‹ Remarques sur un ouvrage intitulé: Antiquités grecques du Bosphore-CimmérienChapitre 12 sur 37 · LXVII · texte numérisé non relu

LXVII

11 nous reste encore à examiner une correction que M. Raoul-Rochette veut faire dans le texte de Strabon , p. 89-90. Il dit: ,, Strabon fait mention de la résidence royale des Sindes, et je conjecture que cette ville étoit la même qui reçut le nom de Topyirrlx , de celui de Gorgîp-pus l'un des fils de Satyrus II. roi du Bosphore. Voici le passage de Strabon qui n'est pas exempt d’obscurité* • tu il ropyiTTij. • iv il ry Z/vJ/x 5, ro ficuriKtiov tSv Hiviàv , xAye/oy ri jî « 9 \jcAj/rryf.“ Je ne trouve pas d'obscurité dans ce passage. Strabon dit: là se trouve la ville de Gorgippie ; dans la Sindique , Ta résidence royale des Sindes située à peu de distance de la mer. Ce passage est clair , mais M. RR. pour qui il ne l’est pas, dit : „que la ponctuation seule de la phrase de Strabon en produit l’obscurité: car en lisant : tu il xxi l'opyivv'x èv rÿ Tr/iixîj , ri fieurfkticy r»r Eiyfây, irk telvs rÿ< foè.x'rnif, en supprimant

le point après YopyiirxU , et la particule 41, la phrase devient à la fois très correcte et très intelligible “ S’il dtoit permis à ceux qui s’occupent de recherches dans les anciens auteurs , de supprimer des mots uniquement parce qu'ils sont contraires à leurs idées , quelle est l’hypothèse dont on ne pourroit pas prouver la réalité ? Mais le passage de Strabon (XI. a. §. io.) n’a pas besoin de ce changement, et il est sur que ce géographe parle de deux villes différentes, de la ville de Gorgippie, et de la résidence des rois des Sindes avec un port, et non pas d’une seule ville comme le croit M. RB. Cette ville ou résidence des rois des Sindes avec un port est citée encore une fois par le même Strabon (XI. a. §. i4) '• « SivJ txiz iu ki/tyv , hxî itcAjc. Ce qui achéveroit de mettre en évidence ce que je viens d’observer , si toute fois le premier passage de Strabon n’étoit pas décisif, comme il l’est effectivement, ce sont les mots suivant du même auteur (XL a. §. ta): fitrà 4k rijv E/vdixjjv xa) Ttjv Yopynrriay 4rl rÿ âxkxrry. Dans le premier passage, Strabon (XI. a. §. 10 .) avoit placé la ville ou résidence des rois des Sindes à peu de distance de la mer, irÀ^/ov t*c ; dans l’endroit cité tout

à l'heure il dit que Gorgippie avoit été bâtie au bord de

la mer, itrl rÿ SakxTry.

Il résulte des trois passages de Strabon que la ville et la résidence des rois des Sindes ne doit pas être confondue avec la ville de Gorgippie , et que l’aucien géographe en a distinctement parlé comme de deux villes situées à peu de distance l'une de l'autre. C'est donc par erreur que M. RR. a cru que Strabon n’a parlé que d’une seule ville.

M. Raoul • Rochette finit ses recherches sur Gorgippie en disant , p. 90 : ,, Etienne de Byzance qui n’a fait que transcrire Strabon pour toutes les positions géographiques de cette côte, nous apprend en effet, que la ville Sindique, ou la capitale des Sindes, étoit la même qui fut nommée Gorgippe“, Ce seroit sans doute un argument très - fort en faveur de l’opinion de M. RR, s’il étoit fondé, et j’es-

