C. — Sphacelaria racemosa Greville
Exemplaires étudiés :
Spitzberg, Smeerenborg bay, juillet 1873; ^- ^- Kjellman leg. et
ded. sub nom. 5. arctica Harvey; Herb. Thuret. Spitzberg, Kjellman leg.; Foslie ded. sub nom. 5. racemosai. arctica
Harvey; Herb. Thuret.
Groenland, Expeditio Danica in Groenlandiam orientalem 1891-92 ;
N. Hartz leg. i°'" mars 1892; Rosenvinge ded.; Herb. Thuret et
Herb. Sauvageau.
Baie de Baffin, Howgate Arctic Expédition; Algae Groenlandicae ;
coll. L. Kûmlein; Gulf of Cumberland ; Herb. Thuret. Kiel, décembre 1888; Reinke leg. et ded. sub nom. ^S. racemosa
Grev. f. arctica; Herb. Thuret.
Kiel, mars 1890; Reinbold leg. et ded. sub nom. 5". arcticalAax-^ .\
Herb. Thuret.
Berwick-on-Tweed, janvier 1887; Batters leg. et ded. Herb. Thuret.
« La comparaison d'exemplaires anglais du ^S". racemosa avec le 6". arctica des régions septentrionales et avec la forme correspondante de la mer Baltique, dit M. Reinke [91, 2, p. 11], ne
loo C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .
me laisse aucun doute sur l'identité de ces plantes. » Je m'abrite derrière l'autorité de M. Reinke, qui a vu de nombreux échantillons vivants de la Baltique, pour suivre cette manière de voir, et je me contenterai de faire quelques remarques sur les différentes formes du ^S, racemosa (i).
Le ^S. racemosa paraît être fort rare sur les côtes anglaises. Greville, qui l'a décrit [24, pi. 96] d'après un échantillon recueilli par Richardson (Firth of Forth), l'a vainement cherché ensuite dans la même localité. Harvey [46, pi. 349] et J. Agardh [48, p. 31] l'ont étudié sur un fragment qui leur fut donné par Greville. M. Batters [89, p. 61] a été plus heureux ; il l'a récolté en janvier 1887 à Berwick-on-Tweed portant une abondante fructification ; j'ai examiné un exemplaire de l'Herbier Thuret donné par M. Batters. D'après ce même auteur [91, p. 12], le 6*. racemosa aurait été trouvé aussi dans les îles de Cumbrae et d'Arran, c'est-à-dire sur la côte ouest de l'Ecosse, tandis que, dans la Liste des Algues britanniques publiée en collaboration avec M. Holmes [92, p. 81], cette espèce est citée seulement sur la côte est (Berwick).
Les dessins publiés par Greville et par Harvey se correspondent bien ; la plante a le port du 5". radicans, mais les filaments produisent des grappes de sporanges uniloculaires volumineuses et isolées. M. Batters fait d'ailleurs remarquer que des exemplaires stériles de 6". racemosa et de 6". radicans sont difficiles à rapporter à l'une ou à l'autre espèce (2). La plante de Berwick porte un disque rampant, duquel s'élèvent des filaments dressés assez rapprochés, et dont certaines files radiales se prolongent en stolons ; je n'ai pas eu assez de matériaux à ma disposition pour l'étudier en coupe, mais il m'a semblé avoir plusieurs cellules d'épaisseur.
La plante de Berwick a un peu plus de i centim. de hauteur. Sur leur moitié inférieure les filaments sont simples, sté-
I. M. Reinke [91, 2] donne comme synonymes du S. racemosa les .S". Clevei Grunow, ►$". notata Ajj. et ^. arctica Kjellm. ]e ne connais le S. Clevei que par la description de Grunow publiée deux fois dans V Hedwigia [74, p. 71 et 174J, dans des termes identiques mais tout à fait insuffisants pour comprendre sa structure. Les deux autres espèces sont décrites par M. Kjellman dans des mémoires écrits en suédois et dont, par conséquent, j'ai eu le regret de ne pouvoir prendre connaissance (OmSpetsberg-ens marina, etc.. et Handbock, etc ) |-^ Cl 2. Voir précédemment page ||^, en note. Jusqu a présent, le vS. racemosa n'a pas été cité à Helgoland ; peut-être a-t-il été confondu avec le S. radicans.
