Geol. Journ. 1865, av. fig
3. On devra peut-être attribuer à un Cétacé peu différent de celui dont il est question ici, un atlas provenant du folun de Salles (Gironde) qui a été donné au Musée de Bordeaux par MM. Germain et Gassis. Le Directeur de ce Musée, M. Souverbie, a eu la complaisance de me le communiquer pour en faire un moule * destiné aux collections du Muséum, ce qui me permet
de dire ici quelques mots.
Cet atlas, qu'on pourrait être tenté, au premier abord, de rapporter à quelque Probosci-
* Catalogue 71, n° 356.
Si le Palæocetus Sedgwicki appartient bien à la division des Balénidés, ce que je suis porté à admettre, cette espèce compte avec le Balæna primigenia de M. Van Beneden, répondant au genre Protobalæna de M. Dubus, parmi les plus anciens Cétacés de ce groupe; mais elle n'aurait pas, comme cela a lieu pour les Prolobalæna aussi bien que pour les Baleines proprement dites, toutes les vertèbres cervicales synostosées, et sous ce rapport elle se rapprocherait jusqu'à un certain point des Balénidés à nageoire dorsale dont un des caractères princi-
paux est d'avoir les cervicales séparées.
dien, attendu qu'il a l'épaisseur de cet os pris chez ces derniers animaux, est large de 0",21 environ et haut de 0",46; il mesure 0",08 d'avant en arrière. Son trou rachidien diffère par ses contours de celui des mammifères à lrompe, et s’ila une longueur antéro-postérieure relativement plus considérable que l’atlas des Cétacés, c’est de celui-ci qu’il se rapproche par l'absence de la grande perforation ouverte dans les apophyses transverses pour le passage de l'artère vertébrale; et, par le détail de sa forme, il ne se laisse pas assimiler à celui des genres éléphant, Mastodonte ou Dinothérium, avec lequel on aurait pu lui supposer de l'analogie. Le trou bilatéral destiné à ‘ l'issue de la première paire nerveuse et des vaisseaux qui l’accompagnent y est de moindre dimension que chez les Proboscidiens et d’une apparence plus semblable à ce que l’on voit chez les Balénidés, plus particulièrement chez le Képorkak, et il est beaucoup plus épais et sensiblement plus grand que l’atlas de Squalodon signalé et figuré par M. Van Beneden* comme trouvé au même lieu, ce qui empèche de l’attribuer à ce genre. Chezcelui-ci d'ailleurs, la première paire sort par une échancrure et non par un trou, et cette échancrure reste marginale. L'atlas provenant du falun de Salles que m'a confié M. Souverbie a aussi quelque ressemblance avec celui d’après lequel M. Gray établit son genre Weganeuron d'après la photographie d'une pièce conservée à Sidney, que M. Krefft a envoyée à plusieurs naturalistes et dont il m'a également adressé une épreuve; mais il n’a pas absolument la même apparence et en outre nous ne connaissons pas l'épaisseur de l’atlas du Méganeuron. Les trous rachidiens, comparés entre eux, diffèrent également à cerlains égards, ce qui doit faire rejeter toute idée d'une identité générique *. Quoique l’atlas du falun de Salles paraisse provenir d’un Balénidé plutôt que de tout autre groupe et que l'épaisseur proportionnellement un peu plus grande que d'habitude des vertèbres connues du Paléocétus autorise à rapprocher aussi cet atlas, qui est également très-épais, du groupe zoologique indiqué par ces vertèbres, je suis bien éloigné de prétendre décider dès à présent de la classification de l'animal qui l'a fourni. Tant de points restent encore à élucider dans l'ostéologie des Cétacés fossiles et même dans celle des Cétacés aujourd’hui existants qu'il me paraitrait imprudent de pousser plus loin les rapprochements qui viennent d’être indiqués. * Mém. Acad. ». de Belgique, t. XXXIX, pl. 11, fig. 2. Cette pièce ne serait-elle pas plutôt du gisement de Leognan. C'est comme originaire de cette localité que M. Van Beneden me l'a signalée lorsqu'il m'en a remis un moule. ** J'ai communiqué à M. Van Beneden le moule de l'atlas trouvé à Salles dont il est ici question. Mon savant
ami l'attribue à son Plesiocetus Burtini, qui aurait alors pour earactère d'avoir cet os plus épais que ne l'ont les Plésiocètes ordinaires et leurs analogues actuels, c'est-à-dire les Balénoptères rostrés.
Le Muséum ne possédant que les squelettes de trois espèces de Balénidés à grands fanons, c'est-à-dire de véritables Baleines, les Balæna myslicelus, australis et antipodum, nous n'avons pas les éléments nécessaires pour juger de la valeur des différents genres que M. Gray a établis dans cette division des Balénidés; mais, toute réserve faite à propos du Balæna biscayensis' qui ne paraît pas devoir être associé génériquement au Balæna mysticelus, il nous semble évident que ce dernier doit être classé dans un autre genre que les Balæna australis et antipodum.
Les particularités qui séparent le Balæna mysticetus du Balæna antipôdum sontdes plus faciles à saisir si lon compare les deux exemplaires de ces espèces, montés l’un auprès de l'autre dans la cour du Cabinet d'anatomie comparée. La forme générale de la tête, l'étroitesse et l'allongement de la partie faciale, les courbes de la mâchoire inférieure, certaines particularités de détails tirés des vertèbres, principalement de leurs épiphyses traverses, enfin la constitution des membres antérieurs envisagés surtout dans leur partie digitale, tout cela est sensiblement différent et justifie assez bien la distinction des deux genres Balæna et Caparea.
11 semble au contraire que les Balæna australis (g. Eubalæna, Gray) et antipodum (g. Caparea, id.) ont entre eux plus d’analogie, et si j'avais à parler du genre Hunterius, qui n’est pas représenté dans nos Collections, je proposerais aussi de le séparer de celui dont la Baleine franche (Balæna mysticelus) reste encore le type unique.
En ce qui concerne la classification sériale de ces animaux, il paraît évident que la Baleine franche (Balæna mysticetus) doit prendre ang en tête du groupe qui nous occupe et qu'il ne faut placer
qu'après elle la Baleine australe ainsi que la Baleine de Biscaye.
1. M. Gray, qui attribuait aussi à son genre Balæna le Balæna marginata, des côtes de l'Australie, l'en sépare maintenant sous le nom générique de Veobalæna, distinction à laquelle il a été conduit par un examen plus complet de cette cspèce.