CV1I
Les lecteurs auront remarqué que les médailles d« Tibérius Julius Rhescuporis , sur lesquelles M. Raoul Rochette a voulu fonder son hypothèse sur l'origine de la dynastie sauromate au Bosphore , ne l’out nullement appuyée, et qu'au contraire il a été démontré que T. J. Rhescuporis pourroit être plutôt le fils que le père de T. J. Sauromatès. L'hypothèse de M. RR. inadmissible par plusieurs autres raisons , est aussi de ce côté , ruinée par sa base.
11 faut examiner maintenant , si la médaille de Cotya sur laquelle M. Raoul- Rochette a disserté p. ia4->34. et qui devoit sertir d’appui principal à son opinion, peut lui faire gagner sa cause. C’est la même médaille dont il a déjà été question, et que Cary, Eckhel et Yisconti avoient attribuée à T. J. Sauromatès. Elle appartient au cabinet de M le Comte Sévérin Potocki. La description nouvelle que M. RR. en a faite , p. 137-138. étant aussi peu exacte que sa gravure , pl. 111. m. 1.3, j'en ai donné une autre dans le §. CAV.
Au premier coup d’oeil, quiconque est un peu exercé •n numismatique rapportera cette monnoie à Cotys L roi du Bosphore. Mais M. Raoul- Rochette ne peut embrasser cette opinion, puisque cette médaille est le fondement de sa nouvelle hypothèse. Et voici ses raisons : „on ne peut guère", dit il, ,,1’attribuer à Cotys 1" du nom, qui régna dans le Bosphore, depuis l’an 4*» à l’an 69 de l’ère vulgaire ; en effet , if est bien difficile r d’après les ren-
geignement que non» fournit Tacite, sur la manière dont il usurpa le trône occupé par son frère Mithridate, et sur la guerre qu’il soutint à cette occasion contre les Romains, il eat, dis-je, bien difficile de concevoir les honneurs extraordinaires atteste'» par notre médaille , si ce prince , usurpateur du trône et ennemi des Romains, étoit le même prince à qui sont décernés ces honneurs. Quant au Cotys II. dont le règne s'écoula tous l’empiré d’Adrien , il me paroît tout-à-fait impossible, d'après la fabrique bien connue de ses monnoies , de lui attribuer les médailles en question^.
J'observe à M. Raoul-Rochette :
i) que son exposé est contraire à tout ce que Tacite (Ann. XII. t5- 19 .) nous a raconté de la guerre des Romains avec Mithradate. Cotys I, frère du dernier, n’a pas été l'ennemi des Romains ; loin de là, il étoit leur allié, et protégé par eux contre son frère. On est surpris de voir cité par M. RR. un auteur qui dit précisément le contraire de ce qu’avance M. RR. Le fait allégué par lui est entièrement opposé à la vérité historique;
a) qu’il n’y a rien d’étrange que Cotys , attaché aux intérêts des Romains, ait reçu les honneurs qu'atteste notre médaille ;
3) qu'on ne peut pas, avec M. RR. nommer ces honneurs extraordinaires , puisque les médailles du Bosphore nous prouvent que cette marque de faveur de la part des Romains n'étoit point rare. Ces honneurs ont été accordés dans le Bosphore aux rois suivans, à Asandre, à T. J. Sauromatès , à T. J. Rhescuporis , Cotys I, Rhescuporis III, Sauromatès III, Cotys II, Rhoemétalcès et peut-être à quelques autres qui se sont peu souciés d'en perpétuer le souvenir par leurs médailles. Enfin il n'y a pas de doute, que même si ces honneurs avoient été très -rares ou extraordinaires , Cotys I. eut pu les mériter par sa fidélité envers les Romains.
cvm.
