ET ESPÈCES VOISINES
A. — Sphacelaria Borneti Hariot.
M, Hariot a vu le 6". Borneti ç^xi 1883, sur une coquille de moule rapportée de la Terre-de-Feu [87, p. 57, et 88, p. 38]; elle y était en très petite quantité, et actuellement la plante originale est représentée seulement par deux préparations microscopiques, d'ailleurs assez maigres, l'une de M. Hariot, l'autre de M. Bornet ; je les eues toutes les deux entre les mains.
Les filaments dressés ont (i) une largeur de 20-25 p.; les articles, relativement courts, assez fréquemment divisés par deux cloisons longitudinales, parfois même trois, ont 16-26 [x de
I. Les mesures prises par moi ne correspondent pas absolument à celles données par M. Hariot [87; 88j. — Il n'est pas inutile de faire remarquer que la plante du Cap Horn a 2 mm. de hauteur comme le dit M. Hariot dans son Mémoire de 1888, et non 2 cent., comme, par lapsus, il l'avait imprimé antérieurement [87].
hauteur. Le thalle rampant est irrégulier, formé de filaments enchevêtrés qui peuvent s'écarter en longs stolons sur lesquels croissent des filaments dressés. Les sporanges uniloculaires, décrits par l'auteur comme portés unilatéralement sur des rameaux spéciaux, sont en réalité sympodiques, le rameau fructifère n'étant autre chose que les pédicelles des sporanges successifs placés bout à bout. Cette distinction morphologique n'est pas sans importance : les sporanges pectines de X Ectocarpus Hincksise, par exemple, sontmonopodiaux, ceux du S. Borneti sont sympodiaux. Les sporanges mûrs m'ont paru naesurer 32-36 ^ sur 24-28 tx. La plante de la Terre-de-Feii devait être âgée, car plusieurs des cellules constituant le sympode avaient produit, dans la cavité de 1-2-3 sporanges vidés, un nouveau sporange dont le pédicelle était l'amorce d'un nouveau sympode ; il en résultait une disposition de l'appareil fructifère en arbuscules à branches sympodiales assez compliqué. Les sporanges pluriloculaires se voient sur les mêmes individus et sont isolés.
B. — Sphacelaria Borneti Reinke.
M. Reinke [90, p. 208 et 91,2, p. 15 et pi. V] rapporte au kS. Borneti une plante plus haute (2 à 5 mm.), parasite sur de grandes Fucacées australiennes {Cysiophora, etc.), dans le thalle desquelles elle pénètre assez profondément. L'auteur n'en donne pas les mesures, mais d'après les grossissements indiqués par les figures 2 et 3 [91,2, p. 37], la plante d'Australie paraît notablement plus large que celle de la Terre-de-Feu. Les sporanges uniloculaires sont disposés, dit l'auteur, comme dans le ►S. Borneti, et les sporanges pluriloculaires sont portés sur les mêmes filaments, par des pédicelles simples ou ramifiés. L'auteur rattache à cette espèce, comme variété, le ^S. affinis de Dickie, qui atteint 12 mm. de hauteur.
Le caractère sur lequel se fonde M. Reinke pour réunir ces plantes au 6". Borneti est la disposition des sporanges uniloculaires. Bien que je connaisse la plante de M. Reinke seulement par sa description, je ne serais pas surpris qu'elle fût distincte de celle de M. Hariot, dont les dimensions tout au moins sont différentes. Far plusieurs de ses caractères, elle se rapproche bien
36 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
plus de l'espèce que j'appelle plus loin 6". Reinkei, si elle n'est pas identique.
G. — Sphacelaria sympodicarpa Sauvageau mscr.
La plante que j'appelle 6*. sympodicarpa est très voisine du kS. Borneti. J'en ai trouvé une touffe encore jeune sur une coquille de Triton recueillie dans un casier à langoustes à Guéthary, le 15 août 1898. Le 15 septembre suivant, un Cysioseirafibrosa dragué, long de plus d'un mètre, en présentait de nombreux petits gazons, très denses, de 1-2 mm. de hauteur parfois 2,5 mm., dispersés sur l'axe principal, et mélangés au Sphacelaria Plumula.
Le kS. sympodicarpa, nullement parasite, pénètre cependant légèrement entre les cellules du Cystoseira dans les points où l'épiderme est détruit. Le thalle rampant est formé de stolons irréguliers serrés l'un contre l'autre (fig. 10, H) qui portent des rhizoïdes, ou même se terminent en rhizoïdes s'enchevêtrant entre eux ; parfois ils s'étalent sur le substratum en se cloisonnant et imitent un commencement de disque. La figure 10, B, représente une germination trouvée dans une touffe ; le stolon rampant est dans le prolongement du filament dressé.
