‹ Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerienChapitre 12 sur 30 · XCV · texte numérisé non relu

XCV

En convenant avec M. Raoul-Rochette que l'hypothèse de Visconti est dépourvue de tout fondement , j'observe d’avance que celle qu’il veut nous donner l’est encore plus, et que si Visconti s'est trompé dans les inductions qu'il a tirées d’une médaille mal lue , il faut avouer que M. RR. en établissant son nouvel ordre de succession, au moyen de conjectures encore moins fondées , a commis en même tenu une infinité d'erreurs.

Au reste je ne comprends pas pourquoi M. RR. nomme, p. lia. il 5. iu». et i»8. la conjecture de Visconti, un système fort ingénieux. Une opinion sur un fait historique n’est pas un système. Cette opinion fondée sur une inscription qui ne prouve rien , et sur une médaille que Visconti attribue au siècle d'Auguste, tandis qu’elle est du tems de Néron , loin d’être juste et ingénieuse , est fort légère et erronée.

Pour ne pas interrompre le fil de mes recherches et des preuves d’où résultera l’insuffisance de la nouvelle hypothèse de M. Raoul-Rochette, concernant l’origine de la nouvelle dynastie sauromate au Bosphore, il est nécessaire de corriger les erreurs que l'on remarque dans la description et l'explication des médailles qui font la base des assertions de cet académicien. Je dirai ensuite ce que je pense sur le nouvel ordre de succession qu’a voulu établir M. RR. et sur les premiers rois qui appartiennent en effet à la dynastie sauromate.

Au commencement de ses recherches numismatiques M. Raoul -Rochette dit, p. n8 : ,,1’existence d'un roi Rhescuporis , inconnue jusqu'à présent et révélée par les inscriptions , me semble attestée encore par des médailles inédites et très-remarquables à tous égards". Il y a plusieurs observations à faire sur ce passage qui sert d'introduction aux médailles de Tibérius Julius Rhescuporis. Comment M. RR. pent-il avoir écrit que l’existence de ce roi Tibérius Julius Rhescuporis a été inconnue jusqu'à présent? Comment peut -il vouloir l'attester par des médailles in-

édites et mal conservées , lorsqu’une médaille du cabinet royal de Paris décrite par Maffei, par Cary, par F.ckhel, Mionnet, Visconrti , Sestini et par M. RR. lui- même , p. 109 , médaille dont la légende est parfaitement conservée , a dû l'instruire de ce fait beaucoup mieux que dea dessins inexacts pris sur des exemplaires frustes et à légendes incomplètes, auxquelles il se réfère? On trouvera la description de la médaille de Paris dans l’appendice , m. 26.

J'observe secondement, que les deux inscriptions grecques que j’ai publiées dans le mémoire sur le monument de la reine Comosarye, ne peuvent rien prouver relativement à l'existence de Tibérius Julius Rhescuporis, p. 1 16- 117. puisque dans celle , pl. VÜL il n'en est pas du tout question; quant & la seconde, pl. Vil. qui est du roi Tibérius Julius Sauromatès , fils du roi Rhescuporis , je remarque :

j) que ce roi Rhescuporis père de Tibérius Julius Sauromatès ne peut nullement être confondu avec le Rhe»cnporis qui portoit les prénoms de Tibérius Julius , puisque Sauromate II. ayant pris, par adulation pour Tibère, les prénoms de Tibérius Julius, n'auroit pas omis ces surnoms en citant son père , si ce dernier , probablement mort long - tems avant l'avénement de Tibère au trône , les avoit aussi adoptés ;

a) cette inscription ne prouve pas que Tibérius Julius Sauromatès étoit fils de Tibérius Julius Rhescuporis, puisque ce dernier n'a pas pu être le père du premier. En effet toutes les médailles de T. J. Rhescuporis nous offrent la physionomie d’un prince beaucoup moins âgé que n'est celle de T. J. Sauromatès. Ce dernier paroît donc avoir été ou le père, ou le frère aîné de T. J. Rhescuporis; et le roi Rhescuporis , nommé dans une inscription comme père de T. J. Sauromatès, a été, non pas roi du Bosphore, comme le croit M. RR. , mais roi d'une peuplade sauromate, comme je l’avois déjà observé en donnant cette inscription au public (Mon. de Com. p. 73. pl. VU). Mon interprétation est confirmée par une autre inscription lib.

p. 69 . pl. VHI.) dans laquelle T. J. Sauromatès est nommé: Roi qui règne par le droit de succession de ses ancêtres , titre que ce prince ne pouvoit posséder qu'uniquement par rapport à ceux de ses ancêtres qui avoient occupé le trône d’un peuple sauromate.