riles et dépourvus de rhizoïdes; puis, ils portent quelques rameaux peu différents de l'axe, peu divariqués, insérés sans ordre, et sur lesquels je n'ai pas vu de poils. Les articles secondaires, g-énéralement moins hauts que larges, présentent des cloisons longitudinales moins nombreuses à la base de la plante que plus haut ; ils sont cloisonnés transversalement en leur milieu, presque de part en part, et certaines cellules ont aussi une autre cloison transversale; je ne puis affirmer s'il existe des péricystes. Les branches fructifères, portées dans la moitié supérieure de la plante, très ramifiées, naissent tantôt sur les articles secondaires de deux en deux, tantôt sur des articles superposés, ou même sur plusieurs cellules contiguës d'un même article et forment des bouquets touffus (i) ; leurs cellules sont simples ou divisées suivant la longueur. Les sporanges , d'abord allongés à l'état jeune, puis arrondis, mesurent 48-55 [j- sur 40-52 jx.. De la base des pédicelles part parfois un rhizoïde court, apprimé, ou qui ensuite devient très divariqué, et que j'ai vu porter d'autres branches fructifères.
Rien dans la plante de Berwick, tout au moins telle que je l'ai eue sous les yeux, ne rappelle le ►S. Phiimila. Dans celle de la Baltique, haute de 1-7 centim. d'après M. Reinke [89, 2, p. 66], au contraire, les branches insérées sur les articles secondaires supérieurs sont fréquemment distiques, mais à intervalles variables, et souvent plusieurs unilatérales alternativement à gauche et à droite ; comme dans le ^S. Plwmîda, après une troncature, plusieurs pousses définies peuvent se transformer en pousses indéfinies ramifiées.
Les articles sont aussi hauts ou plus hauts que larges, à cloisons transversales moins nombreuses que dans la plante de Berwick. J'ai vu plusieurs fois sur des rameaux des poils sympodiaux, géminés, comme dans le ^S. radïcans, le S.plîunigera et le Chœtopteris. M. Reinke a signalé aussi d'autres poils qui naissent tardivement, comme des ramifications et non du sphacèle; j'ai constaté que, malgré leur origine différente, ils sont
I. Dans les dessins de Greville et de Harvey, les branches fructifères sont plus espacées et plus régulièrement réparties ; peut-être la ressemblance avec la plante de M. Batters est-elle cependant plus grande qu'elle ne paraît, car la large base des arbuscules représentés par Harvey correspond sans doute à plusieurs branches.
102 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
aussi endogènes; ils ont la valeur d'un rameau secondaire (i).
Mes échantillons étant incomplets, je n'ai pas pu constater l'existence du disque basilaire. Comme M. Reinke l'a remarqué, les rhizoïdes sont beaucoup plus nombreux que dans la plante ang-laise ; ils sont divariqués ou forment une cortication mince qui descend jusqu'à la base de la plante. Les grappes de sporanges uniloculaires sont aussi très nombreuses, nettement divariquées, mais on n'en voit généralement qu'une par article des pousses définies ou indéfinies; les pédicelles secondaires sont généralement moins longs que dans la plante anglaise, mais les sporanges ont la même dimension. Certaines branches végétatives se terminent à leur sommet par une de ces grappes. Enfin, certains rhizoïdes, divariqués et errants, présentent plusieurs grappes de sporanges éparses sur leur longueur; j'ai déjà signalé le fait pour la plante de Berwick, et leur présence est un point commun intéressant avec le Chaetopterïs ; leur nombre est même probablement plus grand qu'il ne paraît, car il m'a semblé que certains sporanges qui naissaient de la région cortiquée étaient portés non par les filaments, mais par les rhizoïdes cortiquants; la présence de ces sporanges radicaux n'est signalée ni par M. Reinke ni par M. Reinbold.
M. Reinke a créé une variété pinnata pour des exemplaires (probablement stériles), trouvés seulement arrachés [89, 2, p. 66 et 91, 2, p. 12], à branches régulièrement pennées, et qu'il eut d'abord l'intention de rapporter au ►S. Pluinula. Mais, d'après l'examen des figures données par l'auteur [89, 2, pi. 45, fig. 1 1 et 12], et surtout si les articles secondaires ont une cloison transversale, comme on peut le supposer d'après la figure 12, il me semble que cette plante appartient au S.piuntigera. D'ailleurs, la découverte du S. pluniigera par M. Bôrgesen dans le Kattegat, explique facilement qu'on puisse le trouver flottant à Kiel.
