LXXX 11 I
L’avers de cette dernière médaille d'Ininthiméyus fait dire à M. Raoul - Rochette , p. 108: „je ne crois pas que la suite entière des monnoies du Bosphore , connue jusqu’à présent , offre un second exemple de deux têtes affrontées que l'on voit sur notre médaille d'ininthimévus, autres que celles des empereurs, tels que Marc-Aurèle et Vérus, ou Septime-Sévère et Caracalla“. Mais il faut observer que les mêmes têtes affrontées du roi et de Sérapis se trouvent aussi sur les médailles de Rhescuporis IV. contemporain de Caracalla. M. RR. trouvera un autre exemple de deux têtes affrontées sur une belle médaille de Rhescuporis I. décrite dans l'Appendice, m. 28. La remarque de cet académicien est donc sans fondement , et on ne peut s'empêcher d'être surpris que , n'ayant pas été dans le cas de recueillir d’autres notices sur les monumens du Bosphore que celles qui loi ont été fournies
par M. de Stempkovski , il ait pu avancer une assertion ai peu fondée.
Ce qui est singulier encore dans ce raisonnement de M. RR. c'est qu’il n’y fait pas mention de l'autre médaille qui l’avoit occupé p. 109-110.
C’est toujours concernant les deux têtes affrontées de la médaille d'Ininthiméyus que M. Raoul -Rochette observe , p. 108 : „cette particularité unique eut été , à une autre époque, une raison suffisante de rejeter , comme apocryphe, un monument de cette espèce". Il faut observer que si à une époque quelconque on s’étoit avisé de rejeter un monument de l’antiquité par cette seule considération, on auroit eu tort, et je ne pense pas qu’on puisse en citer un exemple. Je ne peux non plus affirmer, „qu'aujourd'hui la critique soit plus éclairée et dirigée par un esprit plus philosophique" 5 ni croire qu'actuellement ,, cette singularité même ne soit qu'une raison de plus d’admettre comme sincère un monument qui porte d'ailleurs tous les caractères de l'authenticité".
Le prétendu portrait de l’épouse d’Ininthiméyus donne occasion à M. Raoul -Rochette de faire l'observation suivante, p. 108- 109: „il n’est pas moins remarquable de trouver sur cette médaille le portrait d’une reine du Bosphore , quoique cette particularité ne soit pas unique comme la première. Nous connoissons déjà le portrait de la reine Tryphaene, au revers des monnoies de Polémon II. son mari". Observons que personne n’a vu jusqu’à présent le portrait de cette reine , car ce n’est pas son portrait mais son nom seulement, qu’on voit sur le revers de la médaille citée de Polémon, dont le cabinet impérial possède un exemplaire. 11 est facile de s’en convaincre en consultant la gravure de cette pièce dans l’ouvrage de Visconti.
L'auteur ajoute , p. 109 : „la médaille d’Ininthiméyus offriroit donc, si ma conjecture est fondée, le troisième
exemple de cet usage généralement fort rare , de placer les effigies des reines sur la monnoie de leurs époux". Mais le portrait de Tryphaene ne se trouvant pas sur les médailles de Polémon II. ni sur celles d’Ininthiméyus celui de son épouse , il en résulte qu'au lieu de trois exemples, M. RK- n’en connoit qu'un seul, la médaille de Rhescuporis I. publiée par Cary, Mionnet et Visconti, laquelle porte sur l’avers le buste du roi, et sur le revers celui de son épouse.
En terminant ces observations sur la médaille d’Ininthiméyus dontM. de Stempkovski lui avoit fourni le dessin, M. Raoul-Rochette nous dit, p. 109: „nous ajouterons bientôt un autre exemple plus remarquable encqre". C’est apparemment la médaille du cabinet royal de Paris, plus petite que celle que je viens de citer, que l’auteur désigne ; mais j’ignore la raison pour laquelle cette seconde pièce doit passer pour plus remarquable que la première. Au reste j’observe au sujet de la note a. p. 106. que les médailles d'Ininthiméyus dont il y est question, ne sont pas du nombre de celles qui sont plus rares que les autres du Bosphore.
