je comprends jusqu'à un certain point ses scrupules, mais je lui demanderas pareille réserve en ce qui touche M et P '. La préface il est vrai fait difficulté. M débute par une introduction de quelques lignes qui reproduit à peu près littéralement le premier quart de la préface de P. Mais si de l'examen des deux ouvrages il ressort la nécessité absolue d'admettre deux mains différentes, l'identité de la préface suffit-elle àruioer les conclusions précédentes ? En bonne métliode, non. Les deux oa« vrages sont différents; donc la préface de l'un a été prise à l'autre, M aurait copié P; ou toutes deux ont été inspirées par un modèle commun ; ce serait une do ces phrases tombées dans le domaine public. Pour conclure et résumer mon opinion, je comparerais KaO. éjuX et les 'Ep(x. à deux recuoils de morceaux choisis de littérature portant en tète une mOme épigraphe (une page do RoUin sur l'utilité de la lecture par exemple) et çà et là se rencontrant dans la reproduction de quelques morceaux*.
1 Les Interpretamcnta do Lojde et de St-Ciall ont été publiés par Bœckiag sous le titre de Doaitheimntjistn Interpretainentonim liber rer/iK« (Bonn, 1832). Celte attribution a Dusithée repose sur cette seule raison que dans le ross. de St-Gall ils viennent une pafre après lu (grammaire de Dosithéo, séparés de celle-ci par une liste d'expressions grecques et latines et de verbes grecs et latins, par un ex/jlicit et par un blanc d*une demi' page. La preuve est plus que faible, et je partage do tout point ropioion de M. Boucherie qui les considère comme anonymes. Quant aux Interpretamenta de Montpellier, s'il les identilie, — à tort selon nous, — avec la KaO. ôp.iX. de Paris, nous serions presque icnlôs de les ratlacher au texte de Leyde et de St-Gall, tant les rapports nous poraisscnt sensibles entre M et les extraits donnés de Touvrage de Bœcking. Il est vrai (pio M. Boir.herio u'a guère eu l'occasion d^indiquer que les ressemblances, et si nous pouvions voir le texte mC-mc publié par Bœckiug, peul-êtrd serions-nous frappé du certaines diiréreuces «lont il faudrait tenir compte.
• Nous verrons plus loin une autre preuve reposant sur ce fait que Tautcur de M est un Grec s'adressant ù des Grecs, et que l'auteur de P est ou un Lalin ou un Grec établi à Home. — On ])Ourrait peut-être faire valoir contre notre hypothèse une coïncidence assez remarquable, ù savoir que M et P annoncent tous deux trois livres ; il est vrai que P n'en donne qu'un et M deux seulement ; mais les lacunes sont sans
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J'arrive maintenant à Texamen des textes. Le premier est M dont M. Boucherie donne un double texte, Tun qui est la reproduction exacte du manuscrit avec toutes ses fautes, le second — imprimé audessus de Tautre — qui en est le corrigé, ou le texte critique. Ciiacun d*eux est sur deux colonnes, la première pour le grec, la seconde pour le latin. Les corrections sont nombreuses, car le texte, œuvre d*un scribe latin qui savait- à peine lire le grec, est rempli de fautes ; ces corrections sont ingénieuses et faites surtout avec méthode. D'ailleurs M. Boucherie, à la fin de la préface, a consacré une dizaine de pages à Texamen de ces erreurs dont il demande Texplication aux ressemblances de sons et de formes (voir p. 21-32). Tout ce travail critique est remarquablement fait '.
Quant au texte, quelle en est la valeur? Une premiôre question se présente tout d'abord, question non soulevée par M. Boucherie, mais non sans importance pour l'autorité à accorder à la partie latine : des textes grecs et latins que l'on a en présence, lequel des deux est la traduction de l'autre?
Les éléments de solution ne manquent pas. Ce qui frappe tout d'abord, c'est que souvent un môme mot latin correspond à plusieurs mots grecs, comme par ex. p. 82 où on lit i^yeiwàv dux ; ax^rr{kdTri<; dux. Mais comme la réciproque est vraie aussi, qu'à la môme page on lit : Yp«|tiJLaTetç tesserarii ; ypajuiaTcTç litterati (et non litieraril ; voir Terrata)*,
doute des omissions de copistes et dans M et dans P rœu\rc primitive devait contenir trois parties. Cette coïncidence n'est pas coDcluantc ; car tous ces Interpretamenta étaient sans doute faits sur un plan uniforme, d'ailleurs très simp o. 1*' livro : phrases ; 2* livre : mots ; 3* livre : conjugaisons, formes fi^rammalicales. Il n'est pas prouvé que le ms. de Leyde contînt ou annonçât plus de trois livres, malgré ce que semble dire M. Boucherie (p. 3).
1 Une petite critique cependant. Pourquoi dans le second livre, M. Boucherie sépare-t-il chaque mot par ua point? Ce livre n'est pas compa<ié seulement de mots détachés ; souvent les noms sont accompagnés d'une ou de plusieurs épiihètes qui n'en peuvent dtre séparées.
* Ces doubles et quelquefois triples traductions sont fréquentes. En voici des exemples pour les premières pages. Nous prenons à la page î)f3, commencement de la 2* partie.
Texte grec : p. 56, 6eoi v-^ittoi (2 traductions latines) ; 67, oiijiEtpov (2) ; 72, eupo; (2), àçriXiwni; (2) ; 75, ei; t6 |i£).).ov (2) ; 76, çpîxr, (2) ; 78, CTrifiàTai (2) ; SO, ir^Trixô; (2) ; 81, jie<jiT7i; (3} ; 82, YpaiiixaTei; (2) ; 84, to^^ov (2), àyi^i; [2j. >;a)piov ^2) ; 8(3, «p^wavov (2) ; 87, à|JL7r£).o?û).a; (2) ; 89, aïyeiço; '2) ; 90, xâ).a;AO; (2) ; 91, vaô; (2) ; Upôv (2) ; 92, otéçavoi (:) ; fxàvti; (2) ; 9i, Tcjioçr.Tr,; (2) ; àyvôv (2) ; 9i». ÎTTTtoçioe; (2) ; 96, ouneveîa (2) ; 97, TÉxva (2) ; Traxr.p ,2) ; 98, OioTroir.to; i:] ; 99, r-»^^ (-1 ; 100, xoivwvo;(2). — Texte lalm : p. fiG, dii tu/eri (2 Ir. gr.); ,'17, silvantis (l) ; 57-î)S, aurora (2) ; 5S, viater magtia (2) ; 6S. sonus (2), tnrbur ['6)^ p.occlla {2j ; 63, ae>tu; (3), solittitium (2) ; 'M, ludifloralis (2) ; 72, annus (2 ; 73, meridie (2). tempus (2) ; 74, erepuseulum (2) ; 76, tumor (^2) ; 77, arbur [2) ; 78, alfja (2) ; 79, princeps (2) ; 82, dus (2) ; 83, magister tUi |:>j, pugna (1) ; 8o, saltus (2), knticula (2), fcnum grmeum (2) ; 86, suncilio (2) ; iid^popago (2), mespilum (2) ; 90, calamus (2) ; 91, sacri^ fieium (2), aitaria (2) ; 92, haruspex (2), fatidicus (2) ; 93, sors (2), augur (2) ; 96,
il n*y a rien à conclure de ce fait, sinon que Tauteur avait sous les yeux des dictionnaires grecs-latins et latins-grecs dans lesquels les mots de chacune de ces langues étaient rendus par plusieurs équivalents ou bien (au cas qu'il fût grec — ce qui est notre avis) qu'il avait une connaissance suffisante du lexique latin pour trouver plusieurs équivalents à un même mot grec.
Mais si ces variantes multiples ne prouvent rien, d'autres faits établissent sûrement que le latin a été traduit du grec, et qu'au fur et à mesure que l'auteur écrivait en colonne ses mots grecs, il en donnait la traduction littérale, sans s*inquiéter si la grammaire latine trouvait son compte dans ce calque des formes grecques.
En voici quelques exemples : P. 48. Ttjie xptaç | ex uSaToç | raxepow — praecide \ carnem \ ex aquam \ madUJxjU. Madidum au neutre, amené par Tixepov. — P. 59. Venalia (1. Venus) florifer traduisant 'AçpoStTr, dvOewx^poç; dveoyo'po; n'a qu'une terminaison pour les deux genres. — P. 60. sensum
?luman\U traduisant 6iivowv àvepojxfvr.v, — P. 64. nep\ tov Z drcép<i>v «Xavr^- Twv Kpt^^u ', 'llXloy, XcXtfvTiç, 'Apécoç, 'EpiioO, Aidiç, 'A^p^fTtjç — De Septem
stellis erraticis : Sahirsi, Sohs, Limm^ Martis, Mereurii^ Joiis^ Venons ; le traducteur avait oublié au milieu de sa phrase que de gouverne l'ablatif. — P. 13. m^Xwv yprfvoç est traduit i^bt prœieritum fempus. Le contexte force d'admettre la leçon du grec ; l'erreur est due à un autre prœferitum iempus qui se lit deux lignes plus haut. — P. 130.
xptaç I x^ipiov I uiov I tl oSato? | acp uîatoç | airrov | copiov — cametn \ SUillJM. \
porcinuM I alixvM \ exaqna \ assvM \ nudvM. Môme faute qu'à la page
40. — P. 133. o5(i)p I xatapov | xatapov | Siaiyt; | OoXspov ^*jy^^^ | y^utç^n |
OspiJLov I Csrrov — aqua \ ;?//ruM | miindvM \ perhicidvu \ iurbiduu \fri' ///V/uM I frpiduM I rnJ[i]dv\i \ fervente. Erreur semblable. — P. 145. opvsa I rsTaxai — aves vol.Ki (I). Mémo page, le/efiicopterns (omis par M. Boucherie dans les glossaires) semble une latinisation du grec «pomxdxrepoç. — Enfin, argument d'une autre nature, les deux sections du chapitre de morihus humants fp. 182-191) — l''*' sect. qualités ; 2*^, défauts)^ donne les deux séries d'épithètes dans Tordre alphabétique grec. Quand cet ordre est interrompu, remarque M. Boucherie (p. 182, n. 2), c'est presque toujours pour rapprocher des synonymes'.
sidolcs ;2), itirfs (2) ; 98, neptis (2), (/etnini (2) ; 99, uxor (3) ; \00, proeitrator (2), CH'-ator (2J, cognitor (2), dominus (2), domina {!), pater familias (2).
On voit cependant que le lalin l'emporte sur le f^rec, ce qui vient à l'appui de noire ihèse, que louleur a pensé en grec, puis traduit en lalin. — La suite présente la même proportion de douhlels,
* Pourquoi M. lioucherie corri^e-t-il la leçon du mss. en xpovou ?
