‹ Remarques sur la syntaxe des groupes de propositions dans les premiers romans francais en vers, 1150-75Chapitre 11 sur 21 · Propositions temporelles · texte numérisé non relu

Propositions temporelles

A, — La conjonction qui est la plus employée et qui marque de la manière la plus générale qu'un rapport de temps existe entre deux actions, c'est quant. Nous n'avons rien de particulier à dire sur cette particule; nous ferons seulement remarquer que Chrétien la renforce quelquefois par lors, p. ex.

G. d'A. 762 Lors s'est des batiaus apansez,

Que il ot an la mer veûz Lores, quant il i fu venuz.

Voir aussi Cl. 4533, 5214, passages où cet adverbe est tout particulièrement accentué. Dans G. d'A. (1724 s., 3110 s.) lors introduit une principale précédant la subordonnée temporelle^.

Le com temporel est bien moins fréquent que quant: ainsi on trouve, d'après M. Riecke (p. 36), com huit fois, quant jusqu'à quarante-sept fois dans Roland^. On rencontre cette particule assez souvent dans Pèl., rarement dans les autres chansons de geste (voir Ch d G. 408) et sporadiquement dans les romans*; dans Eneas, Troie, Gautier et Chrétien elle manque.

^) cf. Ritchie, p. 75 ss., Rosenbauer, passim; E. Hartmaiiu, Die tempofalen Konjunktiouen im Franzôsischen, Diss. Gôttingen, 1903, et Syntaktische Stu-t (lien iiber die Temporalsatze im Franzôsischen, Marburg, 191 1.

") Cf. Hartmann, Synt. vStud., p. 50.

') M. Rosenbauer (p. 28 ss.) donne les chiffres onze et soixante, ce qui ne change pas la proportion.

*) Voir Th. 9941, Br. 10112, Bér. 3, Thom. 2695 (avec l'antécédent tost, cf. plus tard)', Marie Yon. 499.

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Si'Com se rencontre une fois dans Roi. (667), une fois dans CorL. (433) et cinq fois dans ChdG. Cette locution est un peu plus répandue dans les romans que la conjonction simple: on la trouve cinq fois dans Thèbes, puis de temps en temps dans les autres^. Le sens de com et de si com varie comme celui de quant: voyez Rosenbauer, Hartmann; très souvent, ces conjonctions équivalent à «aussitôt que» (cf. plus loin).

L'emploi de que comme conjonction relative-temporelle a été examiné en détail par M. Ritchie; il n'y a rien à y ajouter.

B, — Le sens des conjonctions temporelles mentionnées jusqu'ici varie selon les circonstances. Les autres conjonctions — qui sont toutes composées — présentent en général un sens et un emploi fixés.

Nous adoptons pour celles-ci la même classification que M. Ritchie et tant d'autres grammairiens. Commençons par celles qui indiquent la simultanéité.

Tant com est l'équivalent le plus employé des locutions modernes «tant que», «aussi longtemps que».^ Elle est fréquente dès les plus anciens textes. Signalons seulement qu'elle est relativement rare dans les romans de Gautier.^

De tant com se trouve une fois dans Erec (85) .

Por tant com, qui se rencontre déjà dans Gormont (488), se retrouve dans Eneas (9515) et dans Ille (4529, 6203), où, cependant, son sens se rappoche de celui de « pourvu que ».

Tant que, dont le sens ordinaire est «jusqu'à ce que», ne prend à cette époque que très rarement son sens actuel: pour la première fois, autant que nous sachions, dans G.d'A. (540, 2274).

D'autre part, -por tant que se trouve déjà dans CorL. (1064); la même conjonction est employée dans Ille (4302): ici encore.

^) Voir En" 6235, Tr. 2005, 7133, 7470, 14272, Marie t,. 590, Mil. 176, Er. 258g, I. 1642, 3237, Erec 4605, Cl. 3544, G. d'A. 2145. Dans Lanc. on trouve einsi com au vers 259.

