Rondelet, {istoire entière des Poissons, p
échapper l’occasion qui s’offrait à lui de s'assurer des caractères véritables de la Baleine des Basques, lorsqu'en janvier 1554 il fut averti, par les journaux’, de la capture qu'on venait de faire sur la côte de Saint-Sébastien, d’une jeune Baleine de la division des Baleines proprement dites. La mère avait réussi à s'échapper, mais le Baleineau avait été pris et l’on avait conservé la presque totalité de son squelette. M. Eschricht se rendit à Saint-Sébastien pour recueillir des documents relatifs à ce Cétacé, et il fit l'acquisition de son squelette pour le Musée de Copenhague. Une Note du même savant rend compte, à l'Académie des sciences, de ces premières études, relatives à la Baleine des Basques ou Baleine de Biscaye*.
De même que la Baleine de Biscaye, la Baleine franche (Balæna myslicetus) est devenue moins abondante à mesure qu'on l’a poursuivie d’une manière plus active et que lon a perfectionné les moyens de destruction employés contre elle. Habitant des régions plus septentrionales, elle a toutefois résisté plus longtemps; mais aux Scandinaves qui la poursuivaient d’abord presque seuls, sont venus se joindre les Hollandais, les Anglais, les baleiniers de plusieurs de nos ports ainsi que les Américains ; aussi est-elle devenue si rare, que la pêche en est presque entièrement abandonnée de nos jours.
On ne possède dans les Musées d’Anatomie comparée qu'un petit nombre de squelettes adultes de ce gigantesque mammifère, cinq seulement, et il n’est pas douteux qu'il ne devienne chaque jour plus difficile de s’en procurer de nouveaux. IIS proviennent des pêcheries de Holsteinborg, colonie danoise située sur la côte méridionale du Groënland, et ont été envoyés par les correspondants du Musée universitaire de Copenhague, après avoir été dégrossis sur place. Le premier en date est celui d’un mâle expédié par feu M. Holboll, natu-
A. Ces journaux lui avaient été communiqués par M. Geffroy, alors professeur à la Faculté
des lettres de Bordeaux.
2, Comptes rendus, t. L, page 924: 1860.
raliste zélé, auquel MM. Eschricht et Reinhardt sont redevables de tant de matériaux précieux, relatifs aux Cétacés des régions polaires, dont ils ont tiré un parti si profitable pour la science. Après avoir figuré pendant quelque temps au Musée de Copenhague, ce premier squelette, aujourd'hui remplacé dans le même établissement par deux autres, l’un de sujet mâle, l’autre de sujet femelle, a été cédé au Musée de Bruxelles. Un quatrième, reçu en 1863, se voit à Londres dans le Musée Huntérien; M. Flower a donné quelques indications à son égard’. Le cinquième, dont la capture remonte à 1867, appartient à l'Université catholique de Louvain; il a été décrit et figuré par M. Van Beneden dans l'Ostéographie des Cétacés. Comme on le voit, il y avait urgence pour le Muséum à se procurer aussi un squelette de Baleine franche ; c’est pourquoi, lors de mon séjour à Copenhague, en septembre 1869, je priai M. Reinhardt de faire réserver pour nos collections le premier qui lui serait signalé. Ma demande, accueillie d’ailleurs de la façon la plus gracieuse, mais sans que j'eusse l'espoir de la voir bientôt se réaliser, n’a pas tardé à être couronnée d’un plein succès, et, dès le 2 octobre suivant, mon savant collègue m'écrivait que, par un heureux hasard, il venait précisément de recevoir un nouveau squelette de la Baleine du Groënland et qu'il le mettait à ma disposition pour le compte de notre administration. Celle-ci s'empressa, comme on le pense bien, de voter les fonds nécessaires pour cette utile acquisition. Ce squelette, le sixième que l’on devra aux naturalistes danois, est celui d’un mâle adulte ; il est complet et, malgré les difficultés considérables qu'entrainent le nettoyage ainsi que le dégraissage d’une pareille pièce, il est maintenant placé sous les yeux du public, auprès de celui de la Baleine de la Nouvelle- Zélande, et à peu de distance de la salle où se trouve la Baleine du cap
de Bonne-Espérance. M. Reinhardt me mande, dans une de ses der-
1. Ray Society : Recent Memoirs on the Cetacea, p- 1449; 1866. VII. 40
nières lettres, qu'il craint bien que ce squelette ne soit le dernier de ceux qu'il lui aura été possible de procurer aux Musées d'histoire naturelle, la colonie de Holsteinborg ne possédant plus personne qui veuille se charger de pareilles préparations.