Les filaments dressés (fig. 10, A)^ étroits, raides, atténués vers le sommet, sont peu et irrégulièrement ramifiés, à rameaux non différents des filaments primaires. Lorsque la plante vieillit, de nouvelles branches, longues et plus ou moins ramifiées, s'élèvent des cellules de la région inférieure, et lui donnent un aspect plus touffu que dans la figure \o^ A. Les parois latérales sont assez épaisses, sans l'être autant que dans les espèces du groupe bracieaia, mais leur face interne y est beaucoup plus nette. Les filaments ont 13-19 p. de largeur; toutefois, un filament tronqué s'allonge ensuite généralement en un autre plus étroit. Je n'ai vu aucun poil. En général, la hauteur des articles secondaires est i-i 1/2 fois la largeur, mais fréquemment, vers le sommet des filaments, ils deviennent plus courts, et n'ont plus que les 3/4 de la largeur. Ceux de la base des filaments sont simples; plus haut, ils prennent souvent une cloison longitudinale, rarement deux; si l'article qui produit une branche est
C, Sauvageah. — Remarques sur les Sphacélariacées. 37
cloisonné suivant la longueur, il prend souvent une demicloison transversale, comme on le voit sur la figure 10, //les
Fig, 10. — Sphacelaria sympodicarpa Sauv. — A, Quelques filaments isolés pour montrer le port de la plante, sa ramification irrégulière, et la disposition générale des sporanges. (Gr. 40.) — B, Germination trouvée dans la nature. (Gr. 150.) — C, D, E, F, Différents états du sympode sporangifère. — G, Rhizoïdes. — H, Portion d'un thalle rampant. — J, Portion d'un filament dressé portant trois branches, montrant la demi-cloison transversale. {C kj, Gr. 200.)
articles qui fournissent les sympodes fructifères ne présentent pas cette particularité.
Les branches et les sporanges sont distribués sans ordre. Un sporange qui naît sur un filament est porté par un pédicelle uni-
38 C. Sauvageau. — Remarquts sur les Sphacélariacees .
cellulaire tedreSsé; d'abOtd cylindrique, il s'arrondit tardiveitieht, coninlé dans le S. pulvinata, et mesiire 32-40 |j., parfois 44 {i sur 24-32 [i. Puis, son pédicelle pousse latéralement une protubérance qui devient le pédicelle d'un second sporange, et ainsi de suite; j'en ai vii jusqu'à huit placés bout à bout, et l'apparence est celle d'un rameau latéral sur lequel croissent des sporanges sessiles. La paroi des sporanges vidés persiste longtemps, et la figute 10, E, représente un cas fréquent : à l'extrémité du sympode est un sporange jeune, presque cylindrique ; en arrière, un sporange mûr prêt àla déhiscence; le troisième est ouvert, mais à paroi très ferme ; les trois autres, plus anciens, ont une paroi flastJUé, et le plus voisin de l'axe ne tardera pas à disparaître. On ne trouvfe pas deux sporanges d'égale maturité l'un près de l'autre (i). Si une cellule du sympode sporangifère prend une cloison longitudinale (fîg. 10, F)^ chacune des cellules formées peut produire un sympode latéral et la ramification se complique. Il est possible que, sur des individus plus âgés, on trouve des arbuscules sporangifères composés de sympodfes, cdmmfe sur la plante de M. Hariot.
Bien que j'aie détaché un fragment de chacune des notnbreuses touffes que portait le Cystoseirà, je n'ai vu ni propagules ni sporanges pluriloculaiires.
Des rhizines ramifiées descendent parfois des cellules inférieures des filaments dressés ; il tn'a semblé que, Une fois arrivées sur le substratum, elles peuvent ramper, grossir, et se transformer en stolons producteurs dé filaments dressés.
Le kS. syfnpodtcarpa , très voisin du 6". Bornetï àe M. Hariot, s'en distingue par un aspect plus grêle et un peu plus raide, la moindre largeur des filaments, le moindre cloisonnement longitudinal des articles, et la taille un peu plus grande des sporanges uniloculaires. Les mêmes différences sont encore plus accentuées avec le ^S. Borneti de M. Reinke. Déplus ces deux espèces présentent sur lin même individu des sporanges uriiloculâireâ et ties sporanges filurilotulaifes, tâhdië iquè Cëùx-Ci sôflt irifcdtintlS chez le kS. sympodicarpa.
