‹ Remarques sur la syntaxe des groupes de propositions dans les premiers romans francais en vers, 1150-75Chapitre 15 sur 21 · Propositions causales · texte numérisé non relu

Propositions causales

Que remplit très souvent la fonction d'une conjonction causale, équivalant généralement, comme le fait remarque^ M. Ritchie,

^) I,a construction quant plus-plus, dont parle Tobler, V. B. II, p. 7, et Miil- 1er, p. 121 s., ne se trouve qu'une fois dans les textes qui nous occupent: c'est dans Piramus (230). Pour exprimer une comparaison proportionnelle Eneas se sert de quant que, p. ex. 7627 Quant que l'oevrë alot montant, Plus porpreneit en eslaisant. Cf. 1552, 1564, 2745. — Signalons enfin ce passage, où il y a sans doute contamination: Er. 2052 Tant com il est li plus hauz hom Qu'om sache et del plus haut renom. De tant est il touz li plus biaus, Qu'om sache et touz li plus loiaus. Tant et de tant sont ici de trop. —

^) Cf. O. Rohte, Die Kausalsatze im Franzôsischen, Diss. Gôttingen, 1901, Ritchie, p. 62 ss., Rosenbauer, etc.

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à un car affaibli. Dans bien des cas, le sens causal se fait si peu sentir que ce que est purement et simplement une copule.

Pour nos romans, il est curieux de voir que, d'une part, le que au sens fortement causal recule de plus en plus devant les conjonctions composées qui expriment plus nettement la causalité, et que, d'autre part, le que au sens plus vague devient de plus en plus fréquent. Dans la plupart des chansons de geste, dans Thèbes, Eneas, Troie, Thomas, Marie, ce que est relativement peu employé — dans CorL. et Béroul que se recnontre un peu plus souvent — , mais dans Gautier et Chrétien son emploi est considérable et va en augmentant de roman en roman. Comme ces derniers poèmes ont à peu près la même longueur, il est facile de les comparer à cet égard. Tandis (\M'Eneas présente, sur ses dix mille vers, tout au plus une trentaine d'exemples de ce que, les romans de Gautier et de Chrétien (qui comptent moins de sept mille vers) présentent ces chiffres approximatifs: Brade cent environ, Ille un peu plus encore, Erec cent vingt-cinq, Cligés plus de cent cinquante, Lancelot deux cents et Yvain jusqu'à trois cents. G d'A., qui n'est qu'à moitié aussi long que les autres poèmes, présente cent cas; Phil. présente à peu près la même proportion qn'Erec ou Cligés.

Pour ce qui est des autres conjonctions simples, on constate que quant s'emploie fréquemment dans un sens causal: il y en a des exemples déjà dans Pèl. et Roi.. Eneas, Chrétien et surtout Thomas affectionnent cette conjonction, qui se trouve d'ailleurs dans tous nos romans.

Com au sens causal se rencontre dans certaines chansons de geste:' Roi. (1696, 3646)^, CorL. (1094, 1330, 1958), ChdG. (349» 884), mais nos romans ne semblent pas l'employer.

Por ço que est la plus fréquente des conjonctions causales composées. Le corrélatif for ço est souvent séparé de que: il y a en des exemples surtout dans Chrétien. Cette locution conjonctive se rencontre parfois dans les chansons de geste (p. ex. Roi. 285, 2102, 2361, ChdG. 1462), trois fois seulement dans Thèbes (145, 628, 844), plus souvent dans Eneas et Troie, et elle est très fréquente dans Thomas, Marie, Gautier {Eracle surtout) et Chrétien.

^) Cf. Riecke, p. 35; dans le troisième passage cité par M. R., csmme a plutôt un sens comparatif.

Quelquefois, por ço. que forme avec non {pas) une conjonction négative:

Br. 5300 Non pour çou que cil del comun

Ne s'acordassent bien a un.

Voyez encore Er. 849, 2560, Tr. 12993. Cf. aussi I. 2467. On trouve la même locution précédée d'un si conditionnel — cf. le chapitre suivant — : En. 1304, Marie L. 499, Er. 6151, I. 81, 6283. On voit que la plupart de ces citations sont tirées de Gautier.

Par ce que est « rare en ancien français et ne se trouve que dans les textes de caractère savant» (Ritchie, p. 70). M. R. n'en cite qu'un exemple antérieur à notre époque (Comp. 534); à celui qu'il a trouvé dans Cligés (3222) nous ajouterons celui-ci tiré de Thomas:

363 Mais par ço que Isol amat, D'Ysol amer grant corage ad,

Mais par ço qu'il ne puet l'aveir, Ad il vers ceste le voleir. Il y en a aussi un ou deux exemples dans Brut, quoique je ne retrouve plus les endroits, et un dans Ille (214 s.: par çou — que).

Por tant que se trouve surtout chez Chrétien, dit M. Ritchie. Il est curieux de constater que Chrétien emploie cette conjonction seulement dans Cligés, et là assez souvent (2265, 2358, 2771, 2837, 2896). D'ailleurs, elle se rencontre une fois dans Thomas (2091) et une fois déjà dans Ch d G. (1274). Gautier se sert d'une locution renforcée:

Er. II 84 Pour seul itant m'avez sour cuer Que vous veez en moi raison. Cf. ib. 4347, I. 6365, passages où que n'est pas séparé du corrélatif.

De ço que ne donne pas lieu à des remarques: voir Ritchie, p. 22

A ço que introduit quelquefois une proposition causale. Cette^

conjonction se rapporte surtout à des verbes de perception et

d'autres verbes analogues, p. ex.

En. 8506 On puet veeir certainement A ce que tu pale es et

^) Cf. a ço que — outre que Thom. 2896. — O ço que dont M. Ritchie, p. 71, et M. Rosenbauer, p. 57, citent un exemple tiré des Quatre Livres, a plutôt le sens de «outre que». Il en est de même de cette locution Thom. 1344, Tr. 18850, 26039. D'autre part, o ço que paraît avoir un sens causal Tr. 18911, 19052. Cf. aussi le chapitre suivant.

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vaine Que tu te muers et si es saine Que bien aimes; n'as altre

mal.

Cf. après apercevoir Erec 4755, saveir En. 9033, deviner Perc.

Mais elle s'emploie aussi dans d'autres cas, p. ex.

En. 8441 A ce que m'as chargié grant fais,

Lasser m'estuet, se ge n'en lais Le sostenir et l'enchalcliier.

Cf. Tr. 6021, 10748, R. III: 6938, Er. 533, 1790, G d'A. 2516,

Yv. 6146.

Puis que est, à ce que dit M. Ritchie, assez rare au sens causal dans les premiers textes. Pour les anciennes chansons de geste,, il n'y en a que des exemples isolés: Roi. 300, Prise d'Or. 840. Nos romanciers s'en servent de temps en temps, Chrétien quatre fois dans CL, G d'A. et Lanc, deux fois dans Erec; Gautier trois fois dans Ille, une fois dans Eracle, etc. Cette conjonction est surtout fréquente dans Thèbes: on l'y trouve une quinzaine de fois. — Gautier, qui aime des locutions renforcées et un peu lourdes — nous l'avons constaté bien des fois dans cette étude — , emploie des puis que (Er. 5569) et très puis que (I. 3903) au sens causal. Phil. 401 on trouve depuis que.

Des que ne se rencontre pas, autant que nous sachions, avant Troie. Cette conjonction est fréquente dans Ille et dans lesromans de Chrétien.

Signalons enfin deux autres locutions causales dans Ille: deslors que (5651) et endroit ce que (5219).

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