Les deux médailles d'Ininthiméyus dont il a été question, ont pour revers un type que l'on rencontre souvent sur les médailles du Bosphore. M. Raoul - Rochette dit que le revers de la première de ces médailles , p. to6 : ,, représente une femme à tête tourrelée, assise, entre deux étoiles , symbole qu'il n’est pas rare de trouver sur les monumens du Bosphore, et qui fait allusion au culte des Dioscures, fort répandu dans ces parages". Je trouve ici les erreurs suivantes à corriger :
1) ce revers ne présente jamais deux astres dans le champ de la médaille , mais toujours un seul j
a) les deux astres, comme symbole du culte des Dioscures , ne se trouvent sur aucune médaille du Bosphore, et aucun autre monument ne nous atteste , que le culte de ces deux divinités eut été établi dans ce royaume. Les médailles en petit bronze de Panticapaeum portant les
deux bonnets des Dioscures, ne suffisent pjfs pour établir ce fait.
Je dirai bientôt par quelle raison les rois du Bosphore ont placé sur leurs médailles le type de la femme assise à té(e tourelée, et le buste de Sérapis.
Les lettres ME. KA. et IB. sur les médailles du Bosphore ont déjà exercé plusieurs antiquaires. L’idée de Cary et de Eckhel que ces lettres, regardées comme nombres, donnent 48 . ,a> et qu’elles pourvoient se rapporter peut-être
à un cycle de 48 ans, n’est qu'une conjecture que Visconti a voulu remplacer par une autre. Il croyoit (p. i56. note i.) que ces chiffres „désignent sur les médailles la valeur de la monnoie de cuivre. J’ai remarqué que celles qui portent le nombre 48 sont bien plus fortes que celles qui ne sont marquées que du a 4 > et celles-ci que celles qui n’ont que ia“. Au lieu de trouver cette dernière conjecture , comme elle l’est réellement, très-naturelle et non dénuée de probabilité, M. Raoul-Rochette la nomme, p. 107 . ingénieuse y et ajoute qu'„elle est détruite , à ce qu’il lui semble , par une observation que n'a point faite M. Visconti ; c'est que, sur des médailles postérieures, on trouve tantôt un M avec un A, tantôt un M avec un B et même nn B tout seul, comme dans la médaille d'Ininthimévus, que je publie actuellement''.
M. RR. se trompe s’il croit que les chiffres que l'on trouve sur les médailles en grand bronze de Sauromate IV. et dont la plupart de celles qu’il cite sont données incorrectement , pourroient être opposés à ceux dont il est question ici. Ces dernières lettres n’ont absolument rien à faire avec celles qu’on voit sur les monnoies de Sauromate IV. J’en excepte seulement la lettre B qui se trouve sur les revers d’Ininlhiméyus et- d’autres rois du Bosphore j cette lettre indiquant un sixième du chiffre ÏB . pourroit peut-être s’y rapporter. Par conséquent la conjecture de Visconti n’a pas du tout été détruite par l'observation de M. RR. Sur les médailles de Sauromate
IV. on rencontre les chiffres auivans, BM et PMA j et je peux assurer que dans le grand nombre d’exemplaires que j’en connois, il n’en est pas un où l’on trouve les lettres que M. RR. prétend y avoir vues.
LXXXVIIl.
M. Raoul -Rochette nous fait connoître une troisième médaille d’Ininthiméyus , pl. III. m. 4- p. m-iia. mai» le dessin qu’il en a publié n’est ni plus exact , ni moina infidèle que celui de toutes les autres qu’il nous a données, Connoissant cette médaille , et en ayant vu plusieurs exemplaires , je remarquerai :
i) que l’avers est dessiné très-inexactement j a) que sur son revers on ne trouve pas le foudre que notre auteur y a cru voir, mais un astre ;
3) que le symbole dessous l’astre , dont l’auteur dit : ,,qu’il n’est pas facile de le caractériser, vu l’état d’imperfection de la médaille", est, à ce qu’il paroît par cette médaille même, ainsi que par plusieurs autres des règnes postérieurs à Ininthiméyus, un étendart, ou le voile d’une proue de vaisseau 5
4) que c’est par erreur que M. RR. croit que la contremarque sur sa médaille, est un signe remarquable sur des monnoies de cet aloi et d'aussi bas siècle. Au contraire, l'usage de contremarquer les pièces qui étoient en circulation , n’a commencé dans ce royaume que vers le tems de sa décadence , et la contremarque de la tête de Septime- Sévère , par exemple, se trouve sur beaucoup de pièces des règnes précédens.