I. Sur la fig. 3 {loc. cit.) de la plante rapportée par M, Reitiké au ^. Borneti, les sporanges placés côte à côte paraissent également murs ; c'est sans doute un lapsus attribuable au faible grossissement du dessin. De même dans les dessltis I et i (Pi. iV, loc. cit.) de M. Hariot, tandis que la figure 3 est exacte,
Sphacelaria sympodicarpa Sauvageau. — Plante formant de petites touffes ou d'étroits gazons de quelques millimètres de diamètre, très denses. Filaments rampants enchevêtrés. Filaments dressés peu et irrégulièrement ramifiés, raides, longs de 1-2,5 roiHini., larges de 13-19 a, légèrement atténués vers le sommet, dépourvus de poils, à branches semblables à l'axe. Articles secondaires hauts de i-i 1/2 fois la largeur, simples ou divisés par une cloison longitudinale, rarement deux. — Sporanges uniloculaires de 32-44 [i sur 24-32 [x., distribués sans ordre sur les filaments, portés par un pédicelle unicellulaire dépendant d'un sympode sporangifère généralement simple, parfois composé. Sporanges pluriloculaires et propagules inconnus.
Hab. — Au-dessous du niveau de la basse mer, sur coquille de Triton et sur Cystoseira Jîbrosa. Guéthary (Basses-Pyrénées), Août et Septembre 1898.
Voisin du 5. Borneti Hariot et du iS. chorisocarpa Sauvageau.
D. — Sphacelaria chorizocarpa Sauvageau mscr.
Un grand exemplaire de Cystophora -monilifera de l'Herbier Thuret (Busselton, Géographe Bay, Coll. P. F. Pries) portait dé très nombreuses touffes de cette espèce parasite. Les touffes, olivacées, de 2-3 1/2 millimètres de hauteur, peu denses, formées de filaments grêles et souples, avaient, à l'œil nu, l'apparence d'un Ectocarpus.
Les filaments, larges de 16-20 u^, sont cylindriques ou à peine atténués au sommet; leur paroi est moins épaisse que dans le 6*. sympodicarpa, et les articles hauts de 24-60 ^ sont plus longs ; ils sont simples ou présentent une cloison longitudinale, mais je n'en ai jamais vu deux ; ces conditions rendent la plante plus flexible, plus souple. Certaines cellules, vers le sommet des filaments, sont parfois inoins hautes que larges, mais elles sont peu nombreuses. Les branches, identiques aux filaments qui les portent, naissent irrégulièrement, sont longues et peu nombreuses, ou même manquent ; l'article sur lequel elles s'insèrent (fig. I i,y^ prend souvent uiie demi-cloison transversale, comme dans le wS. sympodicarpa.
Les poils sont peu abondants, et beaucoup de filaments en manquent; ils sont insérés directement sur le filament (fig. 11, Z,), ou portés par une ou deux cellules (AT, C), comme dans le ►S. ôrac tea fa ; leur gBÀne, moins écartée du poil que ne l'indiquent
40 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .
les dessins C, K, L, est surtout visible par les réactifs colorants. Quand on les observe vers le sommet des filaments, on les voit situés dans leur prolongement, et la branche syrapodiale qui est au-dessous est nettement inclinée (fig. ii^ K, L). Ils sont larges du IO-I2 p.. et les cellules adultes ont 60 ;x; je les ai toujours vus courts, soit qu'ils le fussent réellement, soit que la plante eût été mal conservée.
Le iS'. chorizocarpa est parasite ; ses filaments, relativement espacés, sont insérés entre les cellules périphériques du Cysiophora, mais ne pénètrent pas au-dessous. Il doit donc se propager par des filaments circulant entre ces cellules, parallèlement à la surface de l'hôte.
Il porte des sporanges uniloculaires disposés comme ceux du ►S*, sympodicarpa , et des sporanges pluriloculaires disposés comme ceux du ^S. fœcunda; c'est pourquoi je l'ai appelé ►S. chorizocarpa. Certaines touffes portent bien uniquement l'une ou l'autre sorte de sporanges, mais ils sont mélangés sur d'autres touffes, et plus rarement sur un même filament.
Les sympodes latéraux à sporanges uniloculaires (fig. 1 1 , A, C) sont identiques à ceux du kS. sympodicarpa ; les sporanges mesurent 36-40 p- sur 24-28 [x.. Parfois (^), une branche se termine par un sporange, et dans ce cas la cellule qui le supporte se prolonge latéralement en sympode fructifère. Du thalle hospitalier s'élèvent souvent de très courts filaments qui se comportent de même.