On me permettra de remercier publiquement ici le savant professeur auquel nous devons cet objet scientifique d’une si grande valeur et d'ajouter que le Muséum a également reçu, grâce à l'intervention de M. Reinhardt, le crâne du Képorkap, celui du Pseudorca crassidens, celui de l'Orca Eschrichti, le squelette des Lagenorhkynchus albirostris et Eschrichti, le crâne du Marsouin du Groënland, un Varval à deux défenses, ainsi que des fœtus de l’Æyperoodon et du Beluga, qui permettront d'exécuter pour nos galeries les curieuses préparations anatomiques relatives à ces deux espèces qui ont fourni à MM. Eschricht et Reinhardt un de leurs plus intéressants Mémoires.
D'autres matériaux recueillis antérieurement à ceux dont il vient d'être question, mais que Cuvier n'a pas connus ou qu'il ne possédait pas encore lorsqu'il a écrit son ostéologie des Cétacés, se rapportent au groupe des Rorquals. Les plus importants sont les crânes ainsi qu'une partie des squelettes de deux Cétacés de ce groupe (Balænoptera musculus), Vun échoué près Bayonne, à l'embouchure de l'Adour, en 1825, l’autre dans le voisinage d’Abbeville, à l'embouchure de la Somme, en 1827. Un squelette entier, appartenant à la même espèce, est celui d'un exemplaire long de 13 mètres, pris à Saint-Vigor (embouchure de la Seine), en 1847.
On doit séparer de cette espèce, qui répond plus particulièrement au Mysticète d’Aristote et au Husculus de Pline, puisqu'elle paraît être la seule qui pénètre dans la Méditerranée, un Rorqual de moindre dimension, qu'Othon-Frédérie Muller et Othon Fabricius en avaient d’ailleurs déjà distingué. C'est le Balæna rostrata de ces auteurs, aujourd'hui Balænoptera rostrata que Lacépède à décrit sous le nom d’acuto-
rostrata, et que M. Knox à nommé Rorqualus minor, parce que c’est en
effet le moins grand de tous les Balénidés existants. Le squelette qu’en possède le Muséum a été envoyé de Berghen (Norvége) en 1845. Il faut aussi attribuer à la même espèce un exemplaire fort jeune qui fut pris au commencement de l’année 1861 sur les côtes de Bretagne.
Celui décrit par Lacépède n'a pas été conservé; il provenait des environs de Cherbourg. Il n’en a pas été de même du précédent; nous n'avons qu'une partie de son squelette. mais la peau à été montée pour les galeries de zoologie. Comme l'animal était encore frais et intact lorsqu'il a été reçu au Muséum. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en a fait faire, par M. F. Bocourt, deux dessins qui font partie de la collection des vélins et que nous reproduisons dans ce Mémoire. Deux moulages de la moitié antérieure du corps du même Cétacé ont pu être exécutés, et MM. Serres et Gratiolet ont étudié le cerveau ainsi qu'une partie du système vasculaire du même sujet, ce qui a donné lieu aux trois Mémoires qu'ils ont présentés à l’Académie des sciences pendant la même année".
Certains fossiles des terrains tertiaires moyens et supérieurs, provenant de diverses parties de l'Europe, telles que la Crimée, l'Italie, le Portugal, la France, l'Allemagne, la Belgique, la Hollande et lAngleterre, ont évidemment été laissés par des animaux de la même famille, soit Baleines à grande tête, soit Rorquals, et ont donné lieu à différentes publications. Quelques auteurs croient que lon peut, y reconnaître des genres différents de ceux d'à présent. et ils ont donné à ces genres le noms de Protobalæna, Cetotherium et Plesiocetus. Nous parlerons plus loin des pièces provenant de ces Cétacés fossiles que possède le Muséum.
D’autres ossements de Balénidés que l'on trouve également
enfouis dans le sol ne sont pas susceptibles d'être distingués de ceux