Dans la persuasion que le fait hiatoriqué tiré avec tant d'habileté de Tacite, qoi n'en dit pas un mot, a mis hors
4e doute, que la médaille de Cotys ne peut pas appartenir à Cotys I. frère de Mithradate , M. Raoul - Rochette nous dit, p. i3i-l3aS ,, C'est donc & une époque plus ancienne , plus rapprochée des événemens qui , après la mort de Polémon 1. troublèrent l’ordre de succession établi dans la monarchie du Bosphore , et y portèrent sur le trône une dynastie nouvelle , qu'il faut , selon nous , chercher le prince auquel appartiennent ces médailles. Outre les présomptions négatives que je viens d’exposer , voici, d’ailleurs, des indices qui pourront donner plus de probabilité à notre opinion". Les indices sur lesquelles M. RR. veut appuyer son hypothèse, p. i3i-t34. sont: i) deux médailles, l'une de T. J. Rhescuporis, l'autre de T. J. Sauromatès , sur lesquelles , au dire de M. RR. sont représentées les mêmes marques d’honneur que sur celles de Cotys l’aspurgiain.
a) une médaille de T. J. Sauromatès , dont l’avers présente ce roi assis ; le revers, quelques marques d’honneur. J’observe :
l) que les deux médailles de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès portent des types tout différens^de ceux qu’offre la monnoie de Cotys , et que sous ce rapport elles ne peuvent pas être citées pour prouver que ces trois pièces ont été faites dans le même tems j
a) quant à la troisième médaille , que ses types diffèrent pareillement de la médaille de Cotys , quoique M. RR. prétende, p. 1 33 - i34. que ,,la monnoie de Cotys l’Aspurgitain et celle de T. J. Sauromate, ainsi confirmées et justifiées l'une par l’autre, prouvent invinciblement que ce Cotys appartient à l’époque même de l'avénement de la dynastie de Sauromate". J’ajoute >
3) que la médaille de Cotys n’a, du côté de la fabrique, aucune ressemblance avec les trois pièces citées par M. Raoul -Rochette j
4) que si ces trois médailles , mal décrites , données d’après des dessins infidèles et très-mal gravés, prouvent, malgré la différence totale qu'on remarque entre elles et celle de Cotys , que la monnoie de ce dernier est de la
loi
même date que ce» trois médailles, alors M, RR. pourra nous prouver encore que les médailles de Sauromate X. ont été frappées du tems de Sauromate 1 ;
5) si M. RR. nous dit de la troisième médaille qui est de T. J. Sauromatès, „que la terminaison du mot roi, au nominatif, démontre la vérité de cette attribution”; il permettra de remarquer : que la terminaison du nom du roi au nominatif ne peut rien prouver, puisque les légendes des monnoies de ce roi ont tantôt la terminaison au génitif, tantôt au nominatif, et qu’en admettant comme vraie sa supposition , il s’en suivroit que la médaille de Cotys l’Aspurgiain n’est pas du tems de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès, parce que sa légende n’a pas les terminaisons au nominatif ;
6) le sigma quarré qui se trouve sur la plupart des médailles de T. J. Rhescuporis , sur quelques unes de T. J. Sauromatès, et aussi sur celle de Cotys l’Âspurgiain dont il est question , ne peut pas être cité en faveur de l’opinion de M. UR. puisque cette lettre a toujours cette forme dans les médailles du même Cotys portant le» têtes et les légendes de Claude, d'Agrippine et de Néron. On en a un exemple dans un grand médaillon en bronze frappé au Bosphore sous le même Cotys 1. Son avers présente une tête de Claude couronnée de lauriers, et la légende: KAATAIOT KAIEAPOE EEBAETOT ; le revers porte les lettres MH entourées d’une couronne de lauriers. Ce médaillon se trouve dans la belle collection de médailles grecques de S. E. M. le Maréchal de la cour Cyrille de Narichkin. La même forme du E s’observe sur un médaillon en bronze moins grand et frappé sous le même roi, dont l'avers porte la tête de Néron couronnée de lauriers , et la légende KA1EAPOE NEPCONOE EEBAETOT. Sur son revers on voit une Victoire allant de droite à gauche, ayant une couronne dans la main droite élevée, et une palme dans la main gauche ; dans le champ sont les lettres K A.
Je remarque enfin , en passant, que dans la phrase, p. t33. où il est question des marques d’honneur donnéos
par les Romains, que M. Raoul-Rochette nomme „monumens précieux de la puissance de ces princes et de l'amitié des Romains", il faut substituer au mot puissance, celui d’impuissance , puisque des rois indépendans n’auroient jamais accepté de pareils honneurs , que jamais ils ne les auroient consacrés par des monumens publics.
ex.