Les sporanges pluriloculaires, irrégulièrement cylindriques, de 36-48 [J. sur 24-32 [a, présentent les différents modes d'origine décrits à propos du S. fœcunda, mais j'ai toujours trouvé leurs grappes très peu fournies. La cellule origine de la grappe se développe directement sur le filament et reste isolée (fig. 1 1 , Z?), ou bien produit à sa base une autre cellule semblable {E, F) ou une a bractée * {G, H), qui reste généralement plus courte que dans les ^S. bracieata et fœcunda. Les dessins G tX H représentent un cas très fréquent. Lorsque ces bractées sont nombreuses et d'une certaine longueur, les filaments paraissent plus ramifiés que ceux à sporanges uniloculaires.
Le S. chorizocarpa, très voisin du 6*. sympodicarpa, en diffère par son parasitisme, par ses filaments plus longs, peu ou point atténués, à articles plus longs et à parois moins épaisses,
par ses poils, par la présence de filaments à sporanges pluriloculaires dans les mêmes touffes que les filaments à sporanges uniloculaires. Le S. Borneti Hariot a des filaments plus larges,
Fig. II. — Sphacelaria chorisocarpa Sauv. — A, B, C, Fragments de filaments montrant différents états du sympode à sporanges uniloculaires. — D, E, F, G, H, Différents modes d'insertion des arbuscules de sporanges pluriloculaires; D, E, F représentent des états jeunes. — J, Fragment de filament montrant la demi-cloison transversale de l'insertion des branches. — K, L, Sommet de filaments terminés par un poil. {A à L, Gr. 200; g, gaine du poil.)
à articles plus divisés suivant la longueur, et ses sporanges pluriloculaires sont insérés directement sur les filaments par un court pédicelle. Il se rapproche aussi des ^S". pygmaea, bracteata et/œcunda, par les dimensions et la situation des sporanges
42 C. Sauvageau. — Remafqnes sur les Sphacélariacées.
pluriloculaires, mais ces espèces, moins hautes, à parois plus épaisses, ont une allure raide que n'ont pas les filaments du ►S. chorizocarpa.
Sphacelaria chorizocarpa Sauvageau. — Plante parasite formant des touffes olivâtres (sur le sec), de 2-3 1/2 mm. de hauteur, lâches et souples, à filaments pénétrant isolément entre les cellules périphériques de l'hôte. Filaments dressés cylindriques, larges de 16-20 [X, à peine atténués au sommet, peu et irrégulièrement ramifiés, à branches longues, semblables à l'axe. Articles secondaires à parois minces, hauts de 1-3 fois la largeur, simples ou divisés par une cloison longitudinale. Poils peu nombreux, parfois absents, larges de 10-12 [/., à cellules longues de 60 [x, sessiles ou pédicellés. — Sporanges uniloculaires de 36-40 [xsur 24-28 a, distribués sans ordre sur les filaments, portés par un pédicelle unicellulaire dépendant d'un sympode sporangifère. Sporanges pluriloculaires irrégulièrement cylindriques, de 36-48 [i. sur 24-32 [I. ; arbuscules sporangifères peu fournis, portés soit à la base d'une branche fructifère, soit sur un article quelconque. Propagules inconnus.
Hab. — Parasite sur les Fucacées {Cystophora moniliferd)^ Australie (Géographe Bay).
Voisin des 5". sympodicarpa, S. Borneti et ^. fœcunda.
É. — Sphacelaria Reinkei Sauvageau mscr.
Cette espèce formait une dizaine de touffes rapprochées l'une de l'autre sur une grosse branche d'un Cystophora subfarcinata de l'Herbier Thuret (Georgetown, Tasmanie, F. von Mueller ded.); ces touffes, en pinceau quand elles sont jeunes, sont sphériques à l'âge adulte, mesurent 5-6 millimètres de rayon, et sont alors insérées par une base étroite.
Le 6". Reinkei est nettement parasite ; sa base pénètre en faisceau compact dans le tissu hospitalier, jusqu'au niveau des cellules à parois épaisses qui constituent la massé cénti-àle de ce Cystophora ; les filaments ertdophytes sortt étroits (15-20 ji.), généralement monosiphoniés, parallèles et accolés l'un à l'autre; ceux du centre pénètrent un peu plus profondément, mais je ne les ai pas vu envoyer de prolongements dans le thalle hospitalier, et les touffes sont indépendantes.
