‹ Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerienChapitre 10 sur 30 · LXXV.j · texte numérisé non relu

LXXV.j

Cette médaille d’un prétendu nouveau roi Iniméus, que son éditeur qualifie , p. to3 : d'inter estante et preeicuse à tant de titres , loin de mériter ces éloges , est l’objet le plus mesquin qu’ayent jamais produit les mains d’un juif. Il y a plusieurs années qu’on m’avoit envoyé du midi de la Russie le dessin et l’empreinte de cette médaille. Je répondis à mon correspondant , que cette

pièoe, mauvaise sous tous les rapports possibles, étoit fausse, et je lui communiquai mes raisons. Il avoua plus tard qu’il pensoit comme moi ; mais j’ignore ce que cette pièce falsifiée est ensuite devenue. Cette monnoie étant fausse , toutes les remarques de M. Raoul - Rochette faites à son occasion deviennent inutiles 5 par exemple, p. 1 °4 : „Intliimévus fut peut-être un des princes scythes qui régnèrent à Olbia immédiatement après Scilurus , peut-être même un des nombreux enfans de ce roi sarmate'*j et p. to4où , après avoir parlé d’Ininthiméyus , contemporain d'Alexandre Sévère , il dit : „le style des figures , la forme des caractères, la fabrique enfin, ne permettent guère de supposer qu'elle s’éloigne de l’époque de Mithridate**.

Suivant ce que nous dit plus d’une fois M. Raoul-Rochette , la ville d’Olbie a été soumise aux rois sarmates. Ce fait étant tout nouveau , mérite d’être examiné. Dans un passage de son livre p. 99-100. l’auteur dit :

1) „nous voyons dans Hérodote qu’un prince , qu’il nomme Scylès, peut-être un des ancêtres de Scilurus, dominoit à Olbiopolis, la ville des Borysthénites**. Soit dit en passant , que je ne comprends pas ce que l’auteur a voulu dire par cette phrase, que Scilurus dominoit à Olbiopolis la ville des Borysthénites. Comme cette ville étoit connue sous ces deux noms, sa phrase n'est pas moins originale que si l’on vouloit dire , Louis XVIII domine dans la capitale de la France , la ville de Paris f Dans un second passage , p. 99 , il est dit :

9 ) „la puissance de Scilurus s’étendit très-probablement jusqu’à la ville d’Olbia, et sur les peuples grecs qui habitoient hors de la presqu’île taurique**. Suppositions aussi fausses l’une que l’autre.

Dans un troisième passage, p. loi. M. RR. observe sur le fabuleux Iniméus :

3 ) „ qu’il régnoit, ou du moins que sa puissance s'étendoit sur Olbiopolis'*.

L Dana un quatrième passage, p. 103. il dit:

4) „si les princes scythes dominèrent psssagèrement à Olbia".

Cinquièmement, on lit, p; 104. :

5 ) „de l’époque et de la durée de la domination d’Inthimévus à Olbia".

L'auteur dit encore de ce même personnage, p. io 4 s

6) ,, qu'il fut peut-être un des princes scythes qui régnèrent à Olbia immédiatement après Scilurus".

J’ai mis sous les yeux du lecteur tous ces passages , pour lui démontrer que M. Raoul-Rochette est bien convaincu que la ville d’Olbie fut soumise aux rois scythes. Mais les seuls garans de cette assertion sont, Hérodote, les monnoies de Scilurus, et celle d’Iniméus. Or Hérodote en parlant avec assez de détails des rois scythes (IV. 76- 77.) et de Scylès en particulier (IV. 78-80), ne dit pas un mot qui puisse faire croire que les rois scythes exerçoient la moindre autorité sur cette ville. Les monnoies de Scilurus n’ayant, comme on a vu, riep prouvé, et celle d’Iniméus étant fausse , ce roi n’ayant même jamais existé, il s’en suit que M. RR. n’a pas démontré qu’Olbie ait en aucun tems été soumise au pouvoir des rois scythes.

L’auteur des antiquités du Bosphore termine ses remarques sur les rois scythes par l’observation suivante, p. lo/ t : „la médaille d'Inthimévus est d'argent, métal excessivement rare, non seulement à Olbia, mais encore dans tout le Pont. Toutes les monnoies d’Olbia, connues jusqu’ ici, soit autonomes, soit impériales, sont de bronze”. On voit par cette remarque que M. Raoul-Rochette avant d’écrire son livre ne s’étoit pas du tout occupé de médailles antiques. Autrement eut-il dit :

1) que l’argent étoit excessivement rare dans le Pont?

a) que toutes les médailles connues d’Olbie sont en bronze ?

Mais il existe de plusieurs villes du Pont assez de médailles en argent j et s’il y en a dont on ne connoisse que des monnoies en bronze, on pourroit citer aussi d’au-

tre» villes dans différentes provinces de la Grèce, dont on n'a trouvé jusqu’à présent que des médailles de ce dernier métal.