L'échantillon que j'ai étudié de l'Expédition danoise au Groenland était stérile ; les rameaux primaires étaient nettement
I. M. Reinke représente [89,2, pi. 45, fig-. i] un fragment de plante où ces poils naissent en touffes ; je n'en ai pas vu de semblables sur mes échantillons. On remarquera aussi que les articles secondaires y sont notablement plus cloisonnés que dans les autres dessins, ce qui contribue à donner à la plante un aspect singulier.
pennés, et au moins aussi écartés de l'axe que dans le ^S. Phimula. D'après M. Rosenvinge [98, p. 100], les sporanges unilo. culaires sont souvent terminaux et uniques sur de courts ramuscules, mais parfois ces ramuscules portent plusieurs sporanges-
Fig. 23. — Sphacelaria racemosa, du Golfe de Cumberland. — A, Sommet d'une pousse indéfinie, à rameaux pennés. — B, Fragment d'une pousse indéfinie, à rameaux distiques alternes. — C (à gauche), et D, Rameaux nés comme des rameaux primaires, dans le plan général de ramification, mais tardivement, et plus étroitement insérés. — E, sporanges uniloculaires portés par un pédicelle uni- ou bicellulaire. (A à D, Gr. 80; E, Gr. 150.)
Sur la plante du Spitzberg, les rameaux opposés, pennés, sont fréquents, mais leur angle d'insertion est plus aigu que dans le ^S. Plumula ; lorsqu'un sommet est tronqué, les deux rameaux situés au-dessous de la troncature se dressent vertica-
I04 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
lement et deviennent des pousses indéfinies. Les rhizoïdes, abondants à la base de la plante, produisent une cortication; j'en ai vu un bouquet encore plus touffu que celui représenté par M. Reinke \loc. cit. fig-, 9], et rien n'indiquait qu'il fût en relation avec un disque basilaire.
Les ramuscules sporangifères naissent indifféremment sur les pousses définies ou indéfinies ; le pédicelle, réduit à quelques cellules, porte un unique sporange terminal, parfois deux, rarement trois. J'ai mesuré des sporanges ayant 64 i^ sur 60 [a, c'est-à-dire notablement plus gros que ceux des plantes de Berwick et de Kiel. Quelques-uns de ces pédicelles étaient portés par des rhizoïdes.
Les dissemblances avec la plante anglaise s'accentuent encore dans l'exemplaire du Golfe de Cumberland. Il forme une touffe de 4-5 centim. de haut, rappelant un peu, à première vue et à l'œil nu, un fragment de Stypocaulon scopariuin. C'est qu'en effet, les branches très redressées, presque parallèles à l'axe et très longues, se sont collées contre lui par la dessiccation. Ici, la ramification est nettement distique, à branches soit opposées (fig. 23, A)^ soit alternes (fig. 23, B)\ ces figures A et B ont été prises sur des parties faciles à dessiner, mais les branches sont souvent plus redressées, et, tout en restant d'insertion distique, forment une sorte de pinceau terminal. Le sphacèle devient souvent très long, puis meurt ; les deux branches nées au-dessous s'allongent beaucoup et remplacent l'axe ; elles restent d'abord nues, puis plus haut portent des branches distiques; leur sphacèle meurt à son tour et les branches du sommet se comportent comme les précédentes. J'ai compté sur un fragment huit de ces générations successives. Les branches sont insérées largement (fig. 23, A^ B)^ mais d'autres branches, qui se forment plus tardivement dans les parties restées nues jusque-là, s'insèrent seulement sur un demi-article secondaire (fig. 23, C, à gauche, D). J'ai vu quelques rares poils géminés près de l'extrémité des rameaux.
Les sporanges uniloculaires ne sont pas rares ; j'en ai mesuré de 60-70 a sur 52-60 \i.. Ils sont portés par un pédicelle d'une seule, plus souvent de deux cellules (fig, 23, E), né sur un article secondaire supérieur, Parfois, l'une des cellules du pédicelle
produit un autre pédicelle aussi court, mais je n'ai point vu à proprement parler de grappe.