Les filaments dressés diminuetit graduellement de largfeiitde la base au somiliet, à chaque ramification. Dans lèut- partie
inférieure, ils mesurent généralement 45-60 jj- de diamètre, tandis que les pousses indéfinies de la périphérie mesurent seulement 20-30 [j.. On ne peut faire de distinction générale en axe et rameaux, car la ramification paraît être, au premier abord, une dichotomie égale. En effet, lorsqu'un sphacèle a fourni un certain nombre d'articles, il produit un poil, puis le filament se continue obliquement; mais la cellule située au-dessous de l'insertion du poil produit urt rameau de mêine diamètre que le filament. Le filament et le rameau laissent entre eux un angle de 40-60°, et le poil reste inséré au fond de cette fourche. De sa base à son sommet, chaque filament de la touffe, d'aspect dichotome, est donc un sympode qui émet autant de branches qu'il entre d'axes successifs dans sa constitution ; chaque branche étant à son tour l'origine d'un sympode nouveau. On verra plus loin que la branche se distingue assez facilement par la forme de l'article qui lui a donné naissance. Ces branches manquent parfois, et il s'en produit aussi d'autres qui naissent des articles secondaires supérieurs, à des niveaux quelconques, et compliquent la ramification; l'angle de celles-ci est plus variable.
Les poils mesurent 8 [x de largeur, et leur grande différence de diamètre avec les filaments les fait encore paraître plus étroits. Bien que j'en aie vu un grand nombre, je les ai toujours trouvés très courts, réduits à 2-3 cellules entourées d'une gaîne (fig. 12, C^ E)^ et les kS". Reïnkei qne. j'ai étudiés étant en bon état de cohsérvatidri, il est possible que, même sur les plantes vivantes, les poils se tronquent de bonne heure.
La plupart des rameaux sont terminés par un sphacèle court, ruais très net, et ces rameâUx, approxirtiàtivement cylindriques, sont des pousses indéfinies (Langtriebe). Mais on en trouve d'autres, moins nombreux, qui se termitient en pointe, et ne diffèrent des précédents que vers leur sommet, où il portent des poils bièh J)lus rapprochés, et sans se ramifier (fig. 12, C) ; parfois même, les poils, dont la présence indique des portions du sympode, sont séparés seulement par deux articles secondaires ; ce sont des pousses définies (Kurztriebe).
Les articles secondaires sont généralement moins hauts que larges (fig. 12, A, B). Leur cloisonnement ressemble beaucoup à celui du ^S. radïcaHs. Chaque article prend plusieurs cloisoHs IbHg^itUdlriâleé, puis thài^Uè cellule se cloisonne une fois trans-
44 C. Sauvageau. ^ Remarques sur les Sphacélariacées .
versalement, vers son milieu, et souvent, mais moins régulièrement, chaque nouvelle cellule se cloisonne à son tour transversalement. Toutes ces cloisons sont fermes et relativement épaisses. Mais les articles secondaires supérieurs présentent une importante particularité : les cloisons longitudinales laissent une cellule, plus large que les voisines, qui ne se divisera pas transversalement, du moins en même temps que les autres ; elle est généralement remplie d'un composé brun tannifère,fait par-
Fig. 12. — Sphacetaria Reinkei Sauv. — A, B, Portion de filament montrant le cloisonnement des articles. — C, Fragment d'une pousse définie, pris près du sommet. — D, Un rhizoïde isolé. — E's^J, Différents sympodes de sporanges uniloculaires. {A k J, Gr. 200; p, péricystes, teintés par un pointillé ; g, poils.)
fois légèrement saillie latéralement et correspond aux péricystes du S. radicans. Un article a rarement deux péricystes (fig, 12, F) . Les péricystes sont l'origine des rhizoïdes, des branches et des sympodes fructifères ; on les a indiqués par la lettre p sur la figure 12. Toutefois, il n'est pas rare que les péricystes des articles d'un certain âge prennent deux cloisons en croix, mais on les reconnaît cependant à leur contenu tannique dense et à la moindre épaisseur de ces cloisons. Ils se cloisonnent toujours quand
ils fournissent les productions latérales. Fréquemment, dans la portion supérieure des pousses définies, le péricyste sous-jacent à un poil se renfle, bien qu'il ne produise pas de branche, et rejette sur le côté les articles situés au-dessus. vSi plusieurs poils successifs naissent du même côté, ces péricystes augmentent la convexité du sympode (fig. 12, C); s'ils naissent alternativement à gauche et à droite, ils exagèrent sa disposition en zigzag. Dans les pousses indéfinies, le péricyste sous-jacent à un poil se renfle aussi avant de produire le rameau, puis plus tard se cloisonne plusieurs fois; le rameau adulte se distinguera de l'axe, précisément parce qu'il est inséré sur le côté large de l'article secondaire.
