Propositions relatives
Dans la littérature la plus ancienne, la proposition relative est de beaucoup la plus fréquente de toutes les subordonnées.^ D'après les calculs de M. Vising (p. 181), les propositions relatives forment dans les premiers textes {Passion, Léger, Alexis, etc.) à peu près quarante-cinq pour cent de toutes les incidentes. Dans les chansons de geste, telles que Roi., Gorm., Pèl., CorL., ChdG., CharrdN., Prise d'Or., le chiffre est environ quarante pour cent. Avec le développement de la parataxe que nous avons constaté dans les romans, on s'attend à ce que, dans ceux-ci, les propositions soient moins nombreuses en proportion des autres subordonnées. Voici ce qu'on peut constater après un examen détaillé de cette question. Pour ce qui est de Th., En., Tr., Ber. et Pir., le nombre des propositions relatives n'y est guère moins grand que dans les chansons de geste, mais comme le nombre des autres subordonnées augmente, on observe une diminution proportionelle des propositions relatives: celles-ci sont au nombre de trente-cinq à trente-sept pour cent incidentes. Pour les autres romans, il est curieux de constater qu'il n'y a que ceux de Thomas.et de Chrétien qui présentent le même phénomène. Dans les romans de Wace et dans Marie les propositions relatives sont au nombre de quarante-cinq à cinquante pour cent incidentes. Dans les poèmes de Gautier, elles sont extrêmement nombreuses: il y en a cent soixante ou cent soixante-dix par mille vers (dans les autres romans, il y en a de quatre-vingt-dix à cent vingt), mais grâce à l'hypotaxe développée de ces romans, le pourcentage ne dépasse pas quarante ou quarante-deux. Dans Thomas, Chrétien (et Philomena), d'autre part, il n'y a qu'une trentaine de propositions relatives sur cent incidentes.
IvC grand nombre de propositions relatives s'explique par le fait qu'elles remplacent très souvent d'autres incidentes. D'ail-
^) Le français de nos jours marque toujours de la piédilection pour la proposition relative. Cf. Strohmeyer, Der Stil der franz. Sprache, p. 289 ss.
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leurs, il n'est pas trop rare, surtout dans Thèbes, qu'elles soient de pures chevilles. On trouve assez souvent des phrases comme celles-ci, où l'on ne voit pas bien l'utilité de la propositionattribut:
Th. 343 A la reïne en vont tôt dreit, Bn son palaiz ou ele esteit; 182 Un de lor deus que coutivoent, 2315 O lor couteaus que eles tindrent, etc.
Cette espèce de pléonasihe n'est pas étrangère à Chrétien non plus, bien qu'elle y soit assez rare:
Erec 2187 Si s'antredonent moût granz cos Sor les escuz qu'il ont as cos, 1370 Ma douce nièce, donez li De voz robes, que vos avez, lyanc. 1360 Et s'avoit un perron delez. Sor le perron qui iert iqui.
Cf. Yv. 4498, Perc. 8271, 8698, 9142, 9195, Phil. 221.
Quant aux propositions relatives remplaçant d'autres subordonnées, nous renvoyons à l'ouvrage de Fr. Strohmeyer, Ûber verschiedene Funktionen des alt^ranzôsischen Relativsatzes, Diss. Berlin, 1892. Nous nous bornerons ici à faire quelques remarques isolées sur ce sujet.
Une proposition relative remplit quelquefois la fonction d'une subordonnée directe; c'est un phénomène qu'on observe plusieurs fois dans Eneas et Troie:
En. 9806 Mais par cest anel me remembre
De Pallas que tu ocesis; 10015 Onkes puis ne me repenti Del terme qu'otreiai issi. Cf. ib. 3^68, 3816, Tr. 857, 874, 6651, Er. 662, I. 5357, Yv. 2320.
Il faut aussi regarder comme proposition relative la subordonnée que renferme ce passage:
Th. 9025 Al fonz a val les chaitis traient. ■ Senz socors que ja pues i aient.
Cf. ib. 3519. Cl. 5699- Cf. p. 36.
Ivcs propositions à sens final ne sont pas nombreuses; signalons Th. 7247, En. 359, 4907, '6139, I. 306, 2079, Cl. 428. Cf. Busse, ouvr. c, p. 67.
Une proposition relative adopte souvent un sens ç^î^sa/; cf. Rohte, p. 8.1 , ss. Cette construction est particulièrement iré.-;-
quente avec les prépositions por et de. Voici un exemple avec por:
Th. 173 Dreit a Thebes sa veie aqueut, Por son père, que veeir vueut.
Kn voici un avec de:
Th. 1577 lyi traitor sont irascu Del compagnon qu'il ont perdu.
Cette construction se rencontre déjà dans Léger; elle est surtout usitée dans Thèbes {por: 216, 500, 618, 666, 669, 902, etc. etc.; de: 84, 864, 4912, etc.), Eneas, Thomas, Marie et Chrétien.