Assurément, la plante du Spitzberg et surtout celle du Golfe de Cumberland présentent des différences considérables avec la plante anglaise. Si elles appartiennent à une même espèce, comme le dit M. Reinke, nous devons admettre que la longueur du pédicelle et le nombre des sporanges des grappes fructifères diminuent avec la latitude, en même temps que la taille des sporanges et celle de la plante augmentent, que sa ramification devient plus abondante et plus nettement pennée. Ce serait un exemple fort curieux de variation. Toutefois, ces plantes méritent une étude plus approfondie, faite sur des échantillons complets et récoltés à différentes époques de l'année.
C'est seulement sur l'exemplaire donné par M. Reinke à l'Herbier Thuret que j'ai vu des sporanges pluriloculaires. Les propagules sont inconnus.
Sphacelaria olivacea Foslie non al.
L'Herbier Thuret renferme deux exemplaires d'une plante récoltée par M. Foslie dans le Trondhjemfjord, le 24 mars 1896, et nommée par lui 6". olivacea Pringsh; j'en possède moi-même un exemplaire donné par M. Foslie.
Cette plante, haute d'un centimètre, croît probablement en gazons très denses. Elle possède un thalle rampant bien développé qui, sur ses deux faces, ressemble à celui du ^. olivacea^ et qui en coupe m'a montré 2-3 épaisseurs de strates de même aspect que dans le ►S. olivacea (i). Les pousses dressées, à rameaux peu nombreux et épars, ne présentent pas de différence entre les axes et les rameaux ; elles m'ont paru de cloisonnement varié et dépourvues de poils; mais toutes ces pousses dressées étaient tellement recouvertes de Diatomées ou d'autres petites Algues, ou abîmées et déformées par une Chlorophycée parasite que j'ai vue aussi dans un certain nombre d'exemplaires de ^. racemosa, que je n'ai pu les étudier utilement.
I. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pu étudier en coupe le thalle rampant du 6"". racemosa ; je ne puis donc le comparer à celui de la plante de M. Foslie.
io6 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
Mais un caractère tout particulier est le très grand nombre de petits disques, indépendants du disque basilaire, que produit la plante. Ils prennent naissance, soit directement en un point quelconque d'un filament, soit bien plus souvent au point d'insertion d'un rameau, par des rhizoïdes courts, serrés l'un contre l'autre, appliqués sur le filament, qui se cloisonnent comme les disques basilaires et produisent de nouvelles pousses dressées ; aussi, les filaments deviennent-ils très enchevêtrés. En outre, sur certaines pousses dressées, on trouve des rhizoïdes longs, très divariqués, parfois aussi nombreux que dans le kS*. radicans le mieux caractérisé.
Enfin, j'ai vu un certain nombre de sporanges uniloculaires, pédicellés, généralement en grappe, et j'en ai trouvé jusqu'à neuf sur un même pédicelle primaire. Ils rappellent ceux du ^S. racemosa et c'est la raison pour laquelle j'ai parlé ici du kS. olivacea de M. Foslie, mais je ne sais si c'est à cette espèce qu'il doit être rapporté (i).
D. — Ghaetopteris pluinosa Kûtzing.
Echantillons étudiés :
Spitzberg, Belsound; Kjellman leg. juillet 1873; Plantae in itineribus Suecorura polaribus collectae ; Herb. Thuret.
Spitzberg, Mosselbay, décembre 1872 et janvier 1873; Kjellman leg. ; Herb. Thuret.
Groenland, Godhavn, juin 1834 ; Vahl leg. ; Herb. Thuret.
Groenland, Godhavn, août 1878; Kùmlein leg.; Howgate Artic Expédition ; Herb. Thuret.
Groenland, Ukalilik, 26 janvier 1895; P. H. Sorensen leg.; Bôrgesen ded.
Islande, Prestsbukki, 8 septembre 1897 ; Helgijônsson leg.; Bôrgesen ded.
Islande, Eyjafjordur, 24 juin 1898; Helgijônsson leg.; Bôrgesen ded.
Norvège arctique, Kistrand, juillet 1891; Foslie leg.; Herb. Thuret.
Norvège, Lyngbye leg. (Herb. Bory) ; Herb. Thuret.