") Notons que la locution aussi lonc tens que se trouve dans Thèbes: 455 Aussi lonc tens qu'ensemble furent, Onques de rien ne se conurent, Xe ne sorent le grant pechié Dont il esteient entechié, Jusqu'en un baign ou il esteit Ou la re.'ne le serveit, etc.

^) Er. 3849, 6480, 6487, I. 2172 {ttant con), 4291. — Tant com prend quelquefois un sens locatif, p. ex. I. 5595 C'est la plus bêle au mien cuidier, Qui soit tant con li mondes dure — il faut que « durer » ait ici, comme c'est souvent le cas, le sens de «s'étendre».

on peut observer une nuance de sens conditionelle (cf. au vers 2283) .1

On trouve encore dans Gautier d'autres locutions ayant le même sens: très l'eure que:

I. 210 Si n'a el monde plus humain, Si franc, si douç, si deboinaire, Ne qui si voelle autrui bien faire Très l'eure qu'il est desarmés (= aussi longtemps que);

tant dis que (Er. 4862) et tant dis com (I. 2372, 6589), Tant dis com est employé déjà dans Thèbes et dans Troie mais présente là un autre sens, celui de «pendant que», «tandis que» (Th. 8407, Tr. 18904, 29096). Dans ce dernier roman, il y a aussi la forme entre tant dis que (Tr. 7379, 11 296).

La conjonction qui est l'équivalent le plus employé de « pendant que», c'est dementiers que avec les variantes dementre{s), endementiers que, tant dementiers que (ChdG. 1964, En. 2896), tant dementres come (Tr. 6904). Elles ne sont pas, comme on le comprend bien, de formation populaire: aussi sont-elles peu employées dans les chansons de geste (cf. ChdG. 1964).^ On ne les trouve d'ailleurs ni dans Béroul, ni dans Thomas, ni dans les Lais de Marie, ni dans Eracle non plus.

Que que signifie aussi « pendant que ». Chrétien affectionne cette locution qui se trouve deux autres fois dans cha' un de ses romans (elle ne manque que dans Gd'A.), jusqu'à huit fois dans Yvain. Elle se rencontre aussi une fois dans Eracle: 4760 Que que li sire s'en revient,

De çou tient plait dont plus li tient.

On trouve encore sporadiquement a ço que (R. III: 7509, Thom. 2983, Yv. 2250, 6146, Perc. 5642, 6359), ^ coque (Tr. 9507), or que (Lanc. 1705) et, dans Gautier, entrues que (Ër. ^S^y,!. i6gg), particule qui a le plus souvent le sens de «jusqu'à ce que».

Rappelons finalement que si com a quelquefois dans nos romans le sens de « pendant que ».^

C. — ly'action de la principale est postérieure à celle de la subordonnée.

^) Dans les passages de Cligés cités par M. Ritchie (p. 83), par tant que est — comme dans tant d'autres cas, cf. plus tard — une conjonction causale.

*) Cf. Rosenbauer, p. 60, Hartmann, Die temp. Konj., p. 23 s.

') Th. 6211, 7708, Tr. 12450, Thom. 1833, Marie Mil. 507, Phil. 1328, Lanc. 2027, 2674, 5026, Yv. 3418.

30 GUNNAR BILI.ER

Dans les cas où la langue moderne emploie « après que » ou « depuis que», on trouve, à l'époque qui nous occupe, le plus souvent puis que ou des puis que. On rencontre puis que dans Roi., ChdG., Gorm. et CorL. et dans tous nos romans. Des puis que ne se rencontre pas avant Thèbes (2669, Tr. 14540, I. 278). Dans Eracle- on trouve très que dans le même sens que cette dernière conjonction (6489).

Faisons remarquer que les deux membres de puis que sont souvent séparés l'un de l'autre.^

lya conjonction des lor{e)s que qui, d'après M. Ritchie, n'apparaît que dans Rutebœuf, se trouve pourtant déjà dans Lanc: 1282 Des lores que je conui primes Chevalier, un seul n'an conui Que je prisasse avers cestui La tierce part d'un angevin. ^ . Y vain présente la même locution; seulement, des lors est séparé de que par en ça (= jusqu'à ce moment): 2695 (Quant) Yvains tant ancomança A panser, que des lors en ça Que a sa dame ot congié pris. Ne fu si de panser sorpris Con de celui; etc.