* Impossible de voir là une erreur du scribe ; les sept noms n*y auraient pas passé.
* Nous n'avons pas cité une masse de petites preuves de détail, qui chacune prise 6 part, n'olFre rien de bien assuré, mais dont l'ensemble finit par porter la conviction dans l'esprit. Par ox. p. 128 : èçôfiia TcavxoôaTîâ traduits par viana omnigenus [faute
POLLUCIS DE QUOTIDIANA LOCUTIONE 219
TJk ces diverses partictikriWs, il ressort lividerament que chaque mot du texte latin est la traduction du mot grec eoi-respondant. Quella confiance peuvent donc lui donner lei romanistei qui lui demandent des formeg du latin populaire, il est faciio de le voir. M. Boucherie cite (p. 13) les eolécisraes Scii iibi ntanel, seito n inlm est (p. 39, 40), comme ùei solécismes do la langue parlée, de la langue populaire. Peut-être n'ûst-ce que la traduction littét-ale du grec ; oBaç îtoj iiiv:i — tvûSi •' tvin iTci — Et do miime les tournures qiml suffirtl ml /tamiitts rii/inii (p. 45) ; quoi minl Iwne fjiiia ocio [p. 44), etc. reproduisent peut-ôtro simplement le grec tï apxoùv r^i ivOptino'j; x — nd^ai tlA ûpii ; f,ii\ d:<t(i. Assurément hite fuilienlÇç. 4") n'e>t ni vraiment latin, ni roman, mais grec : walw( txci. Do mémo riikeef me iiUqnis f/aUitns (p. 46] no peut Ôtpe que (mftînjiitid [i: i\; rit Itijiu. Ne quoi! vtitlis (p. 51) vient de jHi-n MXin. Ces exemples guflisont. On voit que la valeur de co texte est bien iDoindre qu'on pourrait se l'imaginer. A, considérer seulement lo titre, on pouvait espérer rencontrer un texte du latin vulgaire ; on ne trouve que du latin classique, gâté d'héllénismes, avec quelques termoi nouveaux ou quelques acceptions nouvelles empruntées à la langue familière. Aussi la grammaire et la syntaxe n'offrent rien de bien curieux. Le texte grec, rempli de fautes, est intéressant pour l'histoire de la prononciation du grec. Le texte latin présente les incorrectioni qu'on est habitué à rencontrer dans les manuscrits anciens. En voici quelquesunes, qui pourraient aller rejoindre toutes celles dont M. Schuehardt a donné le classeoaent dans son Vocalisme ilit hiUn vulgaire : cetiare 40, 50, etc. ; ealciameitla 37 ; lalintr {-ne) 33, 34 ; camedieus 39 ; berbanee ((•«•5.) 92 ; orreitm 86 ; hâve 34, 45 ; ospilaOa 54 ; iUiri» 5T ; haer 67 ; crror, orripilalio 76 ; /laroia 78 ; iln tna/);w[»j] lul mamis 51 ; colidiaitû» {-ma) 35 ; amicm (-cos] 41 ; roro (roqm) 41, 69 ; tonitralis 55 ; cloHrum i'iô-.priesleleris 36 ; Hnquaimm [Nq.) 47 ; aeitabuh 49 ; pisds (-«s) 63 ; etc., etc. En fait do romanismes, je ne citerais guère (A cdté de ceux qu'a déjà relevés M. IJoucherie dans son glesiaire, tels que cicala, Jervente, aiîdtice, etc.) que maii'lueemtis, p. 48, traduisant çifuiuv, et
qui n'est paB apparenta dsns le lexlo rortigé àe M. Boucheiî?) ; p. 132 : ûSva Iraduil par deux mots tirrm liibira ; p. 51, ponile mitiiam, corrigé Bpris coup on im/ionili, et ■mené pur le ^rec 9ixt ; p. SO, cinietarii ilonnj deux l'ois a une dii^laDce de G llxnrB, ra qui ue t'explique qu'aulaol que l'auleur pciissit en ptrc ; p. 131 : Zuiieuiév, Tin'v'rôv traduit par ex jure, tx milagtat-, rlc, etc. — Le lexta rauruil--il des ]iieureB contnires î Je ne vois giiÈre que deux pBESB|(fS diflicilei à cipliquer iveo 1 hTpOlbèEe d'un auteur grec. P. 133 : oivo; | imliiiav ) enpntov | uSape;, etc. — «INM, HfM, HtrNM, ejMaltIM, etc. P. 137 : KpEi; | xanpiov { elc. X^f'^ I ^°"> I Tovptoi { lioox» I *lt^. I «fia I EXifix I — caro vtrrina, etc. (loua les adjoclira au rémiain], Pcat-fiire lea adjtotil'B de la pa^a 137 sont- ils des pluriels neutres ; on trouva en elTct au milieu de la séria le mol nâpxE;. 11 en est de roEme p. 134, où Je remarque MvD|u}ii, a9i<{rr,ii,a et d'autres noms neulri'S. Cependant les preuiibrea ipillièles do «iva( font difficulté ; toutel'oîs remarquons que âxpaTOv et ùlnpc; s'emploient au neutre Bbaolutnent, Voir Is TbeBautus da H. Est. s. t. ^xçuto; et l'exemple d'Athénée.
Vêssiea^ p. 123. Jo rappellerai encore le mot iisanay grec rtadLvn, p. 85, au lieu de ptisana, -KTtïivTj. Cette forme est vraiment populaire ; je la retrouve dans les textes talmudiques du iii« siècle (traités Betza, 14, a ; Moed Katon, 13, 6}, légèrement altérée d'après la phonétique hébraïque : tisné (au sens de orge mondée et potion d'orge mondée). De là ritalien tisdna (accentuation grecque, Usina, Tiwivri), d*oùle fr. tisane^. Le texte de P est beaucoup plus correct que celui de M. Aussi M. Boucherie a-t-il jugé inutile de le donner en double, comme il a fait pour M. Il le reproduit avec les corrections nécessaires, mais en indiquant toujours avec grand soin la leçon du manuscrit quand il la modiûe. Le latin et le grec se suivent de très près, cependant il est difficile de distinguer lequel des deux est la traduction de Tautre, ou s'ils n'ont pas été composés ensemble. £n tout cas l'auteur était plus maître de la langue latine que celui auquel on doit M. L'on aurait bien quelques faibles indices semblant montrer qu'ici aussi le latin est traduit du grec, par ex. : induime superariam albam := iv3'jati{iT,v ïTe^Crrry Xeuxi^v, p. 205. — Ut scripsi auiem (pour Ut autem scripsi := t^^ 8e, p. 206. — Quomodo hahes = icti^ Ix^tç (p. 208). — Audmsti quia tncimus = (f.xouwç) 8ti (èvtxiiwxjxev) (p. 210). — Mais d'autres prouvent le contraire: A OiroTSTaï'pi^vd elai (pour ïrzi) = qute subjecta sunt^ p. 204, et de même 4 dvayxaid eidiv, p. 218. "ApÇatrOs iic'àpxî;? = mibi incipite ab initia, p. 207 : 'Av aoiii^ù kT:l = si tibi mave est, p. 212. nncepdTov forme grécisée du lai. piperatum, p. 216 (omise dans le glossaire), ndvta dpBûK ^et est bien traduit par omnia se recto hahcnt^ p. 212*. Le latin, pour reproduire mot pour mot lo grec, no pousse pas comme dans M la servilité jusqu'au barbarisme ; il reste latin. Aussi faut-il attacher plus de prix aux rcmanismes qui rappellent la construction grecque, Tintinitif j-our le supin [salutare p. 205, et p. 208, 2 fois) , si et l'indicatif, pour an et le subjonctif [vitcrroga eu m si possumus, cl gyvijixea, p. 211), l'impératif pour le subjonctif (ne dormita, ji:?; vù^xa^s, p. 215), etc. Rappelons suum pour r;?/.s dans : vidfre domiiium siium^ loslv t6v xuptov aùtoO, p. 211. Pour résumer les caractères do la Quotidiana locuiio, plus complète et mieux faite que la première partie des Interprctamenta qui lui correspond, d'une langue plus correcte, d'un latin plus pur, présentant çà et là
* Ce mol peut s'ajouter à ceux que j'ai étudiés dans la jRomania I, p. 02 [dans le premier volume de ces Essais, p. 19''»). Je ne l'avais pas fait entrer d.ius mon élude, parce que j'attribuais la thule du tt ù la phonétique hébraïque. Mais le tisana des Interpretamenta vient prouver que le ti^tuf du TaUnu i est réellement une forme populaire grec(jue et latine, cl à son tuur e^t roulirmé pnr celle-ci. Les dictionnaires du prec moderne donnent ;rTiGàvTi, Le mot a sans doute clé refait.
* Signalons encore un petit indice. M commence sa préface par multcs video cupifntfi grœco disputare et latine, mettant (jratce avant latine ; 1* intervertit l'ordre des deux mots : multos cupientts latine lorpii et graece (p. 202), et de mOmc ; j9e;*^MC»t faciliui latine et graecc lo/ui instruantur (p. 204).
POLLUCIS DE QUOTIDIANA LOCUIIONE 221
quelques constructions populaires, elle diffère quant au sujet et quant au style des Interpretwnenia^ et rien n'empêche de l'attribuer à Tauteur
de r'OvojJLajTixtfv.
A ces deux textes, M. Boucherie a ajouté deux extraits du manuscrit 6503 de la Bibliothèque Nationale (fonds latin) ; ce sont 17 fables d'Esope, et un très court fragment de droit romain, texte grec et traduction latine littérale. Ces extraits ont déjà été publiés par Bœcking en 1832, d'après les manuscrits de Leyde et de Saint-Gall, plus récents de trois siècles que le manuscrit de Paris (M. Boucherie ne nous dit pas la date de ce dernier). Le texte grec des fables est fort maltraité, grâce à la manie du scribe qui, connaissant bien le latin, mais mal le grec, l'a mutilé à plaisir ; cependant les véritables leçons se retrouvent encore assez facilement sous les erreurs de lettres et les altérations qui ne les détruisent pas en somme, et M. Boucherie, aidé de la version latine et du texte, fort corrompu, il est vrai, de Bœcking, a pu rétablir à peu près sûrement la partie grecque. Le latin, qui est fort correct, présente quelques particularités : p. 229 :- Sic exiguiim animal au lieu de tam ex, an,; p. 230 : post modicum^ hellénisme = iut'ôXCyov ; p. 237 : cal tus pour felis (on a, d'ailleurs, d'autres exemples de ce mot dans la basse latinité) ; p. 240 : InUrrogante si ipse esset ; p. 247 : hiberno^ pris absolument au sens de hiver (omis dans le glossaire), etc.
Le fragment de droit romain n'offre pas grand intérêt.
