Rapport concessif
La «parataxe concessive» est assez stéréotypée. ^ Le plus souvent, nous avons affaire à une alternative, en général exprimée par la conjonction ou. Vueille 0 non et d'autres phrases analogues sont particulièrement fréquentes, p. ex.
Th. 1499 Vueille o ne vueille Tydeiis, Venir l'estuet a cel pertus; En. 8061 Voillë o non, amer l'estuet, Yv. 5335 Vos covandra, voilliez ou non, Conbatre et perdre vostre non.^ Tr. 1805 Iluec li covint a passer, Vousist onon, un braz de mer.*
Voici quelques autres locutions usuelles: Er. 570 Et orendroit t'achèterai, Ou face savoir ou folie,^- Thom. 172 Face bien u nun, ne m'en chalt,
^) Voyez-en des exemples dans les ouvrages cités. Un bon exemple de ce pro" cédé se trouve Marie El. 981: — mult li pramist. De luinz alast e si veïst Quel part sis sire turnereit, Chevals e armes li durreit. Cf. I. 6475 ss.
^) Cf. H. Johanssen, Der Ausdruck des Concessivverhâltnisses im Altfranzôsischen, Diss. Kiel, 1884, p. 39-44. Voyez encore F. Briiss, Der Ausdruck des Konzessivverhàltnisses imMittel-und Neufranzôsischen, Diss. Gôttingen.igos.
^) Cf. Th. 2202, En. 1769, 9639, Bér. 789, 2253, 2259, Thom. 276, 277, 1006, 1581, Marie Biscl. 201, EL 944, Er. 64, I. 1049, 2009, 2872, 3163, 3182, 6011, 6399, Lanc. 4038, Yv. 3723. — A la troisième personne du pluriel Bér. 421, à la deuxième personne du singulier Er. 597.
*) Cf. Th. 1406, 2264, En. 8473, Tr. 2703, 4761, 9175, 20329, Thom. 1520, I. 3889, 4970, Erec 180, 1045, I,anc. 1168. . "
*) Cf. Er. 3651, Cl. 1840, Yv. 2544; Er. 3087 (honte-honeur); Er. 3084. - -
Bér. 794 Or tort a mal ou tort a bien De moi ferez vostre plesir^ Tr. 3695 Est bien et dreiz que vos en die,
O seit saveirs o seit folie.
Marie L. 217 Mult ot L,anval joie e déduit, U seit par jur u seit par nuit; Er. 255 Siure le me covient adés. Ou soit de loing on soit de près, En. 9570 Seit de foille, seit de racine.^ Phil. 627 Soit biens ou maus, folie ou sans, En. 6034 O fust a dreit o fust a tort,
De nostre gent i ot molt mort,^ Th. 565 O bien li peist, o mal li place,
Ne puet muer que il nel face, Phil. 792 Ou buen vos soit ou tôt vos poist,
Ne vos i vaudra rien deffanse.* I^r. 27351 O lor pesast o lor fust bel.
Avec d'autres verbes, il n'y a qu'à citer Bér. boi, Th. 4885, 9178, Tr. 4024, Thom. 630.
Pour d'autres espèces de parataxe concessives, nous n'avons à citer ici que deux exemples, tirés de Chrétien. Il s'agit de la phrase stéréotypée avoir — mal gre^ :
Erec 4663 Ainsi morrai, mal gre an et
La morz qui ne me viaut eidier.
Lanc. 3774 Come avugle et come eschacier Le mainne, mal gre an et il.
• Il se produit parfois, comme le dit M. Meyer-Lubke, << un commencement de copulation en ce sens qu'assez souvent on ajoute à
1) Cf. Marie L- 126, G. 474.
^) Cf. Tr. 3696, 5042, 8135, 18283, 21267, 22154, Bér. 224, 2718, I. 1641, Erec 3358, 3392, 4224, Cl. 5947, 5982, Yv. 4056, 5472, G.d'A. 1612, 1941 — clans les deux derniers passages, la phrase est introduite par or; voici le deuxième passage: Cui chaut? Or soiiez mes frère ou non, Di moi, comant vos avez non.
') Cf. En. 7398, 7607, Marie L,st. 52, Er. 51 15, Erec 56, G d'A. 1058.
*) Cf. Th. 715, 717, En. 3479, 3867, 4727, Tr. 1098, 4726, 12699, 22263, Marie Biscl. 276, L. 388.
^) M. Johanssen cite, p. 40, des exemples plus récents de cette construction. Le renvoi qu'il fait à deux passages de Troie n'a plus de valeur, après les corrections qu'y a opérées M. Constans dans son édition de ce roman. — Sur la formation de la conjonction concessive malgré que, qui n'apparaît que bien plus tard, voyez ib., p. 41.
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la proposition partielle un adverbe d'intensité ou de temps qui est destiné à la faire ressortir, qui par ce moyen augmente son opposition avec la proposition verbale et par conséquent peut facilement avoir l'air de renfermer en soi l'idée de concession et par là d'exprimer le rapport réciproque des deux propositions. » Kn ancien français on trouve les adverbes ja, encore, or, tant, si, tout, bien employés ainsi. ^ A l'époque dont nous parlons, ja — qui était très fréquent dans la première période de la langue — se rencontre rarement — voyez M. Yon. 84 — , si ce n'est dans la locution ja soit [çou) que, à laquelle nous reviendrons. Encore n'apjjaraît à cette époque que rarement — voir Er. 2238. Pour ce qui est de l'adverbe or, nous avons déjà cité deux exemples de son emploi dans Gd' A. Tant est employé d'autant plu§ souvent, surtout avec le verbe estre suivi d'un complément, p. ex. Er. 4192 II n'a el monde damoisele Ne nule dame tant soit bêle
Dont je n'abate bien l'orgueil^; En. 1295 Ne vi home de nul parage, Tant fust riches ne proz
ne sage, Cui ge mostrasse puis semblant De cel endreit ne tant
ne quant^;
ou avec le verbe avoir suivi d'un régime: Yv. 2865 Mes n'est riens, tant po de sen et, Que an leu ou l'an
bien li fet Ne revaingne moût volantiers,*
ou bien avec le verbe savoir:
Cl. 4566 Mes Cligés est tes chevaliers,
Si biaus, si frans» et si leaus
Que ja n'iert mançongiers ne fans Mes cuers, tant le sache loer,* Erec 1668 Or fu tant avenanz et bêle
Que ne cuit pas qu'an nule terre.
Tant seust l'an cerchier ne querre, Fust sa paroille recovree.^
^) Cf. Johannsen, p. 44 ss., et Vising, Literaturblatt fur genii. u. rom. Phil., 1918, p. 48, où l'on trouve cités plusieurs articles traitant de ces locutions.
") Cf. Coriv. 401 — Th. 1934, Bér. 1908, Er. 5534, I. 2860, 6483, Erec 526, 4914, Cl. 197, 5384, 6687, Lanc. 2787.
3) Cf. Cor L. 2003. —En. 895, I. 762, G d'A. 1567, 1847, Lanc. 2632, 2869, 3177. 5713. Yv. 5624.
*) Cf. Cl. 199, YV..1035.
*) Cf. CorL. 1664 — ■ I. 243, Er. 6195 — Dans tous ces passages, excepté dans le dernier, saveir est suivi d'un infinitif.
*) Cf. ib. 3876: Je n'ai veisin qui ne me dot, Tant se face orguelleus ne cointes.