LXXI
Quelques mots sur ces médailles de Scilurus prouveront le peu de solidité des remarques de M. Raoul -Rochette. Ces médailles, même si elles étoient bien conservées , sont du nombre des plus ordinaires et des moins belles que nous ayons de la ville d'Olbie. L'avers de la classe de médailles à laquelle elles appartiennent est toujours la tête de Mercure j et le caducée en est le revers. Bref , ces médailles n'appartiennent pas à Scilurus , contemporain de Mithradate :
i) comment pourroit-on s’imaginer qu'un chef si puissant eut fait frapper à Olbie ces mauvaises monnoies ?
a) comment Scilurus auroit - il pu consentir à ce que son nom fut placé sur la plus chétive monnoie d’Olbie ? N’auroit- il pas préféré de faire frapper des monnoies en or et en argent, comme le faisoit Mithradate, comme le sont plusieurs médailles d’Olbie, ou bien en grand bronze,
& l’instar encore de celles de la même ville dont plusieurs sont d’un assez beau style?.
3) la tête de Mercure et le caducée, qu’avoient-ils de commun avec un roi qui ne faisoit que la guerre, et qui ne vivoit que de rapine ?
4) la fabrique de ces médailles porte -t- elle des marques qui attestent qu'elles soient de Scilurus contemporain de Mithradate? M'appartiennent-elles pas plutât à de» teins bien postérieurs à ce roi , à l'époque voisine de la décadence d’Olbie ?
Par toutes ces raisons il est indubitable que ces médailles ont été frappées à Oy>ie dans un tems bien poaté-
rieur à celui de Mithradate ; et la conséquence nécessaire de ce fait c’est que Scilurus l’ennemi redoutable de ce roi du Pont n’a pas fait frapper ces monnoies, et qu’elles ne l’ont pas été non plus en son honneur par les Olbiens. Mais il est trcs-probable , que le nom de Scilurus est celui d’un de ces petits rois scythes, qui infestoient de tems en tems la ville d’Olbie, comme le prouve le décret de cette ville en l’honneur de Protogène, ainsi que d autres inscriptions dont deux ont été citées au §. LX 111 . La ville d'Olbie frappa cette monnoie, peut-être à la demande de ce Scilurus, d’un de ces brigands, dont les moyens ne lui permettoient pas de faire exécuter des pièces avec plus de dépense.
Il résulte des observations précédentes, que M. Raoul- Rochette n’a nullement rempli les magnifiques promesses qu’il avoit faites à ses lecteurs, et que les découvertes extraordinaires dont il avoit donné l’espérance se sont évanouies. Voici en quelles termes il a fait cette brillante annonce, p. 98 : „ jusqu’à ce jour, aucun antiquaire n’avoit même imaginé qu’il pût exister des médailles des rois scythes et sarmates. Les monnoies que je donne ici prouvent que ces princes en ont aussi fait frapper à leur effigie j et, indépendamment de la confirmation qu’elles donnent aux témoignages de l’histoire , elles sont encore un fait neuf en numismatique , un fait qui ouvre une série toute nouvelle d’observations, et qui peut devenir, à l’aide de découvertes ultérieures , fécond en conséquences du plus haut intérêt pour l’histoire et la chronologie". !
Les autres conséquences que M. Raoul - Rochette a tirées de ces médailles d’Olbie ne sont pas plus raisonnables que ses autres opinions. 11 nous dit, par exemple, p. 99 : „d’où il suit encore que la puissance de Scilurus , dont elles offrent l'effigie et dont elles consacrent le titre, que l’histoire ne nous avoit point fait connoitre , s'étendit très probablement jusque sur cette ville et sur les peuples
grecs qui habitaient hors de la presqu’île taurique". Mes observations ont prouvé qu’il n’y a aucune vérité dans ce que l’auteur ajoute , en parlant toujours des médailles de Scilurus, roi dont la puissance, selon M. RR. s’étendit sur Olbie et sur les peuples grecs qui habitoient hors de la presqu'île taurique; il dit, p. 99-100 : ,, cette invasion des Scythes remontoit sans doute à une époque plus ancienne. Nous voyons dans Hérodote qu’un prince , qu'il nomme Scylès, peut-être un des ancêtres de Scilurus, dominoit à Olbiopolis la ville des Borystbénites. Ainsi les médailles de Scilurus servent de plus à prouver l’extension qu’avoit reçue à l’occident et au midi de la Scythie la puissance des princes Sarmates qui luttèrent quelque tems avec succès contre l’ascendant de Mithridate". Mais pour connoître l’étendue du pays qu’habitoient les Scythes , nous n’avons pas besoin de consulter les monnoies de Scilurus qui ne prouvent absolument rien. Les auteurs de l’antiquité n’ont pas manqué de nous instruire assez bien de l’histoire de ce peuple.