Nous avons de la peine à croire, d’après tout ce que nous venons d’exposer , que les lecteurs soient d’accord avec M. RR. quand il dit : „que cette nouvelle preuve de l'existence d'un prince dont le nom avoit échappé à l’histoire , sera regardée sans doute comme un fait numismatique assez important". Les erreurs provenant en partie des mauvais dessins que l’auteur avoit reçus de son correspondant , rendent douteuse la reconnoissance qu’il attend de ses lecteurs. Ils n’avoueront certainement pas que les
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monumens décrit* par M. RR. servent à la fois, comme îl l’espère, p. lia: ,,à confirmer des points importans de l’histoire du Bosphore , et à ajouter des faits entièrement neufs à cette histoire".
Voyons si les autres recherches que nous communique fauteur des antiquités du Bosphore, donneront des résultats plus satisfaisans. Les découvertes qu’il nous promet doivent être de la plus haute importance, à en juger par son introduction, p. na: „les monumens que je vais faire connoilre" , dit-il, „auront l’avantage de rectifier bien des idées qui n’étoient jusqu’ici appuyées que sur des conjectures plus ou moins ingénieuses, et notamment, le système imaginé par l'illustre Visconti , sur l’origine de la dynastie qui succéda à Polémon I. dans le royaume du Bosphore".
Tous les amateurs de l'antiquité féliciteront M. Raoul- Rochette, s’il remplit ces grandes promesses. Mais ils s’en dispenseront et s’en tiendront aux travaux de ses prédécesseurs , s’ils reconnoissent que dan» ses observations , pour me servir des paroles d’un litérateur célèbre , les idées neuves ne sont pas bonnes , et que celles qui sont bonnes ne sont pas neuves.
,,Le premier de ces monuments inédits", suivant M. Raoul - Rochette , p. u3. ,,est une médaille de la reine Gépaepyris , personnage nouvellement introduit dans la suite des princes du Bosphore". En lisant la suite de son discours, on voit que M. RR. indique comme des faits essentiels que le véritable nom de cette reine est Gépaepyris et non pas Pépaepyris ; et qu’elle régna seule sur le Bosphore après la mort de son époux. 11 faut donc rechercher :
i) si la médaille de Gépaepyris est véritablement inédite ;
a' si ce personnage est par lui nouvellement introduit dans la suite des princes du Bosphore ;
3) quel est le savant qui a remarqué le premier que le nom de l’épouse de Sauromate I, dont le buste est représenté sur sa médaille , doit être lu Gépaepyris.
Quant à la première question , je réponds qu’on connoissoit la médaille de Gépaepyris long-tems avant que M. RH. eut publié son ouvrage. Cary l’a faite connoître le premier en i^ 5 a (pl. IV. m. 10;. Sa gravure un peu maniérée est cependant assez exacte ; et si son exemplaire étoit défectueux par rapport à la légende , il conjecturoit fort bien que la tête de Pépaepyris y étoit figurée. Après Cary cette même médaille, et non pas celle qui porte sur l'avers la tête de Sauromate , comme le dit M. RR , a été publiée par M. Sestini en 1817. M. le Baron de Chaudoir en a donné la figure et la description.