Quoique M. Raoul- Rochette ne paroisse pas douter de la solidité des argumens qu'il a fournis, pour faire passer sa monnoie de Cotys pour une médaille contemporaine de ces rois qu'il prend pour fondateurs de la nouvelle dynastie sauromate, cependant il doit avoir senti que les trois médailles que je viens d’examiner, démontrent que son hypothèse concernant un Cotys inconnu dans l'histoire, un Cotys dont jusqu’à présent on n'avoit point vu de médailles , n'avoit aucun fondement solide , et que pour la prouver il lui falloit des secours plus qu’ordinaires. Il a eu le bonheur de les / trouver dans une médaille qu’il a donnée , p. i34 - 1 35 , et dont voici la description: „Tête imberbe diadémée, avec la légende BACIAE . . PHCKOTTlOPl-iOC ; au revers, tète de femme couverte d’un voile, à droite; derrière, le monogramme, BAK j devant, les lettres KA. Cette médaille poursuit M. RR , ,, appartient indubitablement , d’après les types et la fabrique , au premier Rhescuporis ; la tête imberbe diadémée représente probablement Tibère , fils adoptif d’Auguste. 11 est moins aisé de déterminer quel est le buste de femme voilée , qu’offre le type du revers : nous avons déjà vu ce type sur des médailles d’Ininthimévus", (comme je l’ai déjà observé, il ne s’y trouvoit pas) „celles de Sauromate nous offrent également un portrait de femme, où nous avons reconnu celui de la reine son épouse. 11 est probable que c’est aussi celui de la reiue, femme de Rhescuporis , que nous devons voir au revers de sa médaille, à moins que, par suite du même culte , voué aux membres de la famille impériale , on n’aime mieux y voir le portrait de Livie ou de Julie. Mais ce qu’il y a , sans contredit , de
— io3 —
plus remarquable sur cette médaille, c'est le monogramme BAK . qu’on ne peut interpréter autrement que par BA?<- XetAi; Koruo; , c’est à dire : monnoie du roi Cotys
La médaille dont M. BR. nous a donné cette description est véritablement la plus curieuse qu’on ait jamais vue. On ne peut pas dire que ce soit un phénomène uninique , mais un monstre en numismatique. Analysons ce que M. RR. croit avoir trouvé sur cette médaille si remarquable :
i) la légende BACIAE . . PHCKOTIIOPIAOC, et
a) la tête imberbe diadémée de Tibère, sur l’avers j
3) une tête voilée de femme, représentant l’épouse de Rhescuporis I, ou Livie ou Julie, sur le revers;
4) le monogramme BAK , et
5) les lettres KA, aussi sur le revers.
Comment seroit-il possible de trouver sur l’avers d’unemédaille , dans la légende, le nom du roi Rhescuporis , entourant , non pas le portrait du même roi , mais celui de Tibère et, ce qui est plus singulier encore, Tibère orné du diadème ? Comment la prétendue tête voilée du revers, pourroit-elle représenter l’effigie de l’épouse de i -hescuporis , tandis que l'avers porte celle de Tibère ? L’empereur et l’épouse de Rhescuporis sur une et même médaille ! A-t-on jamais vu sur une monnoie du Bosphore, d’un coté le monogramme d’un roi, et de l’autre le nom d’un autre roi ? Si l'avers de cette pièce offre la tête de Tibère, comment le revers peut-il porter celle de Livie, dame qui vivoit jusqu'à sa mort dans une relation peu amicale avec son fils ? Enfin il seroit sans exemple , de trouver sur un revers un monogramme, et en même tems les lettres KA.