Quant à la ville d'Olbie, on est étonné que M. RR. paroisse ignorer que le cabinet du roi, confié à ses soins, possède un très-beau médaillon en argent de cette ville. Pellerin en a donné la figure , dans ses médailles des peuples et villes (To. I. p. ao4- pl. XXXVI. m. i5. ) et M. Mionnet la description (T. I. p. 349- m. i). On la Croyoit nnique , mais le catalogue des médailles du musée Britanique (p. 88. ) nous en a fait connoître un second exemplaire. Il existe encore trois exemplaires d'un médaillon de la même ville , dont l’avers porte une tête d’Hercule imberbe j et le revers une massue. Je connois en argent, et de la seconde grandeur , à peu près une douzaine de médailles d'Olbie avec des types différens.

On voit une médaille en or d’Olbie dans le cabinet de M. le Comte Kouchelev-Besborodko, possesseur actuel du sol où se trouvoit jadis cette ville , connoisseur très distingué de l'antiquité, qui n'épargue ni soins ni dépense, pour retirer du terrain qu'occupoit cette ville célèbre les monumens de son ancienne prospérité. D’autres exemplaires de la même médaille en or se trouvent aux cabinets de M. de Blaremberg et de M. le Baron Stanislas de Chaudoir. >

L'auteur, à l'occasion de deux médailles du véritable Ininthiméyus , p. io5- lia, a commis un grand nombre de fautes , dont quelques unes proviennent de ce qu'il a ignoré les découvertes faites dans les derniers vingt ans , et aussi de ce que ses dessins , très médiocres par euxmêmes , n'ont été faits que d'après des exemplaires mal conservés. Mais ces circonstances ne sont pas de nature à excuser les nombreuses méprises de M. Raoul-Rochette : elles prouvent au contraire qu'il auroit dû s’abstenir d'écrire sur cette matière puisqu’elle étoit toute neuve pour lui. Indépendamment des erreurs qu’il a commises, ou faute de monumens , ou parce que ses dessins et ses

descriptions étoient mauvaises et inexactes, on rencontre dans tout son livre des jugemens superficiels et même faux que la critique ne pourra jamais approuver.

En parlant de la médaille d’Ininthiméyus avec l’année AAO. 53 1 . M. RR. donne p. io5-io6. inexactement la légende de cette médaille : il écrit, BACIAEdlC ININ0I- A1HOT, au lieu de BACIA€COC ININ01MHTOT, comme ce nom se voit sur la plupart de ces monnoies. Eckhel et Visconti ne connoissant que la seule date AA$, avoient conjecturé que le règne de ce roi n’avoit été que d’une très -courte durée. Mais M. RR. est plus hardi, et nous assure , p. H3 : „qu’il régna à peine une seule année". C'est une erreur. Deux médailles d'Ininthiméyus, portant les dates BA<t>, 53a. et €A<1>. 535. nous indiquent que son règne fut plus long. Voici la description de ces pièces : BACIA€COC 1NIN9IM — Buste diadémé d'Inintliiméyus, à droite.

BA$. Buste lauré de Maximin, à droite ; dessous, la date, l’an 53a. AR. 4i-

BACIA6COC ÏNIN0IMHTOT. Buste diadémé d’Ininthiméyus, à droite.

€A$. Buste lauré de Gordien le jeune; à' droite; dessous, la date, l’an 535. ÀR. 41*

La première est conservée au cabinet de Sa Majesté l’Impératrice-Mère, et la seconde se trouve au cabinet impérial. La dernière date de Cotys IV, prédécesseur d’Ininthiméyus, étant A<1> ou l’an 53o de l’ère du Pont, les médailles que je viens de citer nous apprennent que ce roi Ininthiméyus a régné depuis l'an 53 1 jusqu’à l'an 535 de l’ère du Pont.

Faute de connoitre les deux médailles portant les dates BA4>. et €A<Î>. on avoit cru, comme je l’ai déjà observé, qu’Ininthiméyus n'avoit régné que pendant une seule année. Celte erreur paroissoit être appuyée par une médaille de Rhescuporis V. l’unique de ce roi , portant la date AA<1>. 53i. laquelle sembloit prouver que Rhescuporis V. avoit remplacé Ininthiméyus sur le trône. Les époques

que je Tiens d’indiquer détruisent cet ordre de succession, et démontrent que dans l’année 53 1 Ininthiméyus et Rhescuporis V. ont occupé le trône du Bosphore et qu’Ininthiméyus à régné au moins jusqu'en 535* Je prouverai dans une autre occasion que la conjecture de quelques amateurs en numismatique, par laquelle la médaille portant la date €A<1> doit appartenir à un Ininthiméyus IL n'est pas fondée.