M. Ritchie fait observer qu'à cette époque après que est très rare et n'appara't qu'appuyé sur un substantif (I. 4120, Cl. 5157). Quant à après ce que, il dit qu'il ne se rencontre qu'au siècle suivant. Or, il y en a un exemple déjà dans Troie: '20144 Apres iço qu'il fu bleciez, En furent Greu li sordeior.

D'ailleurs, emprès ce que se trouve dans Brut.

Pour indiquer le rapport temporel exprimé dans la langue actuelle par « aussitôt que », « dès que », les premières chansons de geste n'emploient guère d'autres particules que quant, com, si com et certaines locutions formées par un substantif et le que relatiftemporel. Nos romans, de leur côté, offrent une grande variété de conjonctions composées. La plus fréquente de celles-ci est des que^, employée — et très souvent — à partir de Thèhes.'^

^) Voir p. ex. Tr. 53, 5783, I. 6272, 6469, Lanc. 1728, 5434, Yv. 5444.

2) Sous réserve qu'il ne faut pas suivre certaines variantes qui donnent des Igre { = Vore) que. Cf. Roi. 2371 Dès l'ure que nez fui, Bér. 1725 Des cel'ore qu'en bois entroit; et encore puis cel ore que (Cl. 5103), puis Vore que (Lanc. 3691); etc.

^) Cette particule est très fréquente dans le Psautier d'Oxford (première moitié du XII^ siècle), mais elle y a toujours le sens de «jusqu'à ce que». Voyez plus loin. Cf. Rosenbauer, p. 57.

*) Voir Th. 2257, 2957, 9o6.5. 10177. etc.

De ci que a la même signification Thom. 1719 et Marie Biscl. 145 [de si que). Cf. sous D.

Taniost com, si tost c'om, tantost que, si tost que et d'autres variantes encore^ ne se rencontrent pas dans les premières chansons de geste. Ces locutions font concurrence à com, si com employés dans le sens de « aussitôt que », et elles deviennent de plus en plus fréquentes aux dépens de ces dernières particules; pour Thèbes et Eneas, on ne rencontre tantost com qu'une fois dans chacun de ces romans (mais com, si com jusqu'à six fois dans Th.), dans Troie cette conjonction est déjà assez fréquente, dans les romans de Gautier et de Chrétien si com n'apparaît que sporadiquement, tandis que les autres conjonctions sont souvent employées (ce n'est que dans Erec qu'elles manquent tout à fait).

Dans Thèbes on trouve quai hore que:

74 II Quai hore que cil de l'ost murent,

Et les espies al rei furent.

Ici, il n'y a pas la moindre nuance de sens concessif, qui perce dans d'autres endroits: Th. 1038, 5042 (de quai hore que), En. 6416, Tr. 1505, 28946.

En es le pas que se trouve dans Eneas (2368) et dans Troie (10693).

Droitement que (5196) et droitementcom (545i)sont propres à Eracle: 5196 Et, droitement que çou fu fait, Diables sailli d'un agait.

Lues que, propre à Chrétien selon M. Ritchie, se trouve aussi dans Rou (13575) et dans Eracle (409). Cette conjonction est cependant particulièrement fréquente dans Chrétien: Yvain en offre jusqu'à sept exemples.^ Chrétien aime mieux encore {tôt) maintenant que: treize cas dans Lanc, neuf dans Yv., etc.^ Phil.

^) Voici les variantes: tantost com est peut-être la forme la plus répandue: Th. 52, En. 7704, Bér. 1489, Er. 1140, 1833, I. 2979, Cl. 2451, 4317, 4336, Gv d'A. 1506, quatre fois dans Lanc, autant dans Yv.; Perc; si tost com: huit fois dans Tr., cinq fois dans Marie, Wace, Er. (1881, 5343), Phil. (1023), Lanc. (792, 796); aussi tost com (Cl. 5779); autresi tost com (Tr. 23012); si tost que n'apparaît que dans Ille (3251) et dans Chrétien (Cl. 5046, Yv. 5070, cinq fois dans Lanc), enfin, tantost si que, dans Yv. (4128).