La moindre petite pratique dans la numismatique antique n’auroit jamais permis à M. Raoul-Rochette de croire à l’existence possible d'une pareille médaille. Mais dirat-on: d’où M. RR. a-t-il reçu la notice de cette médaille si monstrueuse sous tous les rapports ? Il nous apprend luimême, p. 134: ,, qu’elle se trouve entre les médailles de la collection de M. Gallera, dont li possède dès à présent
— io4 —
le catalogue exact et raisonné ". Je connois députa longterris M. Gallera à Théodosie , homme très -honnête et très -estimable , je sais qu'il n'a jamais eu la prétention d’étre connoisseur en numismatique, et comme on ne peut pas douter, que la médaille en question ne se trouve décrite dans son catalogue telle que l'a rapportée M. RR. nous voyons en effet que M. Gallera n’a fait encore que les premiers pas dans la science numismatique. Au reste il me semble très-probable que l’auteur du catalogue cité a eu sous les yeux, en écrivant l’article en question, un exemplaire mal conservé de la médaille de Rhescuporis L citée ci-dessus §. XCVI. et dont on trouve la description dans l'appendice , med. a6. et 17,
La médaille de Gotys l'Aspurgiain et celle du catalogue de M. Gallera font dire à l’auteur des antiquités du Bosphore, p. 1 35 : „qu’il résulteroit du monogramme B AK, qu’on ne peut interpréter autrement que par ( monnoie ) du roi Cotys, que le Rhescuporis, fondateur de cette dynastie du Bosphore, auroit eu pour associé à l’empire Cotys, probablement son frère, le même qui auroit porté le surnom d’ACnOTPrOT , sans doute parce que ses succès contre les Aspurgiains auroient, en délivrant le Bosphore de l’invasion ou des hostilités de ce peuple barbare , affermi le sceptre dans ses mains et dans celles de Rhescuporis". Mais j’ai démontré i
1) que les médailles de T. J. Rhescuporis et de T. J. Sauromatès n’ont pas pu servir à M. RR. pour appuyer son hypothèse concernant l'origine de la nouvelle dynastie sauromate au Bosphore. J’ai prouvé en outre :
a) que le roi Rhescuporis, nommé dans une ancienne inscription père de T. J. Sauromatès , n’a jamais régné sur le Bosphore , et qu'il ne peut non plus être le même prince que T. J. Rhescuporis, contemporain de Tibère $
3 que la médaille de Cotys l'Aspurgiain est de Cotys I. frère de Mithradate ; et
4 ) que celle qui a été empruntée d’un catalogue de Théodosie ne constate pas l’existence d’un Cotys associé
— io 5 —
de Rhescuporis dans l'empire , puisqu’elle n’a jamais pu exister.
Ainsi on ne peut s’empêcher de conclure que toute cette hypothèse est renversée. Je dirai encore dans l’appendice quelques mots sur l'impossibilité d’admettre les explications de M. RR. p. 115-118. pour concilier les règnes des fondateurs supposés de sa nouvelle dynastie.
En établissant son hypothèse, M. Raoul-Rochette avoit remarqué, p. » 1 8 : „qu'elle étoit attestée par des médailles inédites et très- remarquables” j ce sont celles de T. J. Rhescuporis , et de T. J. Sauromatès que l’auteur désigne ainsi. Mais on doit observer que , vu l'inexactitude des descriptions, l'insuffisance de leurs explications et l’infidélité des gravures que nous a données M. Raoul - Rochette, ces médailles appartiennent encore au nombre des inédites. L'auteur voulant ensuite, p. las. communiquer è ses lecteurs la médaille de Cotys 1 . et celle de M. Gallera , leur dit : ,, c’est encore au moyen de monumens
inédits, et de la plus parfaite conservation, comme de la plus haute autorité , que j’établirai mon opinion”. Les lecteurs ne seront pas de l’avis de M. RR. puisque la médaille de Cotys n’est pas inédite, et qu’elle a été décrit* depuis long-tems par Hardouin j quant à celle de M. Gallera, ils ne conviendront pas qu'elle soit de la plus haute autorité. Ils n’admettront pas non plus sa parfaite conservation. Au reste, il n'y a pas de doute que cette dernière pièce ne reste toujours ensévelie dans le nombr* des monumens obscurs et inédits.
Il est en vérité curieux que M. RR , après avoir critiqué Cary, Eckhel, et principalement Viaconti, de ce qu’il» ont attribué à T. J. Sauromatès une médaille qni, d’après l’indication trouvée dans un exemplaire mieux conservé , est reconnue pour être de Cotys ; et après avoir prouvé avec très peu de peine que l’hypothèse d’une nouvelle dynastie aspnrgiaine, proposée par Visconti, est sans fondement ; il est étonnant, dis- je, que M. RR. ait été en-
— io6 —
traîné, par cette fatale monnoie , à hazarder des opinions beaucoup plus légères encore que celles de ses prédécesseurs.
