‹ Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerienChapitre 3 sur 30 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

En parlant encore de Mithradate, M. Raoul-Rochette nous dit, p. 56 : ,, c'est à la domination de ce prince qu’il faut attribuer l’introduction dans le Bosphore de certains emblèmes qui caractérisent sa monnoie du Pont , le Pégase paissant et levant une des jambes de devant". Tout ce qu'on peut dire de cette ressemblance entre le type d’une médaille de Panticapaeum et celui des monnoies de Mithradate, c’est que M. RR. nous donne pour un fait une conjecture possible à la vérité, mais rien de plus.

En terminant ses remarques sur le roi Mithradate et la médaille de Panticapaeum qui a le Pégase pour revers, M. Raoul -Rochette ajoute , p. 57 : „cette médaille nous apprend de plus , que bien qu'obéissante & Mithridate , cette ville du Bosphore continua par la faveur de ce prince à jouir du droit de battre monnoie". On doit regretter qu’il n’ait pas plu à M. RR. de nous dire :

1 ) quelles sont ses autorités pour prétendre que la monnoie de Panticapaeum dont il est question, a été frappée sous Mithradate ?

a) quel ancien auteur a fait mention de *l'obéissance de Panticapaeum envers Mithradate, et de la faveur qu'accordoit ce prince à cette ville ?

3) quelle raison M. RR. a eu de douter que les villes grecques du Bosphore aient jamais cessé de battre monnoie ?

M. RR. ajoute : „et c’est là sans doute une des immunités indiquées parDiodore, que les prédécesseurs de Mithridate avoient conservées aux villes grecques du Bosphore , sans renoncer pour cela à la jouissance des droits et des titres affectés à la suprême puissance, comme on le voit par les médailles de Mithridate lui-même". Mais M. RR. commet ici une très-forte erreur , puisque la signification du mot ÙTtksia , dont se sert Diodore, ne per*

met absolument pas de croire que le droit de battre monnoie put être compris dans les privilèges de ces villes. J'ignore , au reste , ce que les monnoies de Mithradate peuvent prouver , puisqu’il n'en est point qui aient été' frappées au Bosphore. Rien en effet ne favorise l’opinion contraire, et il seroit fort déplacé de se livrer A des conjectures qu'on ne peut appuyer par aucun fait historique. Quant aux autres remarques et aux notices qu’on trouve encore dans le passage cité, il faut les ranger au nombre de celles dont M. RR. est le seul garant , le seul dépositaire.

Puisqu’il a été question de la ville de Panticapaeum , il me paroît convenable d’examiner quelques remarques que M. Raoul -Rochette a faites vers la fin de son livre, p. i58-i6a. L’auteur y a donné sur le mot de BOSIIOFOS que l'on trouve sur trois inscriptions de Paerisade I. une interprétation différente de celle qu'il avoit auparavant adoptée. Au lieu de croire qu’on avoit désigné sous ce nom les villes grecques du Bosphore, il pense qu’on doit dans ces inscriptions entendre par Bosporus la ville de Panticapaeum seulement. Dans l’intention de prouver cette nouvelle assertion , M. Raoul - Rochette a cité un grand nombre de passages d’autenrs anciens , qui ne prouvent que ce dont personne ne doutoil. S’il avoit pu même augmenter le nombre des témoins contemporains de Paerisade ou A peu près du même tems , qu’en seroit-il résulté de favorable à sa dernière explication ?

Pour se convaincre que le mot BOSIIOPOS ne peut indiquer ici la ville de Panticapaeum , il faut se rappeler que dans l’antiquité plusieurs villes avoient deux noms différens pour les désigner. L’un étoit le nom propre de la ville , celui dont elle se servoit dans ses monumens. L'autre étoit le nom que lui donnoient les étrangers. La ville dont il s’agit ici étoit nommée, sans aucune excep-

tion, Panticapaeum dans ses médailles et dans ses inscriptions ; mais dans toute la Grèce on la connoissoit , déjà du lems de Démostkène , sous celui de Bosporus. C'est par cette raison, qu’expliquant un décret de la ville d'Olbie , en honneur de Théoclès , j’ai dit qu'il falloit sous l’appellation de BOLflÜPOE qu'on y trouve , entendre Panticapaeum.

Une ville voisine, Olbie , dont il a été déjà question au §. VIII. nous donne un autre exemple de ces doubles noms. Ses habitans ont toujours appelé leur ville Olbie , et se sont nommés Olkiopolites 5 ces noms se trouvent sur les médailles de cette ville et dans ses inscriptions. Mais les étrangers, comme la plupart des anciens auteurs, la désignoient sous le nom de Boryslhénis, ou sous celui de la ville des Borysthénites , appellation qui n’appartenoit à Olbie que très-improprement, puisque ses murailles n’étoient pas baignées par les eanx du Borysthène , mais par celles de l’Hypanis.