Les résultats nouveaux qu'apportent les documents publiés par M. Boucherie sont consignés dans un double index grec et latin qui termine l'ouvrage, et qui se partage en deux sections, l'une contenant les mots nouveaux, l'autre les formes rares et les acceptions nouvelles, division utile à certains égards, gênante à d'autres. Ces deux index doubles ou ces quatre glossaires qui s'étendent sur 80 pages, quoique encore quelque peu incomplets surtout en ce qui touche les romanismes, suffisent ii montrer la valeur de ces documents. Beaucoup moins précieux, il est vrai, qu'on aurait pu le croire pour l'étude du latin populaire, ils ne laissent pas que d'avoir une importance considérable, et si le travail de M. Boucherie, excellent surtout dans la restitution critique du texte, présente encore quelques lacunes ou laisse encore quelques points non élucidés, l'auteur n'en a pas moins le mérite d'avoir heureusement enrichi le trésor de la philologie grecque et de la philologie latine.
[Revue critique, 1873, n» 40.)
Nouvelle grammaire trançaise, fondée sur Thistoire de la langue, à l'usage des élablissemcnls d*inslruclion secondaire, par Auguste Braghet. Paris, Hachette, 1872. Un vol. in-12, xix-248 p. — Prix : 1 fr. 50.
Poursuivant ses travaux de vulgarisation, M. Bi*achet publie ai^ourd*hui une nouvelle grammaire française, où pour la première fois, dans un livre destiné aux classes, on essaie d*expliquer les règles par Thistoire de la langue *. On ne peut qu^applaudir à cette réforme, qui tend à faire entrer dans le domaine commun des vérités élémentaires jusqu'ici réservées aux érudits. C'est en quelque sorte une révolution dans renseignement, révolution salutaire à laquelle M. Brachet aura Thonneur d'avoir attaché son nom.
Le livre se recommande en général, outre la nouveauté et l'importance du sujet, par la clarté du langage et la simplicité de Texposition. Ce sont des qualités de vulgarisateur que M. Brachet possède au premier chef. Mais l'œuvre de M. Brachet est très inégale. A côté de parties faites avec soin et talent, on en rencontre d'autres en plus grand nombre qui semblent avoir été rédigées à la hâte. C'est Texplication la plus vraisemblable des lacunes et des erreurs vraiment regrettables (jui déparent ce livre. Nous croyons rendre service à l'auteur et au public en les relevant ici avec plus de détail que ne le fait d'ordinaire la Revue ; et si nos observations peuvent sembler trop minutieuses ou trop sévères, M. Brachet n y verra que notre désir d'être utile et de contribuer, par les corrections et les améliorations que nous proposons, au succès d'une œuvre qui a naturellement toutes nos sympathies.
' Nous devons cependant mentionner l'ouvrage de M. Marly-Laveaux, qui poursuit un but quelque peu diirérenl, mais qui se recommande par de rares qualités, et dont nous rendrons un compte détaillé quand il aura achevé de paraître.
NOUVELLE GRAMMAIRE FRANÇAlSli 223
Aptes une préface fort spirituelle ou l'auteur défeud justement l'étude historiiiue de la langue contre les préjugés d'une routine aveugle et les eutraïnements de novateurs irrélléchis, il donne dans l'introduction une description sommaire de la géographie et un aperçu do l'histoire de la langue française. En quelques traits nets et précis, M. Brachet établit la différence du provençal et du français, du latin populaire et du latin classique, du français et des dialectes ou patois, des mots de formation populaire et des mots de formation savante.
Après cette introduction commence la grammaire proprement dite qui comprend trois livres : I Étude des Mires (alphabet, voyelles, diphtongues, consonnes, syllabes, accent tonique, signes orthographiques) ; II Étiidedes mois [dis chapitras consacrés aux dix parties du discours) ; III Élude des phrases (1° syntaxe des mots : substantif, article, adjectif, noms de nombre, pronoms, verbes ; 2* syntaxe des propositions].
Livre I, Étude des leltres; voyelles pures. Parmi les voyelles, l'auteur place PU, ou avec raison ; ces voyelles ne sont composées qu'en apparence pour les yeux, mais elles offrent pour roi-eillo un son unique aussi simple que celui de a, de o. A l'occasion des voyelles françaises, l'auteur passe en revue les voyelles latines et dit ce qu'elles sont devenues en français. Cette petite page de phonétique donne lieu à bien des remarques. P. IT et 20, où l'auteur a-t-il pris que e latin se prononçait toujours comme e ouvert? — § 18, co qui est dit sur les longues et les brèves est vague et peu exact. — a A latin bref, dit M. Brachet, devient e ouvert : sel do sal, mer de mare, fève defaèa ; d latin devient é fermé : aimé de amaltim, pré de pralum, etc. » M. Brachet devrait pourtant savoir aujourd'hui (voy. liefue critiqite, 1869, I, 250) que la français ne distingue pas, dans le traitement de l'a, la voyelle brève de la voyelle longue : a bref ou long est devenu en vieux français é et cet é, pour des causes spéciales qui ont agi sur lui, qu'il vint de d ou de à, s'est transformé dans des cas déterminés en è (voy. G. Paris, Alexis, p. 50). De là des d devenant é : lez de lùtus, dé de ddtum, ou è i père de pdirem, set de sdl; de là encore des d devenant é : pré, de prâlwn, bonté de honitâlem, ou e : vière, de mâtrem, tel de tdiem, etc. Cette erreur, au commencement de la Grammaire, est ficheuse. Les élèves, en effet, attirés par la nouveauté de ces recherches, ne manqueront pas d'étendre ces lois phonétiques à d'autres exemples, et s'ils les trouvent dès le début on défaut, ils pourront prendre eu soupçon les principes de la grammaire historique. — L'auteur dit que ù devient eu ou reste o devant m ou n, que « reste û (on) devant deux consonnes; 11 a raison de ne pas parler des exceptions de it = o, u; mais il aurait pu parler de ô = ou ; car quand nos écoliers voudront appliquer les régies indiquées pour ô, iU songeront immédiatement à nos, vos qui de-
viennent nous, vous. — Au sujet des voyelles longues, marquées généralement de Taccent circonflexe, M. Brachet dit que ce signe indique ordinairement la suppression d'une lettre, notamment s, consonne prononcée jusqu'au xiv^ siècle, puis disparue. U serait plus exact dédire: prononcée jusqu'au xiii* siècle. — Entre Vô bref latin et Veu français correspondant, M. Brachet signale comme sons intermédiaires w {xi^ siècle), oe (xiP); il peut ajouter tw, qui existait au x« siècle. « Quelques mots, comme accueniir, ajoute-t-il, sont restés à l'étage «« » et n'ont point suivi la transformation en oe. » Il faudrait dire plus clairement qu'il s'agit ici, non de la prononciation, mais de l'orthographe . — Comme exemples do l'y intercalé entre deux voyelles pour éviter un hiatus, je trouve croyant et ècwjer ; les deux exemples sont inexacts : crcdenfem ne donne pas croa?it d'où croyant^ ni scutariusécuer^ d'où écuyrr, mais créant^ devenu croyant sous l'action du présent^ m», et ècU'ier. M. Brachet dit que Yy vient d'ordinaire d'un c et d'un ^ latin entre deux voyelles, et il no cite d'exemples que du c\ on pourrait ajouter regalem royal, legahm loyale etc. — Le chapitre in est consacré aux diphtongues; je remarque l'omission des diphtongues ieu, iou iineu ; piou-piou), sans compter les diphtongues fortes conservées dans 1 interjection aye, dans Raoul, etc. — Pour les nasales (chapitre iv) on rogrette de ne pas trouver la série complète des notations orthographiques des voyelles nasales : an, en {a) ; en, in, ain, ein [ê) ; on [ô) ; un, eun {(/:) ni la liste des diphtongues nasales. — M. Brachet distingue les consonnes (chapitre v) en fortes {Je, t,p; ch, ç,f) et en douces {g, rf, etc.) ; mais il a lo tort d'employer le terme doux pour désigner aussi lo son siiïlant ou chuintant du c et du // devant e et é, ce qui introduit de la confusion dans ce chapitre. Selon M. Brachet c dur vient du latin ce : sec do sicnoHy etc. ; pour être exact, il faut dire : de c ou de ce devant 0, u ; cf. racca, vache et corpus^ corps. Observation analogue pour^. La distinction de c et de y devant a, e, i ou devant o, u pouvait être faite sans compliquer l'exposition et elle avait son importance. On est fort étonné do lire (p. 26) cette affirmation, que s latin était prononcés; il est aussi singulièrement inexact de dire que /* latin sonnait ts devant une voyelle ; car, à ce compte, les Romains n'auraient pas prononcé amiciisia, comme lo dit M. Brachet, mais amicilsa. <t *S' dur vient des latin », dit M. Brachet ; ajoutons : de s initial. <t S doux du c latin, do //plus voyelle »; ajoutons encore de s médial : rose, a V, au milieu d'un mot, vient do j) ou de b » ; ajoutons encore de v : avoine de avena, etc. « L mouillé s'écrit /// ou il » : M. Brachet oublie la notation par / après un / : prrsiL^ périh. Pour r.c, M. Brachet oublie également la valeur de 5 à la fin et mémo au milieu des mots {six, soixatit^, etc.)', cette omission amène quelque obscurité dans l'exposition de la formation du pluriel en x (cf. § 79).
Le livre I" se termine pur dos observations sur l'accent tonique et le balancement de la voyelle atone et de la voyelle accentuée [généralement devenue diiih tangue) dans la dérivation. Lea remarques sont Irésjustes; Je signalerai toutefois te mauvais choix des exemples, où sont ra|iprocliés des mots tels que lièvre, chevalier — lévrier, chevalerie, etc., ce qui fait croire à une diphtongue ie d'une même origine dans les deux mots. Il aurait fallu varier les exem[ilos de l'alternance (tvile. rèvèkr; bœuf, bouvier, etc.), et en montrer le carautéro général. Une autre remarque qui se rattache a la précédente, c'est que l'auteur a eu tort do no parler qu'à la fin du livre I" de l'accent tonique. Déjà p. 21 , il parle de voyelles accentuées et non accentuées sans que l'élève sache ce que c'est que l'accent, s'il avait dit que les lois de phonétique qu'il donne au début {p. 17) ne sont vraies que pour les toniques, et s'il avait ajouté un mot sur le traitement des atones, toute cette fin du 1" livre devenait beaucoup plus limpide et plus rigoureuse, sans être plus compli<)uée. Le dernier chapitre du livre I" estconsacréà l'examen des signes orthographiques qui ont été empruntés au grec par les grammairiens du xvr siècle. En somme, malgré de nombreuses erreurs de détail, ce premier livre eat neuf et bon.