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père que par recoonoissance pour ce tervice, M. IIR. ue fera pas à Etienne de Byzance le reproche d'avoir transcrit de Strabon ce passage qu’on y chercheroit en vain. Mais il faut pourtant, avant que de croire à l’assertion de M. RR. examiner ce qu’Etienne a dit. Voici ses paroles : X/véoto;. xpc(ex^( ry e%ou<rx Xtuivx- ivici àè Top-

yÏTTrxv x tXovai. Je les traduis ainsi : Sindicus, ville qui touche la Scythie , ayant un port ; quelques uns la nomment Gorgippe. On est étonné, il faut l’avouer, que M. RR. ait pu croire , qn'il pouvoit prouver par ce passage l'identité de la ville et résidence des Sindes avec la ville de Cor* gippie, identité prAnée par lui et par Berkel. Si Etienne dit: quelques uns nomment la ville des Sindes Gorgippe; suit -il de ce petit nombre de personnes, gens obscurs et mal instruits sans doute, qui ont confondu les deux villes ensemble que , contre l’autorité de Strabon , Sindicé et Gorgippie n’ayent été qu’une seule ville ? •

Ce que prétend M. RR. p. 89. que la ville de Gotv gippie avoit reçu son nom d’un Gorgippus fils d’un roi Satyrus qni doit être, dit -il, le second du nom, est une assertion sans fondement, parce que Polyen, qu’il a cité, ne peut pas servir d’autorité pour prouver l’existence de ce Satyrus, ni de son fils Gorgippus.

L’auteur passe ensuite aüx rapports qu’avoit la ville de Tenais arec les Maeotes ; de là, aux hostilités continuelles qu’éprouvoit de la part des Scythes la ville de Cbersonèse. Tout ce long discours , p. 90 - 97. écrit sans prétention et ne renfermant aucuns faits nouveaux , sert de préambule aux belles choses que M. Raoul-Rochette va nous dire sur les monumens qui, à ce qu’il croit, appartiennent au fameux roi Scilurus. Pour rendre ce chapitre plus piquant , l’auteur n'a pas dédaigné de réchauffer l'apologue mille fois raconté , que ce roi mourant avoit présenté à ses fils un faisceau de traits, en leur ordonnant de le briser. Voyons si M. RR. comme il s'en flatte , est parvenu, p. 98-100: „à ajouter aux témoignages de la puissance et

3e la sagesse de ce roi , un monument d’un genre aussi neuf, que d’une haute autorité : c'est", dit-il, „le portrait même de ce prince, gravé sur deux médailles de petit brome que je publie".

Avant que d’examiner l’exactitude de cette annonce emphatique, il est nécessaire de dire mon sentiment sur les monumens dont il est question.

Je connois depuis long- teins les monnoies dont parle M- Raoul- Rochette. On ne les trouve que rarement dans le sol qu’occupoit autrefois l’ancienne ville d'Olbie. Elles sont en petit brome et minces , ce qui , ensemble avec la mauvaise qualité du cuivre , a été cause de leur trèsmédiocre conservation. Toutes celles qui sont connues jusqu’à présent sont frustes et indistinctes ; la légende n'est entière sur aucune; si l’une porte les lettres BA 21 A...., le nom du roi y manque, et si l’on découvre ce dernier sur une autre , on n'y voit point le titre de roi j sur d’autres encore l’un et l’autre mot sont illisibles ou tronqués.

M. Raoul- Rochette dit, p. 98: „la première de ces médailles, pl. I. m. 9, 10. II. nous offre incontestablement les traits d’un prince barbare, coiffé d’une espèce de chapeau d’une forme particulière aux nations scythiques". Je réponds â cette description, que les figures que M. RR. a données de ces médailles sont , s’il est possible , encore moins exactes et plus infidèles que les autres qu'il a publiées dans son ouvrage. Sur tous les exemplaires que j'ai vus de cette monnoie, y compris celles des m. 9. et 11. l'avers porte clairement la tête imberbe de Mercure, couverte du pétase, seul type de la classe des monnoies d’Olbie , qui ont le caducée pour revers , et si le dessinateur des médailles citées y a vu la tête d’un roi en costume barbare, il a suivi son imagination ou son caprice , et n'a pas copié ce qu'il voyoit sur l'original. Ce que l’auteur nomme une espèce de chapeau d'une forme particulière aux nation 5 scjrthiques , sans nous donner d’autres preuves de l’existence de ce costume, n’est autre chose que le pétase de Mercure.

