‹ Remarques sur un ouvrage intitulé Antiquités grecques du BosphoreCimmérienChapitre 23 sur 39 · CXXV1II · texte numérisé non relu

CXXV1II

M. Raoul-Rochette est choqué, p. i58. de ce que la ▼iUe de Panticapaeum est nommée BOLnOPOL , Bosporus,

dans ce décret. J'observe que, si jusqu'à prêtent on n'a trouvé ni médailles ni inscriptions sur lesquelles Panticapaeum se soit nommée Kosporus, et même s'il n'en existe pas, ce dernier nom n'est pas pour cela plus nouveau dans la géographie numismatique et lapidaire que tant d'autres qui sont conservés dans les anciens auteurs sans avoir paru sur les monumens. Au reste, si dans l'inscription de la reine Comosarye, ainsi que dans les médailles d'Asandre, le mot Bosporus indique la ville de Panticapaeum, opinion dont j'ai prouvé l'inadmissibilité, §. XL-XUlj ce nom ne peut pas être regardé par M. RR. comme nouveau dans la géographie lapidaire et numismatique. L'auteur ne s'exprime pas non plus avec précision et se trompe en disant , p. 160 : ,, qu'il est impossible de douter que ce nom de Bosporus n'ait prévalu à la longue sur celui de Panticapaeum".

Démosthène est du nombre des auteurs qui ont parlé de cette ville de Bosporus , et ce passage n'a été ignoré par aucun de ceux qui ont traité l'histoire de cette contrée. Par celte raison , le lecteur du livre de M. Raoul* Rochette ne comprend pas comment il peut dire, p. 161, que ce passage de Démosthène est bien précieux, et qu'il a été cependant négligé par tous les critiques modernes, Seroit-il corrompu? Auroit-il besoin d'être corrigé? — Mais M. RR. accoutumé de trouver des difficultés où il n'y en a pas, nous assure, d'un air emphatique : qu'il n'est pas possible de douter de l'existence de la ville de Bosporus mentionnée par notre inscription, quelque difficile qu'il soit d'expliquer le silence à cet égard des monumens géographiques (?) jusqu'à Etienne de Bj zance" ! Hais on lui demandera : qui a pu jamais douter de l'existence de la ville de Bosporus? Pline n'en a-t-il pas parlé?

L'auteur croit, p. i63-i64, trouver une faute de copiste dans le nom des habita us d'Amasia , AMAEEiANOl, il y voit les habitans d'Amastria , AMACTP1ANOI. Mais la leçon dans le texte de l'inscription est juste, et j'ai indiqué dans mon mémoire cité, par quelles raisons ce mot, qui

paroît être anomale , a pu trouver une place dans cette

^numération.

J'ai dit que là copie transmise à M. Raoul - Rochettt n'est pas sans erreurs. En voici des exemples : ligne a. du décret il faut placer dessus les lettres 1 1 qui indiquent le quantième du mois , un trait horizontal. L. 8. le dernier mot est écrit sur l'original HKOAOT -)EEN j l'tf que le graveur avoit oublié , est gravé au dessus en petit caractère entre les deux lettres où il devoit être placé. L. la. à la fin on doit écrire KAU1EPITHN, au lieu de XAI. L. ag, l'original porte correctement A<Î>H1'HE0AI, par conséquent le changement que veut y faire M. RR. p. i5o. note i. eu substituant étsp^âou, est inutile. L. 36. ou lit: rTMNAEIHOT j la copie de M. RR. a dans ces deux mot» trois fautes. L. 19. l'original porte EATTO, au lieu de EATTON, et 1. 41 : HIC, au lieu de EIE.

Le passage suivant , 1. 39-40 : EIE TO MA0EÏN Î1AN- TAE TON ANttkfinON nPOE ANAPEIAN MEN ETTOA- MON KAI I1POE APETHN AE AOKNON x. t. K est traduit par M. RR. p. i5t : ,,afln que tout le monde apprenne à connoitre un homme d'un courage si éprouvé , et d'une vertu si constante". Je fie veux pas décider, si le génie de la langue françoise permet ou ne permet pas au traducteur, de se rapprocher davantage du style de l'original. Dans la traduction d'une inscription , il faut êtré litéral autant qoe possible.