LiïTe II, chapitre i". Du nom. Pour le genre, M. Brachet pose ces règles : « Les substantifs latins masculins sont ordinairement restés » masculins en franijais ... Jl n'y a qiium seule exceplîoit : ce sont lea » substantifs abstraite en or. » Pour être exact, il faudrait dire a il n'y
> a qu'une seule exception générale », car il y a bien des exceptions particulières. ■ Les substantifs latins féminins sont également restés
• féminins en français. » Ajoutons comme exception générale les nora3 d'arbre (sans parler des nombreuses exceptions particulièrcâ). La rédaction du § 70 est plus que bizarre : « Dans un très petit nombre de » cas, le féminin eat plus court que le masculin (suivent les exemples : » fompaf/iie, laure, mule, vieille, etc.); les masculins sont dérives des
* féminiivt au moyen des finales et, ard, on, eau, etc. » Immédiatement aprèj cette règle, on lit à l'historique : i II ne laut point conclure de D ces exemples qu'il y a en français des masculins formés à l'aide des
> féminins. » Que M. Brachet se mette d'accord avec lui-même, et efface de sa règle cette assertion étrange que des masculins dérivent do féminins. Signalons encore dans ce paragraphe une distraction singulière : a Mulel signifiait jadis le pelil d'une mule, son poulain « ; il faut croire qu'au moyen Age les mules étaient fécondes ! — Les paragraphes concernant les irrégularités dans le genre des noms (§§ 71-74) et le pluriel des noms composés (g§ 82-85) seraient mieux placés à la syntaxe, L'obscrvati<m sur le genre do ijurde, éVtve, etc. (§ 71) est neuve, mais inexacte ; car ce ne sont pas seulement des noms abstraits comme garde, aide, manauvre, qui changent de genre en devenant concrets,
T. II. i5
mais encoro des noms concrets féminins qui deviennent masculins quand ils désignent des personnes : guide^ trompette^ enseigne. De plus, même au sens concret, les noms comme élève, garde deviennent féminini quand ils désignent une femme. Enûn, Texerople de garde masculin {geLvde^Iiasse) opposé à celui de garde féminin [la garde des froniièm] est mal choisi. Garde dans garde-chasse est un temps personnel du verbe garder.
La théorie du pluriel des noms composés ramenée à trois règles est défectueuse : 1^ Les noms formés de deux noms ou d'un nom et d'un adjectif forment leur pluriel, dit M. Bracbet, en ajoutant un « à chacun de ces deux mots : cliafs-iigres, hasses^iailles ; cette première règle peut passer, quoiqu'elle offre déjà des exceptions; 2'* Pour les noms composés d'un adverbe ou d'une préposition, le pluriel se forme en ajoutant un s au substantif : des avant-coureurs^ des sous-prèfets. Cette règle est inexacte. Quand le mot invariable est un adverbe ou une préposition prise abverbialement (c'est-à-dire sans régime], fort bien ; le substantif varie : des avant-coureurs^ des sous-préfets. Mais quand le mot invariable est vraiment une préposition qui régit le substantif^ celui-ci reste invariable : des à-compte ; 3*^ Quand le nom composé est formé d'un nom et d'un verbe [tire-houchon), de deux noms séparés par une ^Téposïiïon {tête-à-tête ^ pot-au-feu) y d'un verbe et d'un adverbe [passepartout)^ il reste invariable au pluriel sauf quelques exceptions que l'usage apprendra. On ne peut vraiment placer parmi les exceptions enseignées par l'usage des pluriels tels que chefs-d'œuvre, arcs-en^ciel, chars-à-hancs, etc., où la variabilité du premier terme s'impose d'ellemême.
La section III du chapitre i^*" est consacrée à la formation des substantifs. C'est une nouveauté cîo ce livre d'avoir donné à la formation des mots la place légitime quVllo doit occuper dans toute grammaire. Déjà plusieurs auteurs avaient tenté de faire entrer la compoiition et la dérivation dans renseignement du français. A M. Brachet revient le mérite d'en avoir donné les règles méthodiquement. L'auteur a reconnu lui-même combien était faible ce qu'il en disait dans sa Grammaire historique \ il a repris la question et est arrivé à ce résultat assez curieux que la grammaire à l'usage des classes est incontestablement supérieure en ce point à la grammaire historique. L'auteur n'a pas cru devoir consacrer un livre spécial à la formation des mots, mais, à la fin des sections du substantif, do l'adjectif, du verbe, il étudie les procédés employés par la langue pour créer do nouveaux substantifs, de nouveaux adjectifs, do nouveaux verbes. La plus importante de ces sections est celle qui concerne la formation des substantifs; elle Cit généralement bien faite ; on y constate toutefois des omissions et des erreurs. La composition est ramenée seulement à l'addition d'un préfixe devant un
subslanlit (§§ 89-90j: ce qui est conti-adictoire avec le g 82, où M. Bractiet dUtingue diverses sortes de mots composés dont il donne l>][ii OU moins exactement 3a formation du pluriel. On voit aussi les inconséquences de celte disposition où leâ rè^jles du pluml des noms composés (lui relèvent en réalité da la syntaxe] sont données avant lu théorie de la forraatioo de ces noms. — g 91, après est omis dans la liste des préfixes [aprh-mUH, etc.) — § 90, la formation du suffixe ag» est donnée inexactement; cf. sur le passage de alicumii ageiaaa article de la Romania (voir plus haut, p. 140). — g 10?, les exemples de la chute de te dans les mots misère, audace, etc., ne sont pas justes, parce quecoi mota sont de formation savante. — g§ 113-118, le suffixe Mr« formant des Bubitantifa à l'aille d'adjectifs est omii(irri/»r#, etc.]. — g 120, lot/er n'est pa.3 locare, rania ' locariiim. — | 121, las aubstantifs vcrbaus comme appel, ajout, etc., seraient, selon M. Brachet, tirés de l'infinitif appeler, égouller ; cette explication toute mécanique étonne chez un disciple de Diez. qui a donné de ces formes une explication plus scientifique. Comment M. Braebet expliqiiera-t-il, dans son hypothèse, les mots tels que reliff, maînlim, etc.? — §§ 124-144, jo constate l'absence du suffixe at/e, ce suffixe si vivant à l'aide duquel àei aubstantifs sont journellement tirés des vorbej [blancMssaije, lavnije, lutloyage, etc.).
Le chap. ti est consacré b. l'article. Rien à signaler, sinon que le g 142 doit rentrer dans la syntaxe, et que la note sur l'emploi do uns, viie» en vieux français (pour désigner les (hids tmlureh : a unes jouoa w) eat inutile dans une grammaire élémentaire.
Chap. ni. De l'mJJecti/. — La formation du féminin et du pluriel dana les adjectifs est exposée avec soin, et les explications historiques sont Jastes (cependant l'auteur persiste & tort à attribuer les formes comme grande BM xiv siècle, voy. Revue crilique, 1868, 1,28). Je supprimerais la section III (Degrés de signification dans les adjectifs). Une note sur meHletir,pire, roo/«rf/"e suffirait. La distinction des degrés de signification se comprend en efi'et dans le grec et dans le latin qui affectent l'adjectif de terminaisons spéciales pour le comparatif et le superlatif. Mais à (juoi bon transporter dans le français qui lei ignora ces distinctions des langues classiques? On prétend que le superlatif est marqué par trh ; pourquoi pas par bien, par/orl, par ej'trcmemeitl , par excessivement f Formons donc les régies de la grammaire française d'après l'étade de notre langue, sans les emprunter toutes faites à d'autres idiomes.
Ce qui suit sur la formation do l'adjectif (gg 1C6-187) est bon. La liste des dérivés est suffisante pour une grammaire élémentaire. Quelques observations : Le français, dît M, Brachet, forme des adjectifs parles mêmes procédés qu'il emploie pour former des noms, c'est-à-dira par composilion {yny- § 88) et par dérivation. Au g 88 auquel renvoie
Tauteur, il n'y arien de pareil. Est-ce une faute d'impression? Je ne
10 crois pas, parce que Fauteur ne parle nulle part explicitement, msi que nous Tavons constaté, des procédés de formation des mots composés. — Archi no sert pas seulement à former des adjectifs, mais encore doi substantifs : archi-prêlre ; et il serait bon d'indiquer la signiûcation péjorative qu'il prend dans la langue populaire : archi-foa.
Lo chap. IV [Noms de nombre) est bon ; remarquons seulement que zéro n'est pas un nom de nombre cardinal comme un^ deux.
