‹ Remarques sur un ouvrage intitule antiquites grecques du BosphoreCimerienChapitre 6 sur 30 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

M. Raoul-Rochette croit , p. 83-84- »que l’époque où l’inscription de Xénoclide fut faite peut être fixée, d'une manière au moins très-probable , aux premières années du règne de Paerisade I, c'est à dire à peu près vers l’an 343 avant notre ère.“ Je remarquerai que cette inscription, qui n’est pas, à ce qu’il paroit, antérieure aux deux autres inscriptions du règne de Paerisade, ne présente absolument rien qui puisse faire présumer qu’elle fut faite dans les premières années du règne de ce roi.

En parlant des peuples nommés dans l’inscription de Xénoclide , l’auteur dit , p. 84 : ,,nous y apprenons de plus , par la distinction qu’elle établit entre les Sindes , les Torètes et les Dandariens , que Strabon ne s'est pas exprimé avec son exactitude habituelle , quand il assure que les Sindes faisoient partie de la nation des Maeotes 5 cette désignation ne peut , en effet , convenir qu’aux Torètes et aux Dandariens j et les inscriptions de Comosarye et de Mestor établissent aussi très-nettement la distinction des Sindes et des Maeotes."

Il y a dans cet endroit plusieurs erreurs de M. Raoul- Rochette qu'il faut indiquer. L'inscription de Xénoclide nomme trois nations soumises au roi Paerisade, les Sindes, les Torètes et les Dandariens : l’inscription de Comosarye et celle de Mestor nomment aussi les Sindes et ajoutent tous les Maeotes. Quant aux Sindes dont nous lisons le nom sur les trois inscriptions, c'étoit sur le territoire qui avoit appartenu à ce peuple nombreux (Monum. de Comos. p. 77 - 78 .) que les villes grecques du Bosphore Asiatique se trouvoient établies , c'étoit donc une partie assez importante de ce royaume. Les Torètes et les Dandariens n’ayant pas appartenu aux Maeotes, comme je le prouverai ci -après , il en résulte que l’inscription de Xénoclide parle des peuples soumis à Paerisade du côté du midi, tandis que les deux autres monumens , par l’expression

générale de tous les Maeotes , désignent les peuples qrui étoient du côté du nord.

Les anciens n'entendoient naturellement sous le nom de Maeotes que les peuplades établies au bord de la mer Maeotide, depuis la ville de Tanais jusqu’au Bosphore, et c'est dans ce sens qu'en parlent Strabon ( XI. 2. §. 4 - P- 375. Tzsch.) Scylax (p. 3 i. Huds. ) l’auteur anonyme du périple de la mer noire (p. 2. Huds.) et Pline (IV. p. 175. Fr.) qui ne font pas mention dans les passages cités ni des Sindes , ;ni des Torètes , ni des Dandariens. Ces auteurs n’ayant nommé parmi les Maeotes ni les Sindes , ni les Torètes, ni les Dandariens, et deux inscriptions faites sous le règne de Paerisade I, séparant soigneusement les Maeotes des Sindes, peuple qui avoit plus de droit d’étre compris sous le nom des Maeotes, que les Torètes et les Dandariens, puisque son territoire étoit baigné au nord de là mer Maeotide, il en résulte que du tems de Paerisade I. les trois peuplades citées n’étoient pas comptées parmi les Maeotes.

Si, trois cent ans après Paerisade, Strabon (XI. 2. §. n. p. 384.) faisant l’énumération des différentes peuplades à qui on donnoit le nom de Maeotes , y compte aussi les Sindes, les Torètes et les Dandariens, c’est que par suite des tems on avoit confondu ensemble les babitans de ces contrées } mais cela ne prouve pas que Strabon eut compté à tort les Sindes parmi les Maeotes , dénomination qui , du tems de Strabon , étoit devenue beaucoup plus générale qu’elle ne l’avoit été pendant le règne de Paerisade I. Ce que je viens de dire par rapport aux Sindes, est confirmé par Etienne de Byzance (v. Z<v<fo;). Après avoir remarqué que le pays des Sindes touchoit à la partie méridionale de la mer Maeotide , il ajoute que quelques uns prétendoient que les Sindes font partie des Maeotes.