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Au lien de se servir de la médaille du cabinet du roi à Paris , pour prouver l’existence du roi Tibérius Julius Rhescuporis que personne au reste n’a jamais révoquée en doute , M. Raoul-Rochette préfère l’autorité des médailles frustes, mal conservées et à légendes tronquées, dont on ne lui a communiqué que les dessins pour la plupart très mauvais et incorrects.

M. RR. dit, p. tao-iat : ,,nos médailles nous font de plus connoitre l'origine et le progrès de cette espèce d’hommage que les princes du Bosphore , à partir de Rhescuporis , rendoient aux empereurs. La médaille avec l’inscription : BAXIAET. PHEKCLTep/; doit être du tems où Rhescuporis, & peine investi du titre de roi, n’avoit point encore obtenu l’agrément ou la sanction de Rome j celle où se lit le seul prénom IOTAIOE, appartient à une époque plus récente , où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste j et le prénom TIBEPiOZ , qui accompagne celui-là, sur la plupart des monnoies de Rhescuporis , fait probablement allusion à l’entremise de Tibère , par les mains duquel le nouveau souverain du Bosphore fit sa soumission à Auguste'*.

11 faut observer que tout ce que dit M. RR. dans ce passage est faux et purement imaginaire, et que l’origine et le progrès de cette espèce d'hommage , n’a jamais eu lieu. La première des médailles citées , décrite dans le catalogue de M. Calera , est ou mai conservée et défectueuse dans la légende , ou bien elle est d’un Rhescuporis qui ne portoit pas les deux prénoms cités plusieurs fois, et cette dernière supposition est la plus probable. Si l’auteur croit avoir remarqué sur sa seconde monnoie le seul prénom de Julius, il a été induit en erreur par la mauvaise conservation de cette pièce, puisqu’il est cer-

tain qu’il n'existe point de médailles de Rhescuporis I. avec le nom seul de Rhescuporis j il n’en existe pas non plus avec le seul surnom de Julius , car toutes ses médailles portent, uniformément et sans exception, les deux prénoms Tibérius Julius.

C’est encore une inexactitude de dire comme M. RR, p. îat-iaa: ,,que Rhescuporis I. doit être ajouté à la liste des princes du Bosphore*', puisqu’il s 'y Irouvoit déjà depuis très-long-tems. On s'en convaincra en lisant dans l’appendice jointe au présent mémoire, la description de toutes les médailles connues de ce roi.

J’observe en passant qu’il est beaucoup plus probable que les rois qui ont porté un ou plusieurs prénoms des empereurs , en avoient demandé la permission , qu’il ne l'est qu’on leur avoit accordé ce privilège comme récompense ou gratification, ainsi que le croit M. Raoul- Rochette , p. 13 t.

Des opinions plus hasardées encore que celles que je viens de relever , se trouvent dans les remarques de M. Raoul - Rochette sur le tems où Rhescuporis 1 . a pris ou reçu ses deux prénoms. L'auteur en parlant du prénom de Julius dit, p. 121 : ,,que la médaille avec ce seul prénom appartient à une époque où Rhescuporis avoit déjà reçu le prix de son dévouement à Auguste**. Par rapport au prénom de Tibérius, il suit Visconti, qui a remarqué (II. p. 177 ) , ,,que du vivant d’Auguste les princes aspurgitains obtinrent par la protection de Tibère, dont ils prirent le nom, l'oubli du passé et d’être comptés parmi les rois dépendans de l’empire**. J'ai déjà observé qu’il n’existe pas de monumens où Rhescuporis porte le seul prénom de Julius. Mais regardé isolément , le nom de Julius n'appartient pas moins à Tibère qu'à Auguste. Dans Cary (p. 43 -) on trouve la même erreur, et c’est probablement de lui que M. RR. l’a empruntée. Cary croyoit „que Tibérius Julius Sauromatès avoit pris le nom de Jules sous Auguste et que se regardant dès lors comme un des cliens de la famille Julia, il se contenta d’y joindre dans la

