‹ Remarques sur la faune des iles Saint-Paul et Amsterdam, suivies d'une description des mollusques testacés de ces deux ilesChapitre 6 sur 38 · IIT. L'ILE SAINT-PAUL · texte numérisé non relu

IIT. L'ILE SAINT-PAUL

1° Description zoologique.

Saint-Paul est une ile essentiellement volcanique. Sa forme, tout à fait caractéristique, l'avait indiqué depuis longtemps, car bien avant les descriptions si précises de M. de Hochstetter, dont j'ai parlé en commençant, on la regardait déjà comme le type de toutes ces îles volcaniques dont le cratère se trouve envahi par les eaux marines : Santorin dans l’Archipel grec, l’île de la Déception dans les New- South-Shetland, l’île de Palma, Barren-Island, etc. Elle se présente sous deux aspects bien différents suivant qu’on l’aborde par le sudouest ou par le nord-est. Dans la première de ces deux directions, elle apparaît comme une terre assez surbaissée, courant du nord-ouest au sud-est, arrondie à chacune de ses extrémités et terminée à sa partie supérieure par une arête rectiligne, de telle façon que, vue de loin, elle représente assez bien un gigantesque tronc de cône très-étalé. Dans le bas, en s’approchant, on distingue une ceinture de falaises noires, très-uniformes, contre lesquelles la mer brise sans cesse : l'île est inabordable de ce côté. Rien de semblable sur le revers opposé : là, en effet, deux grandes falaises triangulaires, complétement à pic sur toute leur hauteur, courent à la rencontre l’une de l’autre, et laissent entre elles une échancrure étroite au travers de laquelle on aperçoit un vaste bassin circulaire, entouré par des murailles de 200 mètres de haut. C’est là un ancien cratère de volcan, dans lequel la mer a pénétré par suite d’une large brèche qui s’est ouverte dans sa paroi, vers le nord-est.

Sa forme générale est si particulière, que toutes les cartes publiées, même les plus anciennes et les plus imparfaites, en donnent une idée exacte. On peut se la représenter suffisamment en imaginant un triangle isocèle, traversé en son milieu par un cercle d’un rayon de 600 mètres, inscrit tangentiellement à la base. Elle ne s'élève guère que de 250 mètres en moyenne au-dessus de l'eau, et son contour extérieur n’a pas plus de 5 milles marins, Ses dimensions sont donc

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bien restreintes, par rapport à l'immense étendue des eaux qui l'entourent.

Livré maintenant sans défense à l’action destructive d'une mer sans cesse agitée, ce rocher isolé est assurément destiné à disparaître, si les forces éruptives qui l'ont fait surgir ainsi, au milieu d’un vaste océan, ne se remettent en jeu. Chaque année, en effet, pendant la mauvaise saison, de mars à novembre, les grandes lames qui, soulevées et poussées par les vents, se propagent en toute liberté au travers des 2 000 lieues qui séparent l'Afrique et l'Australie, ne rencontrant que cet ilot comme obstacle, viennent déferler contre lui avec une violence inouiïe et leurs effets ne sauraient mieux se comparer qu'à ceux d’une formidable artillerie. Sous ces efforts répétés, les longues alternances de laves et de scories qui constituent ses falaises, déjà fissurées dans tous les sens, se dégradent facilement, et des éboulements considérables se produisent : la forme primitive de l’île se trouve être ainsi déjà bien modifiée.

Ce devait être autrefois une haute montagne très-étalée, s'élevant régulièrement du sein de l'Océan profond, et percée à son sommet d'un vaste cratère qui la traversait pour ainsi dire de part en part : son arête supérieure très-régulière, complétement à pic vers l’intérieur, S’abaissait au contraire de tous côtés vers l’extérieur, sous des pentes de 12 à 15 degrés ; sa base était alors de forme rectangulaire. Une large fissure qui se produisit, presque suivant une des diagonales de ce rectangle, du nord-ouest au sud-est, détermina plus tard l’affaissement de toute la partie du nord-est et l’île prit la forme triangulaire que nous lui connaissons.

Le relief sous-marin, autour de l'ile, accuse encore très-nettement cette forme primitive : en effet, tandis que du nord au sud, en passant par l’ouest, les grands fonds sont très-rapprochés de terre, on remarque, au contraire, dans l’est un vaste plateau qui doit son existence à la partie maintenant affaissée sous les eaux.