Strabon ne peut donc être blâmé d'avoir nommé les Sindes parmi les Maeotes , puisque comme l’a dit M. Raoul-Rochette ,, cette désignation ne peut, en effet, convenir qu'aux Torètes et aux Dandariens/' Il n’y a pas de doute que cette dénomination pouvoit au contraire con-

venir beaucoup mieux aux Sindes qu'aux deux autres peuples dont le rivage ne touchoit pas à la mer Maeotide, mais au pont Euxin j et pourtant les anciens géographes,' entr'autres Scylax (p. 3 1 - Huds.) ont scrupuleusement séparé les Sindes des Maeotes , ce que nous voyons observé aussi dans les inscriptions faites du tems de Paerisade I.

Enfin si Mêla (I. 19. p. n4~) s’®* 1 trompé en plaçant, contre l'autorité de tous les autres géographes, les Torètes dans l’intervalle entre le Bosphore et la ville de Tanais j c’est une erreur plus grave encore lorsque p. 86. M. RR. dit : ,,les Torètes étant placés sur la rive orientale du Palus Maeotide , ainsi que le dit positivement Pline“ : car Pline (VI. 5. p. 5540 n ’ a P as m ’ s les Torètes au nord des Sindes , mais au sud. C’est donc M. Raoul - Rochette qui *e trompe, et non pas Pline.

Puisqu’il a été question ici des trois inscriptions faites sous Paerisade I , il ne sera pas inutile d'ajouter une remarque sur ces monumens.

L’inscription de Xénoclide découverte la dernière , est très-intéressante , puisqu’elle nous donne la certitude que ces monumens ont été faits sous Paerisade 1. fils de Leucon.

L'inscription de la reine Comosarye 'ayant été gravée par les ordres de l'épouse de Paerisade I, a l’avantage de tenir plus de l’autorité publique que les deux autres monumens, érigés par de simples particuliers, Xénoclide et Mestor. Elle est d'un intérêt très-grand , puisqu’elle nous apprend le nom de la reine , celui de son père Gorgippus et ceux de ses divinités tutélaires.

L’inscription de Mestor fils de Hipposthénès nous confirme le titre de Paerisade que nous trouvons sur le monument précédent. Au reste , elle est gravée sur un très beau marbre blanc , tandis que celle de la reine Comosarye se trouve sur une grande table de granit. Celle de Xénoclide au contraire est partagée sur deux pierres calcaires détachées, qui avoient été employées dans la cou-

struction dn temple consacré à Diane Agrotéra , et elle accuse ainsi le peu de fortune de celui qui l’a fait graver.

J’avois dit dans ma description du monument de la reine Comosarye , p. 80-81. que les Maeotes dont nous venons de parler , sont nommés sur les deux inscriptions du tems de Paerisade, M AIT AI, au lieu de MAlilTAI, et que par cette raison il me paroissoit assez certain, que ce n'étoit pas une faute de graveur , mais plutôt la prononciation vulgaire qu’avoit ce nom dans le Bosphore. Que dit là-dessus M. Raoul-Rochette, p. 85 ? que cette dernière particularité n’a point assez été remarquée par moi , qu’elle semble venir à l’appui de la leçon dont

Hérodote se sert constamment pour désigner le Palus Maeotide“. Mais je le demande :

1) quel rapport péut-il y avoir entre le nom d’un peuple écrit sur deux monumens MA1TAI au lieu de MAlilTAI, et l’usage d’Hérodote qui, d’après son dialecte, nomme la mer d’Azov 7 M xiîjn; ?

2) ce qui est une forme ionienne peut-il être une leçon?

3) puisqu’il mauque une lettre dans le mot MAITAI , pourquoi M. RR. croit - il qu’il faut plutôt la remplacer par la lettre H que par l’il ? Cette supposition est si fausse et si dénuée de tout fondement, qu’il est inutile de la relever davantage.