L’auteur en nous assurant encore une fois, p. i 44"»45. note i: „que c’est d’après des monumens indubitables, qu’il a établi l’existence de Rhescuporis 1. et de Cotys I. comme rois du Bosphore"} annonce un nouvel appui à son opinion, et il croit l’avoir trouvé dans deux médailles en or du Bosphore qui portent les dates AT. 3o4- et ET. 3o5. de l’ère du Pont , qui correspondent aux années 8 et 9 de l’ère vulgaire. Elles ont la tête d’Auguste pour avers. L’une porte les deux lettres KA , dont la première est placée au dessus de l'autre 5 la seconde, un monogramme qui est composé des lettres KNE. Visconti avoit conjecturé que les lettres KA dévoient indiquer A povaot Kxîcrxp ; et le monogramme KNE , NEpa» Kxîtrxp. Mais M. RR. rejette cette explication , qui a au moins plus de vraisemblance que la sienne , et il interprête ces deux monogrammes par Drusus Cotys , et Néron Cotys. La raison qu’il en donne est celle-ci : „il est sans exemple", dit -il, ,,que les rois du Bosphore aient fait frapper de la mounoie avec l'effigie des empereurs , sans y placer au moins l’initiale de leur nom". J'observerai à ce sujet :
1) que le contenu de cette assertion prouve justement la fausseté de l’explication des deux monogrammes, proposée par Visconti et M. RR. Car le buste d'Auguste n’ayant jamais sur ces médailles son monogramme à côté , il est clair que les monogrammes qui sont au revers, à côté des portraits que Ton croit représenter des personnages de sa famille , ne peuvent pas indiquer les noms de ces derniers. Si le monogramme du nom avoit été nécessaire sur un côté de la médaille, il l'auroit été aussi sur l’autre. H y a donc toute probabilité que les monogrammes MA, KA , KNE , KAE , sur ces médailles , dont le dernier est peut-être le même que celui qui le précède , ont une autre signification , qu’il est aujourd’hui difficile de deviner. Par cette raison il ne peut plus être question des
- io 7 —
noms de Drusus et de Néron comme indignés sur ces pièces, et encore moins de Cotys, roi de pure invention. On trouvera dans l’appendice \a description de toutes ces médailles anonymes du Bosphore , qui sont venues à ma connoissance 3 elles sont suivies de celles qu’on a frappées sous les règnes de Sauromate 1, Sauromate ü, Kliescuporis I, et Rhescuporis II. L’inadmissibilité des conjectures de Visconti et de M. RR. deviendra encore plus forcée par l’observation suivante :
a) les monogrammes KA et KNE ne pouvoient pas, à cause de l'arrangement des lettres , indiquer Drusus César et Néron César , comme conjecturoit Visconti , mais César Drusus, et César Néron, ce qui seroit tout -à -fait contraire à l’usage. Car dans les médailles des princes de la famille d’Auguste, par exemple dans celles de Caius et Lucius, petits-fils d’Auguste 3 dans celles de Tibère, de Drusus, de Germanicus et de ses fils, de Caligula, de Claude et de Néron , le mot César suit , et ne précède jamais , leurs noms propres. D’aprcs l’explication de M. RR. ces monogrammes doivent être lus Cotys Drusus, et Cotys Néron, puisque le K précède dans les deux monogrammes les autres lettres. Mais seroit-il possible qu’un roi du Bosphore eut osé mettre son nom avant celui d’un prince de la famille d’Auguste ?
3) Visconti et M. RR. n’ont essayé d’expliquer que les monogrammes de deux de ces médailles, dont on trouve la description dans l’appendice, m. a. et 6. Si leur explication avoit été juste , elle devroit être aussi applicable aux monogrammes composés des lettres MA. et KAE, des nos. 1. 3. 4.. 5. et elle ne l’est pas.
4) Quant à la médaille en or du véritable Cotys I. qui se trouve au cabinet impérial de Russie, et qui a été publiée par Cary , Visconti avoit raison de rejeter l’explication que ce savant avoit donnée de son monogramme NEPK, qu’il lisoit Néron Cotys, -et de l’interpréter Néron César. Dans ce chiffre les lettres P et K sont tellement réunies, qu’elles ne peuvent appartenir qu’à une seule personne. Si , contre l’usage ordinaire , le monogramme de
Cotys I. ne se trouve pas sur cette dernière médaille , on n’est pas fondé pour cela à chercher le K, initiale de son nom , dans le chiffre de l'empereur. Au reste , il auroit été mal-séaut et contre toutes convenances que Cotys eut voulu attacher l'initiale de son nom au chiffre de Néron.