Les hautes falaises, taillées à pic, qui terminent brusquement l'île dans celte direction, doivent être considérées comme la lèvre orientale de cette cassure ; l'enceinte du cratère était encore continue au moment où elle se produisit, mais l'arête de rochers qui seule protégeait encore la bouche volcanique contre l’envahissement des flots, impuissante pour résister aux efforts répétés des vagues, s’effondra bientôt à son tour, et ses débris emportés et roulés par la mer vinrent s'accumuler en travers de l’échancrure ainsi formée. Les forces

LA FAUNE DES ILES SAINT-PAUL ET AMSTERDAM. 27 volcaniques ne s’y traduisaient plus déjà à cette époque que par des sources thermales que nous avons tout lieu de supposer plus abondantes que celles qui sont encore si nombreuses à l'époque actuelle, et ce cratère, que remplissaient autrefois seules les laves incandescentes, devait alors donner l’image d’un lac profond et tranquille, sans communication directe avec la mer : c’est là, du moins, ce que laissent à penser les descriptions des anciens navigateurs qui du dixseptième au dix-huitième siècle, ainsi que nous l'avons déjà dit, vinrent souvent atterrir sur l’île. L'un d’eux, Godlob Silo, par exemple, en 1754, après avoir décrit, entre les deux falaises qui bordent l’échancrure, une digue formée de galets et de blocs accumulés, large de 60 pas, haute de plus de 25 pieds, mentionne au delà un lac d’eau saumätre, rempli de poissons. Cette existence d’une grande digue continue, séparant complétement l’intérieur du cratère de la mer qui l'entoure, avait été du reste affirmée plus d’un siècle auparavant par van Vlaming, qui fut obligé de faire passer ses embarCations par dessus, pour pouvoir explorer un lac intérieur, dont la merveilleuse beauté l'avait séduit.

Plus tard, vers 1780, un coup de vent d'une extrème violence, soulevant la mer, rompit la digue en son point le plus faible et, rejetant les galets dans l’intérieur du cratère, mit ainsi en communication le lac avec l'extérieur. Depuis l’époque oùelle s’est ainsi produite, cette passe ne semble pas s'être modifiée : sa profondeur est toujours restée la même, etles courants violents qui s’y produisent au moment du flux et du reflux semblent impuissants pour la creuser davantage. Tous les sondages, même les plus anciens, y accusent en effet invariablement la même profondeur, c’est-à-dire moins d’un mètre aux basses eaux.

Mais il n’en est pas de même pour les falaises qui limitent cette ouverture, car elles se dégradent sans cesse et la distance qui la sépare s'augmente annuellement. Nous avons été témoins pendant notre séjour des éboulements nombreux qui s’y produisent par les gros temps, el qui permettent de prévoir que, dans un avenir plus où moins éloigné, ses pointes étant abattues, l’île prendra la forme d’une sorte de fer à cheval ouvert à l’est : puis, le travail de désagrégation et de démantèlement s'accentuant de plus en plus, il ne restera plus que des débris informes de cette cavilé si vaste, si régulière, et l'île, n'étant plus représentée que par un rocher inaccessible, reviendra ainsi à sa forme primitive jusqu'à ce que ce dernier témoin disparaisse à son tour.

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L'histoire géologique de ce volcan nous le montre, en effet, émergeant d’abord, à la suite de violentes éruptions sous-marines, sous forme d’une montagne trachytique irrégulière que viennent bientôt recouvrir des ponces et de nombreuses projections; puis ce premier massif s’est entr'ouvert et des filons de dolérite sont arrivés au jour ; enfin, des laves apparaissant, l'île prit l'aspect cratériforme qu'elle a conservé. Telles sont les phases qui se sont succédé, pour constituer tout ce massif dont l’origine n’est pas très-ancienne.