Jusqu’à présent les antiquaires, comme Eckhel, Mionnet et Visconti , avoient attribué les médailles portant les dates AA<D et ïAÏ> à un seul Rliescuporis. J’observe que non seulement la durée du règne d'Ininthiméyus constatée par des médailles, mais aussi la différence des traits du visage et de la fabrique , mettent en évidence que la médaille marquée de l'an AA$> et celle de l’an ïA l>, ainsi que les suivantes , appartiennent à deux princes, dont le premier est Rhescuporis V. l'autre Rliescuporis VI. successeur immédiat d’Ininthiméyus. ,

M. Mionnet avoit très bien soupçonné que la série des médailles attribuées à Cotys III. prédécesseur d'Ininthiméyus, devoit être partagée sous deux rois du môme nom. Visconti adopta cette conjecture, à laquelle probablement a donné lieu la découverte d’un contemporain du dernier Cotys, mais il l’a fait sans nommer M. Mionnet. Ayant sous les yeux des médailles des règnes de ces deux Cotys que ne connoissoient pas les auteurs cités, je donnerai quelques éclaircissemens sur cette découverte.

M. Mionnet, suivi en tout par Visconti, auroit mieux fait de rapporter l’an ZK4>. 527 . à Cotys III. puisque sur cette médaille on trouve absolument la même physionomie que sur celles des années précédentes du môme Cotys. Ce n’est qu’avec la médaille de l'année suivante HK'i. 5u8que doit commencer le règne de Cotys IV. parce que cette pièce, aussi bien que celles avec les dates 0K4>. 529 . et A<&. 53o. sont d'une fabrique toute différente et présentent un autre portrait. Ces trois dernières dates appartiennent donc certainement à un autre roi, à Cotys IV.

J’ai remarqué que le nom du roi dont M. RR. a donné des médailles, doit être écrit 1N1N01MHTOC. Si on trouve sur quelques médailles ININ0IMHOC et ININ0IM.COC , ce ne sont que des exceptions à la règle.

On rencontre plusieurs erreurs dans tout ce que l’auteur remarque sur deux autres médailles d'ininthiméyus. Il dit de la première, pl. IV. m. a. p. 106: ,, qu'elle présente sur la face principale , deux figures opposées l’une à l'autre'* ; on ignore pourquoi le texte ne porte pas plutôt bustes que Jigures j „la première", ajoute M. Raoul- Rochette , Représente indubitablement Ininthimévus j et la seconde , tournée à gauche , est probablement le portrait de la reine son épouse, reconnoissable au long voile, dont sa tète est couverte". A la même page, M. RR. dit encore : ,,elle porte également sur la tête un ornement semblable au modius , particularité qui peut sembler étrange , et que nous ne saurions ni rejeter ni expliquer avec certitude, dans l'ignorance où nous sommes de l’histoire et du caractère de ces princes , si peu connus , du Bosphore".

Mais ce n’est pas la tête de l’épouse d’ininthiméyus que l'on voit sur ce revers. C’est le buste barbu de Sérapis, ayant de longs cheveux qui lui tombent sur les épaules , et le boisseau ou modius. Sur aucune des médailles de ce roi qui ont deux têtes affrontées pour avers, on ne trouve celle d’une femme. Plus de dix exemplaires de différentes grandeurs que j'ai de cette médaille , tous de très -belle conservation, le prouvent indubitablement. Sur une de ces médailles, le buste qui porte le boisseau est sans barbe ; malgré cela c’est Sérapis , puisqu’ Ininthime'yus , toujours .figuré à grande barbe , y paroit aussi imberbe , et ce n’est que par la mal-adresse du graveur que ces deux personnages paroissent sans barbe. C'étoit au reste par erreur que M. RR. croyoit que l'épouse du roi pouvoit être représentée avec un modius, attribut qui ne convient qu'aux divinités. Comment pourroit-on imagi-

ner que U reine du Bosphore eut trouvé convenable de charger sa tête de ce symbole sacre' ?

LXXXH.

Si le mauvais dessin que lui avoit communiqué son correspondant n'avoit pas permis à M. Raoul-Rochette, da porter avec exactitude un jugement sur cette prétendue tête de femme dont il a été question , on est étonné qu’une autre médaille décrite p. 109-1 10. et dont l'avers n’est pas mal conservé , médaille qui se trouve d'ailleurs au cabinet de Paris, ne l’ait pas désabusé. M. RR. nous dit de son avers qu'il offre ,,deux têtes affrontées représentant , l'une l'effigie du prince au coin duquel elle fut frappée, l’autre une femme voilée, la tête surmontée du modius". C'est une opinion erronée qu'avoient adoptée Pellerin, (p. 1 10-1 1 1, note 4 -) et Cary. Comparant le souffre de la collection de M. Mionnet avec les gravures infidèles qu’en ont données Pellerin, Cary, et M. RR. pl. IV. m. 3 . il ne reste pas le moindre doute que ce soit la tête barbue de Sérapis qui est posée en regard de celle du roi. C’est ce qu’avoit déjà vu l'exact observateur M. Mionnet.

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