Quant à la prétention d’avoir le premier introduit cette reine dans la suite des rois du Bosphore, M. RR. la donne comme un fait certain, p. ii3. 1. a. et il en parle comme d’une simple conjecture, p. 11 4 - 1 . < 5 . Il appuyé son opinion sur l’absence du nom et du portrait de Sauromate 1 . Gépaepyris porte sur notre médaille le diadème aussi bien que sur celle du cabinet de Tiepolo publiée par Visconti, et dont je connois plusieurs autres exemplaires. Le diadème qui orne sa tête sur l'avers de cette dernière médaille , peut indiquer qu’elle régnoit conjointement avec son époux, comme, d'après le récit de Strabon, Pythodoris et Polémon II. régnoient ensemble. Mais ce diadème peut aussi indiquer seulement que Gépaepyris étoit l’épouse d’un roi. Nous ignorons de même quelle est celle de ces deux significations que doit avoir le diadème qui entoure le nom de Tryphaene , épouse de Polémon II. écrit sur le revers d'une médaille de ce roi. Il est possible encore que Gépaepyris ait régné pendant quelque tems après la mort de Sauromate I. Mais la médaille qui porte son portrait sans celui de son époux , ne le prouve pas , et peut aussi avoir été frappée par plusieurs autres motifs, qui ne sont pas moins probables que l'hypothèse de M. RR. vay. §. XCU. L’auteur ne peut donc être fâché , si nous ne reconaoissons pas l'introduction de
cette reine comme légale et admissible dans la suite des princes du Bosphore, et si nous la regardons comme non avenue. La médaille qu’il regarde comme inédite , rentrera dans la classe à laquelle elle appartenoit, dans celle d'objets connus depuis très long-tems. Au reste je ne peux pas présumer que M. RR. malgré ce qu’il dit , ait voulu donner cette médaille pour inédite puisque l’initiale, du nom de la reine y est un T au lieu d’un II.
À l’égard de la troisième question, quel est l’antiquaire qui a le premier remarqué que le nom de l'épouse de Sauromate I. doit être lu Gépaepyris au lieu de Pépaepyris $ j’observe que M. le Chevalier Sestini a la priorité sur M. RR. puisqu’il a cité ce nom avec la correction de l'initiale dans sa Géographie numismatique, seconde édition, publiée à Florence en 1821, et par conséquent avant les antiquités du Bosphore de M. Raoul -Rochette. Mais qui a le premier observé que l’initiale du nom de la reine est un F, et non pa6 un 11 ? J’ignore quels sont les prétendans à cette découverte , mais je sais qu’elle m’a été communiquée par M. le Chevalier Allier do Hauteroche dans une lettre écrite de Paris au commencement de l’an 1820.
J’observe en passant que c’est par erreur que M. Raoul- Rochette en décrivant les deux médailles de Gépaepyris, p. Il 3 . a dit de l’une : buste de femme coiffée suivant le costume grec ; et de l’autre : buste de femme coiffée à la grecque. 11 faut remarquer que ce buste sur les deux médailles porte le diadème , qui n’a jamais été un ornement commun aux dames grecques , mais toujours une marque de la dignité royale. Dans la description qu’a donnée Visconti d’une de ces médailles ( 11 . p. i 5 t - i 5 a.) on trouve la même faute.
Enfin M. RR. ne nous dit rien sur le buste de femme voilée et tourelée qui se trouve sur le revers de la médaille de Gépaepyris. On ne peut pas douter que ce buste ne soit celui d’une des divinités principales révérées au Bosphore.
On ne peut donc en aucune manière approuver la phrase suivante, par laquelle M. RR. termine cette digression, p. Ii5: „le règne d’une femme dans le Bosphore, entre Sauromate I. et Rhescuporis I, fait qui semble attesté par notre médaille, offre jusqu’à ce jour une particularité aussi rare que curieuse".
J’examinerai plus bas tout ce que l’auteur a dit de la durée du règne de Sauromate I. ainsi que son hypothèse sur l’origine de la dynastie sauromate des rois du Bosphore.