M. de Hochstetter (op. cit., p. 54) n’a pas manqué de mentionner tout l'intérêt que présente, à ce point de vue, l'étude des falaises qui se développent dans le nord-est en face de cet îlot isolé, qu'on nomme le Nine-Pin. Là seulement on peut voir dans leur ordre*de succession tous les produits de ce centre éruptif. C’est dans le nord de la petite baie, où viennent en foule accoster les manchots, et, plus loin, dans une suite de petites criques d’accès difficile, même par les temps calmes, à cause du ressac continuel, que se trouvent les roches les plus anciennes, celles qui ont marqué le début des éruptions, et qu’on peut appeler, en quelque sorte, fondamentales. Ces roches sont de nature trachytique; ce sont des rAyolithes grisâtres ou de couleurs claires, à texture compacte, absolument adélogènes, qui tantôt se présentent en masses énormes irrégulières, sans délit apparent, et tantôt prennent, au contraire, une disposition zonée, une structure schisteuse telle, qu’au premier abord on serait tenté de leur attribuer une origine exclusivement sédimentaire. L'analyse microscopique y décèle, au milieu d'une pâte amorphe très-développée, quelques cristaux clair-semés de feldspath et de pyroxène, avec de la silice libre, amorphe (opale) ou cristallisée (tridymite), en proportion notable. Ces roches, très-siliceuses, épanchées en grande partie sous les eaux, portent maintenant la trace d’altérations énergiques qui se sont faites, non-seulement au moment de leur émission, mais même depuis leur solidification complète, car elles ont été traversées dans tous les sens, depuis leur formation, et par des émanations gazeuses qui se sont fait jour à travers de nombreuses fissures, et par des sources geysériennes, dont le principal effet a été d'augmenter encore, dans une proportion considérable, leur teneur en silice ; si bien que, sur les parois des conduits véritables qui ont livré passage à tous ces dégagements, la roche trachytique a fait place à un véritable silex molaire compacte ou légèrement caverneux, tous les alcalis ayant complétement disparu.

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Ges rhyolithes, grâce à des oxydations multiples, se teintent parfois des couleurs les plus vives, variant du jaune pur au rouge vif; elles affleurent sur tout le littoral, depuis l’extrémité de la baie des Manchots jusqu’au grand éboulis du Nord, c’est-à-dire sur une longueur de 700 à 800 mètres. Les galets, les sables des plages, au pied de leurs affleurements, sont presque uniquement formés de leurs débris ; elles donnent également lieu en mer à ces petits ilots isolés, très-rapprochés de terre, qu’on nomme les îlots du Milieu, mais nulle part ailleurs on ne les voit en place.

Ces roches ainsi cantonnées s'élèvent peu dans les falaises, dont elles ne forment pour ainsi dire que la base ; à une hauteur moyenne de 10 à 15 mètres, on les voit recouvertes par des amas ponceux, auxquels succèdent, sur une épaisseur considérable, des couches de trass feldspathiques pulvérulents d’un blanc éclatant quand ils sont intacts, mais nuancés le plus souvent de couleurs bariolées. Là encore les altérations que je viens de signaler se retrouvent très-profondes, très-manifestes, surtout dans les parties supérieures. La roche tufacée, qui, primitivement, était incohérente, onctueuse, douce au toucher, devient par places rude, résistante et passe, par des variétés compactes, à de véritables silex zonés à cassures conchoïdes, dans lesquels on peut encore retrouver les lignes de stratification des trass. Ce sont là au premier chef des produits d’éruptions sous-marines.

Ainsi, autour des dykes de rhyolithes qui avaient surgi du fond de l'Océan, et qui émergeaient à peine, des projections de matériaux pulvérulents s’effectuaient lentement, sans violence, et s’étalaient en nappes continues au-dessus de ces îlots primitifs qu’elles finissaient par recouvrir.

Puis les projections devinrent tumultueuses et changèrent alors de nature : aux trass blancs succédèrent de nouveaux tufs ponceux, différant des précédents et se présentant sous forme de conglomérats, où les fragments de ponces se trouvent être accompagnés de boules d’obsidienne (marékanite et perlite) et de fragments plus ou moins volumineux des roches primitivement formées, rhyolithes et trass silicifiés. Ces tufs forment maintenant tout le fond de la baie des Manchots ; on les voit là, sur une épaisseur de 40 à 50 mètres, donner lieu à une longue série de couches régulièrement stratifiées, adossées contre les rhyolithes et s’inclinant vers le sud-est sous un angle qui varie de 40 à 25 degrés. Quant aux trass, ils forment pour ainsi à eux seuls la plus grande partie de l’abrupte des falaises qui font face aux

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ilots du Milieu, et leur accès n’est pas facile ; c'est seulement par les sommets qu'on peut les atteindre, en s’exposant toutefois aux plus graves dangers, car ces roches friables, taillées à pic, s'éboulent à chaque instant et l'abrupte n’a pas moins de 100 mètres de hauteur.