Il résulte de ces observations que M. RR. a eu tort de dire : que je n avois pas assez observé la particularité dont il est question , et qu’il a eu tort , en outre , de croire qu’elle vient à l’appui de sa prétendue leçon M sutjrtç dans Hérodote.

Dans les monumens de l’antiquité on trouve trop souvent des faits et des questions qu'il est impossible d'éclaircir, et dont les difficultés sont insurmontables. De ce nombre est le mot 0ATEHN à la fin de l’inscription de Comosarye. M. Raoul-Rochette observe, p. 84-85: qu’„ entre les peuplades situées à l'occident du Palus Maeotide , il en

'«st une que Pline appelle Thalos , nom qu’il faut peut-être corriger conformément à la leçon fournie par le monument de Comosarye". Je réponds :

1) que le nom de ce peuple n’étoit pas Tîtali, comme M. RR. l’a écrit , en suivant la correction que vouloient faire au texte de Pline, Hardouin et autres. Tous les manuscrits de Pline portent Thallos ;

2) que ce peuple étoit situé au midi et non pas à l’occident du Palus Maeotidej

3) qu’il seroit trop hardi d’admettre que le mot en question pourroit désigner un peuple nommé Thalli , et de substituer WàAAflN au mot 0ATEHN, ou de corriger le texte de Pline d’après notre inscription j

4) enfin ce qui détruit tout-à-fait cette conjecture, c’est que Pline (VI. 5. p. 553.) nous dit que les possessions de ce peuple touchoient vers l’orient aux bords delà mer Caspienne: Thallos — (fui ab oriente Caspii maris fauces attingerent. Les possessions des rois du Bosphore n’étoient pas de ce côté là assez étendues pour qu’elles comprissent tout l’espace, depuis la mer Maeotide jusqu’aux bords de la mer Caspienne.

L’auteur des antiquités du Bosphore dit, p. 85-86: „Je profiterai de cette occasion pour corriger les fautes que le nom des Torètes , méconnu ou mal rendu par les copistes , a laissé subsister dans quelques passages d’anciens auteurs". Les lecteurs de M. Raoul-Rochette regarderontsans doute un pareil travail comme très méritoire 5 malgré cela, ils observeront que l’erreur qu’on rencontre dans les mou qui suivent le passage que je viens de citer : les

Jorétes étant placés sur la rive orientale du Palus Maeotide ‘, erreur qui a été déjà relevée §. LIV, ne peut pas faire bien augurer de son travail.

M. Raoul-Rochette propose, p. 85. de lire dans le texte de Strabon (X. a. §. 1 1 ) : T opérai, au lieu de Topëdrai. Mais cette correction a. déjà été faite parSchrader dans ses re-

marques sur Aviénus , publiées avec ce poète à Amsterdam en 1786, et réimprimées dans l'édition que Wernsdorf a donnée du même poète (Perieg. v. 867. p. 8 x 3 . et not. p. 1067).

L’auteur n’est pas plus heureux, p. 86. dans la correction qu’il veut faire d’un passage de Denys d'Alexandrie , où il substitue les Torètes aux Orètes. Car Wernsdorf ( 1 . c.) et Tzschucke (in Strab. XI. p. 385 .) avoient fait la même correction depuis long-tems; au surplus, Pintianus 'in Mel. I. 19. p. n 4 . Gr. ) et Schrader ( 1 . c.) l’avoient trouvée dans des manuscrits anciens. Dans les poèmes géographiques d'Avien (v. c.) et de Priscien (v. 6640 Hardouin (Not. et Em. 22. in Plin. VI. 5 . p. 5540 Schrader et Wernsdorf ont corrigé la même faute , et substitué les Torètes.