A la fin du décret sont mentionnées les distinctions par lesquelles le sénat et le peuple olbien avOient résolu d'honorer la mémoire de Théoclès : une couronne d'or, l'exposition de son portrait, exécuté sur un bouclier, aux dépens du public , dans le gymnase qui avoit été construit par ses soins. L'original s'exprime ainsi , 1. 35*- 36: AN A* TE9HNAI AT TOT EÏKONA ENOTIAON AHMOEIA EN Tii rTMNAEUi : M. Raoul - Rochétte a traduit , p. i5r : „oue sa statue armée en guerre soit élevée àux frais

du publia dans le gymnase, etc." Ce n'est pas là le sens

de l'original. L'expression : sa statue armée en guerre , un peu plus accommodée au langage du jour, ne seroit autre chose qu'une statue de Thiocles en uniforme militaire. Mais chez les Grecs et les Romains , les guerriers, de retour d'une campagne , ne portoient plus l'habit de guerre. La statue d'un magistrat civil, comme l'étoit Théoclés , n'a jamais pu le représenter sous Us armes ; c'eut été' une horrible carriçature. Lorsque les états de la Grèce vouloient récompenser les exploits militaires d'un de leurs capitaines en lui élevant une statue, on le représentait toujours en costume de citoyen. M. RR. a probablement supposé que Théoclès nommé HP&Z dans la première ligne de cette inscription, ne pouvoit pas dire mieux recompensé que par une statue armée en guerre. Mais j'ai déjà observé que le mot HPSIL ne doit pas être traduit par celui de héros. Dans ma dissertation sur ce monument déjà plusieurs fois citée, j'ai dit (Dôrpt. Beitr. i8i5. S. 34» " 343) î j'espère que personne , en lisant dans ce décret l'expression rf'FIKXiN ENOÏ7AOE, n'aura le malheur de penser qu'il est question ici d'une statue armée. Voilà cependant M. Raoul-Rochette qui tombe dans cette faute.

CXXXÎL

Le mot FIKIiN est un terme général qui signifie statue, figure, et buste, en ronde bosse aussi bien qu'en basrelief et en peinture. Dans notre monument il ne peut pas être traduit par statue, et désigne simplement un portrait , et joint à ENOIIAOC il doit être traduit : portrait exécuté sur un bouclier. L'inscription ne dit pas, s'il étoit sculpté ou peint. Au reste, l'expression qui désigne lo portrait de Théoclès, ainsi que celles que l'on trouve dans quelques autres inscriptions citées ci -dessous, ne se rencontrent que sur cette classe de monumens. De crainte que ce mémoire ne devienne trop volumineux, je ne citerai que quelques exemples pour appuyer l'explication que j'ai donnée*

Le sénat athénien décerna à Diodore fils de Théophile, qui étoit Proxène des Athéniens et inspecteur du port à Vile de Délos, presque la même distinction que nous avons va accordée par les Olbiens à Théoclès. Diodore reçut l'honneur que son portrait peint sur un bouclier seroit exposé dans sa chancellerie: ANA9r 1NAI EIKONA IYAfl- THN EN On \il (Cors. Inscr. Att. IX. t. 17. et a5. p. 37. Biagi Decr. Athen. Prol. p. ao ).

Pour récompenser Patron,, fils de Dorothée, le synode des négociant et propriétaires de vaisseaux de Tyrus résidant à Délos , lui décréta , avec la permission du peuple athénien, plusieurs honneurs, et entre autres, Texposition de son portrait peint dans l'enceinte du temple d'Hercule qui ètoit dans la même île : ANAQEINAI ÙE AT- TOT EIKONA TPAn THN EN Til Tï MENFI TOT HPA- KAEOTE (Spon. Mise. X. 70. p. 343-344. — Biagi Decr. Ath. c. XXXI. p. 4»6-4a8).