'') Voir Erec 69, 697, 1539, 4281, Cl. 3529, 4829, G. d'A. 1869, 2294, 3183. etc. Lues est séparé de que Yv. 918. Cette conjonction n'est pas dans Lanc

') Les deux membres sont séparés Erec 2332 s. Très que se trouve dans L'histoire de la guerre sainte d'Ambroise, v. 725 (fin du XII® s.), dans le Brut de Munich, etc. Cf. Godefroy, VIII, p. 45, col. 2.

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en présente aussi un exemple (890). Gautier, de son côté, emploie une fois lues maintenant que (I. 5490). Lors que se rencontre une seule fois; c'est dans Cligés (5487); cf Ritchie.

Il y a aussi à remarquer l'emploi que Thomas fait de très que: cette conjonction, qui est en général l'équivalent de «jusqu'à ce que», prend ici le sens de «aussitôt que». BUe est d'ailleurs très fréquente dans ce roman:

1721 E très que Ysolt l'oï dire, Aguaiter le fist pur ocire.^

Une locution que nous n'avons vu mentionner dans aucun traité, c'est la ou qui prend souvent une signification temporelle, en général celle de « après que », « dès que », quelquefois celle de « pendant que ».- Le sens locatif qu'elle a originairement, se maintient plus ou moins dans bien des cas. En voici un exemple: En. 945 La ou nos fumes al cheval Devant la porte oriental, Et l'esgardion tôt entor, La amenèrent li pastor Un home qu'il orent trové.

D'autre part, ce sens locatif est très peu sensible dans un passage comme celui-ci:

Erec II 83 La ou Yders vit la reïne,

Jusque devant ses piez l'ancline.

Cette particule, qui ne peut être employée qu'avec certains verbes et dans certaines circonstances, se rencontre de temps en temps, dans les chansons de geste comme dans les romans.^

^) Voyez atx vers 2619, 2622, 2789, 2909, 3071. Cf. sous D.

*) Cf. pourant, pour la langue moderne, Sandfeld-Jensen, Bissetninger. — Parfois la ou a plutôt un sens conditionnel, p. ex. Erec 3655, Lanc. 3818.

3) Voyez Pèl. 853, ChdG. 1774, CorL- i334. Th. 5647, 5649, 5814, 5831, 7635, 9874, Bn. 6717, Tr. 4822, 6586, 20250, 20753, etc., Br. 5576, 6611, Bér. 2157, Thom. 2859, Marie Fr. 132, Pir. 844, 894, Er. 1783 (la-ou), Phil. 1165, Erec 1183, 5095, 6528, Cl. 1618, 4771, Gd'A. 666, 1221, Lanc. 4041, etc. II n'y en a pas d'exemples dans Roi. ■ — ■ Dans quelques chansons de geste on rencontre ou sans antécédent dans le sens de «aussitôt que». C'est toujours en combinaison du verbe voir, p. ex. CorL. 165 Ou veit son fill, si li dist entresait. Cf. ib. 792, iioo, 2127, 2433, 2523, 2572, 2590, 2601, Gorm. 69. Cf. aussi l'emploi analogue de ou que signalé par M. Ritchie, p. 86. -^ Il n'y a rien de surprenant à ce qu'une locution loctive prenne un sens temporel, et ce n'est pas non plus un phénomène très rare. Cf. Meyer-Liibke, III, § 597. Voyez p. ex. Cor L.741: As blanches pasques, qu'on deit palmes porter, La vos plot il, verais Deus, a aler En Jersalem la mirable cité. Par Portes Oires, que firent defermer; dans ce passage, la ne peut guère se rapporter qu'à « as blanches pasques». Cf., pour iluec, ib. 753, 774, En. 6716. L'inverse a lieu aussi,

De si loing corne {que) présente un phénomène analogue. Cette locution est employée, dans Chrétien et une fois dans Eracle, avec les verbes veoir et apercevoir:

