Chapitre XV. — Dichoblastées et Acroblastées
A. — Disphacella reticulata Sauvageau mscr. Syn. Sphacelaria reticulata Lyngbye.
Lyngbye a mentionné pour la première fois l'existence du Sphacelaria reticulata dans le Flora Danica [18, pi. 1600] par une courte diagnose accompagnée de figures. Il reproduisit cette diagnose dans le Tentamen [19, p. 106] en la faisant suivre d'une description explicative. Les figures i et 2 dessinées par Lyngbye montrent bien le port tout particulier de la plante; la figure 3 représente un filament sur lequel sont accolées des masses hémisphériques dues probablement à des corps étrangers, tandis que la figure 4 représente un filament portant trois masses sphériques pédicellées «... capsulas ovatas pedunculatasque ad latera ramorum hic illic dispositas... » ressemblant à des sporanges. Le savant danois émet l'idée que cette nouvelle espèce, d'aspect singulier, pourrait bien être une variété du Sph.pennata.
Cette opinion fut adoptée par C. Agardh [28, p. 28] qui l'appela ►S. cirrosa var. reticulata, mais J. Agardh [48, p. 33] rétablit l'indépendance de l'espèce de Lyngbye. Kûtzing n'a pas eu la plante sous les yeux, et je crois que M. Reinke est le seul auteur qui l'ait ultérieurement étudiée. Je rapporte sans hésitation, dit M. Reinke [89, 2, p. 65], le 6". reticulata Lyngbye au iS. cirrosa; en effet, un exemplaire original de l'Herbier de Kiel complète la description et la figure données par Lyngbye, en ce qu'il présente un état bizarre du ^S. cirrosa, consistant surtout en rhizoïdes ramifiés et rampants, état qui doit être
276 C. Sauvagbau. — Remarques sur les Sphacélariacêes.
provoqué par des conditions anormales de végétation. D'ailleurs, ajoute-t-il, Lyngbye a lui-même pensé que le ^S. reticulata pourrait bien appartenir au S.pennata {S. cîrrosa). L'auteur a rencontré près de Kiel le début d'un semblable état reticulata lorsque des rhizoïdes longs, rampants, ramifiés sortaient d'articles isolés de ^S. cirrosa ; il a vu plusieurs fois ces rhizoïdes naître, par deux, d'un sphacèle divisé par une cloison longitudinale, et il a représenté ce cas particulier \loc. cit.^ pi. 42, fig. 8].
L'examen du 5". reticulata m'a conduit à un résultat exactement inverse et, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, j'ai dû établir pour lui un nouveau genre Disphacella qui est même actuellement l'unique représentant de la section des Dichoblastées. Le D. reticulata diffère du ^S. cirrosa autant par sa structure que par sa ramification. Les rhizoïdes dont parle M. Reinke n'ont rien de commun avec lui ; on peut les trouver chez toutes les Sphacélariacêes ; qu'un filament soit large ou grêle, une troncature régénère souvent des rameaux, sur le côté dirigé vers le sommet, mais produit aussi parfois des rhizoïdes; d'autres fois, un rameau, au lieu de se terminer en pointe normale, se termine, sans qu'il y ait blessure, en un ou deux rhizoïdes. Ces anomalies se présentent très probablement lorsque le sommet, intact ou tronqué, est en contact prolongé avec un support, mais, que ces rhizoïdes soient simples ou ramifiés, ils ne peuvent être comparés aux filaments du Disphacella.
Hofmansgave, où Lyngbye récolta le D. reticulata, est encore la seule localité où cette plante soit connue. L'Herbier du Muséum de Copenhague en renferme quelques exemplaires recueillis en mars 1867 par Mme Caroline Rosenberg dans la même localité. Une répartition géographique aussi limitée n'est sans doute qu'apparente et doit tenir à l'habitat et à la très faible taille de la plante, qui est l'une des espèces les plus grêles parmi celles à vie indépendante.
Lyngbye l'a rencontré parmi d'autres Algues, sur VAhnfeliia plicata et d'autres plantes marines. J'en ai trouvé quelques fragments en étudiant un a Sphac. spinulosa » récolté par lui et conservé dans l'Herbier de Copenhague; les deux espèces sont probablement souvent mélangées ; on en reparlera plus loin à propos de VHal. spinulosa. Lyngbye en a conservé plusieurs