suite celui de Tibère , par adulation pour ee prince qui l’avoit apparemment confirmé dans le royaume du Bosphore“. Si Cary se trompoit en croyant que Sauromate avoit adopté le nom de Julius sous Auguste, fait imaginaire que rien ne prouve , il avoit raison de supposer que ce roi n'avoit pu prendre le prénom de Tibérius que pendant le règne de ce successeur d’Auguste. Visconti et M. Baoul - Rochette se sont obstinés à vouloir trouver dans T. J. Sauromatès et T. J. Rbescuporis les successeurs de Polémon I. et les fondateurs d'une dynastie nouvelle j mais ils ont bien seDti que ces deux rois ne pouvoient pas être rapportés au régne d'Auguste , vu les prénoms de Tibérius Julius qu’ils portent tous les deux. Alors pour sauver leur hypothèse , Visconti et M. RR. ont prétendu, que les princes aspurgiains ou sauromatès s'étoient adressés à Tibère lorsqu'il se trouvoit en lllyrie à la tête de l'armée j que par sa protection ils avoient obtenu d’Auguste leurs demandes , et que par reconnoissance envers Tibère les princes aspurgiains , ou selon M. RR, Rbescuporis I, avoient adopté son nom.

Observons que celte opinion énoncée par Visconti , non comme une conjecture , mais comme un fait historique , approuvée ensuite presque en entier par M. RR. a perdu son principal soutien , parce que nous savons que la médaille attribuée par Visconti à T. J. Sauromatès à cause des mots TOT AEüOTPrOT qui suivent le nom du roi, appartient à Cotys frère de Mithradate, contemporain de Néron. Mais la supposition que les princes aspurgiains, ou Rbescuporis I, selon M. RR , p. lai. ayent pu oser adopter le prénom de Tibérius , pendant lé teins qu 'Auguste gouvernoit encore l’empire, est totalement inadmissible par plusieurs raisons :

1) il auroit été contraire au respect dû à la majesté

de l’empereur qu'un des rois dépendans de Rome eut demandé ou pris le nom d'un personnage de la famille im* périale, et non- celui du souverain 5 „

2) toute cette rencontre de Tibère avec les chefs aspurgiains en lllyrie , est un /ait inventé par Visconti qui

cherchoit le moyen de rendre plus facile anx princes du Bosphore l'adoption du nom de Tibère. Par conséquent l'adoption du prénom de Tibérius dans un teins où celuici n’étoit pas encore empereur , doit être rejetée j

3 ) on doit demander: si les difficultés qui avoieot engagé Visconti à supposer : i. que les princes aspurgiains

avoient obtenu la faveur d'Auguste par la protection de Tibère? a. que ces princes s’étoient adressés à Tibère, quand ce dernier se trouvoit à la tète de l'armée en IIlyrie ; peuvent être regardées comme applanies ? Loin de là : en supposant vraies ces deux assertions qui sont bien loin de i’étre , puisqu’elles n’ont aucun fondement , l’opinion de Visconti n'y gagneroit rien. Comment en effet placer les deux règnes de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès dans le court intervalle des quatre premières années du règne de Tibère , puisque c’est depuis ce tems que commence le règne de Rhescuporis II ? Tibère revenu de l'illyrie l’an de Rome 762. par la prétendue entremise de Tibère dans les affaires du Bosphore , on ne gagneroit à cela que trois, ou tout au plus quatre ans, et alors au lieu de quatre années qu'il faut remplir, il y en anroit sept ou huit. . i. x

4 ) Polémon fut tué par les Aspurgiains Tan de Rome 75a. ou 753. Tan 1. ou a. avant notre ère. Si les Aspurgiains avoient eu le dessein de s’emparer du royaume du Bosphore et de le conserver, il est certain qu'aussitôt après la mort de ce prince ils se seroient adressés à Auguste , pour obtenir sa sanction, et il seroit absurde de supposer qu’ils auroient attendu 9 ou 10 ans sans faire aucune démarche à cet égard, c’est à dire jusqu’à Tan de Rome 76a, la 9" de notre ère, lorsque Tibère se trouvoit en Illyrie.

Les observations que je viens de faire prouvent évidemment l'inadmissibilité des hypothèses de MM. Visconti et Raoul-Rochette. Ces hypothèses supposent que la moK de Polémon I. a été suivi d’un état de désordre et de troubles au Bosphore, et que cet état a continué jusqu’au moment où Rhescuporis obtint la protection de Tibère, l’oppose à ces idées sans fondement , les médailles en

or du Bosphore portant les époques 0 e ! S. AT. et ET. qui correspondent aux années 3. 8 . et 9 . de notre ère. Elles servent de preuve certaine que peu de tems après la mort de Polémon, le trône de cette contrée fut occupé par des rois légitimes , qui n’avoient pas du tout besoin de chercher en l'an g. la protection de Tibère, pour obtenir par son entremise la sanction de son beau-père, Auguste.

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