Les rhizoïdes sont abondants dans la partie inférieure de la plante; ils sont étroits, à parois épaisses, et à cellules courtes (fig. 12, Z>), simples ou cloisonnées longitudinalement. Ils descendent le long des filaments, sans s'accoler à eux, et enveloppent leur base comme d'un manchon, sans s'entrecroiser ni s'enchevêtrer autant que dans certaines autres espèces. Je ne les ai pas vu porter de filaments ni de sporanges.
Les sporanges uniloculaires, disposés comme dans les espèces précédentes, ont aussi les mêmes dimensions : 35-45 p-, sur 24-28 ]}•. Un premier sporange naît toujours d'un péricyste ordinaire (fig. i2yF, H, JJ on d'un péricyste situé au-dessous d'un poil et qui n'a pas produit de rameau (fig. 12, ^) ; le sympode, souvent perpendiculaire au filament, fait un angle variable. Sur certains filaments, les sympodes sporangifères sont très abondants, et la plupart des articles secondaires supérieurs en portent. Tandis que, dans les espèces précédentes, les cellules constituant le sympode restaient simples, dans le ^S. Reinkei, les plus âgées prennent une cloison horizontale, parfois même une cloison verticale (fig. 12^ E, F). Ces sympodes se ramifient de façon variée (fig. 12, H,J)^ Enfin, les filaments tronqués poussent quelquefois dans leur prolongement 1-2-3 branches, chaque cellule intacte de la troncature pouvant en produire une; d'autres fois, ils produisent des sympodes sporangifères dressés ou diversement inclinés (fig. 12, 6^). Je n'ai vu ni propagules ni sporanges pluriloculaires.
La plante renferme une grande quantité du composé tannique brun. Le sphacèle en est toujours pourvu, et les péricystes
46 C. Sauvageau. — Retnatques sur les Sphacélariacées.
forment sous le microscope de larges taches brunes ; parfois les péricystes le cèdent à la production latérale dont ils sont l'origine, parfois le conservent; les cellules des sympodes sporangifères en renferment aussi, et enfin, au centre des sporanges mûrs, on trouve toujours une tache brune ayant approximativement la position et les dimensions que pourrait avoir un noyau cellulaire. La substance tannifère ne peut être considérée seulement comme une matière d'excrétion ; elle est aussi une substance de réserve.
Le .S. Reinkei, que je suis heureux de dédier au savant qui, dans ces derniers temps, a fait faire le plus de progrès à l'étude des Sphacélariacées, se rapproche des espèces précédentes par la disposition des sporanges uniloculaires, mais s'en éloigne nettement par la plus grande complexité de l'appareil végétatif; il est notablement plus élevé en organisation par sa différenciation en pousses indéfinies et en pousses définies ; le cloisonnement des articles correspond à celui du .S. radïcans. Parmi les espèces à sympode sporangifère, c'est du Sphacelaria rapporté par M. Reinke [91,2, pi. V, fig. 1-3] au ^S". Borneti (ju'il paraît le plus voisin. Celui-ci est également parasite, à partie endophyte compacte ; ses filaments dressés sont larges, à articles divisés longitudinaleraent et probablement transversalement ; ses rhizoïdes sont longs, grêles, corticants, à parois épaisses et à cellules courtes. Mais l'espèce de M. Reinke porte en même temps des sporanges pluriloculaires, et les articles secondaires, s'ils sont divisés transversalement, le sont moins fréquemment \loc. cit., fig. 2] que ceux du jS*. Reinkei. Il est difficile de se prononcer sur l'indépendance des deux plantes, car l'auteur, croyant sa plante identique à celle de M. Hariot, en a donné une description qui ne contient pas suffisamment de détails de structure pour permettre une détermination précise.
Sphacelaria Reinkei Sauvageau. — Plante parasite, formant des touffes sphériques de 5-6 mm. de rayon, indépendantes les unes des autres. Partie endophyte étroite, nettement limitée du substratum, formée de filaments étroits, parallèles, serrés en masse compacte. Filaments dressés d'apparence dichotorae, de 45-60 [x de largeur à la base, de 20-30 [i au sommet sur les pousses indéfinies ; pousses défi-
nies terminées en pointe. Rameaux naissant de l'article situé audessous d'un poil, ou d'un autre article secondaire supérieur. Poils étroits, de 8 [x de diamètre, probablement toujours courts, et situés dans l'angle d'une bifurcation. Articles secondaires généralement moins hauts que larges, à plusieurs cloisons longitudinales et cloisonnés au moins une fois transversalement. Articles secondaires supérieurs gardant généralement un péricyste indivis, tannifère; rameaux, rhizoïdes et sympodes sporangifères naissant des péricystes. Rhizoïdes nombreux à la base de la plante, descendant le long des filaments sans y adhérer, et finalement formant un manchon. — Sporanges uniloculaires de 35-45 p- sur 24-28 [jl, portés par un pédicelle d'abord unicellulaire, puis cloisonné, dépendant d'un syrapode sporangifère simple ou composé. Sporanges pluriloculaires et propagules inconnus.