Norvège, Haugesund, juillet 1900 ; Norum leg. et ded. (2).
1. M. Foslie [90, p. 108] cite dans le Finmark un 6". olivacea récolté en juillet et août à l'état stérile, et qu'il rapporte à l'espèce de Pringsheim et à celle de M. Traill. Cette plante n'est peut-être pas la même que celle du Trondhjemfjord.
2. Je dois des remerciements tout spéciaux à M. Norum qui, en juillet dernier, à deux reprises, a bien voulu faire des dragages à une vingtaine de mètres pour
Norvège, Kristianiafjord, juillet 1900; Bôrgesen leg. et ded. Bahusia, Fiskebàckskil, août; Areschoug, Algae scandinavicaeexsic-
catae n° 107; Herb. Thuret.
Bahusia, Lysekil, hiver 1874-75; Kjellman leg.; Areschoug, Algae
scand., etc. 11° 408; Herb. Thuret.
Suède, Gothenbourg, 26 juin 1871, Magnus leg. et ded. (Échantillon
original).
Kiel, octobre 1888, Reinke leg. ; Hauck et Richter, Phykotheka uni-
versalis n° 318 ; Herb. Thuret.
Kiel, janvier 1889, Reinbold leg. ; Herb. Thuret.
Le genre Chastopterïs fut créé par Kûtzing- pour le 6'. plutnosa de Lyngbye. Ses sporanges étant portés par des branches spéciales, M. Holmes y vit un caractère commun avec le Cladostephus, et l'appela Clad. disti'chus^ puis, plus correctement, Clad. plumostis (i). Mais il abandonna cette manière de voir quand M. Batters [89, p. 64] eut montré, sans toutefois en bien saisir les différences, que la structure de l'axe ne concorde pas dans les genres Chœiopteris et Cladostephus ;^. Batters fait avec raison remarquer que le principal caractère générique du Chsetopteris doit être non la présence de rhizoïdes, que l'on trouve chez le »S. phimigeray et comme nous l'avons vu chez le kS. spuria, et à un moindre degré chez le »S. raceinosa^ mais celle de rameaux sporangifères spéciaux, ignorés de Kûtzing.
M. Reinke a insisté [91, 2, p, 18] sur ce que les branches fructifères du Chwtopteris et du Cladostephus ont une origine différente, puisque dans le premier elles sont produites par les rhizoïdes, et dans le second par le tissu secondaire de l'axe luimême et non par les rhizoïdes. La principale différence entre les deux genres n'est donc pas, comme le dit M. de Toni [95, p. 497 et 512] dans le fait que les rameaux sont distiques chez le Chastopteris et verticillés chez le Cladostephus. La ressemblance des deux genres est tout à fait superficielle.
Le C . plitmosa Ç:st strictement penné, et habituellement les rameaux primaires naissent uniquement sur les articles secon-
me procurer le Chastopteris. Dans l'un de ses envols, la plante était sur des pierres et des serpules, dans l'autre, sur le cuir d'un vieux soulier, en nombreux exemplaires.
I. Je ne saisis pas pourquoi M. Holmes [83, p. 142] cite cependant le Cl.plumosus et le S. plumosa comme deux plantes distinctes.
io8 C. Sauvagkau. — Remarques sur les Sphacélarîacées.
daires supérieurs. Mais, sur des exemplaires du Spitzberg et de Haugesund, j'ai vu plusieurs frondes dont tous les articles sont fertiles, aussi bien les inférieurs que les supérieurs. Le cloisonnement longitudinal et transversal des articles ressemble beaucoup à celui du ^. phiniigera, mais, en opposition avec ce dernier,
Fig. 24. — Chxtopieris plnmosa Kiitz., de Haugesund. — A^ Bord d'un thalle rampant, vu de dessous. — B^ Portion d'un thalle rampant, vu de dessus. — C, D, E, Fragments dissociés de files radiales {A à E, Gr. 150). — F, G, H, Coupes transversales dans un axe de la plante distribuée par Arebchoug, n" 107; F, dans un article secondaire inférieur; G, H, dans un article secondaire supérieur; m, n, côtés du rectangle limitant la partie centrale; les rhizoïdes, qui formaient une couche épaisse autour de ces sections, n'ont pas été représentés. (Gr. 200.)
les rhizoïdes peuvent naître de toutes les cellules de la surface de l'axe, comme on le voit très bien sur les figures publiées par M. Reinke [89, 2, fig. 4 et 5].