Le cbap. v [Du pronom) doit nous arrêter. Il donne lieu à des observations de détail et d'ensemble. Je commence par les premières. § 202, M. Brachet fait dériver ww/ de w/pour mihiy et il en rapproche d'un côté nil pour nihil, de l'autre fidem foi, nigrum noir. Ces assertions sont plus qu'étonnantes. M. Brachet sait pourtant bien que 1'» est bref dans JidefH^ niijrum et que cet i a donné ei^ oi (cf. p. 17), que % est long dans mi, nil et que i long est resté sans changement en français (cf. p. 13), et que par conséquent moi ne peut venir de mi. D'ailleurs M. Brachet oublie ici ce (ju'il a dit p. 18 où il fait venir plus justement moi do me ; de mémo § 253 (p. 109) oti i adopte également l'étymologio do mê =: moi, il se met en contradiction avec ce qu'il affirme ici. —
11 fait dériver toi, soi de tibi, sibi; cette dérivation est plus spécieuse, à cause de Vï bref de iïbi, sîbi, mais aussi erronée : les deux mots viennent de /*?, s'J, Quant à tm, te, se, ils viennent de m% iè^ se enclitiques. — Il eut été plus exact de dire que ils vient, par l'addition d'un s, du vieux français il qui est lo lat. illi (M. Brachet ne craint pas plus loin do diro que leurs est lo vieux français leur auquel lo français nioJerno a ajouté s) ; c'eut été aussi plus simple, parce qu'on n'aurait pas embarrassé les élèves avec cette contradiction apparente qui montre dans un mémo mot illos une double dérivation ils et eux. — Le § 204 parle dos pronoms personnels en et leur ; leur est bien cité dans la liste donnée au § 202 doi pronoms personnels, mais non en. Puisque M. Brachet croit devoir remettre parmi les pronoms le mot en qui n'est étjmologiquement qu'un adverbe, pourquoi no rien dire dey qui lui aussi peut étro considéré comme un véritable cas de pronom, puisque dans cette phrase : « arez-vous j^^nsê à l'affaire ? — Ty pense », y remplace X affaire au mémo titre que en romplace ce nom dans la réponse : j'en rêve. Y et en, ce nous semble, doivent partager le môme sort et
être considérés tous doux comme des pronoms ou, ce que nous préférerions, tous deux comme des adverbes *. — Nos et vos ne sont pas
' L'auteur replace en parmi les adverbes de lieu (§418) sans s'exp'iquer sur la diflereuce cssculiclle qu'il élabltl entre en pronom el en adverbe. Serait-ce que en pronom 68 rapporte aux personnes et e;* adverbe aux cboses ? Cette dilFérence n'csl pas assez précise, puisque les pronoms personnels peuvent désigner des choses aussi bien que des personnes. Quelle est la nature de en dans ces deux phrases : t II ouvril le tiroir
NOUVELLE GHAMMAIHE FRANÇAISE
Ses aâoacÎEsements âai anciennes formes fr. mslre, voslre {% 206) ; cap on peut se dcmaniler pourquoi le pluriel a été saal adouci et non lo ain> gulicr. -Vo*, DO» viennent fia itosiros, voslros qui ont donné régulièrement rios/ra vosirs, nosts vosls, nos vos et finalement nos vos. — C'est vers le xiV siècle, dit M. Braohet, que wii ta sa dans certains cas furent remplacés par mon ton sou; on trouve déjà au jcii" siècle des exemples du masculin pour lu féminin. — Sur le pronom ret M. Bracbet s'exprime ainsi : (g 214) « Le pronom latin ei-cisie donna le vieux français ieist au xi" siècle, puis ûesl abrégé en cfsl... » ; il serait mieux de dire: « le pronom latin eecislmn [à l'accusatif; cf. § l'i) donna le vieux français kest, abrégé en eesl... t> ; on effet )'m/ est In forme du nonùnatlf. Observation du m^e genre pour ercille =zice (§220). — t> (dans « /icrc) ne vient pas do eivp Aw, commeleditM, Bracbet, mais est un affaiblissement de cel ; ecee hûc n'existe (jua danj lo neutre ta (r* que je dis, etc.). Cluiciin no vient pas de chaque un (g 230), mais du )at, qvùigm unus. — On s'attendrait à voir oxplii|uer la diB'érence qui existe entre tnéine adjectif démonstratif {§ 21C) et Même adjeclif indéfini (§ 230). — g 230 (article aiilre). qu'est-ce que cet nlkri eqtiiis donné entre parentbôses comme explication de rmilnii thei-al? Est-co la traduction du fi'ançnisî il faut alors alteriita cquus. En ost-ca l'étymologie? il faut en ce cas aJleri hnk equiu. — h Ceiiaiii, du lat. eertiia (certain). » Lire : dérivé dti lat. rerliis, à l'aide du aufïïxe ain. — J'arrête ici les observations de détail, et aborde une question générale. M. Brachct distingue les pronoms possessifs, démonstratifs, relatifs, intcrrogatifs et indéfinis on deux classoi : pronoms proprement dits et adjectifs. On ne se rend pas bien compte de cotte division. Le pronom est-il un mot qui remplace le nom f alors comment peut-il devenir adjectif? Cette clnasification est si peu naturelle qu'elle conduit l'auteur à des contradictions. Ainsi p. 90 : u Les pronoms indéfinis se divisent : 1° en adjectifs indéfinie [nul, loul, etc.), ainsi nommés parce qu'ils ne peuvent s'employer seuls et précédent toujours un nom {nul homme, aie), et ii" en pronoms indéfinis, etc. o Or, p. 101 je lis cet alinéa ; k On peut ■ encore employer seuls, et sans qu'ils précèdent un nom, certains » adjectifs indéfinis, tels que nul, tout, tel, etc., qui deviennent alors » pronom] indéfinis. » L'élève se reconnaitrn-t-il au milieu de ces distinctions contradictoires ' ? La vérité est que les pronoms p
I reuills ? ■ — Utms
• et tu lin SQQ culpplo. — 11 |irlt Eoa cslopla cl en arracha u obcervBlion pour dont (§ 223) et ai {% US}.
> Et CD outre cuurent Iris riueses ou très mal expliquées. Mm'i % 203, on dittingna JtDS les iiréaomE ptc.-onnci» -. ■ l" Cem qui se mallenl toujours atani II teril el tiiHi > fr^Milioa, commo miJi.tf,U, la, !ei, leuri ; 2' ceux qui ec plaieut loujaun aprft I» ■ vcrif ri tout prfcfdJi d'une pr^jiiuiliou , comme mei, Ici, loi. • Pour la vérité de la première rËj^le, comparez les phrases comme prtnâtU, -la, -Itl, dh-lnir ; pour sella de !■ seconde : lui compris, donne-moi, rendi-moi.
démonstratifs, etc., doivent rentrer dans la classe des adjectif, et non les adjectifs dans celle des pronoms. De même que Tadjectif qualificatif devient substantif quand il est pris absolument, les adjectifs déterminatifâ pris absolument deviennent pronoms. Ou plutôt, il n'y a pas de pronoms détermi natifs. Qu^est-ce en effet, par exemple, qu*un pronom indéfini qui désigne un être d*une manière vague et indéfinie ? Quel mot dans la phrase remiAsLce personne, chacun, oh ^ etc. t L'histoire de la langue et la logique s^accordent à montrer que les seuls pronoms sont les pronoms personnels qui remplacent réellement des noms ; et que les autres doivent être ramenés, les uns aux noms, les autres aux adjectifs. Dans une grammaire telle que la comprend M. Brachet, je placerais dans le nom, à côté des noms collectifs, ceux que j'appellerais indéfinis, à savoir : on -fon), chose, rien, j}er8onne, et même autrui et quiconque. Après le nom je donnerais les prénoms qui ne comprendraient que les pronoms personnels. Dans le chapitre de l'adjectif, un para«graphe final établirait qu'il peut être pris absolument et jouer le rôle de nom. Pour Tadjectif qualificatif, ex. : h beau, h vrai. Pour les déterminatifs, les uns s'emploient absolument en retranchant le nom auquel ils se rapportent, ce^ont : aucun, ce, maint, nul, plusieurs, tout*; les autres doivent s'unir à d'autres déterminatifs qui les précisent et leur donnent un sens plus complet : quelqu'un, chacun, Tun, Vautre, le mien, te tien. Je sien, le nôtre, te vôtre, le leur, ta mienne, etc. ; tes miens, etc. ; tes miennes, etc. ; lequel, etc. Cet, ces, celui, celte, ceux, celtes^ se déterminent, non pas à l'aide d'un autre déterminatif, mais à l'aide d'un adverbe déterminatif c/, là, ou d'une proposition : « rWiii-ri m'a dit; celui que f ai vu m'a dit. » Restent les pronoms relatifs qui^ que ; mais comme ils accompagnent presque toujours l'antécédent auquel ils se rapportent, on no peut les considérer réellement comme de vrais pronoms, et leur caractère sui gêner is leur donne le droit d'être placés aussi bien parmi les adjectifs que parmi les pronoms. On voit de la sorte comment la théorie du pronom peut se réduire ; on simplifie la grammaire en mémo temps qu'on pénètre plus profondément dans Tessonce dci déterminatifs. Mai* je ne puis qu'indiquer ici cette vue. Si elle paraît trop révolutionnaire, M. Brachet, qui toutefois a innové en faisant rentrer l'adjectif dans le pronom, pouvait innover plus heureusement et sans apporter plus de trouble dans l'économie de la grammaire, en faisant rentrer le pronom dans l'adjectif.
Chap. VI. Du vcrhe. — Nous arrivons à un important chapitre qui embrasse environ le tiers do l'ouvrage. Dans ce chapitre, M. Brachet, 80 séparant des grammairiens antérieurs, innove heureusement en divisant la seconde conjugaison en deux classes, la classe des verbes qui se
» On pourrait y ajouter le, la. Us, si l'on fait de ces mots des adjectifs déleriniiia<« tifs et QOQ des proDoms persoonçls.
ionjugiient directement en Ir (teU qiia partir, parlant) et celle des verbes fljui Bo conjuguent avec l'addition à certains temps de la syllabe isa \ finir, finismut). Cette division lui permet de classer les conjugaisons ten deux séries, les conjugaisons vivantes [aimer, finir] dans lesquelles xentrent tous les verbes de création nouvelle, et les conjugaisons 'mortes, héritage du passé, qui ne peuvent plus servir à do nouvelles .^formations [partir, âtvoir, rendre). Cette classification, empruntée d'ail- ÎJeurs à M. Chabaneau [Théorie de la coiijnrjaison française), & l'avani.tago de bien montrer aux élèves comment la langue, loin d'être un j»niemble de décrets immuables rendus par des grammairiens, est vraiment un organisme vivant dans la bouche du peuple et livré à d'inces- , inntes transformations. On ne peut qu'approuver ce point de vue. Touj tefoiâ. M. Bracbet, dans l'osposilion des conjugaisons, n'y reste pas Sdèlô, et, alléguant que la deuxième conjugaison en iV {partir] et la I tn)isicme sont trop peu ricbes pour mériter une étude spéciale, il les \ renvoie aux verbes irréguliers ; c'est perdre le bénéfice de sa division. I L'exposition de la conjugaison consiste donc, en somme, pour M. Brachet, à montrer d'abord loi rapports bistoriques des temps fran- , çais avec les temps latins d'où ils dérivent, à donner ensuite la conjugaison de aimer, finir et rmnpre, reléguant tout ce qui ne se conjugue pas sur le modèle do ces trois verbes, parmi les vei bes irrégulieps dont I il donne la liste complote. En réalité, l'auteur tourne la difficulté au llieu delà résoudre; d'un autre ciïté, il est incomplet. En ofTet, pour I BOUS occuper d'abord de co dernier point, il choisît par exemple pour type de la 5' corijugaison régulière en re, le verbe rompre. Le verbe sera très lien choisi [puisqu'il présente les trois terminaisons «, s, f au ' présent de l'inilicatif), si on fait rentrer rendre, vendre et les analogues dans la classe des vorbes irréguliers [il rend, il vend). SI. Brachet ne ' le fait pas, considérant avec raison ces verbes comme réguliers ; mais , encore faut-il que l'élève sache â quoi s'en tenir sur les troisièmes personnes : i7 vend, il rend (et non (7 vent, il rent) '. Pour le second point. ■ l'auteur tourne la difficulté que présente l'exposition systématique de ; la conjugaison française, a La théorie scientifique de la formation des I verbes irréguliers, dit-il, dépasserait do beaucoup la limite d'une gramj maire usuelle « (§ 313). Je suis bien de son avis ; toutefois je crois I que, lana même remonter au Inlin, en restant dans les lois de phonétique du français, on pouvait faire plus qu'il n'a fait.