Hab. — Parasite sur les Fucacées {Cystophora subfarcinatd)^ Tasmanie (Georgetown).
Voisin du 5". Borneti Reinke non Hariot.
J*. — Sphaeelaria spuria Sauvageau mscr.
Le kS. spuria formait plusieurs mèches d'un brun roux, d'un centimètre de hauteur ou un peu plus, sur un Cystophora boiryocystis de l'Herbier Thuret (Harvey, Australian Algae, Brighton Beach, PortPhillip).
Il a le port bien connu d'un ^S. Plutmda, mais est moins étalé (fig. 13, A). On y distingue des axes, ou pousses indéfinies, portant des rameaux pennés courts qui sont des pousses définies, mais dont certains se transforment aussi en pousses indéfinies. Ce qui sera dit plus loin avec détails sur la ramification du ^S. Pluimila, pris comme type des espèces pennées, peut s'appliquer au kS. spuria- Mais, si la ramification pennée est le cas très général, elle n'est pas absolument constante; on voit parfois, en effet, les rameaux, qui jusque-là étaient pennés, naître suivant une hélice (sans qu'il y ait torsion de l'axe), puis reprendre le mode penné. Une particularité qui frappe aussi tout d'abord, c'est la fréquente inégalité de hauteur des articles secondaires supérieurs et inférieurs. Les articles supérieurs, qui comme d'habitude sont les articles fertiles, sont souvent moins hauts que larges (fig. 13, B^ H)^ tandis que les articles secondaires inférieurs sont généralement notablement plus hauts, parfois presque deux fois plus hauts que larges ; cette différence de taille se constate, sur les
48 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .
pousses indéfinies, dès le cloisonnement transversal de l'article primaire, comme on le voit sur la figure 13, C, et n'est pas due à un allongement ultérieur. Cette particularité, très nette suivant toute la longueur de la plupart des pousses indéfinies, l'est beaucoup moins sur quelques autres.
Les rameaux, généralement courts (fig. 13, -4, -5), se terminent en pointe obtuse et portent habituellement 1-3 poils; ils sont alors plus ou moins ondulés, comme on le voit en D, où le rameau figuré a été choisi parmi l'un des plus petits, pour la commodité du dessin. Il est très rare que ces pousses définies soient elles-mêmes ramifiées. Les pousses indéfinies, au contraire, disposées comme les précédentes, et de même origine, sont ramifiées comme l'axe qui les porte (fig. 13, A)\ elles ne produisent jamais de poils et, par conséquent, leur ramification est monopodiale.
Sur les dessins B et D, j'ai indiqué les poils seulement par leur gaîne, mesurant 9-10 ^ de diamètre, parce que les échantillons étudiés n'étant pas en parfait état de conservation, les poils avaient été en partie détruits, les cellules n'étaient plus indiquées, à l'intérieur de la gaîne, que par de petits amas protoplasmiques superposés, les membranes ayant disparu.
Le diamètre des pousses définies est très variable, mais celui des pousses indéfinies reste assez constant aux environs de 50 p.. Toutefois, les axes qui naissent directement sur le thalle rampant sont toujours très étroits à leur base, réduits même souvent à une seule série de cellules à leur point d'insertion (fig. 13, E\ puis s'élargissent graduellement jusqu'à atteindre 50 [/-.
Les articles secondaires des pousses indéfinies se divisent plusieurs fois suivant la longueur. Puis chaque cellule se cloisonne transversalement vers son milieu, et il n'est pas rare que les articles secondaires inférieurs subissent un nouveau cloisonnement transversal (fig. 13, B, C, H).
Les rhizoïdes sont nombreux et longs. Ils descendent le long des pousses indéfinies (fig. 13, E, J) d'un certain âge, se rejoignent le long des pousses indéfinies principales, et forment à la base de celles-ci un manchon feutré non adhérent, épais, dont le diamètre dépasse 160 y-^ bien que le diamètre du filament lui-même soit plus réduit à ce niveau. D'après l'importance de cette cortication, on pourrait supposer que le ►S. spuria est
F'g- '3- — Sphacelaria spuria Sauv. — A, Un fragment de la plante, pour montrer la ramification générale. — B, Fragment d'une pousse indéfinie pour montrer l'inégalité de hauteur entre les articles secondaires inférieurs et supérieurs. — C, Sommet d'une pousse indéfinie. — D, Un très court rameau portant deux poils. — E, Partie inférieure d'un filament dressé encore jeune né sur un filament rampant. — F, G, Deux filaments du thalle rampant. — H, y. Différents cas d'insertion de sympodes sporangifères. (^^ Gr. 15; B, C, Gr. 80; D à/, Gr. 200.)