Il est vrai que l'inexactitude et le peu da pratique de celui qui avoit fait les dessins ont conduit M. RR. dans cet abyme d'erreurs ; mais cette remarque ne l’excuse pas, puisqu’aucun antiquaire expérimenté n’oseroit publier nne médaille d’un genre particulier , pour la faire servir de base à de nouvelles hypothèses , sans avoir la certitude que cette médaille est authentique , et si on ne lui en avoit communiqué que le dessin, il s'assureroit que l'original a été fidèlement rendu.

Quelques mots sur ces médailles de Scilurus prouveront le peu de solidité des remarques de M. Raoul -Rochette. Ces médailles, même si elles étoient bien conservées , sont du nombre des plus ordinaires et des moins belles que nous ayons de la ville d'Olbie. L'avers de la classe de médailles à laquelle elles appartiennent est toujours la tête de Mercure j et le caducée en est le revers. Bref, ces médailles n'appartiennent pas à Scilurus, contemporain de Mithradate :

i) comment pourroit-on s’imaginer qu'un chef si puissant eut fait frapper à Olbie ces mauvaises monnoies ?

a) comment Scilurus auroit - il pu consentir à ce que son nom fut placé sur la plus chétive monnoie d’Olbie ? N’auroil-il pas préféré de faire frapper des monnoies en or et en argent, comme le faisoit Mithradate, comme le sont plusieurs médailles d’Olbie, ou bien en grand bronze, à l’instar encore de celles de la même ville dont plusieurs sont d’un assez beau style?

3) la tête de Mercure et le caducée, qu'avoient-ils de commun avec un roi qui ne faisoit que la guerre, et qui ne vivoit que de rapine ?

4) la fabrique de ces médailles porte -t- elle des marques qui attestent qu'elles soient de Scilurus contemporain de Mithradate? N’appartiennent- elles pas plutôt à des teins bien postérieurs à ce roi , à l'époque voisine de la décadence d’Olbie ?

Par toutes ces raisons il est indubitable que ces médailles ont été frappées à Olbie dans un teint bien potté-

rieur à celui de Mithradate 3 et la conséquence nécessaire de ce fait c’est que Scilurus l’ennemi redoutable de ce roi du Pont n’a pas fait frapper ces mon noies, et qu’elles ne l’ont pas été non plus en son honneur par les Olbiens. Mais il est très-probable, que le nom de Scilurus est celui d’un de ces petits rois scythes, qui infestoient de tems en tems la ville d’Ülbic, comme le prouve le décret de cette ville en l’honneur de Protogène, ainsi que d autres inscriptions dont deux ont été citées au §. LXUl. La ville d'Olbie frappa celle monnoie, peut-être è la demande de ce Scilurus, d’uu de ces brigands, dont les moyens ne lui permettoient pas de faire exécuter des pièces avec plus de dépense.

Il résulte des observations précédentes, que M. Raoul- Rochette n’a nullement rempli les magnifiques promesses qu’il avoit faites à ses lecteurs, et que les découvertes extraordinaires dont il avoit donné l'espérance se sont évanouies. Voici en quelles termes il a fait cette brillante annonce, p. 98 : ,, jusqu’à ce jour, aucun antiquaire n’avoit même imaginé qu’il pût exister des médailles des rois scythes et sarmates. Les monnoies que je donne ici prouvent que ces princes en ont aussi fait frapper à leur effigie 5 et, indépendamment de la confirmation qu’elles donnent aux témoignages de l’histoire , elles sont encore un fait neuf en numismatique , un fait qui ouvre une série toute nouvelle d'observations, et qui peut devenir, à l’aide de découvertes ultérieures , fécond en conséquences du plus haut intérêt pour l'histoire et la chronologie". — !

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