G. d'A. 1831 De si loing que venir le voient, Contre lui corant se desroient.^

Rappelons enfin les constructions suivantes: Th. 169 Cil est del temple come ainz pot; ib. 426 II leva sus com plus tost pot;

où, à strictement parler, nous avons affairé à un rapport comparatif. ^

Ces constructions se rencontrent déjà dans ChdG. (432, 438), sont assez fréquentes dans Th. et apparaissent aussi dans En., Tr., R., Marie, etc. Elles manquent dans Chrétien. Celui-ci aime mieux la construction suivante:

Erec 3701 S 'an est issuz plus tost qu'il pot.^ On trouve aussi au plus tost que-{poi, etc.) dans Chrétien et dans nie (161, 1006, 5540, 6340).^

D. — Si l'action de la principale précède celle de la subordonnée, deux cas sont possibles: celui où la langue actuelle emploie surtout avant que, et celui où elle emploie surtout jusqu'à ce que.

Dans le premier cas, c'est ainz que {ainçois que) qui est la conjonction la plus usitée, et dans les chansons de geste et dans les romans qui nous occupent.^

M. Ritchie fait remarquer qu'à cette époque, devant que et devant ço que sont très rares dans la poésie. Il en cite deux exemples tirés de Cor L. (1281) et de Thèbes (3505).^ Il y en a d'autres dans nos romans; seulement, le sens de cette conjonction est celui de « jusqu'à ce que » plutôt que celui de « avant que », quand

quoique bien plus rarement; cf. les remarques de M. Hartmann sur ce phénomène (Synt. Stud., p. 117).

^) Cf. Erec 361, 1534, Lanc. 1523, Yv. 6676. Comparez l'expression moderne «du plus loin que je l'ai vu».

•2) Cf. Tobler, V. B. I, 26.

') Cf. Tobler, ib. Il paraît que ce que est relatif. — Voyez Erec 22S5, 4575, 5950. 6590, Gd'A. 1894, Lanc. 5152, Yv. 5932; Perc. Dans C liges il y en a huit exemples.

*) Cf. aussi, /fr. . 2990 a l'anceis qu'il onques porent.

^) Les deux membres, sont souvent séparés, p ex. CorL. 292, 1303, Th. 3580, En. 2057, etc. Cf. aussi Cligési 1804 e,t Ritchie, p. 87, rem. . .

*) M. Ritchie en cite aussi d'autres, tirés de textes en prose plus récents. •

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la subordonnée se rapporte à une principale négative, et c'est le cas la plupart du temps. L,e sens de « avant que » ressort le plus clairement dans le passage cité de Th. et dans un passage d'Ille

La conjonction moderne avant que, que M. Ritchie \ie cite pas, se trouve deux fois dans Troie; seulement, elle a dans les deux cas besoin d'un mot d'appui:

702 Bn remest grosse d'un enfant, Cui li fiz Hector fist puis rei.

Trestot avant qu'il ne fist sei; 28541 Que dame Heleine aveit eiie

Dous anz avant que fust tolue.

Signalons enfin dans Thèbes deux locutions isolées: primes-que (1210 s.), ne mais ore que (3930).

Dans l'autre groupe, tant que est la conjonction la plus fréquente. Elle indique originairement un rapport consécutif: aussi, dans les premiers textes, les deux membres sont-ils en général séparés; c'est toujours le cas dans Roi., Gorm. et Bér., le plus souvent dans ChdG., CorL. et même dans Th., En., Tr. et Ille.,p ex. ChdG. 1493 Tant fut ot lui qu'il s'endormit suëf.

Dans Chrétien la conjonction indivisée est extrêmement fréquente, particulièrement dans Lanc. et Yv.

Bile est quelquefois renforcée par jusque ou jusqu'à. Il y en a des exemples dans Rou; d'ailleurs, on les trouve souvent dans Chrétien^ Dans Ille (4347) et dans Cligés (578) il y a dessi tant que.