susceptible d'acquérir une taille plus considérable que celle des échantillons que j'ai étudiés, comme celle du S.plufnigera et du Chéetopierïs plutnosa, par exemple. Comme nous l'avons vu, certains de ces rhizoïdes arrivent jusqu'au substratum, rampent à sa surface, et forment un véritable feutrage au pied de la plante. Les filaments rampants ne pénètrent pas dans le substratum; ils sont extrêmement irréguliers (fig.i3,i^jG),dans leurs ramifications, dans le diamètre et la forme de leurs cellules ; certaines de celles-ci émettent des digitations étalées. Ces filaments rampants produisent des filaments dressés, dont certains, bien qu'ils aient la nature d'axes, se terminent en pointe, comme les pousses définies, quand ils ont atteint deux à trois millimètres.
Les sporanges uniloculaires sont réunis par leurs pédicelles en sympode simple ou composé, dont les cellules se cloisonnent comme dans le 6*. Reïnkeï {ûg. 13, H, J). Ces sympodes sporangifères apparaissent soit à la place d'un rameau qui ne s'est pas développé, et dans le plan général de ramification, soit aussi sur des articles secondaires inférieurs de l'axe, mais généralement dans la moitié supérieure de ceux-ci (fig. 13, H)^ soit enfin sur les rameaux, et, moins souvent, sur les rhizoïdes (fig. 13, y), et dans ce cas les sporanges peuvent être suspendus au sympode au lieu de s'appuyer sur lui. Enfin, le sympode sporangifère du ►S', spuria présente la particularité de se prolonger parfois en un filament de quelques cellules (H, J), qui rappelle, par son origine, la « bractée » des sporanges pluriloculaires des vS. chorizocarpa , bracteata &tfœcunda. Les sporanges sont tout à fait comparables à ceux des espèces précédentes ; ils sont également cylindriques quand ils sont jeunes, mais ils sont plus sphériques à l'état de maturité et mesurent alors 36-44 [i sur 32-36 p-.
Je n'ai trouvé ni propagules ni sporanges pluriloculaires.
Le kS. spuria, que nous avons réuni aux espèces voisines du 6". Borneti, n'a assurément d'autre rapport avec les plus inférieures d'entre elles, comme les kS". sympodïcarpa et 6". chorizocarpa, que la disposition des sporanges uniloculaires sur un sympode latéral. Au point de vue de l'aspect général et de la ramification, il ressemble davantage aux espèces du groupe du kS. Pluimila, et en particulier au ^S. plumigera dont les articles secondaires présentent aussi des cloisons transversales.
et au kS*. racemosa dont les rhizoïdes peuvent être fructifères. Les affinités du 6*. spuria sont multiples mais indécises; la connaissance de la forme des organes pluriloculaires et des propagules aiderait peut-être à les préciser.
Sphacelaria spuria Sauvageau. — Plante formant des mèches d'un centimètre de hauteur. Thalle rampant à filaments enchevêtrés, très irréguliers dans leur ramification et dans la forme de leurs cellules, sur lesquels naissent les filaments dressés. Filaments dressés à ramification pennée ; rameaux courts, ou pousses définies, terminés en pointe et portant des poils; rameaux longs, ou pousses indéfinies, identiques à l'axe, de 50 [/. de largeur, dépourvus de poils. Articles secondaires des pousses indéfinies cloisonnés plusieurs fois longitudinalement, et au moins une fois transversalement. Articles secondaires supérieurs aussi hauts ou moins hauts que larges ; articles secondaires inférieurs généralement notablement plus hauts que larges. Rhizoïdes nombreux, corticants, enchevêtrés, formant autour de la base des filaments principaux un épais manchon feutré. — Sporanges uniloculaires de 36-44 [1. sur 32-36 [jl, portés par un pédicelle d'abord unicellulaire, puis cloisonné, dépendant d'un sympode sporangifère simple ou composé, qui parfois se prolonge en un court filament ; sympode porté par les articles secondaires inférieurs ou supérieurs des pousses indéfinies et définies, et parfois par les rhizoïdes. Sporanges pluriloculaires et propagules inconnus.
Hab. — Epiphyte sur les Fucacées {Cystophora botryocystis)^ Australie (Port Phillip).