Un fait certain, d'abord, c'est que la première conjugaison se sépara des trois autres par dos flexions du présent et du parfait de l'indicatif (e, -M, -e pour la 1" conjugaison ; -s, -s, -/ pour les trois autres ;
' Le verbe tainrri, qai o'a (çutro d'aulro iiréguisrilé quo veiilri, renie , Iraïro cliast pitmi \et iitéfcahtn. Car on ae peut sérieusemcal coasidi^rc irréj^laiilé le cbuagemeot ilc c ea fit dans taiijiianl et les aoelogaes.
ai, as, «, âmes, aies, érent pour la V^ conjugaison ; -5, -«, -/, ^mes, ^les, -rent pour les trois autres), ce qui permet d'établir deux conjugaisons, l'une dont l'infinitif est en er, l'autre dont l'infinitif est soit en ir^ soit en oir, soit en r^. Cette division est conforme à l'histoire : are a donné er\ mais ère, ère, ire, ont donné à peu près indifféremment tr, oir^ re. Ex. : impUre, emplir ; hahère, avoir ; ridêre, rire ; légère^ lire ; fodére^ fouir ; falJere, falloir. On peut donc admettre que les trois dernières conjugaisons n'en font en réalité qu'une *.
Ceci posé, admettons l'ancienne théorie de la formation dds temps, qu'a négligée M. Brachet, parce qu'il fait dériver directement les temps français des temps latins Cette théorie est commode, quoiqu'elle doive être modifiée en quelques points. On peut admettre que l'infinitif forme le futur et le conditionnel (ceci d'ailleurs est absolument exact) ; que le passé défini forme l'imparfait du subjonctif (en effet le plus-que* parfait du subjonctif en latin dérive du parfait); que le participe passé forme les temps composés, c'est évident. Pour le participe présent, je ne dirai pas qu'il forme le pluriel de l'indicatif présent, mais tout l'indicatif présont (ainsi que l'imparfait de l'indicatif et le présent du subjonctif), puisque c'est un mémo radical qu'on a àernsfinisc-o, Jiniscebam,Jinisc-am,finiscentem, Or admettons comme principe que pour conjuguer un verbe on donne, ainsi qu'on le fait en latin, les temps primitifs, à savoir l'infinitif, les participes et le parfait, on a tous les éléments de la conjugaison des verbes/a/^/^^, -moyennant certaines lois de phonétique qui sont à établir dans le chapitre des lettres et qui trouvent déjà leur application dans V étude du substantif et de V adjectif.
Ex. : sur le modèle de ronip'afît,je ronij) s, tu romp^Sy il romp-t, on aura :
lisant qui donne lis-s, lis-t
d*oii régulièrement lis, lit
naiss-ant rcnd-ant part-ant melt-ant dorm-ant viv-ant vul-ant absolv-ant craign-ant etc.
naiss-s, naiss-t rcnd-s, rend-t parl-s, part-t mett-s, mett-t dorm-s, dorm-t viv-s, viv-t val-s, val-l absolv-s, absolv-t craigQ-s, craign-t Ole
nais, nait * (rends), rend pars, part mots, met dors, dort vis, vit vaux, vaut absous, absout crains^ craint etc.
> Cf. encore les voyelles du parfait et du participe : conj. en iV : partit , parti ; vêtis, v^tu ; courus, couru ; conj. en re : pris^ pris ; cousis^ cousu ; connus, connu ; etc. ; conj. en oir : assis, assis ; vis, vu ; valus, valu,
• Et (le mdme finiss-ant — finiss-s, fi.tiss't — finis, finit. M, Bracbet fait de à, i7 dans finis, finit, des terminaisons [p. 111) ; l'i de cette terminaison est le môme quo celui de iss dans finissons, etr.
NOUVELLE ORAMMAIRE FRANÇAISE 233
Voilà done toulo una série tla verbes prélondus irrâguliors, dont Virr^Sularité consista dans une rencontre Fpécialo des consonnes réduite d'après (les \o\iprojfres au français et qu'on peut enseigner dans une gracnmaire usuelle.
Nous arriïonî aux verbes qui éprouvent des modifications plus profondes dans leur forme. Ce seront les verbes de la conjugaison forli. Dana la première conjugaison en er nous aurons les verbes en eler, fier. Dans la seconde, les verbes dont la terminaison du p. prés, aiil est précédée da a, oti, eu, u. Ces verbes changent au présent de l'indic. et lia subj. *, u en oi si l'infinitif est en ai : deuant, deroir, je dois, que je doive; biifoiit, boire, je bois, que je boive. Ils changent e en ie si l'infinitif estenir:reiiir,quérir:jevierts,jeguiers.lhc\mngentou<in au: mourant, mouvant : je meurs, je mtm {excepté courir, je tours). Los verbes forts qui n'ont pas l'infinitif eu re forment le futur et la conditionnel on changeant fln( en mi rais : cour-rai, dev-rai, mour-rai; val-ant^ valrai, vald-rai, vaudrai, etc.
En somme, dans cette théorie que je ne puis qu'indiquer, et qui repose sur l'hiâtoiro de la langue, les seuls verbes irréguliers sont, dans la conjugaison faible : envoyer, bénir, cueillir, dire, Jleurir, haïr, moiulre et coudre, offrir, couvrir, vaincre; dans la conjugaison (oi-te : aller, choir, ffêsir, poui-oir, prendre, saillir, tressaillir, savoir, ttoir, voir.
En tout caj, quelle que soit la valeur qu'on attache à ce système do conjugaison, il peut servir à montrer, jo croîs, que le problème n'est pas insoluble, et qu'on peut donner une tltéorie de la conjugaison française relativement complète sans dépasser les limites d'un ouvrage éliJmentaire. En regrettant quo M. Brachot no l'ait pas tentée, nous devons accepter son livre tel qu'il nous la donne et en poursuivra l'examen.
La première section est consacrée aux définitions [sujet, complément, dilférentes espèces de verbes, mode), etc.). Ces définitions sont toujours claires et simples; mais cette simplicité est achetée souvent au prix de la rigueur, et plus d'une fois les définitions esquivent la vraio diiJficulté. Ainsi comment se fait il qu'à un si grand nombre de temps du verbo correspondent seulemont trois divisions du temps [g 250)? D'après l'auteur (§ 282] les temps simples marquent une action non achevée à l'époque dont on parle ; mais il a soin de ne pas citer à cet endroit^ lus, qui contredit cetto définition. L'impératif n'a pas de première personne, parce que a lorsqu'on se demande à soi-même, il est B inutile d'exprimer le commandement » (§ 2'74] ; cela ne veut pas dire grand'chose : en réalité, c'est parce que quand on se commande à soi-même on se dédouble pour ainsi dire, et que l'on envisage la partie de soi-même à laquelle on parle comme une deusième penonne :
Airêle-loi, malhttiretix! — § 226. ce que dît M. Brachet sur l'imparfait est fiTi sol u ment inexact ; je renvoie pour la quoition à une note que j'ai {lubliée dans la Romanin, II, 145. — «Le futur, dit M. Brachet, s eât formé en njoutant à l'infinitif le présent de l'indicatif du verbd » avoir [ai. as, a, etc.], et de même le conditionnel en ajoutant â l'inflï nitif l'imparfait du verbe areir : avais, avait, etc. n II estabsolument nécessaire d'expliquer la chute de av dans avons, avei, avais, etc. ; car Ici élèves no manqueront pas de so demander pourquoi l'on ne dit pas noua aimera von s, — Touchant l'impératif, M. Brachet s'exprime ainsi (% 275) : 11 Les perionnes de l'impdrntîf sont emprunlées aux personnes correspondantes du prisent do l'indicatif. Il n'y a qu'une exception pour la première conjugaison qui dit chante sans s, tandis <[\i&Jini s, romp s, riçoi g ' ont l's de l'indicatif..... chante n'a point de s, parce qu'il correspond à l'impératif latin canla (chante). » La contradiction est visible. — Arrivant, dana la section 111, àla théorie dos temps compojés, il donne incidemment, et parce que ce sont des veiboi auiiliairos, la conjugaison de avoir et do être. Leur importance devait leur mériter une place plus marquée. — Les explications données sur être (p. 124-125) contiennent beaucoup trop de philologie pour un livra do cette nature; h ijuoi bon, par exemple, apporter des prouves do l'érymologie A'étre ^esseref il suffit de l'établir sans discussion, D'un autre cdté, cette philologio n'est pas toujours de bon aloi. L'espagnol et le portugais ser ne viennent pas de essere, mais de sedere. L'auteur prête au vieux français un subjonctif foi de w», tandis que la seule forme ost soie, de siam. — P. 1*^8, obserration du même genre. M. Brachet dit " avoir, vieux français aeer, du tatin hahere « ; lisez : nveir. a Avais, vieux français avoi et aveie o ; lisez : avoit, plus ancien no mont aroie, et primitivement areie.
Les sections IV-VIII sont consacrées k la conjugaison dea ttctifj, passifs, neutres, réilécliii et impersonnels. Elles no donnent & aucune remarque importante. Les verbes réciproques seraient i suppîiraer : on a là un fait de pure syntaxe. On peut bésiter & supprimer tes verbes passifs. La section IX donne la liste des verbes irréguliers. Pourquoi, s'ccartant do la division indiquée g 2ô3, l'auteur les groupot-ii en verbe irréguliers : « 1' de la première conjugaison [er'). 2" de la n deuxième conjugaison [ir]. 1, Conjugaison avec iss. 2. Conjugaison » directe en ir. 1" (sic) de la troisième conjugiuson. 3" CoigugaîsoR €D » oir? Pourquoi ne pas dire ; 1. Conjugaison en er. 2. Conjugaison en ir, issanl. 3. Conjugaison en ir, ant. 4. Conjugaiion en re 5. Conjugaison en oir? — Pour aller, l'auteur reproduit l'étymologio qu'il
'i dit pour lo i, doal il y s d« oombreuMi Inev
mont
<tii3B
NOUVELLE OHAMMAIBE FBANÇilSE
donne dans son dictionnaire étymologique, à savoir adnare. Cetto éljmologie est inadinii^ible; elle a contra olle le sens même de aller, qui euprinio tout le contraire de ailnftre : cf. «"t, partir ; — vfnir, arrhvr. S'il fallait absolumont retrouver le verbe 7iate dans alltr, eo no serait que la forme enare [tout l'opposé de mlnare) qu'il faudrait choisir. — M. Drachet explique (§ 319] bhiit en le rapprochant dâ fini-t-vs. C'est inexact. Bénit vient de henedietus et non de hf}wHlia\ la terminaison il, ile, qu'il renferme est donc la mémo que celle de dit, dite (dielus, in) ; le participa bénit est donc bien la for;uo primitive qui a été conservée, comme cela se voit souvent, dans un sens spécial, pendant que le verbe s'assimiliût A la conjugaison générale de finir. — Au g 321 , l'auteur parlant des prétérits des vci'bos Iz-nir, eoiirir, dormir, dit que ces formes dilférontes s'expliquent, eomme foujoiirg. par les formes latines originaires. L'élève ne sera-t-il pas rendu méilant, s'il remarque à cflté de cette nfûrmalion absolue l'omiàsion trop habile de la forme je founis f Da m<!me, plus haut, la forme ;> rompis n'est pas expliquée. — § 330, ce n'est pas assez do renvoyer pour lo verbe dormir au verbe mentir; comment deviner lo prêtent jif dors? — Dana la secUon X, l'auteur étudie la formation des verboi par voie de composition et de dérivation. C'ait un bon chapitre. Je supprimerais toutefois au g 412 {dérivés en er) doux exemples d"un français douteux : napo- . iéoniier, bonnparlisfr.