11 est nécessaire de dire à cette occasion mon sentiment sur les deux divinités dont nous voyons les types répétés si souvent sur les médailles des rois du Bosphore. Nous savons par l’autorité du monument de la reine Comosarye que le culte d’Astara ou d’Astarté étoit établi dans ce royaume déjà du tems de Paerisade I , et j’ai prouvé ci-dessus, §. XXIX. que dans l’antiquité celle déesse étoit représentée, comme Cybèle ou la déesse Phrygienne , la tête voilée et tourelée , ou couverte du boisseau. 11 n’y a donc pas le moindre doute, que le buste que nous voyons sur le revers de la médaille de Gépaepyris, et sur celui d’une autre médaille de Tibérius Julius Sauromatès au cabinet de M. le Comte Sévérin Potocki et que l’on trouvera décrite dans l'appendice, m. n. est celui d’Astarté. 11 n'est pas moins sûr , que la figure assise ayant la tête tourelée et un astre à côté, si souvent figurée sur les revers des médailles des rois du Bosphore, est la même Astarté. La haute vénération dont jouissoit cette déesse dans cette contrée , depuis la reine Comosarye jusqu’à Gépaepyris et Sauromate 11. est prouvée par le monument de l'épouse de Paerisade I. et par les médailles. La figure de la même déesse qu’offrent les monnoies de Sauromate IV, de Rhescuporis IV. contemporain de Sepiime-Sévère, d'ininthiméyus, et de Rhescuporis VIL nous atteste que le culte d’Astarté y a été continué jusqu’à la fin de ce royaume. L'attribut que tient Astarté dans la main droite sur la monnoie du Bosphore, est une
Digitiz
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patère à en juger d’après les médailles les plus distinctes. Si cet objet paroît être un globe sur d'autres pièces , la cause probable en est le peu de finesse du travail.
J’ai observé ci-dessus que le culte d'Astoreth , divinité des Phéniciens, a été mêlé avec celui d'Atergatis, déesse des Syriens j il en est résulté qu’Astarté, sous le nom de qui les Grecs révéroient la lune , fut prise aussi quelquefois pour la planète de Vénus (Voy. Münt. Rel. d. Karth. S. Ho. a. Aufl. u. Erg. Bl. d. H. ALZ. i8aa. S. 807). C’est à cette dernière signification, que se rapporte l’astre qui se trouve à côté d’Astarté sur les médailles du Bosphore. Cette identité d’Astarté avec Atergatis nous explique le sujet représenté sur une médaille de Sauromate IV. On y voit la même figure d'Astarté assise , mais on y a représenté encore , devant la déesse , un petit génie ailé , l’Amour, qui tient un flambeau dans la main droite.
Une autre divinité qu’on remarque sur la monnoie du Bosphore , est Sérapis. Nous voyons son buste , posé en regard de celui du roi sur les médailles de Rhescuporis IV. et d’ininthiméy us ; preuve la moins équivoque de la vénération la plus haute et la plus extraordinaire qu’obtenoit cette divinité au Bosphore. L’origine de Serapis est incertaine , mais Plutarque dans son traité d’Isis et Osiris (c. 28.) nous dit que son culte fut, dès la plus haute antiquité, établi dans les contrées du Pont-Euxin ; que sous les Ptolémées sa statue colossale fut emportée de Sinope pour être transférée à Alexandrie, et que depuis, Sérapis devint la divinité principale de cette capitale de l’Aegypte.
On sait qu’Astarté étoit la même déesse qu'Isis et la Lune j il est connu que Sérapis étoit le même qu’Osiris, ou, comme le dit Macrobe (Saturn. I. ao.) le même que le Soleil : il n'y a donc rien qui nous empêche de voir Sérapis et Astarté , ou les symboles du soleil et de la lune , dans Anergès et Astara. Loin de là , tout concourt à appuyer cette opinion.
XCIIÏ.