La structure des articles est plus constante et plus parfaite que celle du ^S. plumigera et surtout que celle du ^S. Plum.ula. Une section dans un article secondaire inférieur est arrondie,
un peu aplatie (fig. 24, F). On y distingue une région centrale et une région périphérique ; la première est un rectangle divisé, par deux cloisons en croix, en quatre cellules, dont chacune se divise pareillement, et l'on retrouve ainsi très généralement seize cellules centrales. La région périphérique comprend deux parties bien distinctes : 1° à gauche et à droite, en dehors des petits côtés du rectangle (;/), une bande de cellules irrégulières qui, dans les articles secondaires supérieurs, vont dans le rameau, et qui, dans les articles secondaires inférieurs, produisent des rhizoïdes (i) ; 2° en haut et en bas, en dehors des grands côtés du rectangle {in)^ une bande d'une ou deux rangées de cellules irrégulières, à parois épaisses, nullement influencée par la formation des rameaux, et qui produit uniquement des rhizoïdes.
Dans les parties âgées de la plante, les seize cellules centrales sont à parois un peu plus épaisses que dans les parties jeunes, mais elles ne subissent pas d'autres modifications. Elles ne participent pas à la formation des rameaux, mais souvent, à leur niveau, elles prennent d'autres cloisons parallèles aux cloisons préexistantes, de préférence parallèles aux petits côtés du rectangle (Fig. 24, iy). Mais, quel que soit l'âge de la partie considérée, je n'ai point vu d'accroissement secondaire comparable à celui du Cladostephus .
Les rameaux primaires, plus longs que ceux du 6^. pluntigera, se terminent en pointe ; ils sont simples ou portent des rameaux secondaires d'insertion variée ou parfaitement distique. Bien que les exemplaires que j 'ai reçus de M. Norum et de M. Bôrgesen fussent dans l'alcool et en parfait état de conservation, je n'y ai trouvé aucun poil ; un bon nombre d'exemplaires d'herbier étaient dans le même cas ; au contraire, les exemplaires de Kistrand, de Gothenbourg et de Kiel en présentaient. Sur ces derniers, l'axe en est toujours privé ; les rameaux primaires en présentent fréquemment de terminaux ou voisins de l'extrémité, et, sur les rameaux secondaires, on en voit souvent en deux ou trois points de leur longueur. Autrement dit : la structure de l'axe est monopodiale, celle des rameaux primaires aussi, sauf
I. Sur les trois dessins F, G, H, de la figure 24, on a supprimé la couche de rhizoïdes qui entourait la section, et, pour ne pas déformer les dessins, on a supposé entières les cellules périphériques qui se prolongeaient en rhizoïdes.
îio C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées .
fréquemment à leur extrémité, et enfin les rameaux secondaires sont souvent un syrapode bien caractérisé. M. Magnus [73, p. 5 et pi. i], qui étudia autrefois le Chaetopteris ■3l\x point de vue de la ramification, et à qui revient le mérite d'avoir indiqué la nature sympodiale des rameaux, fait très justement remarquer que les poils sont simples ou géminés; cette particularité, qui se retrouve cependant sur les exemplaires de la Baltique, n'est pas mentionnée sur le dessin de M. Reinke [89, 2, pi. 49, fig. 3].
Le disque basilaire, découvert par M. Reinke, manque fréquemment sur les exemplaires d'herbier, car il adhère fortement au substratum, mais je l'ai étudié sur les plantes reçues de M. Norum. Celles qui croissaient sur du cuir présentaient un disque parfaitement caractérisé, mais impossible à détacher ; sur les coupes, on le voit en effet pénétrer dans les lacunes superficielles du cuir et les combler complètement, en allant de l'une à l'autre. Sur les pierres, le disque avait un demi-centimètre au maximum, avecdes bords festonnés, bien limités, sans stolons. De même que dans le Batiersia et le 6". olivacea, le thalle rampant âgé est formé de plusieurs strates plus au moins régulièrement superposées ; le plus épais que j'ai vu en avait cinq : deux minces inférieures, et trois épaisses les recouvrant. D'ailleurs, sur un thalle examiné de dessus, on voit les disques se déborder mutuellement, plus ou moins recouverts par les rhizines qui descendent de l'axe ; aussi, trouve-t-on fréquemment, entre deux disques superposés, une couche plus ou moins épaisse de rhizoïdes feutrés, qui parfois, et probablement quand l'axe qui les a formé est mort depuis un certain temps, sont désorganisés, creusant ainsi une lacune interne entre les disques bien vivants, ce qui indique que les parties dressées sont caduques et les parties rampantes vivaces.