L'auteur des antiquités Cimmériennes a attribué , p. lî^-lAo. à Cotys, ce prétendu contemporain de Rhescuporis I. son frère et son associé à l'empire , deux médailles dont j'ai sous les yeux des exemplaires parfaits; La légende de la première qui a un cavalier en course pour revers , n’est pas incorrecte , puisqu’on y voit écrit BAC1A€GÙC KOTTOC et non KOTTCOC , comme le dit M. RR. Cette médaille, aussi bien que la seconde, ayant d’un côté le monogramme de Colys, de l’autre un temple et les lettres KAilE , sont de Cotys contemporain d'Hadrien , et il seroit superflu d’en dire davantage pour le prouver.
Par malheur, dans tous les exemplaires que j’ai vus de la médaille de Cotys TOT ACHOTPrOT le mot RATTAECOC y manque tout-à-fait, ou bien il est défectueux dans les dernières syllabes. Si dans la suite on découvre un exemplaire où la légende soit entière, le mot en question s'y trouvera comme je l’ai écrit ici. Cela est prouvé par les médailles en bronze de Claude et de Néron du même Cotys I. qui portent sur l'avers les têtes et les légendes de ces empereurs et dont j’ai rapporté les légendes au §. CVIU.
Faute de connoitre les monumens numismatiques du Bosphore découverts jusqu’à présent, M. Raoul- Rochette confond les médailles des deux Cotys L et II. Pour soutenir son hypothèse il a créé un nouveau Cotys, prétendu frère et associé de Rhescuporis I. l’Aspurgiain, et il donne au même Cotys, roi imaginaire comme l’est Rhadaméadis, les deux médailles qui appartiennent à Cotys 11.
Ce n’est pas une faute moins grave de M. Raoul- Roehette que d'avoir rapporté, p. 120 . et i3a. à T. J. Rhes-
cuporis use médaille dont l'avers porte quelques unes des marques d'honneur par lesquelles les Romains recompensoient la fidélité de leurs alliés ; le revers , la chaise curule et la couronne d’or ; à droite , le bâton d’ivoire surmonté d’un buste j à gauche , un objet représentant peut-être une patère d’or qui étoit quelquefois au nombre de ces distinctions. Car il est peu probable qu'on ail voulu figurer le bouclier deux fois sur la même médaille. D’après sa légende et le goût du travail , cette monnoie ne peut appartenir qu’à Rhescuporis III. et non pas à T. J. Rhescuporis, comme M. RR. voudroit nous le persuader.
La médaille attribuée à Sauromate I. par Cary , Eckhel et Visconti, a été inexactement décrite par les nuinisxnatistes à cause de sa conservation médiocre. L'exemplaire bien conservé du cabinet de M. le Comte Sévérin Potocki , n’a pas été plus correctement décrit par M. Raoul-Rochette, p. 127-128. Sa description est aussi défectueuse que celle qu’en avoit faite le P. Hardouin, dont M. RR. p. 129. loue néanmoins la rare exactitude ! Tous ceux qui out parlé de celte médaille , sans en excepter M. RR , ont totalement méconnu la signification des types qui y sont représentés.
Avant de les expliquer , il est nécessaire de décrire cette médaille :
TE 1 MAI BA[EIAECDE] KOTTOE. Chaise curule sur laquelle est une couronne j à droite, le bâton où canne d'ivoire, surmonté d’un buste.
TOT AEnOTPror. Au bas, les lettres KAj dans le milieu , bouclier et lance j au haut , tête de cheval , et tête d’homme j au bas , casque et épée.
M. RR. donne trois fois, p. 128. p. i 33 . 1 . 7. et 1 . 18. aux types du revers le nom de trophée. Mais les trophées des Grecs et des Romains n’ont jamais d'autre forme que celle que nous voyons entr’autres sur une des médailles de Tibérius Julius Rhescuporis , et sur une autre de Cotys \ , roi de Thrace , publiée par Cary (pl. II. m. 9). Jamais des