Ces roches, riches en acide silicique, et dans lesquelles les éléments feldspathiques dominants se trouvent être la Sanidine et V'Albite, c'est-à-dire ceux qui de tous les feldspaths sont eux-mêmes les plus siliceux, constituent à elles seules ce qu'on peut appeler le massif ancien de l’île. Toutes les roches éruptives qui se sont fait jour ensuite, sont de nature et de composition très-différentes ; ce sont des roches basiques, dans lesquelles dominent des feldspaths calciques (labrador et anorthite).

La première d’entre elles se trouve être une dolérite très-cristalline, qui paraît s'être fait jour au travers de larges fissures qu'elle a remplies, mais sans s'étendre beaucoup au delà. Elle forme maintenant, au travers des tufs ponceux de la baie des Manchots, deux dykes remarquables, larges de 10 à 12 mètres, qui traversent la falaise de part en part, du nord-est au sud-ouest, et se retrouvent dans l'intérieur du cratère, au bas des escarpements, depuis les établissements de pêche jusqu'aux espaces chauds dont nous parlerons tout à l'heure.

Cette éruption particulière, qui a marqué ainsi le début d'une nouvelle phase éruptive, a été accompagnée, puis suivie par de nombreuses projections, qui se sont accumulées au-dessus des tufs ponceux précédemment cités, en donnant lieu à des tufs compactes, argiloïdes, généralement verdâtres, disposés en couches épaisses de plusieurs mètres, où se rencontrent des fragments souvent assez volumineux de dolérite.

Mais toutes ces éruptions se faisaient encore en grande partie sous les eaux; de nouvelles projections de matériaux meubles, lapilli, cendres et scories, en s’amoncelant autour de leur orifice de sortie qui dévint peu à peu subaérien, édifièrent ensuite un monticule conique que terminait une dépression cratériforme, et de véritables coulées de lave apparurent pour la première fois. C’est alors que commence la grande phase d'activité du volcan : l'appareil était, au début, peu élevé au-dessus de l'eau, et les flots de temps à autre s’engouffraient encore dans le cratère; mais les éruptions, en se succédant fréquemment, l'exhaussaient peu à peu et bientôt empêchaient toute communication directe avec la mer. En même temps la cavité centrale s’a-

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grandissait et atteignait les dimensions que nous lui connaissons actuellement. La lave incandescente devait alors la remplir complétement ; elle venait de temps à autre se déverser tranquillement à l’extérieur, couvrant ainsi les pentes du cratère d'une nappe continue et uniforme.

Tels sont les derniers phénomènes qui, se succédant avec une extrême régularité pendant de longues années, donnèrent à l’île son relief actuel.

Les laves qui se sont épanchées, durant toute cette période, sans projections violentes, sans dégagements tumultueux de gaz, ainsi que l’attestent la forme et la nature des coulées, n’ont pas toujours conservé la même composition. Des influences particulières ont amené des modifications profondes dans la composition du magma fondu sous-jacent, et les produits épanchés témoignent de ces variations. C’est ainsi que l’élément feldspathique dominant, après avoir été l’anorthite, a été ensuite remplacé par le labrador. Ces deux laves extrêmes, qui sont les unes, celles à anorthite, les plus anciennes, et les autres, celles à labrador, les plus récentes, ont à peu près les mêmes caractères physiques. Toutes deux, en effet, donnent lieu à des roches grisâtres, criblées de vacuoles, à ce point qu’elles prennent souvent un aspect spongieux et se présentent rarement en coulées compactes. Les premières se voient dans les hautes falaises du nord, directement au-dessus des dolérites et des roches qui composent le massif ancien ; de là elles passent en écharpe dans les falaises intérieures du cratère, en s’abaissant sensiblement vers le sudest, où elles affleurent au niveau de la mer ; elles y sont souvent masquées par les éboulis et par la végétation. Les secordes occupent toujours le haut des escarpements, soit du cratère, soit des falaises extérieures, et recouvrent ainsi toute l'ile d’un manteau uniforme. Elles sont en général plus cristallisées et de couleur plus claire que les précédentes ; les cristaux de feldspath y sont de grande dimension et atteignent souvent 0,04 à 0,05 de côté; on y distingue en outre des péridots altérés qui donnent à certaines parties de la roche un aspect tout à fait irisé.

