‹ Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-CimmérienChapitre 11 sur 37 · LX1I · texte numérisé non relu

LX1I

Parmi les remarques insignifiantes de M. Raoul -Rochette il faut compter la suivante , p. 88 : „Ptolémée, dans sa description de celte côte du Pont - Euxin , a omis le nom des Dandariens. 11 est cependant plus probable qu’il y a ici quelque altération du texte, puisque, outre le témoignage de Plutarque, Tacite parle des Dandariens etc/* Ftolémée ne fait pas mention de tant de peuples, ni de tant de villes remarquables, pour que nous puissions être fondés à croire que son texte est altéré dans un endroit où on chercheroit vainement des notions géographiques sur une contrée particulière.

Dans la note i. p. 89. l’auteur fait mention des Sceptuques dont parle Strabon, en disant (XI. 3. §. i3-) que pou trouvoit chez les Hénioclies cette espèce de chefs , qui étoient soumis à des tyrans ou à des rois. M. Raoul- Rochette croit que Strabon parle des rois du Bosphore. Nais comment cela pourroit-il être?

1) Il est impossible de prouver que ce peuple ait été soumis à ces rois , ni que la domination de ces derniers se soit étendue si loin vers le midi.

a) Si M. RR. avoit voulu lire avec attention le passage de Strabon qu’il cite , il auroit trouvé que ce géographe parle des rois Hénioches et non pas de ceux du Bosphore, puisqu’il dit que ce peuple étoit gouverné par quatre rois: ci ycùv 'Hviixoi rdrrxfxi s?x w qv !xx Miàpiixrqç s Etî-

TXTtvp tysôyoïv ix rijt rpeyovixÿt «/{ Bôirvopoy inçsi -njv xaipxv uÛtSsv.

Les Sceptuques que l'on trouve nommés dans une ancienne inscription d’Olbie, étoient les anciens ou chefs d’une partie de ces peuplades Scythes. Ils étoient soumis au roi des différentes peuplades. Un de ces rois est mentionné dans l’inscription citée d’Olbie , et d’autres rois sarmatea le sont aussi dans un fragment trouvé dans l’ancien em-

placement de la même ville ; on y lit les mots suivans :

cl rîjc £APMrtTlA£ UAXIAE12 , et dans un autre conservé dam le riche cabinet de M. de Blaremberg, où on lit: el THS XSIPAS BAELAEIZ.

On doit relever beaucoup de méprises dans le passage suivant, p. 89 : ,,si du tems de Mithradate. le plus puissant des rois du Bosphore , les Dandariens avoient conservé un chef de leur tribu , k plus forte raison devons nous penser , que dans les tems antérieurs , où l'autorité de ces monarques étoit encore récente et mal affermie, les Sindes et les autres tribus sarmates qui leur obéissoient n'avoient pas entièrement renoncé à leur indépendance/* Avant de faire aucune remarque sur ce passage, j'observe qu’il n’est point exact de dire :

1) que Mithradate a été le plus puissant des rois du Bosphore;

3) qu’avant ce roi l’autorité des rois du Bosphore étoit encore récente et mal affermie;

3) qne les Sindes et les autres Sarmates n'avoient pas entièrement renoncé à leur indépendance.

Si Mithradate étoit puissant comme roi de plusieurs états , il ne l'étoit pas plus pour cela que ses prédécesseurs dans le royaume du Bosphore. Au contraire, éloigné de ce dernier pays, il est très probable que son gouvernement y avoit moins de force que le leur, puisqu' ils y résidoient , et mes remarques §. XXXVI. sur l’état du Bosphore au commencement de la guerre de Mithradate avec les Romains, semblent le prouver.

11 seroit bien curieux de savoir où M. RR. a puisé tout ce qu’il a dit de l’autorité encore récente et mal affermie des rois du Bosphore , prédécesseurs de Mithradate. Les anciens auteurs se taisent sur ces particularités qui ne sont probablement que le fruit de l’imagination de M. Raoul -Rochette.

On ne peut pas porter un jugement plus favorable sur ses remarques relatives à l'état de liberté ou d’indépendance des peuples Sauromate*. Les idées erronées

qu’elle» présentent proviennent de ce que M. BR. ignoroit que ces peuple» Sauroinates , nomade» et guerriers , ne pouvoient être gouverués que par le moyen de leur» chef» ou dy nattes Le» Maeote* éloient agriculteur»; mais, comme les tribus nomades , ils airooient la guerre (Strab. XL a. §. 4;, et ne pouvoient par conséquent se passer de chef». Les peuplades établie» près la ville de Tenais étoient plus sauvages que celles qui se trouvoient dans le voisinage du Bosphore. Comme guerrier» , le» Maeotes avoient besoin de chefs, et Appien (Bell. Mithr- c. toa.) dit positivement que les nations Maeote» avoient plusieurs dynastes, C'est donc parceque M. RR. ignoroit tou6 ce» fait» qu'il trouve p. Si : «remarquable un passage de Plutarque en ce qu’il prouve ,“ ce dont personne n’a jamais douté , «que les Dandariens , et probablement aussi les autres tribus srythiques , soumises au sceptre des rois du Bosphore , avoient conservé leur* dynaste» ou princes particuliers." C'est aussi par la même raison qu’il dit, p. 89: «que le» Sindes et le» autres tribus sarmates n’avoient pas entièrement renoncé à leur indépendance.'*

Ce n’est pas une fauté moins étrange que l’auteur des antiquité» du Bosphore confonde, p. $3. les Scythes d'Europe avec les Scythe» d'Asie. Car après avoir raconté quePharnace doit avoir dérivé, au moyen d’un ancien canal, les eaux de l’ilypanis »ur le territoire de» Dandariens , il ajoute immédiatement après : „le voisinage de ces tribus ennemies amena enfin la chute de la «econde dyna»tie des roi» du Bosphore. Non contentes de leur avoir imposé un tribut, elle» Tavageoient, dans le* courts intervalles des trêves qu'elles consentoient encor» à accepter , le territoire dont elles convoitoient la possession. La Chersonèse Taurique devint le principal théâtre de ces continuelles hostilités." Lea Dandariens, peuple sauromate d’Asie, n'ont eu aucune part aux invasions de la ville de Chersonèse , opérées uniquement par les Scythes d'Europe (Strab. VII. 4* S- 4-) qui habitoient ln Chersonèse Taurique, et hors de la pé-

ninsule un terrein immense qui s'étendoit jusqu’au Danube, et très loin dans la direction du nord. Xenophon (Memor. II. i.) observe , que les Scythes d'Europe sont indépendans et se gouvernent eux-mêmes, tandis que les Maeotes de l'Asie, loin d'être indépendans, sont soumis à un pouvoir étranger: tv il rÿ Evptvry, Hxû&ai y h âp%ovM, M suivra/ il Spxo/rtu.

L’auteur qui, comme nous l’avons vu, §. XXXII. vouloit à toute force priver les Crées du Bosphore de leur gouvernement républicain , pour les soumettre au pouvoir absolu et arbitraire des rois de cette contrée, a suivi par rapport aux Sauromates un principe opposé , en prétendant qu'ils ri avaient pas entièrement renoncé à leur indépendance. On auroit dû croire que les Grecs de Phanagorie, de Panticapaeum et de Théodosie avoient mérité de jouir au moins d'un peu plus d’indépendance que les Sindes et les autres tribus Sauromates. Les lecteurs auront remarqué que M. Raoul - Rochette n’a prouvé ni l'une ni l’autre de ses assertions.

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