En outre, y a - t - il quelque probabilité qu’on ait désigné, sous le nom de Bosporus, la capitale des états de Paerisade en Europe , et qu’on ait passé sous silence la métropole de ses possessions asiatiques, Phanagorie qui étoit sa résidence, et près de laquelle son épouse , Com osary e fit élever le monument dont il a déjà été question plus d'une fois C'est aussi le lieu aux environs duquel on a découvert l'inscription du temple consacré à Diane par Xénoclide , celle de Mestor, et plusieurs autres. Que l’on se rappelle ces lignes de Strabon (Xi. a. §. 10): xxl à'çi rùm fihv Evpxrratwv Bossropxvüv pyrpcirokif to rixvTtxxvaiov tSv i’Amxvùv ro <t>avxyopow xxXtTrxi yxp xxl curai; y itih;. M. RR. cite le même endroit, p. i 58 . mais en n’en rapportant que le commencement où Panticapaeum est nommée, non comme le dit M. RR. p. i 58 : capitale du royaume de Bosphore, mais capitale ou métropole du Bosphore Européen j le reste du passage , où Phanagorie est nommée comme capitale du Bosphore Asiatique , a été omis par M. RR. parce qu'il auroit renversé tout son raisonnement.

Non content de trouver sous le nom de Bosporus dan* les inscriptions faites du tems de Paerisade I. la ville de Panticapaeum , M. Raoul -Rochette va plus loin encore. Ajant parlé d’un passade de Demosthèae , où la ville de Panticapaeum est désignée sous le nom de Bosporus , il dit , p. 161 : ,,que ce passage montre certainement que les mots *Ap%ovrx Bociripon , ne signifient sur nos inscriptions, comme sur les médailles d’Asandre, que Archonte de Bosporus , ou de Panticapée D'après cet exposé la légende des médailles d'Asandre, APX°jNT°X ASANAP°T B<J£1 i°P°T , doit être traduite : d’Asandre Archonte de Panticapaeum. Asandre , archonte du Bosphore , a donc été dégradé par M. RR. et n’est devenu qu’archonte de Panticapaeum , archonte d’une seule ville , après en avoir eu auparavant plusieurs à gouverner. Il est fâcheux que l’auteur ne nous dise pas, comment il a disposé ,de ces dernières villes.

La traduction des légendes des médailles d’Asandre proposée par M. RR. nous autorise à trouver dans le passage de Lucien : *A<rxvipo; ftxeiAeùi Btxrropou , Asandre roi de Panticapaeum. M. RR. désire - t - il que le mot Bo'jiro pt>t soit toujours traduit Panticapaeum , ou veut - il accorder une existence quelconque au Bosphore ?

J’observe encore que malgré l’explication de la légende des médailles d' Asandre, dans laquelle M. Raoul-Rochette trouve indiquée la ville de Panticapaeum dans le mot de Bosporus , il. nous avoit dit auparavant, p. i58 : „que le nom de Bosporus est absolument nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire". Mais comment, dirat-on, le nom de BOiülOPOL, que l'auteur a trouvé dans le décret en honneur de Théoclès , peut -il être nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire, lorsqu'il se trouve sur les médailles d’Asandre connues depuis plus de cent ans , et que , selon l'opinion de M. RR. , il indique sur ces médailles, de même que dans le décret pour Théoclés, non pas le Bosphore, mais la ville de Panticapaeum ?

M. RR. auroit dd distinguer l’usage des mots et des noms dans la vie commune, du style employé dans les monumens publics. Au lieu de faire une distinction entre ces deux manières de s’exprimer, il les a confondues , et il est tombé dans de très-grandes erreurs.

11 suit de mes observations :

1) que dans les inscriptions du tems de Paerisade l’expression d'archonte du Bosphore indique un archonte de cet état et non pas de Panticapaeum j

2) que dans les légendes des monnoies d’Asandre il ne peut pas être question d’un archonte de Panticapaeum, mais du Bosphore.

XLÏII.

L’auteur des antiquités du Bosphore est incertain, p. 54 . note I. s’il doit approuver quelques corrections que j’ai faites à une inscription portant le nom de Spartocus fils d'Eumélus. Voici cette inscription :

.... 12M°AnAropoTTmPMOipoA£ïpar

ANE®HKEBA2IAET 0 NT°2£nAPT 0 K 0 TT°TETMHA°T

Il faut observer que des inscriptions copiées par une main fidèle ne peuvent être corrigées qu’avec beaucoup de circonspection, par ceux qui croient y découvrir des défauts. Au contraire , des copies incorrectes comme celles qu'a données Waxel d’après des originaux non-distincts, ou des copies semblables à celles qu’a publiées M. Raoul -Rochette , doivent être revues et corrigées, à moins quelles ne soient entièrement incorrigibles, comme l'est entr'autrès celle qu’a publiée M. RR. p. 5 g.

Dans la note 5 . p. S'j. l’auteur publie une médaille de Panticapaeum, pl. 111 . n. 8. Mais il est singulier qu'il prenne si souvent des inscriptions et des médailles qui ont été données au public depuis long-tems, pour des monumens inédits, et c'est le cas avec cette médaille de Panticapaeum. Elle se trouve gravée et décrite dans les ouvrages de Neumann (To. 1 . t. 3 n. 1), de Hunter (p. 224. n. 2), et de M. le Comte de Wicsay (To. 1 . p. 38. n. 193a). Au reste la

Ville de Panticapaeum s'est servie très fréquemment sur ses médailles de la tête de boeuf, emblème de l'état florissant de son agriculture , comme on peut le voir par celles que je vais décrire ici :

i. Tête barbue de Pan, de face, tournée un peu à gauche.

HAN. Tête de boeuf j tournée â gauche. AR. 3 . a. Tête imberbe de Pan ou de Satyre, de profil, couronnée de lierre ; à gauche.

FIAN. Tête de boeuf, à gauche. ÀR. 3 .

Page 1