Les laves à labrador, telles que je viens de les définir, n'ont pas directement succédé, et sans transition, aux laves à anorthite; entre les deux, on remarque des coulées nombreuses et puissantes de laves noires, compactes, fortement magnétiques, et d’une grande densité, qui occupent ainsi la partie moyenne des parois intérieures du cra-

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ière et se retrouvent à la base des falaises à l'extérieur. Ces laves, qui représentent une phase bien distincte dans la période d'activité dn volcan, sont encore à base de labrador et d'augite ; elles ont la composition habituelle des roches basaltiques et prennent, quand elles sont en coulées épaisses, leur mode de division prismatique. A la base du Nine-Pin Rock, on peut en voir un exemple ; mais ces colonnades basaltiques sont encore beaucoup plus nettes dans l'ilot du Nord, qui appartient tout entier à une de ces coulées, aujourd’hui démantelée.

Fic. 2. — L'ilot du Nord.

C'est encore aux plus compactes de ces laves qu'il faut rapporter les rochers pittoresques, aux formes élancées, qui se dressent isolés, près de la pointe Hutchison, dans le sud-est, et sous la pointe des Phoques à l’autre extrémité de l'ile. Leurs coulées résistantes et tenaces pouvaient seules fournir des aiguilles aussi découpées, capables de braver les violences d’une mer sans cesse agitée.

Avec les laves basaltiques apparurent, sur les pentes extérieures, des cônes de scories, sortes de petits volcans adventifs d'où sortirent,

avec de nombreuses projections scoriacées, quelques coulées laviques peu étendues. Ces foyers secondaires, aujourd’hui complétement inactifs, et qui se voient, les uns isolés et rejetés pour ainsi dire à chacune des extrémités de l'ile, les autres disposés en ligne continue sur le pourtour du volcan principal, fonctionnèrent et s’accrurent pendant tout le reste de la période active, et peut-être même longtemps après ; les documents historiques nous indiquent, en effet, que ces centres éruptfs n'étaient pas encore refroidis, alors que le cratère principal, éteint depuis longtemps, avait déjà revêtu sa forme actuelle. Ainsi, quand lord Macartney, s’en allant en Chine, vint toucher à Saint-Paul en 1793, les quatre cônes de la pointe Ouest donnaient encore des symptômes de chaleur, des vapeurs s’en dégageaient de toutes parts et le docteur Gillian, médecin de l'expédition, raconte qu’il était impossible d'y tenir le pied. Rien de semblable aujourd’hui, et tous les dégagements de vapeurs signalés, non-seulement vers ces cônes, mais dans beaucoup d’autres points, par de nombreux navigateurs, n’existent plus maintenant que dans l’intérieur du cratère.

Après avoir suivi une marche régulière, l’action volcanique s'était ralentie ; les éruptions, longtemps continues, s’interrompaient et ne se manifestaient qu'après de longues périodes de repos; le volcan allait en s'épuisant graduellement. Puis les laves restèrent définitivement refroidies au fond du cratère, et des émanations gazeuses abondantes, avec des eaux geysériennes, témoignèrent seules d’une activité à son déclin. C'est à cet état de solfatare, qui sert de transition à l’inactivité complète, qu'on doit rapporter toutes les altérations si nombreuses qui se sont produites dans les diverses roches de ce massif volcanique, et notamment tous les dépôts de silice qui, sous forme de calcédoine ou d’opale, sont si abondants, soit dans le cratère même, soit dans les deux grandes falaises du nord-est. Les laves, dans tous les points où se sont faits les dégagements, ont été profondément altérées, kaolinisées par places, silicifiées dans d’autres. Tous ces phénomènes, qui paraissent en voie de ralentissement graduel, n’ont pas encore cessé tout à fait, [ls semblent s'être localisés dans l'intérieur même du cratère, et se manifestent maintenant encore par des sources thermales et de nombreuses fumerolles.

Les sources thermales se voient exclusivement au bas des escarpements, dans le nord, à partir de la jetée, et se font jour entre les

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