Cliap. ^^lI-x. Adverbe, prè/iosif ion, conjonetion, interjection. — Dans ces chapitres l'auteur s'est borné à reproduire les autres grammaires en / ajoutant seulement des explications historiques, sans essayer de soumettre à un examon approfondi cette partie de la grammaire française sur laquelle bien des erreurs ont été dites et redites. Mail ce n'est pas le lieu iui do discuter les théories roçuos touchant l'adverbe et la conjonction. Les remarquas de M, Brachet sont généralement clairej; je signalerai spécialement la page consacrée aux adverbes en ment. Toutefois las erreuri ne manquent pas; en voici quelques-unes. Oîi M. Brachet a-t il vu que le vieux frnnçaii disait aller lent, a/fir laiiî (§ 42i) ? Dans ce mémo paragraphe, je Ils la ligne suivante: « Los adjectifs neutres tels que /(/fi/ii, bbnh, ir«v. docte que ■ les Romains employaient comme adverbes. « Depuis quand Jcn« et rfucfe sont-ils des neutres d adjectifiî — Auxgg423et 421, sont donnés les degrés do signiflcalion da l'advorbe : cliiiremenl, plia clairement, très tlaiTtmmt : juste, plus juste, trèsjitsie; le plus clairement et h plus juste manquent. Je ne signalerais pas cette omission, si immédiatement après au g suivant, pour superlatif de bien et de mal, on ne citait seulement le mieux et le pis ou le plus mal et non trh bien et iris mal. — % 426, la discussion sur l'étymologie de coup est inutile ou tout nu moins n'est pas â sa place. — g 428, certes n'o^t pas le latin rerlêf
mais eerfas. OU (ibid.) est plutôt un composé roman, o-tl^ qu*un composé latin, hoc-illud. Pourquoi écrire avec un / \dit) le participe passé de <nr (ibid.)? Au re:!te toute cette polémique sur 01/1 est parfaitement déplacée dans un livre de ce genre. — § 438, je lis : « Ne comprenant D plus le sens de cette locution voici^ voilà = voi [vide] ci, /à, les gram- » mairiens du xvii« siècle décrétèrent que voici, voilà étaient prépo- » sitions et, comme telles, désormais inséparables. » Ce ne sont point les grammairiens qu'il faut accuser de ce fait, c'est l'usage. Voici, voilà ne sont plus compris du peuple; c*eit pour cela qu'ils sont passés à Tétat de prépositions. Même observation sur les prépositions durant, concernant, touchant, etc. : ces mots ne vivent plus comme formes verbales dans la langue. — § 444, il est téméraire d'affirmer que donc vient de tune,
III. Syntaxe, — La syntaxe, la partie la plus importante de la grammaire aux yeux des professeurs, celle à laquelle ils attachent, et, non sans raison, le plus do prix, devait être, ce semble, la partie la plus neuve de la grammaire de M. Brachct. Le troisième volume de la Grammatilc de Diez, si rempli d'observations profondes et originales sur la syntaxe des langues romanes, pouvait fournir à Fauteur les éléments d*une syntaxe singulièrement intéressante, n'eût-on pas sous la main Mactzner qui lui aussi pouvait donner des choses nouvelles. Nous avons le regret do constater que M. Brachet n'a guère pris ici à Diez et à MaDtzner que le plan et les titres des grandes divisions, et que cette partie de son travail est absolument insuffisante : à peu près quarante pages (p. 197-234) pour la syntaxe du français, c'est à peine une esquisse, et cette esquisse porte à chaque page la marque d'une rédaction liàtivo et d'une grande légèreté. Peu ou point d'historique ; beaucoup de règles formulées sans raison explicative. M. Brachet qui dans sa préface tourne en ridicule les décisions absolues des grammairiens, qui présentent leurs règles « comme les arrêts indiscutables d'un code pénal », n'est ici ni moins autoritaire, ni moins subtil que les autres. Chaque paragraphe est rempli de ces mêmes formules quil blâme si spirituellement : (c II faut dire, on ne doit pas dire, etc. » ; seulement elles sont appliquées trop souvent sans rédexion suffisante. Enfin l'exposition n'a pas sa lucidité habituelle et nombre de règles sont aussi obscures qu'inexactes. Sans indiquer ici les lacunes, ce qui serait refaire la syntaxe, je me contenterai d'observations de détail.
Première partie [Syntaxe des mots). — Au § 460, l'expression rapport de possession est employée dans deux sens absolument contradictoires; l'auteur rapproche les locutions telles que maison de Paul (et dans la note, mait'on à Pierre) où le second terme désigne le possesseur, des locutions telles que fusil à aiguille où le second terme désigne le pos-
NOUVELLE ORAMM.UBE FRANÇAISE 237
lé ', — g 406. D'npréa M, Brachel, il faut dire rkisloira ancienne et modfiiie (et non r/tisloire ancienne el moderne) parca qu'il faut m répéter l'article, si los adjecUis servent à qualifier d&î personnes ou dts choses diffcrenles w. Voilà une rédaction peu claire. — § 408. L'article Indéfini se remplace par la préposition de devant lej noraa précéiléi d'un adjectif (par exemple de bon pam]\ mais cot arlicle » persiste quand l'aiijectif suit le nom [rf« /«(/h ej:«//ew/). o Pourquoi? ' — § 410. a Si les noms (auxquels se rapporte l'adjoctifj sont de dilTéreaU genroi, l'adjectif prend ordinairement le masculin : !e roi el la rei/ie sont généreux. » Pourquoi ordinairement? N'est-ce pas une règle absolue du français? — § 47ô. La réj^Ie du gens, diîjà donnée ailleurs du reste, n'est pas à sa placo dans le cliapitre de l'adjectif. — % 477. n Placés après la nom, ils [nu et demi) s'accordent avec lui en genre et on nombre, h Cette règle est vraie pour un ; elle est fausse pour eUmi qui ne s'accorde pas en nombre avec lo mot qui précède ; Àiiil iieures et demie; cinq pieds el demi; demi s'accorde ici en réalité avec le substantif sous-eatendu pris au singulier ; liuil heures el demie, c'est-â-dire et une demi-heure ; qmlre pieds el demi, c'est-à-dire el un demi-pieil. — §489. Rien do plus obscur que les distinctions entre l'état, la fonction et la qualité des personnes. — § 491. « Lei adjectifs » possessifs so remplacent par l'article quan 1 il s'agit d'une cbose inséparable de la personne, et quand lo sens de la phrase indiqua clairement le possesseur : // s'est cassé le bras (et non pas : soa bras) ; mais il faut dire il a perdu sa fortune. Cette régie n'est juste ni dans la forme, puisque l'adjectif possessif son est remplacé par le pronom personnel se (s'est cassé) en même temps que par l'article, ni dans le fond, puijqu'on dit ; il joue sa têle, elle passa son bras sous le mien. — S 492. 1 Le nom de l'objet possède (quand il appartient à plusieurs pcru sonnes) so met au singulier si l'objet est possédé en commun : lepcre a el la mire attendaient leur voiture ; il se met au pluriel s'il y a autant » d'objets possédés que do possesseurs : les ambassadmrs attendaient » leurt voitures. » Comment appliquer cette règle à l'esemple qui suit : U pire et la mère attendaient leurs enfanls ? Que de subtilités, au lieu da dire simplement que l'objet possédé so met au sini^ulier s'il n'y en a. qu'un, au pluriel s'il y en a plusieurs! — § 49G. « Devant les mots > (c'est-à-dire les adjectifs fémin.j commençant par une consonne ou » une A aspirée, on fait varier l'adverbe lout (comme un simple adjectiQ • pour adoucir la prononciation : toute surprise, toute honteuse, n Voilà l'explication, bonne tout au plus pour les grammaires les plus suran-
■ M. Bricliot revUat ici eut une inlerpréUlion qu'il a d^jà donnée ailleurs : c'est Ijue UoliÈro • dit : empoiionatitr a» diable [lour tmpoitanniar dii diaUt. C'est uoa erreur -, dans les vers du Miianlkropt oii se lioure cette iaveciiva, elle ugnitia t/apaiianeeur {jui aillt) an diable !
nées, que donne Fauteur de la Grammaire historique et du Didmmti étymologique! — §§ 407-498 (règle de quelque). On est tout heureux do trouver là une de ces explications claires, précises et élégamment exposées auxquelles nous avait jadis habitués M. Brachet. — §499. La ligne consacrée à l'adverbe mêmes (avec s) est inutile et jette de l'obscurité dans la rèsrle.
La seconde partie [Syntaxe des propositions)^ dont le plan est pris à Diez, peut paraître neuve pour le grand public ; elle est intéressante, quoiqu'elle contienne, autant que la première partie, d'inconcevables étourderies. — § 521. D'après l'auteur, si l'on dit il a ac/teté une ferme et non achetée, c'est que acheté s'accorde avec un complément sousentendu : il a acheté cela, une ferme. Voilà les nouvelles théories delà nouvelle grammaire! Franchement, M. Brachet en a-t-il jamws persiflé de plus ridicules ? — § 540. Oà dans savez-vous oà vous allez eit un adverbe interrogatif, comme si l'interrogation n'était pas dans savezvous, comme si, dans la phrase que nous venons de citer, oà vous allez n'était pas absolument la même chose que dans cette autre je sais cù vous allez '. — § 544. c Quand la proposition participe se rapporte au r> sujet, et que celui-ci précède, on ne doit pas répéter le sujet devant ï> le verbe. Il ne faut donc pas dire : V enfant, ayant mangé des mets » empoisonnés, il mourut sur-le-champ. » C'est une question de ponctuation ; rien n'empêcherait on effet d'écrire : V enfant ayant mangé des mets empoisonnés, il mourut sur-le-cJuimp. — § 551. « Les verbes qui » ont le sens do nier, do douter, de supposer, de croire, prennent l'inw dicatif quand la négation, lo doute, la croyance s'affirme d'une w manière absolue {Paul ignore que Charles est bien malade; Je suppose » que vous m'avez compris, etc.). » D'après cela, on dirait : Je nie que vous i'ics venu, a Dans tous les autres cas, ils prennent le subjonctif {je » doute ([uil fasse beau ce soir ; je ne crois pas que Charles soit honw 7U'te, otc ). » Ainsi je doute n'exprime pas le doute d'une manière absolue! Et d'après la seconde partie de cette règle, on dira^ croirais volontiers qu' il soit parti \ je n irais pas vous voir, quand mêtne Je saurais que vous le dè.siriez (car M. Brachet range le verbe savoir parmi ceux qui ont le sens de nior, de douter, de supposer, de croire). En vérité, do telles négligences ne sont-elles pas de nature à discréditer la nouvelle méthode auprès des professeurs et des élèves ? — § 559. « Quand » la phrase exprime l'idée d'une condition quelconque (le verbe prin- » cipal étant au présent ou an futur de l'indicatif) le verbe de la prépow sitioa dépendante se met à Vimparfait ou au plus-que-parfait du » subjonctif [je ne croirai jamais qu'il eût osé le faire, si on le lui avait » défendu), d Alors cette phrase : je ne crois pas qu'il sorte si on le lui
* Déjà plus haut g 427, l'auteur avait énuméré de prétendus adverbes d'iuterrogatioQ '.pourquoi, combien^ etc., mais oH n'y figurait pas.
