‹ RembrandtChapitre 141 sur 285 · LE DOCTEUR FAUSTUS · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR FAUSTUS

Vers i65i (B. 270).

est sorti -du royaume des ténèbres. Enveloppé de son blanc linceul, il s'approche de celle qui lui est restée fidèle au milieu de ce grand abandon.

Madeleine voudrait baiser le bord de son vêtement; elle essaie de le retenir, mais déjà il n'appartient plus à cette vie terrestre, et, sans la repousser, avec un geste bienveillant, il lui dit qu'elle ne doit point le toucher : Noli me tangere. Ces deux figures ainsi isolées — l'une d'où émane la lumière, l'autre éclairée seulement par ses reflets, — ces contours flottants, cette tristesse de l'heure et du lieu, cette majesté de la mort, ce mélange ineffable de respect et d'amour, tant de traits enfin, si délicatement choisis et si éloquement exprimés, parlent ici à l'âme et concourent à la profondeur de l'émotion.

En môme temps, pour se délasser de ces importants ouvrages, Rembrandt peignait quelques portraits d'amis ou des têtes de fantaisie, comme cette Minerve de la collection de l'Ermitage qui, à en juger par l'ampleur de la facture, date au moins de i65o. La déesse est coiffée d'un casque portant une chouette au cimier et elle tient à la main un bouclier. N'était la façon de manier la pâte et l'harmonie d'intonations qui n'appartiennent qu'à Rembrandt, on se croirait en présence d'une œuvre italienne, à raison de la beauté du type et de l'ampleur des proportions. Malheureusement la peinture a un peu souffert et la rondache qui remplit le bas de la toile a tout à fait noirci. Un portrait, ou plutôt une étude peinte vers 1 648-1650, mérite aussi une place à part dans les productions de cette époque. C'est la figure d'une vieille femme de grandeur naturelle, assise et vue jusqu'aux genoux, que M. Sedelmeyer a récemment achetée en Ecosse et qui fait maintenant partie de la collection de M. J. Porges à Paris. Ses lunettes dans sa main gauche posée sur une grosse bible qu'elle tient sur ses genoux, la bonne vieille vient de finir sa lecture et elle reste plongée dans ses réflexions. Bien que son visage soit sillonné de rides, que ses cheveux déjà plus rares grisonnent à ses tempes et sur son large front et que ses petits yeux, rougis, comme fatigués par les larmes, soient profondément enfoncés dans leur orbite, ses lèvres et ses joues vermeilles dénotent une nature énergique et encore vigoureuse. Son costume quoique simple est très pittoresque. L'exécution très large et même un peu négligée par places — dans les manches et les mains indiquées assez sommairement — est, au contraire, d'un fini extrême dans la coiffure, dans le visage très délicatement modelé, dans la fourrure surtout dont les nuances fauves sont étudiées avec autant de conscience

Après la Lecture (vers 164g),

(COLLECTION DE M. }. PORGES).

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