Si l'on se rappelle les grands honneurs et les distinctions attachés dans l'antiquité à la dignité de grand-prêtre, par exemple à celle de grand - prêtre de Cérès Eleusinienne d'Ephèse (Strab. XIV. i.), de Jupiter Abretténus en Mysie (Id. XII. 7.), de Jupiter Stratéus à Mylasa (Id. XIV. 2.). de la Grande-Mère des Dieux à Pessinus (Diod. Exc. XXXVI. 2.) ; si l’on pense que ceux qui étoient investis de cette dignité portoient la pourpre et une couronne d'or, marques du pouvoir suprême dans l’état, pouvoir que possédoient réellement quelques uns de ces prêtres dans la ville et le district appartenant à leurs dieux: on ne trouvera pas improbable que les rois du Bosphore, dont quelques uns avoient permis de placer sur leur nonsoie le buste de Sérapis en regard de leur propre effigie, ayent été en même tems grand-prêtres de cette divinité , comme Ithobal , roi de Tyr et de Sidon , l’avoit été d'Astarté (Joseph, in Apion. I. 18. p. 449)-
La même conjecture peut être appliquée à Gépaepyris qui, comme grande-prêtresse d'Astarté, avoit fait placer le buste de cette déesse sur une médaille portant sa propre effigie.
xciv:
L’hypothèse de Visconti sur la succession des rois du Bosphore après la mort de Polémon I. est attaquée par M. Raoul- Rochette, qui veut lui en substituer une autre. Examinons la première avant que de nou£ occuper de celle de M. Raoul-Rochette.
Visconti nous dit (II. p. x 4-9 ) : „les Aspurgitains qui avoient fait périr Polémon I. restèrent possesseurs dit Bosphore. Auguste ne chercha point à venger la mort de son allié ; il paroît qu’il se contenta de l’hommage que son vainqueur lui rendit. Ces faits indiqués à peine par Strabon , empruntent beaucoup de lumière des monumens numismatiqnes et paléographiques <c . Tout ce que Visconti a avancé est plus ou moins imaginaire : car Strabon , le seul auteur qui parle de la mort de Polémon, et qui est cité par Visconti , raconte ce fait dans les termes suivans
(XI. *.§. ■*):- cl Afrovpyisaioi, oîç ériSsuevo; YloXéfiuv c ftxcri- Ksùt éic'i TCfOiirot^ei Qih’xç , où \x-}z'V acvrefpxTipyij-fy , xxl feyptx Xytyâsk ûrsâxve. On voit par ces paroles, que de tout ce que nous a dit Visconti dans le passage cité, sur l'état politique du Bosphore , il n’y a de vrai que le commencement: „les Aspurgitains qui avoient fait périr Polémon": tout le reste est supposé par Visconti j Strabon n’en dit pas un mot, et par cette raison on ne peut l'introduire dans une narration de faits historiques. Dans un autre endroit , p. 177 , Visconti répète encore ses propres idées, en disant : ,,les princes aspurgitains , qui avoient envahi le Bosphore et fait périr Polémon, sollicitoient de Rome l’oubli du passé, et désiroient être comptés parmi les rois dépendans de l’empire; ils obtinrent ce qu’ils désiroient, par la protection de Tibère , et les Aspurgitains se soumirent à l’empire". La plupart de ces assertions ne sont que des fictions j par exemple :
1) que les Aspurgiains restèrent possesseurs du Bosphore après la mort de Polémon I j
а) que les princes aspurgiains sollicitèrent de Rome l’oubli du passé j
3) qu’ils avoient désiré être comptés parmi les rois dépendans de l’empire j
4) qu’ils obtinrent ce qu’ils désiroient j
5 ) qu’ils l’obtinrent par la protection de Tibère ;
б) que les Aspurgiains se soumirent à l’empire.
Visconti pour prouver que Sauromate I. l'Aspurgiain ,
avoit été le premier prince du Bosphore et le fondateur d’une dynastie aspurgiaine , après la mort de Polémon, bâtit une hypothèse (II. p. i 5 i. note 2.) sur une inscription que j’ai publiée. Dans cette inscription Tibérius Julius Sauromatès est nommé fils du roi Rhescuporis ; mai» ce fait ne prouve pas plus pour son hypothèse qu’une médaille attribuée â Sauromate I , sur laquelle on lit les mots TOT ALllOTPrOT , et qui appartient à des tem» bien postérieurs, comme il résulte de plus de cinq exemplaires connus et bien conservés de la même médaille.