WS^hâ, est încorreuLu ? M. Bracliet ne voit-il pas quo le plus-que-parfait du subjoDctîf, dans la phrase qu'il cite, est dû A la circonstance quo la erbe de la phrase conditionnelle est au plus-que-parlait? — Arrêtons ici ces observalionj suggérées par une lecture rapide. Aussi bien, s'il fallait soumeilre cette troisième parité t un examen minutieux et scrupuleux, il ne resterait ù. peu prés rien debout do cette étrange syntaxe.
Arrivé au terme de cette longue analyse, nous devons résumer noire appréciation. Il faut louer dans le livre de M Bracliet l'intention qui est excellente ; il faut louer la clarté du style [qui cependant dans quelques parties laisse à désirer], la netteté du lan^a^e (bien quo cetto netteté soit parfois plui apparente que réelle) '. Il faut louer certaines pages écritej avec un remarquable talent ; il faut louer certains chapitres neufs et intéressants, bien que je n'en voie guère qu'un seul où il n'y ait rien à reprendre. Il faui louer la dispoiillon typoijrapliiquû, qui distingue intelligemment la règle do l'explication historique. Mais ies trop nombreux défauts qui déparent ce livre nuisent aux qualités réelles qu'il faut y rcconnaitre. En somme, des troij parties, la première {des lellrfs) est bonne, malgré de graves fautes ; !a seconda {rfes parlies du discours) Bit passable, le bon et le mauvais s'y équilibrent â peu près ; la troisième [si/iilaxs) est vraiment par trop défectueuse. L'œuvre, comme nous le disions au début, est donc très inégale. Nous regrettons un pareil résultat, qui peut porter préjudice à des études qui nous sont chères, et nous le regrettons d'autant plus que il. Drachet était capable, tréi capable de faire une œuvre excellente.
Un dernier mot. Dans les pages précédentes nous avons examiné le livre au seul point de vue scientifique, nous demandant si les règles grammaticales étaient exactes et si les explications historiques étaient Traies. Une autre question so pose encore : le livre do M. Bracliet est-il pratique? C'est aux professeurs qui l'ont en uiain ù répondre. 11 nous semble toutefois que, luéuie en laissant do ci^té les inexactitudes que nous avons signalées, il est loin de répondre au but qu'on se propose. Les règles sont trop insuffisantes pour que les élèves en aient uno idée exacte. Dans la liste du féminin des adjectifs, je ne trouve pas par exemple grecque, coUe, favorite, tierce, etc. La liste des pronoms et des adjectifs dé termina tifs est très incomplète, etc. Était-il possible de faire autrement ? Oui, certes ; et rien n'empêchait M. Brachet d'écrire un livre aussi complet que ceux de Noël et Chapsal, de Poitevin, de Boniface, etc., en y ajoutant les explications historiques qui donnent
■ M. Bracliel aimo géii^ralcmenl à danncr à sa pensée une forme ncits, aui con< (ours bieD drsâiaés et qui liisc [un jours qut'Ique ciio^e n l'eai-rit. C'esl uno exuelleiils qualité, mais qui peut eatiulacr il des erreura. Do U ces Etaiisliquca précises scbi- Utire» auiqueltes il ee complslt. Voir %% 1, 2, 11 , 86, 234, 197, etc.
Toriginc des règles. Il est à souhaiter que M. Brachet se remette an travail, et dans une nouvelle édition, en bonne partie refondue^ nous donno cette fois une grammaire substantielle et bien nourrie, qui soit une œuvre vraiment utile et durable ^
{Bévue entiçue, 1874, n» 51.)
' Quoique Timpression soit suffifamment correcte (comme il convient à un livre publié par la maison Hachette], il s'est glissé quelques fautes typojçraphiques que nous croyons utile de ^i^nalcr a Fauteur. P. 17, 3 lignes en remontant : «to/Za, lire mUa ; dernière ligne : ceho, lire cUbo ; p. 35, l. 10: ritiçute, façon, lire: /fffoa, rinçure; p. 71, l. 28 : § 150, lire § 149 ; p. 78, 1 14 : àpxi, lire àf^x* ; P- 93, l. 10 et 11 : l'usage mcderfie gui substitua ma, ta, sa, â Kon, ton, son, lire : I'ms. moi, qui subit, mon, ton, son à ma. ta, sa ; p. 97, l. 16 : celui [celle ^ f^f ]« lire : celui, celle, ceux ; p. 1*8, l. 10, supprimer les parenthèses ; p. 106, 1. 19 : subjouetivus, lire : sub' juncticus ; p. 108, I. 19 : rcverere, lire : revereri ; p. 118, l. 4, col. 2, lire : Finisse; p. 121, 1. 15 : hdbeas, lire : habebas ; p. 171, 1. 3 : tCé ant, lire : notant', p. 193, 1. k ; et, lire r</, etc.
Cours historique de langue irançaise : P De renseignement do noire langue : 1 fr. ; 2° Grammaire élémentaire : ^75 c. ; 3*^ Grammaire historique : 1 fr. 50, par Ch. Mâkty-Laveaux. Trois volumes, petit in-12. Paris, Lemerre, 18'74-1875.
Du Cours historique de la langue française^ dont M. Marty-La-veaux a entrepris la publication, les trois petits livres dont les titres précèdent forment un tout assez complet, pour pouvoir être ici examinés d'ensemble.
Le premier opuscule est comme la préface du Cours. Après un rapide exposé de Tliistoire des études grammaticales en France, Tauteur trace avec netteté et précision le programme d'un enseignement historique de la langue, enseignement qui doit comprendre, après la grammaire élémentaire, une grammaire historique, et divers traités sur l'histoire de la prononciation, de lorthographe, de la ponctuation, du vocabulaire, etc. Cet opuscule est rempli d'observations souvent neuves, toujours judicieuses et intéressantes, et chaque chapitre est comme le sommaire d'un livre à écrire. M. Marty-Laveaux commence à réaliser son vaste programme , en publiant la Grammaire élémentaire qui s'adresse aux commençants et la Orammaire historique écrite pour les élèves plus avancés. Le plan des deux livres est le môme ; ils ne diffèrent que par l'étendue des développements et des explications historiques données dans le second, qui quelquefois aussi apporte des corrections au premier.
Nous commençons notre analyse par la Grammaire élémentaire^ parce qu'elle sert de base à la Grammaire historique.
Les réformes hardies y abondent ; réformes qui ne sont pas faites d'une main téméraire, mais paraissent avoir été longuement pesées et mûries. Ce sont ces nouveautés qui donnent à cette petite grammaire son originalité et son cachet propre.
Nous remarquons d'abord l'inlroductioa du neutre, à côté du masculin et du féminin. M. Marty-Laveaux le retrouve dans cela, «n, il (de i7 pleut, etc.], le (au sena de cela), quoi, etc. Nous croyons cette nouveauté utile, parce que, conforme en général à l'histoire de la laofuo, elle simplifie l'exposition et l'explication de plusieurs riïgles*. Toutefois, quand M. Marty-Laveaux voit un neutre daaî k beau (ce t beau), etc., peut-étra va-tr-il trop loin. Logiquement le neutre y LS qu'on no dé-
', à un moment donué, I espagnol {el bello, îo
ordinaire, collectif.
autro
est, hiâtoriquomeiit et grammaticalement non, montre que, pour la forme, le beau neutre ait distinct de la beau masculin, comme il l'est bùllo).
La subdivision du nom commua en abstrait, indélini, diminutif et composé, quoique asiez peu heureuse d'exposition, puisqu'elle réunit deux groupes divers de uoms, fondés, l'un sur la signiûcation (noms collectifs, abstraits, indélinisj, l'autro Bur la forme [diminutifs, composés], est au fond juste et utile. Elle met aussi de rattacher au nom certains prétendus pronoms indél tels que on etpcrsoniiô.
L'adjectif est divisé en adjectif qualificatif, adjectif numéral et adjeotif pronominal ; la théorie de ce dernier est ramenée à ccUe du pronom, qui se divise en pronom personnel et adjectif déterminalif [le, la, les), en pronom et ai^eclif possessifs, pronom et adjectif démonstratifs, pronom et adjectif relatifs et interrogatifs, pronom et adjectif indélinis. Cette division est ingénieuse et simple. Ce qu'elle offre de plus révolutionnaire, c'est la place qu'elle fait â l'article, rattaché intimement au pronom personnel le, la, les. Cotte manière de voir est discutable : élymologiqitemeiit elle est vraie, hisloriquement, non. L'article et le pronom personnel viennent bien tous deux de Ulum, illam, illos ; mais la langue, en conservant au pronom Hlutn sa valeur latine, en a d'un autre oûté atténué la signification primitive pour en faire un démonstratif Iris effacé, emploi nouveau qu'ignorait le latin. Dans voyes-vous le rot? je h vois, le mot le a deux fonctions absolument distinctes. Il y a donc li en somme deux mots différents, et ce n'est pas tenir compta de t'hi^toire de la langue que de chercher à les rapprocher, sous prétexta qu'à l'origine ils étaient ideutiques. C'est commettre l'erreur du lexicographe qui ne voudrait voir dans bureau (drap) et bureau [meuble de travail] qu'une seule et mémo chose, pai-co que, élymologiquement, c'est on seul et mémo mot. C'est l'écueil de la grammaire comparée d'oublier le développement qu'ont pria les formes grammaticales, pour n'en voir que les points de départ, sans songer que des formes, unes à l'origiite,
■ M. &I«rly-LsTcai mot* EDut maEculius