Tant que dépend toujours d'une principale positive. Jusque est une conjonction assez rare à cette époque. M. Rosenbauer, p. 26, en cite un exemple tiré d'Alexis, et il y en a quatre dans Roland (cf. Riecke, p. 42), mais dans les autres chansons de geste on n'en trouve pas. Pour les romans, il n'y a que Thèbes qui affectionne cette particule; il y en a aussi des exemples dans Troie, Philomena et les romans de Chrétien^.

^) Voyez encore devant que Tr. 5841, 5895, 11619, 15000, 18124, Er. 419, 2015; devant ço que Er. 2888. Ces conjonctions manquent dans les autres textes, même dans Chrétien.

') Jusqu'à tant que Erec 5670, 5840, Cl. 1464, 2612, Gd'A. 1690, Yv. 720, 1663, 3715; jusque tant que I,anc. 5147, Yv. 5126; desk'a tant que dans Perc.

') Onze fois dans Th.; jusque que ib. 4638. Cf. Tr. 6806, 24559, 29670, Phil. 1234, Erec 1378, Cl. 6176, Gd'A. 2911, Lanc. 155, Yv. 6610, Perc. 6236. Cfaussi l'expression jusqu'à Vore que G.d'A. 246; cf. Ritchie, p. 78.

La subordonnée introduite par jusque dépend presque toujours d'une principale négative: les exceptions à cette règle sont rares.^

Tresque ayant le sens de «jusqu'à ce que» est aussi assez rare dans les romans. Comme jusque, cette conjonction dépend le plus souvent d'une principale négative. ^

De ci que {des i que) est une conjonction assez fréquente, excepté dans Chrétien, où elle ne se trouve que dans Erec (5442). Elle manque aussi dans Phil. On la rencontre déjà dans CorL. (24), et elle est particulièrement employée dans Eneas (une quinzaine de fois), Troie (autant de fois dans les huit mille premiers vers) et Marie (une dizaine de fois). Il y a aussi des variantes de cette conjonction: de si ja que (En. 980, 7261), de si la que (Wace, Thom. 2053, 2641, 2801, Marie G. 252), de ci adont que (Er. 4811).

Ces conjonctions dépendent le plus souvent d'une principale négative — voyez surtout Troie — mais bien des fois d'une principale positive — voyez Eneas et Marie.

Entrues que ne se rencontre que dans Gautier (Er. 5442), 5560, I. 803, 5089) et dans Pir. (785), entrues que la que dans Ille (5341). La principale est tantôt positive, tantôt négative.

Rappelons à la fin que dusque se trouve dans Eneas (3747) et des que avec le même sens dans Thèbes (2153) et peut-être dans Ille (1945)-'

On voit que les romans présentent une grande variété de conjonctions temporelles et que ce sont surtout Gautier et Chrétien

1) Voir. Kol. 1838, Th. 3644, Tr. 6806, Yv. 6610.

2) Cette conjonction est fréquente dans Pèl. et se trouve aussi dans Roi. (cf. Rosenbauer, p. 26) et CorL. (5), Voir encore Th. 5375, En. 2, 3068, Rou, Bér. 1002, 2492, Pir. 46, Er. 6339, Perc. Elle se trouve après une proposition positive dans Roi., Pir. et Pèl. 704.

') A notre avis, l'emploi de des que avec le sens de de ci que et inversement (cf. plus haut) est dû à une contamination. Puisqu'on dit, d'un côté.

Th. 2137 Que onc n'i ot rêne tirée De si que vint a relevée, et, d'un autre côté.

En. 1264 Des que le puet aperceveir, El fil de l'albe, s'est levée; il n'y a rien de très surprenant à ce qu'on mette, d'un côté.

Th. 2153 Dès qu'iluec furent Greu venu, Onc ainz n'i ot frein retenu (= jusqu'à ce que), et d'un autre côté,

Biscl. 145 Des i qu'il a le rei choisi, Vers lui curut querre merci.

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qui en créent, mais que les autres romanciers aussi, notamment l'auteur de Thèbes et Benoit, apportent une large contribution de partictdes nouvelles.

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