On trouve de rares fois par: Thom. 1593, 2447, ^^- 7^^' 2637; une fois a: 'Et. 4576.^
La combinaison négation + por + substantif + proposition relative adopte souvent un sens concessif. Cf. Tobler, V. B., II, p. 23 ss., où il y en a un exemple tiré à! Alexis. Cette construction se rencontre rarement dans les chansons de geste. Dans les romans elle est plus fréquente, surtout dans certaines phrases consacrées. On la trouve le plus souvent avec rien ou chose (et alors surtout avec les verbes dire ou avenir): Th. 1370 Mais, por rien que me saches dire,
Ne voudrai jo m'onor guerpir, 7113 Ne nel laira en terre mètre, Por rien que li sachent prametre, En. 5288 Mais n'en istront por rien qu'il dient, Yv. 5156 Que nos n'osons an noz osteus
Herbergier por rien qui avaingne Nul prodome qui de fors vaingne.^ Cf. Thom. 204, 2449, I. 5275, Cl. 3303, G d'A, 1165. La même construction se rencontre aussi avec n'importe quel substantif, p. ex.
Th. 1373 Ne la guerpirai por menace
Que reis ne dus ne cuens me face.^ Par remplace por En. 4423. On trouve aussi de dans certains cas: Tr. 7777, Gd'A. 1587, Lanc. 1552.
^) Voici la même construction sous forme négative: I. 4055 Coment que soit
de l'escaper. Vers Diu se vaudra découper. Non por atenti qu'ele i ait. Ce
dernier vers équivaut à une proposition causale: «non qu'elle i ait, etc.»
^) Cf. En. 9303, Tr. 489, 1383, 4392, Thom. 1931, Marie El- 713, Phil. 567,
* 935, Erec 2701, 6089, 6395, G.d'A. 1643, Lanc. 1739, 2903, Yv. 2617, 3687,
') Cf. Th. 2113. 5989, Tr. 4932, Thom. 251, Marie Eq. 26, L. 92, Er. 1847,
I. 234, Phil. 880, Cl. 863, 1508, G.d'A. 1395, Yv. 1506, 5685. —
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On trouve quelquefois, avec un sens analogue, un substantifsujet suivi d'une proposition relative:
Tliom. 2817' Rien qu'il face ne li aïue, Cl. 5145 Que ja chose que je vos die N'iert en avant par vos oïe;
cf. Lanc. 2919, Yv. 5579 Que petit d'aïe li fet Escuz ne hiaumes que il et.
Pour les propositions relatives à sens conditionnel, voir Klapperich, p. 30, et J. Korte, Die beziehungslose Relativsàtze im Franz., Diss. Gôttingen, 1910, p. 29 ss.^
Les propositions relatives de généralisation ne donnent pas lieu à'vbeaucoup de remarques. On rencontre qui que, que que [quoi que), {li) quels que assez souvent dans les chansons de geste (cf. Riecke, p. 52, Cor L. 577, Ch d G. 69, 315, 754, etc.); cependant, ces locutions sont bien plus fréquentes dans les romans, surtout dans Eneas, Thomas, Gautier {Ille), Philomena et Chrétien.^ Fraisons remarquer que la forme plus récente quelque-que se trouve dans Phil. et Yv.:
Phil. 1056 An quel que leu que li cors gise. Cf. ib. 67, Yv. 4346. Cf. aussi la grande édition de Cligés, 41 12, note.
Voyez Tobler, V. B., II, p. 27.
Pour les adverbes relatifs, on rencontre ou que déjà dans Alexis, ChdG (62, 968), Pèl. (824) et CorL. (592). Comment que apparaît une fois dans Roi. (3522) et plus tard dans nos ro-
1) Nous croyons quç cette prédilection pour les propositions relatives est due au désir de mettre en relief le substantif, la partie du discours qui évoque les idées les plus concrètes. C'est là une tendance qui se manifeste de beaucoup d'autres manières encore. On sait qu'en ancien français on met souvent le sujet avant la conjonction quant, p. ex. Th. 10129 Li gentiz dus, quant l'entendié, Dreit al pertus a fort tendié. Cf. ib. 207, 419, 2590, 2659, 3887, 10039, En. 3087, Tr. 1488, 480, I, etc., etc. De même, on insère souvent dans la principale le sujet d'une subordonnée-régime, p. ex. Tr. 217 Après orreiz de Tenedon Cornent fu pris e coment non; Er. 1209 Cil voit bien de l'empereeur Qu'il a de lui crieme et peeur. Les exemples de ce procédé abondent. Cf. aussi Tobler, V. B., I, 2. — D'une manière analogue, le régime peut être mis en tête de la phrase: En. 3480 Dreit li estuet que il me face. On en trouve des exemples partout. — Enfin, dan^ une interrogation directe, un substantif ou un pronom précède souvent la particule interrogative. Il est superflu de citer des exemples de ce procédé. - — ■ On sait qu'il y a une tendance analogue dans la langue moderne.
*) Signalons don ( = dont) que Lanc. 1565.
mans {Thèbes ne connaît aucun de ces adverbes.) Enfin, combien que est employé deux fois par Chrétien, les deux fois au sens temporel:
G d'A. 375 Moût lor siet maus a andurer,
Con bien qu'il lor doive durer
(voyez le cont-exte), Yv. 6217 Qu'or a il son paroil trové, Conbien que il et demoré. Pour quant que au sens général (Tr. 27655), cf. Johannsen, p. 28 ss.