‹ RembrandtChapitre 142 sur 285 · ÉTUDES ET PORTRAITS · texte numérisé non relu

ÉTUDES ET PORTRAITS

que dmabileté. On retrouve là, avec un éclat supérieur, l'harmonie de ces rouges et de ces jaunes brillants et variés, jouant avec des gris de fer, dont Maes, à l'exemple de son maître, s'est plus d'une fois inspiré. Mais en dépit de la puissance du dessin et de la richesse merveilleuse des colorations, ce qui domine c'est l'intimité d'expression de ce visage vénérable, le recueillement de son regard, le geste naturel et touchant par lequel cette honnête créature semble affirmer la sincérité de sa foi et l'efficacité des consolations qu'elle vient de trouver dans son livre favori.

Parmi les têtes de petite dimension, faites évidemment d'après nature et vers cette époque, nous citerons celle d'un jeune homme au regard doux, au teint vermeil et aux grands cheveux blonds, que possède M. Warneck, et la petite étude de vieillard, appartenant à M. le baron van Harinxma à Leeuwarden (i), toutes deux également remarquables par la finesse du modelé, l'éclat des carnations en pleine lumière, ainsi que par la largeur du faire qui contraste avec l'exiguïté de leurs proportions. Enfin, outre plusieurs autres portraits dont nous aurons à parler plus loin, nous devons mentionner deux portraits de Rembrandt d'après lui-même peints à ce moment. Dans l'un, celui du Musée de Leipzig, il est vu de face et en buste, vêtu d'un costume rouge foncé et coiffé d'un large béret violacé qui met dans l'ombre la plus grande partie de son visage. L'autre, plus important, signé et daté i65o, appartient au Musée Fitzwilliam à Cambridge. Ainsi qu'il l'a fait souvent quand il se prenait pour sujet d'étude, Rembrandt n'y vise pas à la fidélité de la ressemblance, et il n'est pas étonnant que Waagen n'ait pas reconnu le maître dans cette peinture où il s'est représenté avec les allures militaires qu'il affectait dans les ouvrages de sa jeunesse. Coiffé d'un large chapeau à plumes, vêtu d'un pourpoint rouge à crevés sur lequel est passée une lourde chaîne d'or, l'artiste s'appuie d'une main sur le pommeau de son épée, l'autre est fièrement campée sur la hanche et il porte, avec une cuirasse, l'inévitable haussecol d'acier que nous avons déjà vu tant de fois. Grâce à une conservation irréprochable, on peut apprécier ici toute la magie du clair-obscur, la sûreté magistrale de la touche, à la fois très franche et très moelleuse.

(i) Cette dernière, signée et datée 1647, a figuré à l'exposition organisée en 1890 à la Haye par le cercle Pulçhri Studio,

Une eau-forte de 1648, Rembrandt dessinant (B. 22), nous offre une image plus fidèle des traits du maître, à ce moment. Plus d'airs fringants cette fois, ni de panaches; le voici bien tel que nous pouvions nous le figurer dans son costume d'atelier, avec une sorte de tunique serrée à la taille et ce chapeau de forme un peu haute, que nous montre également un dessin de la collection de M. Heseltine. Il est assis

à sa table de travail, dessinant près d'une fenêtre par laquelle on aperçoit des cimes d'arbres.

Ses traits ont vieilli; son front est couvert de rides, ses yeux sont tristes, mais toujours très perçants. Il regarde fixement un modèle placé devant lui. La planche, un peu fatiguée dans les derniers états (on n'en compte pas moins d'une dizaine), est très puissante d'effet et très expressive. Dans les premiers, sans avoir le charme de beaucoup d'autres eaux-fortes de l'artiste, elle rend mieux qu'aucune autre la force de pénétration de son regard et l'effort de sa volonté tendue à une tâche qui exige toute son attention.

Les eaux-fortes de cette période ne sont pas moins remarquables que les tableaux du maitre ; leur nombre et l'importance de plusieurs d'entre elles expliquent assez la rareté relative de ses peintures en certaines années, comme 164g et [65 1. La variété des sujets qu'il traite, aussi bien que les divers modes d'exécution auxquels il a recours témoignent de la fécondité de son imagination autant que de la souplesse de son talent. On le voit aborder tour à tour les motifs les plus

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