‹ Remarques sur l'anatomie des cétéces de la division des BalénidesChapitre 42 sur 57 · REMARQUES SUR LA CLASSIFICATION DES BALÉNIDÉS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA CLASSIFICATION DES BALÉNIDÉS

Cuvier réunissait sous la dénomination commune de Cétacés non-seulement les mammifères que l’on appelle encore de ce nom, c'est-à-dire les Cétacés ordinaires, soit Balénidés, soit Cétodontes,

mais aussi les Sirénides dont il faisait une simple famille de son

ANATOMIE DES CÉTACES. 133

huitième ordre appelée par lui les Cétacés herbivores. Cette manière de voir a été longtemps adoptée par les auteurs. Cependant de Blainville avait fait remarquer, dès 1816*, qu'elle ne rend pas un compte exact des affinités des Sirénides.

Ces animaux, qui répondent à l’ancien genre Wanatus de Linné, actuellement divisé en trois genres, les genres Lamantin, Dugong et Rytine, sont bien, comme les Cétacés véritables, privés de membres postérieurs ; ils ont aussi leur apparence pisciforme, étant destinés comme eux à la vie aquatique, mais l’ensemble de leur structure anatomique les rattache aux Proboscidiens et aux Porcins, et en réalité ils ont plus de ressemblance avec ces quadrupèdes qu'ils n’en ont avec les Baleines et les Dauphins, et il paraît plus naturel de les considérer comme une branche spéciale de la grande division des mammifères à sabots destinée à vivre dans l’eau. Leur mode d'existence, qui comporte une forme particulière des organes du mouvement, rend compte de la ressemblance extérieure qu'ils semblent avoir et qu'ils ont en effet, mais à certains égards seulement, avec les Cétacés proprement dits, animaux qui sont encore plus complétement aquatiques. En réalité leurs affinités les associent à un groupe naturel tout autre que celui de ces derniers. Les observations nouvelles dont les Sirénides ont été l’objet sont venues justifier la séparation de ces animaux d'avec les Cétacés, et l'étude des fossiles laissés par eux dans les terrains tertiaires a aussi conduit au même résultat.

Lorsque l’on compare les Cétacés à fanons avec les Cétacés pourvus de dents persistantes et sans fanons, c'est-à-dire les Balénidés ou Mysticètes avec les Cétodontes appelés aussi Denticètes, on est conduit à se demander si ces deux sortes de mammifères aquatiques

doivent être rapportés à un seul et même ordre ou si les caractères

4. Prodrome d’une classification méthodique des animaux inséré dans le Bullelin de la Sociélé philomatique.

qui les séparent l'une de Fautre ne sont pas au contraire supérieurs en importance à ceux que l’on observe d'ordinaire dans les animaux appartenant à une même série naturelle. La conformation du crâne, la disposition scutiforme du sternum, toujours d'une seule pièce osseuse, se joignent chez les Balénidés à la présence des fanons et à l'avortement constant du système dentaire pour montrer qu'il existe entre ces animaux et les Cétodontes des différences considérables ; or la valeur de ces différences est telle, qu’elles ne laissent pas supposer une condition intermédiaire et de passage reliant les mammifères dont il s'agit les uns aux autres. On ne voit pas en effet que la double série de leurs espèces, étudiée au point de vue de la succession chronologique, se rattache à un type primordial commun qui les aurait précédées dans le temps. La considération du cerveau vient encore ajouter aux arguments qui plaident en faveur de la séparation radicale des deux sortes de Cétacés, et si l’on n'accepte pas que les Balénidés constituent un groupe différent de celui des Cétodontes ayant la valeur d’un ordre à part, on doit cependant reconnaître qu'ils sont aussi différents de ces animaux que les Lémures, par exemple, le sont des Singes, les Chéiroptères des Insectivores ou les Léporides des Rongeurs proprement dits.

11 y a évidemment lieu de distinguer plusieurs genres parmi les Balénidés, et déjà Lacépède et Cuvier en reconnaissaient deux sous les noms de Balæna et de Balænopteru.

Les PBalæna dont nous avons rappelé les caractères principaux au commencement de ce travail ont été divisés par M. Gray’ en cinq groupes auxquels ce savant naturaliste attribue également une valeur générique sous les noms suivants :

1° Balæna pour le Balæna mysticetus auquel M. Gray associe, mais

à tort, la Baleine de Biscaye;

%. Calal. British Museum, 1866.

2° Eubalæna, pour les Balæna australis (la Baleine du Cap de Cuvier) et Sieboldii ;

3 Hunterius, pour le Balwna australis de Temminck (Balæna Temminkii), qui diffère de la Baleine du Cap, de Cuvier ;

h° Caparea, pour le Balæna antipodum :

Et 5° Macleayius, genre établi sur l'examen d’une région cervicale à atlas séparé, qui est conservée au Musée de Sidney et dont M. Gray possède une photographie que lui a envoyée M. Krefft”.

M. Gray réunit aussi aux Baleines proprement dites, dont il fait une famille à part sous le nom de Balænide le genre éteint établi par M. Seeley sous le nom de Palæocetus*. C’est un Cétacé connu seulement par une portion de sa région cervicale et qui n'aurait que trois des vertèbres soudées : l’axis et les deux suivantes. La présence de grands trous existant dans les apophyses transverses pour le passage de l'artère vertébrale montre d’ailleurs bien qu'il s’agit ici d’une espèce de Balénidé et non d’un Cétodonte. La taille de l'animal parait peu différente de celle des petites Baleines miocènes que nous avons citées dans l’'énumération des fossiles de ce groupe d’après des pièces provenant de Belgique; mais la forme, la soudure des vertèbres observées et l'épaisseur plus considérable de ces vertèbres éloignent l'idée que ce fragment puisse provenir d’un Plésiocète véritable.

M. Clark, directeur du Musée anatomique de Cambridge, a bien voulu me faire parvenir un modèle en plâtre de la pièce type du Paléocétus *.

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