Bâton, fils de Philon, avoit bien mérité de la communauté des athlètes dont il étoit le préposé , et en témoignage de reconnoissance, elle fit faire son portrait peint, TPAn i H TETIMHKhN ï IKOM , dont on orna probablement le gymnase (Maffei Mus. Ver. p. XLV. — Van Dale Diss. VIII. p. 5yo).

Dans les deux derniers Pséphismes que je viens de citer , il est fait mention de portraits peints , sans parler de boucliers ou d'écussons. Mais dans le quatrième exemple qui suit, le bouclier est indiqué comme dans le premier. Cette inscription , qui est une des plus intéressantes de l'antiquité, contient un décret de la ville de Cymé dans l'Aeolide : elle le rendit en l'honneur de Lucius Vaccius Labéon, prytane ou premier magistrat de Cymé, pour le recompenser des services éminens qu'il lui avoit rendus , et elle ordonna que ses effigies, (parmi lesquelles se trou* voient sûrement aussi des statues) fussent exposées publiquement t et entre autres au gymnase un portrait peint sur un bouclier d'or , ou doré : ONTEuHN 4E ATTA KAI EIKONAZ TPAI1TAN TE EN OITAil EN XPTZil.

On loi avoit décerné en même teins plusieurs autres Donneurs et distinctions (Cayl. Rec. To. II. pl. 57. v. 34-36).

Dans l'explication de ces mots , EÎEHrHEAMENOT ANTI*Mli\TOC , 1. 3 , l'auteur des antiquités du Bosphore croit, p. 170 : ,,que ce verbe désigne une proposition de décret, sans doute en vertu d'un titre ou d'un office particulier, et qu'il répond au terme de icpofiovhkù&iv". Mais les passages d'Aechine et de Diodore cités dans la note 6. ne prouvent rien pour constater l'existence de l'office dont parle M. RR. , et il n'est que trop sûr que cet office a été inconnu dans l'antiquité. Ce que l'auteur observe sur x/>o- PoOévux, p. 170- 173 , est connu, mais par rapport à son assertion que efçr[yeÙT$cu répond à rpofiovkévstv , il n'a rien prouvé. Car beaucoup d'affaires présentées par quelqu'un qu'on pourroit nommer s/c^ra/ç , n'avoient pas besoin du r^o^oCkt-iux , et le Tpofiojkeuuv avoit lieu la plus part du tems sans l'entremise d'un elçijyrjryjQ. Je dois me borner à ces observations , ne voulant pas que la critique soit plus longue que le livre à critiquer.

Au sujet d'un passage qui se trouve dans la même inacription, L 16-17 : ATTOE EAÏTON EKONTHN FIAP- EXilN AOKNON EPriiN TE EIllMEAEIAlE KAl KA- TAEKETAIE FNEKOniAEEN : M. Raoul-Rochette dit, p. i83-i84: ,,1'irrégularité de construction qui passe brusquement du participe IlAPEXilN, à l'aoriste ENEKOfllAEEN : cette irrégularité", dit-il , „qui ne constituoit pas toujours chez les Grecs un vice de langage, à en juger d'après les fréquens exemples qu'on en trouve cher les meilleurs écrivains , et sur les monumens les plus irréprochables 9 etc." M. RR. ajoute dans une note, 1 : „nous en avons un exemple dans la belle inscription de Xénoclide, p. a6 de ces recherches". Mais , je demande M. RR. comment on peut comparer une irrégularité dans la construction, avec une faute des plus grossières contre la grammaire , telle

que celle que présente inscription de Xénoclide dans les mots . P\" \ i J l et BASAI T N , dont il a, été question au §. XV-XVIll. D'après ses remarques , M. RR. regarde cette dernière insciiption, malgré la tante très-cboquante qu'il en a citée, comme un des monument les plus irréprochables.

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