La face inférieure (fig. 24, A) correspond à celle d'une Myrionémacée ; parfois les files radiales subissent un cloisonnement radial comme dans le 6". olivacea^ mais moins accentué ; la face supérieure est formée de cellules plus étroites et moins régulièrement disposées, à parois plus épaisses (fig. 24, B). Comme dans le Batiersïa, les files radiales dissociées se composent de deux couches (fig. 24, C, /?, E) ; l'une inférieure, à cloisons toutes parallèles à la surface, l'autre, supérieure, avec une cloison perpendiculaire et plusieurs cloisons parallèles à la surface
et dont le nombre augmente avec l'âge ; le cloisonnement vertical m'a toujours paru moindre que dans le Battersia. La multiplication des disques se fait aussi par une sorte de prolifération de quelques-unes des files verticales qui débordent ensuite leurs voisines. Les pousses dressées sont le prolongement d'une file verticale.
Des fragments détachés du Chaetopterïs se transforment facilement en boutures. J'en ai vu en assez grand nombre sur les échantillons de Haugesund, maintenus près de la plante mère par de petites Algues épiphytes, et dont les cellules de la section inférieure avaient produit, en s'allongeant, un faisceau de rhizoïdes généralement plus gros que les rhizoïdes corticants. Un de ces exemplaires était particulièrement intéressant : de sa section étaient sortis six longs rhizoïdes eux-mêmes recouverts, sur une grande partie de leur longueur, par les rhizoïdes corticaux qui s'étaient prolongés à leur surface ; sur les six, deux se terminaient en pointe obtuse, normale, deux avaient été tronqués par la dissection, et, des deux autres, l'un se terminait par un disque minuscule, l'autre par un disque, de petite taille ilestvrai, mais parfaitement bien formé, avec files radiales régulières, et en voie d'accroissement. Ainsi, tandis que les rhizoïdes corticants, qui sont des parties normales, ne semblent nullement participer à la formation de disques nouveaux, nous voyons, au contraire des rhizoïdes anormaux, n'existant pas dans la plante entière et ayant une troncature pour cause, se comporter comme les stolons d'autres espèces, et produire un disque, partie essentielle et primordiale du Chastopteris . Or, les fragments détachés de Chastopiert's ne semblent pas rares, car on en trouve de temps en temps en disséquant d'autres Algues ; peut-être suppléentils, dans la multiplication de la plante, à l'absence de propagules.
M. Reinke [89, 2, pi. 50, fig. i], en représentant un sommet de rameau primaire renflé et très cloisonné, se demande si cette production, qu'il dit n'être pas rare, correspond aux propagules. Je ne pense pas qu'elle ait cette signification, car je l'ai retrouvée au sommet de plusieurs rameaux très jeunes, sur une préparation de 5". Plumula de M. Kuckuck.
Les sporanges uni- et pluriloculaires sont portés par des individus différents. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les beaux
112 C. Sauvageau. — Remarques sur les Sphacélariacées.
dessins publiés par M. Reinke [89, 2, pi. 50] pour se rendre compte de leur origine et de leur distribution.
Je ne discuterai pas la valeur du genre Chœiopteris. J'ai intercalé les remarques que j'ai faites à son sujet parmi l'étude des Sphacelaria, parce qu'il se rapproche plus des Sphacelaria pennés que desautres genres de la famille. S'il n'était créé depuis longtemps, et adopté par tous les Algologues, peut-être vaudrait-il mieux le considérer simplement comme un Sphacelaria^ à l'exemple de Lyngbye, car leSvS. pluntigera &\.spurïa possèdent aussi d'abondants rhizoïdes corticants, et les sporanges du S. racemosa sont parfois portés par les rhizoïdes. Cependant, la constance de l'insertion de ses sporanges peut justifier sa séparation comme genre distinct.