L'auteur dit encore : ,,la situation qu'occupe le promontoire Tarétique, TxptTixij xxpx, dans la description de l’tolémée , immédiatement après le golfe des Cercètes , correspond trop exactement avec l’emplacement et la forme du terrain désigné par Pline , comme habitation des Torètes : .'upercilium arduum tenent Toretae , pour qu’on puisse hésiter à rétablir dans le texte dePtolémée: Tooftix;} xxpx f ‘. Mais il en est de cette correction de M. RR. comme de toutes les précédentes , qui ont été déjà proposées par d’autres auteurs. Celle-ci l’a été par Tzschucke (in Mel. p. c). Le rapprochement entre la langue torétique et Toricus, habité par les Torètes, a de même été fait par Vossius (ad Scjlac. p. 3 i. Lluds . ) et M. Maunert ( Geogr. IV. s. 402 ).

Si l’auteur des antiquités du Bosphore a eu le malheur de corriger des passages d'anciens auteurs qui l’avoient été long-tems auparavant et de la même manière : voyons s’il a plus de succès , lorsque le hazard lui fournit des textes que personne n'avoit osé toucher avant lui. En voici un exemple. Continuant son discours, M. Raoul-Rochette dit, p. 86-87 : ,, enfin j’incliaeroia à croire que dans ce passage

de Scylax (p. 3i- Huds.) : furx ü Tivfox.lv fa/iivx, Kspxérca ê&vs;, xxi xlh; Topixtt, ce dernier mot T opixoc cache

le nom des Torètes, qui occupoient le territoire même indiqué ici par Scylax. 11 seroit en effet singulier que le nom des Torètes, tribu nombreuse et puissante, se trouvât omis dans la description de Scylax , qui n'oublie aucune des peuplades voisines ou contiguës. La ville grecque désignée en cet endroit me paroit être celle que Pline dans une situation absolument semblable, appelle llieron, et je propose de lire, par un changement très -léger: xxi crikiç EÀA;;Wj xxl Topérai."

Si jamais la correction d’un passage d’un ancien auteur a été, je ne dis pas superflue, mais déplacée et non admissible, c'est celle par laquelle M. Raoul-Rochette veut changer le texte cité de Scylax. Le changement du mot T opixoc en celui de Toptrxi ne peut pas avoir lieu, puisque T opixoc indique la ville des Torètes , et on peut présumer que si M. RR. avoit pensé à cette signification, il n’aurdit pas trouvé à propos d'effacer Toricus pour substituer à ce mot le nom des Torètes. Mais l'auteur n’a cité le passage de Scylax que d'une manière très-imparfaite 5 il a omis, après Topixli, ces mots, xxl fafa/v, qui anéantissent entièrement sa prétendue correction. Cependant pour en prouver la justesse et même la nécessité , il dit que Scylax ,,qui n’oublie aucune des peuplades voisines ou contiguës , ne pouvoit pas omettre les Torètes, tribu nombreuse et puissante r *. Pour se convaincre de la fausseté de cette assertion, on n'a qu'à examiner les notions que ce géographe nous donne à la même p. 3i. sur les Maeotes , depuis la ville de Tanais jusqu’à Phanagorie 3 non seulement il n’eu nomme pas une seule tribu, mais il passe sous silence, et dans cet endroit et dans la suite, des peuples et plusieurs villes grecques qu'il auroit mentionnés , si son but avoit pu être d’écrire un ouvrage complet sur cette contrée.

Au reste, la ville grecque et le port de Toricus se trouvoient dans le territoire des Torètes, et c’étoit justement à cause du port que les Crées s’étoient établis dans cette ville des Torètes. Par la même raison, des

Grecs étaient venus s'établir au port des Sindes (Ànonym. Per. P. E. p. a. Huds).

Lxn.

Parmi les remarques insignifiantes de M. Raoul- Rochette il faut compter la suivante , p. 88 : „Ptalémée, dans sa description de cette côte du Pont - Euxin , a omis le nom des Dandariens. Il est cependant plus probable qu’il y a ici quelque altération du texte, puisque, outre le témoignage de Plutarque, Tacite parle des Dandariens etc/* Ptolémée ne fait pas mention de tant de peuples , ni de tant de villes remarquables, pour que nous puissions être fondés à croire que son texte est altéré dans un endroit où ou chercheroit vainement des notions géographiques sur une contrée particulière.

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