GŒTHE LE GRAND
de raison. S'il se fait caresser, je le loue ; et bien plus, s'il la caresse. Elle le tente. Elle prétend l'émouvoir ; elle fait l'innocente. J'admire la sagesse de Gœthe, qui prend de cette jeune vie tout ce qu'il en peut respirer encore, jusqu'au moment où elle l'embarrasse, jusqu'au point où la douceur se fait trop verte, et la verdeur amère. Pourtant, s'il ne l'eût quittée qu'après en avoir épuisé la délicieuse amertume, je ne l'en vanterais que d un cœur plus libre et plus content.
0 merveilleuse jeunesse. Qu'au moins le grand poète garde, jusqu'à l'instant de mourir, la jeunesse de l'âme, ce don de poésie qui est la raison suprême de vivre. Il meurt, et ne rend pas les armes. Le vieux Saiil pleure du sang, tandis que l'enfant David, le pâtre aux yeux rieurs et tendres, lui joue de la harpe en chantant : à ce chant, le vieux roi a senti qu'il n'est plus poète.
Pour le vrai poète, c'est la poésie qui fait toute la vie. Et mieux vaut quitter la vie, que si la poésie nous quitte.